LOUIS ABRY — LOUIS-BERNARD COCLERS
DEBOUBERS — DEMEUSE — DREPPE
FAYN - GODIN - JACOBY — ARNOLD JEHOTTE
LÉONARD JEHOTTE
LES arts créateurs sont en décadence au XYIII^ siècle; la gravure, qui n'était guère encore qu'un art de reproduction, ne pouvait, chez nous, pas plus qu'ailleurs du reste, se soustraire aux influences qui dominaient alors dans l'Europe entière. Aussi, nous traversons une période oii l'art du burin s'affaiblit sensiblement.
Parmi les artistes qui l'exercent, dans ce temps de décadence générale, il en est cependant dont le talent et les mérites sont incontestables et s'ils n'ont pas la même notoriété que leurs devanciers, leurs noms doivent, tout au moins, être cités pour former, en quelque sorte, liaison entre le passé glorieux que nous venons de parcourir et le renouveau de ces dernières années qu'il nous restera à constater.
Louis ABRY (1643-1720) a été graveur en titre des princesévêques; il fut aussi peintre, mais il est surtout réputé comme historien et généalogiste, étant l'auteur de deux ouvrages qui lui
donnent des titres incontestables au souvenir reconnaissant de ses concitoyens: Les Hommes illustres de la nation liégeoise et le Recueil héraldique des Bourgmestres de la noble cité de Liège (1). Aucune de ses peintures n'est parvenue jusqu'à nous et de son œuvre comme graveur, on ne peut guère mentionner que des armoiries, une image de saint Eloi, eau-forte retouchée au burin ; un almanach de cabinet orné du portrait du prince-évêque Joseph-Clément de Bavière et une sainte famille gravée d'après Bertholet Flémalle.
Louis-Bernard COCLERS (1740-1817), peintre-graveur, fils du peintre Jean-Baptiste Coclers, qui lui enseigna les premières notions de son art, en même temps qu'au chevalier de Fassin, à Léonard de France, Jean Latour et autres artistes distingués de la seconde moitié du XVIIIe siècle.
Il est l'auteur de nombreux portraits peints à l'huile et d'un assez grand nombre de tableaux de genre dont plusieurs ont été gravés en Hollande où il fit un long séjour. Quatre-vingts planches de gravure lui sont attribuées parmi lesquelles se trouvent son propre portrait que nous reproduisons, ceux de son père et de sa sœur Marie-Lambertine qui grava aussi à l'eau-forte (2).
DEBOUBERS dont les meilleurs planches sont ses gravures pour les contes moraux de Marmontel et ses culs-de-lampe, sujets mythologiques et emblèmes (1764).
G. DEMEUSE' qui s'est aussi particulièrement distingué dans l'exécution de ses culs-de-lampe pour le Paradis perdu de Milton.
(1) La Peinture au Pays de Liège, par Jules Helbig, p. 358.
(2) L'église St-Servais possède un grand tableau de Jean-Baptiste Coclers : Le sacre d'un évêque.
La Peinture au Pays de Liège, par Jules Helbig, p. 392.
PORTRAIT DE LOUIS-BERNARD COCLERS gravé par lui-même (1740-1817).
(Collection de la Ville de Liège.)
Joseph DREPPE (1737-1810), peintre-graveur, premier directeur de l'Académie de dessin fondée par le prince de Velbruck, en 1775, fils du graveur de médailles et cachets Jean-Noël Dreppe. Il a reproduit par la gravure différents monuments de Liège, notamment la Fontaine de la Vierge de la rue Vinâve-d'Ile, d'après Delcour. L'auteur de la gravure allégorique La Révolution liégeoise (10 août 1789) et de l'allégorie à la mémoire d'Elisa Drapper « défenseur de l'Humanité, de la Vérité, de la Liberté ».
FAYN, l'auteur de différentes vues de Liège, des portraits de Benjamin Franklin et du bourgmestre Fabry. Il se faisait surtout remarquer par la délicatesse de son trait.
GODIN, Henri J., dont les meilleures gravures sont: la Conversation espagnole, la Lecture espagnole, d'après le paysage de Claude Lorrain et une vue du pays de Liège.
JACOBY ou JACOBI, Philippe-Joseph, car il signait des deux manières (1708-1794), graveur en médailles, qui modela et cisela un portrait de Jean-Théodore de Bavière, admirable d'exécution. Il exécuta aussi des médailles à l'effigie de ce prince et à celle de Charles d'Oultremont; l'auteur enfin des coins du ducat, de l'écu et de l'escalin.
Il excellait également dans la gravure des cachets sur pierres fines; on lui doit même quelques estampes en taille douce: le Roi David qui est une très jolie petite gravure, une sainte Barbe,
Ses vignettes pour armoiries, ses sujets allégoriques montrent le mieux qu'il fut un graveur de très réel talent et qu'il possédait, en son art, une très grande habileté.
En 1763, il avait succédé à Jean-Noël Dreppe comme graveur des monnaies du Chapitre de Saint-Lambert, fonctions que
le grand âge le força de résilier, en 1788, au profit de son élève, Léonard Jehotte (1).
JEHOTTE, Arnold, très habile graveur dont les estampes, d'après Deveria, son petit portrait de Molière, d'après Desenne et son portrait de Grétry, d'après Lefèvre, sont particulièrement à retenir. Enfin, son frère
JEHOTTE, Léonard (1772-1851), le graveur des médailles de la principauté de Liège, qui consacra par des estampes le souvenir de la visite du premier consul en notre ville, sujet du tableau d'Ingres de notre Musée des Beaux- Arts: Napoléon Bonaparte ordonnant La reconstruction du faubourg d^Amercœur.
Il est aussi l'auteur de la gravure : le Chevalier Hubert Goffin et son fils dans la houillère Beaujonc, dont les dix états sont conservés dans les collections de l'Hôtel d'Ansembourg et qui est, peut-être, sa meilleure planche.
A citer cependant encore son buste de saint Lambert, d'après Natalis, un buste de Fénelon dans son jardin, ses illustrations pour le Télémaque, et ses armoiries. « Gravures sur bois, entailles en pierres fines, cachets gravés ou coulés par un procédé nouveau, médailles frappées à l'occasion de faits importants survenus sous les régimes postérieurs, démontrèrent, dit Eug. M. O. Dognée, la variété de talent, le caractère artistique que Jehotte donnait à toutes ses œuvres (2). »
(1) DE Chestret. Notice sur P. J. Jacoby, Revue belge de Numismatique^ année 1891, pp. 88 et suivantes.
(2) Liège, p. 158.
Tous ces graveurs, et combien nous en oublions, sont largement représentés dans les collections de l'Hôtel d'Ansembourg: Coclers, par 5 gravures au trait et de nombreux dessins; Deboubers par 34 gravures; Demeuse, par 14; Dreppe, par 8 gravures et de nombreux dessins; Fayn, par 12 gravures; Godm, par 91; Jacoby, par 18; Jehotte Arnold, par 30 et Jehotte Léonard, par 173.