‹ Les graveurs sur bois et les imprimeurs à LyonChapitre 11 sur 30 · LES GRAVEURS SUR BOIS A LYON AU XV^ SIECLE · texte numérisé non relu

LES GRAVEURS SUR BOIS A LYON AU XV^ SIECLE

On a vu plus Ii.iut que, au xv^ siècle, les imprimeurs Ivonnais se sont attachés à décorer par la qravure sur bois un certain nombre d'éditions sorties de leurs presses ; ils étaient, en général, assez mal organisés pour satisfaire au besoin grandissant de rorncmentation du livre. Il n'y avait pas, dans la plupart des ateliers, une ferme direction de cette partie du travail. On louait ou l'on achetait d'anciens bois gravés; on faisait copier des histoires déjà emplo}-ées ailleurs; les planches du même livre étaient le plus souvent taillées par des ouvriers différents et d'une valeur très inégale, et ces ouvriers étaient mal préparés à l'exécution de leur tâche.

Le métier de la gravure sur bois, excepté pour les cartes à jouer, était alors rarement indépendant. Nous n'avons trouvé en effet, à L3'on, sur les rôles des tailles, que quelques « graveurs en tailles de bois », en trop petit nombre pour le travail qui fut accompli. Il semble dès lors que ce travail était remis à de véritables ouvriers emplo3-és chez les imprimeurs ou les cartiers.

Il6 LES GRAVEURS SUR BOIS ET LES LMPRLMEURS

Le niveau n'a pas monté aussi lentement qu'on l'a dit. Il est surprenant comme la distance est grande entre les lettres initiales de chapitre à fond noir semé de fleurettes ou d'ornements blancs tirés des premiers livres imprimés à Mayence, qu'on retrouve à peu près pareilles à l'origine de l'imprimerie à Lyon, et quelques images produites peu d'années après.

Nous avons, dans les cliapitres iv et v de cet essai, exprimé l'opinion que, à Lyon, particulièrement pendant les dix ou douze années où l'imprimerie s'y est si rapidement établie, la gravure sur bois n'est représentée que par des histoires dont l'exécution est tout à fait grossière. Cela s'expliquait : le métier, nous ne disons pns l'art, était nouveau, sa technique n'était pas formée et l'on ne faisait qu'iin -travail sommaire. Didot, qui avait examiné un grand nombre de nos incimables, assurait qu'il n'y a ni art ni science de dessin, qu'il n'y a que rudesse de la taille dans les bois lyonnais qu'on peut dater de 1480 à 1490 (i). Des faits contredisent toutefois ces assertions, et nous avons eu la preuve de l'erreur commune. Les monuments typographiques du w" siècle sont relativement rares et sont dispersés; on ne les connaît pas tous et il est dilEcile d'en faire une étude comparée.

Nous n'avons vu dans les livres les plus anciens que des gravures sur bois d'un dessin incorrect et faites par des mains malhabiles; plus d'une des gravures était d'un travail rudimentaire et quasi barbare. Cependant, dans le même temps, des œuvres étaient

(1) DiJot a exprimé aussi cette opinion d.uis son Esuii sur J'hisljire de h: gravure sur lois (1S63).

produites qui montrent, par le stj-le et la façon, que le métier était devenu aux mains de certains tailleurs, sous des influences qu'il est possible de déterminer et sous un enseignement dont r.ous ne connaissons pas les conditions, un art véritable, un art qui tendait à s'élever. Kous ne l'avons appris que récemment.

En voici un e-xemple. Le Musée britannique possède un exemplaire, peut-être unique, d'un roman, l'Histoire du chevalier Oben ( i ), imprimé avec des caractères avant la même forme que ceux du Nouveau Testament de Barthélem\- Buyer (sans date) et tiré sur ce papier avec les filigranes de la roue dentée et du pot dont ont fait usage les premiers imprimeurs lyonnais. Les lettres capitales sont presque toutes identiques à celles de ce Nouveau Tcstanwiit ; les lettres ordinaires, peutêtre d'un point plus petites, s'adaptent parfaitement aux capitales. Il y a toutefois des difii"érences entre plusieurs des caractères de l'Oben et ceux du Nouveau Testament et du Coiiipeudium brève.

Cette histoire (de format in-folio, gothique, à deux colonnes, avec signatures) a été incontestablement imprimée dans l'atelier de Barthélémy Buyer par Guillaume Le Roy avant 14S3. Elle l'a été, également certainement, avec une ou deux des fontes de caractères du premier atelier de Lyon, très probablement après le

(i) Le livre n'a ni liue ni colophon. On lit au deuxième feuillet : Il (.^Ju tempz du ro)- estie(n)ne estoit vng chevalier des parties d'allemaigne de langues appelle Oben q" voulsist acoplir le volage de saint patrix pour visiter purgatoire ainsi co(mm)e plusieurs aultres ont f.iit... » Au douzième feuillet : « La letre missoire du roy prêtre iehan tia;n);.mise au pape a lenipereur et au noble roy de france. "

Il8 LES GRAVEURS SUR BOIS ET LES LMPRIMEURS

Nouveau Testament (i), fnic lui-même après k Miroir de vie humaine de 1477 (2).

Il est difficile, en l'état présent de nos connaissances, d'assigner une date qu'on puisse regarder comme à peu près certaine à l'Histoire d'Oben. Kous l'avons datée de 1480 à 1482. L'attribution de AI. A. Claudin diffère très peu de la nôtre; cet érudit pencherait pour la date de 1480 ou 1481 au plus tôt (3).

Quelle que soit la date de cette impression, il n'est pas douteux que ce livre otTre, par la planche gravée sur bois placée au recto du premier feuillet, un grand intérêt.

L'Histoire d'Obea n'est ornée que de cette seule planche mesurant 2ti mill. sur 130, qui représente la Vierge debout et de face avec l'enfant Jésus dans ses bras, ayant derrière eux un rideau semé de roses (4). Deux anges soutiennent une couronne fleurdelisée et fermée au-dessus de la tête de la Vierge qui est nimbée et dont la longue chevelure tressée est pendante. Le

(i) Nous avons pris, pour Li détermination des caractères du livre, l'avis de M. A. Claudin, que nous tenons pour le meilleur juge en cette nutière. On trouvera dans l'ouvrage de M. Thierry-Poux un fac-similé du Coinpeiidium Ifreve du cardinal Lothaire et un autre du Kouz'eau Testament. Le matériel de l'.itelier de Guillaume Le Roy ou plutôt de Barthélémy Buyer se composait dés les premières années de plusieurs fontes de caractères gothiques différant peu les uns des autres.

(2) Les lettres initiales de chapitre sont, dans k Miroir de vie tnimaine, ornées, gravées sur bois et imprimées sur fond noir.

(3) M. Robert Proctor, du Musée britannique, s'est arrêté à la date de 147S ou 1^79.

(4) On trouve un rideau de ce genre servant de fond dans des peintures françaises du xv« siècle.

dessin est très simple, élégant et d'une grande distinction. Il est tout au trait, le trait est fin et égal : les artistes des premiers temps [exprimaient par des traits simples et généraux le caractère principal des sujets sans chercher à reproduire fidèlement les détails. Le travail de la gravure est très sommaire et il est à remarquer que des hachures légères et courtes marquent les ombres des plis du manteau. Aucune autre pièce lyonnaise de cette époque ne l'égale en beauté et n'a autant d'originalité. Elle est h'onnalse quant à l'origine et peut-être même quant au faire; elle est flamande' quant au style. Par les draperies et par quelques détails elle rappelle certaines peintures de l'école de Bruges. La Vierge, cette Vierge attristée, aux grands yeux, a une attitude et une expression pleines de dignité et de charme (i).

A dire vrai, l'auteur de cette gravure n'a pas montré, dans cette oeuvre, une inaiiicrc qu'il soit facile de définir. Il semble qu'il soit flamand, peut-être peintre de son métier, qu'il ait passé par l'Allemagne et se soit formé en France.

Les planches de VArs moricndi, signées par le maître I. D., dont nous avons déjà parlé, ofl"rent également de notables diff^érences avec la plupart des gravures lyonnaises. Elles ont été taillées avec netteté, mais les figures procèdent d'un t3-pe un peu vulgaire qu'il eût été d'autant plus facile d'ennoblir qu'elle font opposition avec les formes monstrueuses et les visages grimaçants de démons. Il y a cependant des personnages d'un bon dessin. Le maître 1. D. a mieux donné la mesure de

(i) M. Robert Proctor, a eu l'oblige.ince de nous faire connaître ceue gravure si précieuse el les caraclcres du livre.

son talent dans deux petites planches intéressantes. L'une, celle du Quadragcsiinalc aurcum de pucalis de 1488 (vieux stvle), a été faite d'après un dessin très étudié sur lequel le jeu des physionomies est reproduit avec simplicité (i). L'autre, une Annonciation (2), décore une mince plaquette, de format petit in-^", gothique, intitulée les Misières de la Saincte Messe, dont les caractères sont usés (3). Un vif sentiment de l'art anime ce petit tableau qui offre plus d'un trait propre aux dessinateurs des Pays-Bas : les plis des vêtements, l'expression des visages, la chevelure de l'ange.

Guillaume Le Roy avait eu un dessinateur-graveur qui, avant le maitre I. D., avait apporté aux planches de ses romans de chevalerie beaucoup de soin et le goût qu'on observe dans les œuvres françaises. La première planche de FHisloire de la belle Maguelomie, souvent coloriée (de 121 mill. sur 100), est des mieux réussies. Le Roy a eu en outre à son service un graveur plus habile, plus artiste, celui qui a produit la \'ierge placée en tète du roman d'Oben, et ce graveur s'est inspiré de peintures de ses contemporains, françaises ou flamandes.

Les sujets de la Mer des hisloires de Du Pré et surtout ceux des Comédies de Térence de Trechsel n'ont pas

(1) De 95 mill. de haut sur 70 de l.irge. Nous avons parle de cette planche à la page 49.

(2) De 115 mill. de haut sur 83 de large.

(3) M. .\. Claudin, auquel cette rare pljquctte appartient, a bien voulu nous la signaler et nous la communiquer. Il estime qu'elle a du éire imprimée de 1488 à 1490. 11 nous a signalé en outre une l.ipidation de saint Etienne, signée I. D , qui se trouve dans le missel de Saint-Ëticnne de Toulouse publié après 1490.

d'analogie, comme travail, avec ceux des ouvrages de l'atelier de Le Roy et du maître I. D. ; ils font juger avec sûreté de l'état de la gravure à Lyon dix ans avant la fin du xv= siècle, et l'opinion qu'on s'en est faite d'après ces ouvrages est confirmée par l'étude d'un livre longtemps inconnu.

Avant de parler de ce livre, nous ferons la remarque que c'est à cette époque, vers 1490-1493, que la production de gravures pour la décoration du livre parait être devenue l'objet d'une industrie distincte, et quelques imprimeurs qui avaient attaché à leurs atelier des graveurs attitrés, ont fait commerce de bois gravés. Il est très probable que les imprimeurs de Genève s'en procuraient à Lyon.

Nous revenons à l'exemple que nous nous proposions de citer.

En 1499 (1500 nouveau style) (r), Pierre Mnreschal et B.irnnbé Chaussard mirent au jour ht Gra(n)l danse macabre des hom{m)es et des fem(jiî)es hysloriée et augmentée de beaiilx dis en latin (2). Les planches de la danse des hommes avaient été gravées d'après celles de la première édition imprimée à Paris en 1485 par Pierre Le Rouge pour Antoine Vér.-.rd, et les planches de la danse des

(1) « Imprimé à Lyon !e .xviii. iour de feiirier l'an mil cccc.xcix. » M. Henri Monceaux incline à penser qu'il y a eu une édition lyonnaise antérieure.

(2) On ne connaît que deux exemplaires de ce livre, dont le seul complet, qui a fait partie de la collection de M. Yenieniz, de Lyon, se trouve actuellement dans la bibliothèque de M. Huth à Londres. M. Henri Monceau, d'.^uxerre, a décrit dans scn ouvrage sur les Le Rouge de Chablis, cette édition d'après l'exemplaire, incomplet des derniers feuillets, qui a app.irtenu au comte de Lignerolles.

122 LES GRAVl-.UlîS SUK BOIS UT LLS IMPUIMEUHS

femmes d'après celles de h danse des morts de Guy- Marchand de 1491, qui contient aussi des bois de Pierre Le Rouge. Les planches des éditions parisiennes sont, pour la gravure, de tout point supérieures. Mareschal et Chaussard avaient dans leur atelier des tailleurs de valeur fort inégale. Il y en avait parmi eux d'exacts et de soigneux qui ont bien rendu les dessins fermes et hardis si heureusement exécutés chez Pierre Le Rouge : nous citerons entre atitres « les trois mors (f° 15 v°) » et « les trois vifs (f" 16 r°). » Ce qui permet de se rendre compte du caractère et de la qualité du travail lyonnais de ce temps, c'est une planche qui manque à toutes les éditions parisiennes et qui représente h Mort saisissant le Compositeur, les Lnprimeurs et le Libraire (f" 7 r°). A gauche, l'atelier avec la casse du compositeur, la presse et les foniics près d'être encrées. A droite, la boutique du libraire (i). Cette double scène très mouvementée est présentée avec habileté. On observe en plusieurs places ces étranges hacliures ou rayures, entrecoupées, divisées en traits courts et menus, qu'on voit sur les bois du maître L D. (2). Cette planch-j est certainement une des plus intéressantes, quant à l'esprit et à la façon, que nous connaissions des tailleurs de Lyon ; elle a été lestement exécutée, et la physionomie des personnages n'est pas sans finesse. Le sujet est accompagné d'une double colonne de vers; voici les vers touchant les imprimeurs :

(i) M. Henri Monceaux a donné d.nis son livre la reproduction en phototypie de cette planche.

(2) On voit de ces hachures entrecoupées dans des bois d'alelicrs flamands et de l'atelier de Caxton.

A LYO\ AU XV' SIECLE 1 2 j

La Mort

« Venez danser ung tourdion

« Imprimeurs sus legièremcnt

« Venez tost pour conclusion

« Mourir vous f.iult ccrcainement

« F.iictes un sauk habillement

« Presses et c;ipses vous fault laisser

a Reculer u}- fault nullement

« A l'ouvrage on congnoist l'ouvrier. »

Les Lmi'rimlurs

Hélas où aurons nous recours

Puisque la mort nous espie

Imprimé avons tous les cours

De saincte théologie

Loix décret et poéterie

Par n(ost)re art plusieurs sont grans ders

Relevée en est cleri^ie

« Les vouloirs des gens sont divers. »

Ce que nous avons dit des gravures de l'Histoire du chevalier Oben et de la Grant danse iiiacahre, ainsi que de celles que le maître I. D. a signées, est le complément nécessaire de nos précédentes remarques. La gravure sur bois a été portée à Lyon, dans les premiers temps, à un degré d'avancement auquel on ne croyait pas. Le wallon Guillaume Le Roy, qui avait commencé par prendre pour modèle de ses caractères des types de l'alphabet des Pays-Bas, a retenu auprès de lui son fils, ou plutôt son neveu et filleul, Guil-

124 I-f^S GRAVrUKS SUR BOIS ET LES IMPHIMLUKS

laume II Le Roy, qui était peintre et auquel l'art flamand était familier ; il aura employé en même temps comme graveur un maître expérimenté.

Les peintres et les sculpteurs lyonnais s'inspiraient de l'art flamand au xv= siècle; la manière originale vive et sincère des Flamands du nord et du sud avait modifié celle de nos artistes. La Vierge du chevalier Oben se présente avec un caractère d'exception ; le type et l'exécution sont primitifs.

Le goût flamand avait pénétré avant le goût allemand, mais nos imprimeurs d'origine allemande firent prévaloir celui-ci pour un temps, et, à la fin du xV siècle, on ne trouvait plus que l'empreinte, d'ailleurs mal arrêtée pendant quelque temps, de l'esprit français. Cet esprit devait amener bientôt une transformation imprévue de la gravure.

Des planches en petit nombre portent des initiales ou une marque.

On n'est pas d'accord sur la signification de ces marques. On ne peut décider de la valeiir de chacune d'elles que suivant les espèces. En thèse générale, nous sommes disposé à voir dans ces initiales la signature du graveur ou tailleur d'histoires.

Ambroise-Firmin Didot inclinait à penser, à l'occasion des vignettes qui ornent les livres imprimés au xv° et au xvi" siècle, qu'une partie des initiales sont celles des libraires ou des imprimeurs qui avaient tait faire les planches pour leurs éditions, qui les prêtaient ou les louaient à des confrères. Cette explication est plausible. Renouvier, après l'avoir acceptée, après avoir

même admis ces imprimeurs et ces libraires (.( pour une certaine part dans la composition et l'exécution », n'a maintenu plus tard cette hypothèse qu'avec beaucoup d'hésitation.

Il est possible aussi qu'il faille voir en ces marques l'effet de quelque mesure de police de la librairie. Cependant nous ne connaissons pas, pour le .xv= siècle, d'exemples qui justifient cette explication.

Le premier graveur qui signa ses oeuvres de son nom fut, suivant Zani, le Flamand Israhel van Mecken, qui vivait au milieu du W siècle. Cet usage se répandit.

Un certain nombre de gravures sur bois italiennes, surtout vénitiennes, au xV siècle, portent des signatures en lettres initiales majuscules ou minuscules (I, N, b, .b., ia, .z.a., etc.). L'étude de ces signatures a conduit à admettre qu'elles étaient de tailleurs sur bois ou d'ateliers de gravure, et cette étude a démontré que les dessinateurs des bois étaient autres que les tailleurs (t).

En fait, pour ce qui se rapporte au xV siècle et à Lj-on, nous ignorons le nom des auteurs des histoires dont l'exécution représente même le plus d'effort, la meilleure inspiration et la plus grande somme de travail (2).

Mais, au commencement du xvi' siècle, les signatures ne sont plus aussi rares et il est devenu possible de connaître le nom des signataires. Ainsi VHortuIus

(i) Le duc de Rivoli, Bibliographie des livra à figures vcniiiens, 1892, p. XIV à XXXII.

(2) Des lettrines fleuronnées ou ornées sont signées ; nous n'en connaissons pas les graveurs.

anime, imprimé par Jean Clein, a des gravures sur bois représentant des saints qui ont la marque d'Erhard Schoen, de Nuremberg. Jacques Saccon a imprimé en 1519, une bible latine grand in-folio, dans laquelle le frontispice (saint Jérôme en prière) et la Nativité sont signés du monogramme HSK (Hans Springinklee, de Nuremberg) (i).

Des imprimeurs Ivonnals ont introduit, dès les premières années du xvi" siècle, dans leurs éditions, des encadrements et des bandeaux. Il y en a de gravés sur bois ou en relief sur cuivre, marqués I F, Un de ces encadrements en quatre pièces, dessiné par Holbein, montre dans sa partie inférieure les Muses et une d'elles, Calliope, couronnant Homère. Jean Froben s'en était servi le premier en 1523, pour les Adcii^ia d'Érasme. Curio, Bebelius et Cratander à Bàle, Etienne Dolet et Sébastien Grvphe à Lyon, en ont fait usage plusieurs fois. Didot voyait dans ces initiales la marque de Jean Froben; nous les regardons comme la signature du graveur.

Ce graveur, qui a taillé principalement sur cuivre, travaillait à Bâle, et plusieurs pièces témoignent de son habileté. Nous ignorons sur quels fondements on lui a imposé le nom tantôt de Johann Frank, tantôt de Johann Furtenbach (2). Le professeur Vogelin a trouvé en lui un Jacohus Faher, scnlptor ncrariiis, qui demeurait chez Froben (3). Ce Jacques Favre ou

(i) Voir l'ouvrage de Muther, vol. Il, pi. 20S et 210.

(2) A. -F. Butscli, Die Bâcher ornamentth dcr Renaissance, 1878, p. 36.

(3) Repertûiium Jûr Kuiislicissciisckifl de H. Janiiscliek, t. X, 1887, p. 369.

Fèvre nous intéresse. Il y a eu à Lyon, du \v= au xvii" siècle, une famille Favre, d'origine allemande, qui était dcj.'i dans cette ville en 14S2 dans la personne de Jean Favre, imprimeur. Plusieurs Favre ont été graveurs à Lvon au wi"" et au wn" siècle.

Bernard Salomon faisait suivre sa signature d'une étoile à cinq pointes qu'il n'a jamais employée comme marque (i); si nous la signalons ici, c'est à raison du caractère étrange que ce signe présente. Cette étoile est le pentagramme, le penlalpha ou signtim pythagoriciim, dont, au moyen âge, les gens superstitieux se servaient souvent pour écarter les cauchemars, les sorcières, les démons et même le diable. De nos jours encore, en Allemagne et dans la Suisse allemande, les paysans aiment à faire peindre un pentagramme, Drndenfuss (oiiinis iiicohiiiiilalis sit^uiiiii), sur le seuil des portes, sur les bois de lit, les ustensiles de ménage.

Les chartreaux de l'impôt et les divers rôles pour le service de la commune de Lyon ne nous ont conservé les noms que d'un petit nombre de graveurs. D'autres noms ont été recueillis dans des conditions moins sûres, et il y a même des graveurs dont nous

(i) On a prétendu que Bern.ird S.ilomon n'a j.imais signé une seule des histoires dont on lui attribue la gravure. C'est une erreur. Nous avons découvert sur une des planches de la plaquette des Hymnes du temps (1560) la marque de Bernard Salomon (B S). Le mois de septembre est représenié par une femme qui perte une corbeille de fruits sur la tète et une balance au bras droit ; la lettre B est gravée sur le plate.iu le plus bas et la lettre S sur le plateau le plus élevé.

n'avons pas parlé, tant l'indication était incertaine. Ainsi Renouvier avait pris note d'un graveur de Lyon du prénom d'Alexis dans les dernières années du xV siècle, et de cet Alexis il ne savait rien. Nous nous rappelions l'Alexis, serviteur de Jean Perréal, qui a travaillé comme peintre et tailleur d'images pour l'entrée de Charles VIII à Lyon, et qui a fait en 1490 pour Perréal, des « patrons des ystoires ...comme jeluy ay devisé », a dit Perréal ( i ), mais nous n'avons rien découvert qui permette de faire aussi de cet homme un graveur sur bois. Nous avons écarté d'autres informations de ce genre.

Les noa".s qu'on trouvera ci-après sont restés obscurs; ils sont, en l'état présent des choses, sans intérêt, mais ils peuvent en acquérir quelque jour, et c'est pourquoi nous ferons une brève mention de chacun de ces

James Du Bovs (..1444-14S1).

James Du Boys, « tailleur de molles de cartes, fayseur de cartes. »

Pierre de Lan (..1465-1493).

Pierre de Lan, peintre, « feiscur des moles des cartes. »

Pierre I" (..1465-1482).

Pierre I" ou Perrin, « feyseur des moles des cartes, tailleur de molles (2). »

(1) Arcliives de Lyon, CC 527.

(2) Ce Pierre éiait un autre personnage que Pierre de Lan.

Gitillaninc Gormy (..1480-1493).

Guillaume Gormy « t-iilleur di moles, graveur de moles de c.irtes, graveur en tailles de bois. »

Antoinl I'^^' (..14S3-14S7).

Antoine I", graveur en tailles de bois, graveur (i).

hmis DL Luxembourg (..1484-15 14).

Louis de Luxembourg, « fltiseux de moules de quartes, tailleur et graveur de molles de cartes. »

*(2) Jean Gaignères (.. 1485-149 i).

Jean Gaignières, peintre, ymagier, graveur.

Pierre BoiLLOD (..i4S5-f 1502J.

Pierre Boillod ou BuUioud, graveur. Il demeurait auprès d'ateliers d'imprimerie ; nous ignorons s'il était graveur sur bois.

Étienke (..1488).

Etienne, tailleur de molles.

* Jacques de Herhnbercii (..14S8-1490).

Jacques de Herenberch, d'Allemagne, imprimeur, associé de Micbel Topié. On le regarde, nous ignorons d'après quel témoignage, comme ayant été graveur (3).

(i) Un M= Antoine le tailleur était en 1515 1' « hoste (l'iiotelier) de la Pomme » (CC 126).

(2) Les graveurs dont le nom est prcciJJé d'un astérique, sont ceux qui nous ont été signalés comme tels par Ambroise- Firmin Didot, le marquis Léon de Laborde, Rcnouvier et O. Tliicrry-Pûux.

(3) On a auribué à Herenberch la gravure en taille -douce

Jean de Hollande (. .1488-1507).

Jean de Hollande, peintre et graveur, Flamand.

* Claude Daigne (..1490 1498).

Claude Daigne ou Daygne, imprimeur, graveur sur bois (i).

* Jacques Aknollet (..1490-15 10).

Jacques Arnollet ou ArnouUet, imprimeur et libraire, graveur en tailles de bois.

Pierre II (. .1491-1492).

Pierre II le graveur.

André Perroset (..1491-1512).

André Perroset ou Perrouset, cartier, « tailleur de molles » et peintre. Il demeurait dans la rue Sainl- Éloi. Il a été 1' « hoste des Troys Roys » (c'esl-.idire qu'il a tenu l'hôtellerie des Trois Rois).

Gilles Le Riche (..1491-1517).

Gilles ou Gillet Le Riche, « tailleur de molles de cartes, tailleur de molles, graveur en tailles de bois. »

Jean de Vixgle (..1493).

Nous avons relevé, dans un des rôles des Estahlies

des planches jointes aux Sainctes pcrégrinalions de Ihiiiisakin (1488). Ces planches ont été faites d'après les dessins d'Erhard Reùvvich, d'Utrecht, qui avait accompagné Bernard de Breydenbach dans ses voyages. Zani a été d'avis qu'elles étaient l'œuvre d'un graveur français, et Robert -Dumesnil leur a donné pour auteur un orfèvre français (t. VI, p. 3 et 4).

(i) Les bois du Doctrinal de sapience de 149S auraient été gravés par Daigne (?).

en cas d\ffroy de janvier 1492 (1493), la mention suivante : « Jhean de vingles de Tornay graveur et a iij serviteurs ». Ce graveur demeurait dans le quartier « depuis le commencement de la rue Marcyère jusques au carré de la maison Saint Anthoine et la rue trasversant vers le puys Pelouz (i) »

Jean de Vingle l'imprimeur était à Lyon à la même époque et habitait aussi dans la même rue Mercière. Mais Jean de \'ingle l'imprimeur était originaire de la Picardie, Picardiae naiionis ; on le désignait même quelquefois sous le nom de Jean le Picard. Le Jean de Vingle de Tournai était son parent; il aura été le graveur de l'atelier d'imprimerie de son homonyme. Ce graveur a eu de l'initiative et avait de l'habileté dans son art.

Antoine II (. .1493-1507).

Antoine II le cartier, le graveur.

Le nom patronymique n'a été inscrit ni sur les Noimiices ni sur les rôles. Il est probable que c'est l'Antoine de Logiriera qui a signé des cartes à jouer de fabrique lyonnaise (2).

Guillaiiiiie Le Roy (.. 1493--1- de 1525 à 1528).

Guillaume Le Roy, appelé souvent « maistre Guillaume le paintre » ou « maistre Guillaume le Flamand », maître peintre.

Il est probable que ce Guillaume Le Roy était fils oc neveu de Guillaume Le Roy l'imprimeur, et qu'il

(i) Archives de Lyon, EE, IV, 198 d. 3. (2) Ces cartes à jouer appartiennent à M. Paul Le Blanc, de Brioude.

a dessiné et gravé des bois d'éditions de son homonyme.

Guillauine Huyom (. .1497-1528).

Guillaume Huyon, imprimeur, graveur.

* Claude Dalmiîs (.. 1498-1 500).

Claude Dalmès ou Dalmais, peintre, a graveur en tailles de bois y.

Guillaume Cornet (.. i 49S-1 509).

Guillaume Cornet, graveur sur bois.

* Jacques Mareschal (..1498-1 629).

Jacques Mareschal dit Roland, imprimeur et libraire, graveur sur bois. Il a signé des bois IM.

Antoine Chevallier (..1499-7 de 141 8 à 1528). Antoine Chevallier, « faiseur d'ymaiges en pappier » et peintre.

Charles (..1499- 15 24).

Charles, « ymaginicr, faiseur d'ymages, ymagier, tailleur. »

Jean Yvo'SEr (..1500-1513).

Jean Yvonet, peintre et graveur sur bois.

Vango.meryn (..1500-15 18).

Vangomeryn, Flamand, tailleur d'histoires (1).

Guillaume (..i 500-7 i 524 ou 1525).

Guillaume, « iniagineur, tailleur d'istoyres. »

(i) Un Josse ou Jousse Vangomaryn, peintre, était à Lyon de 15 16 à 1524.

Jacques de Belmoxt (.. 1500-1 534).

Jacques de Belniont ou de Balmont, faiseur d'images, imagier, cartier, peintre.

Le maître I. D. Il nous reste à inscrire parmi les graveurs sur bois de Lyon le maître L D. Il a travaillé à L}'on dans les dernières années du xV siècle, et il a signé de ses initiales des planches qui ont un caractère particulier. Nous citerons une planche placée en tête du Qiiadragesitiwle aurcitm de peccaiis de Trechsel, de 1489 (i), les planches dont est illustré un Ars vioriendi publié .à Lyon, la planche de l'Annonciation qui donne tant de prix à la rare plaquette des Mislères de la saincte messe, une Lapidation de saint Etienne. Le maître I. D. était un dessinateur et un graveur fort habile, véritable artiste, qui s'tst inspiré de l'art flamand. Il y avait à Lyon en ce temps-là, de 1485 à 15 15, un maître cartier, « natif de Breysse », Jean Dalles, Dales, ou de Dalles, avec lequel, à raison des initiales, de la profession et de la période d'exercice, on pourrait identifier le maître I. D.

(i) 14S9, nouveau style. On lit au colophon : i4iS8, die vero voua Fchriiarii.-

134 LES GRAVhURS SUR BOIS ET LES IMPRIMEURS

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