SANS DÉSIGNATION DE
PKOFESSION
Du côlé de l'Empire
Hoirs Barihélemy Buyer.
Hoirs Barthélémy Buyer
et Jacques Buyer
Jacques Buyer
Claude Gibolet (parche-
minier)
Sixte Glogkengiesser ou
Campanaire (hôtelier).
(i) Nous avons trouvé toujours Bruccllement mentionné comme libraire.
Nous savons, par des livres imprimés à Lyon, que quatorze imprimeurs ont exercé dans cette ville depuis 1473 jusqu'en 1485, savoir : Guillaume Le Roy, 1473; Nicolas Philippe et ALtrc Reinhard, 1477; Martin Husz et Jean Siber, 1478; Guillaume Balsarin, Jacques Buyer, Gaspard Hortuin et Perrin Le Masson, 1479 ; Sixte Glogkengiesser, 1480; Pierre Hongre et Mathieu Husz, 1482; Jean Favre et Jean Schabler, 1483.
Trois de ces imprimeurs (Marc Reinhard, Martin Hosz et Perrin Le Masson) n'ont pas été inscrits sur les rôles de la taille.
Répétons -le : quatorze imprimeurs ont produit à Lyon des impressions qui ont été conservées, et aucun imprimeur ne figure sur les chartreaux jusqu'en 1484 ou 1485. La non-inscription des imprimeurs sur les rôles soit pour la taille soit pour le service militaire (i) n'a qu'une explication. Les imprimeurs auront été exemptés pour un temps par le roi des impôts et des charges militaires. Cette faveur ne doit pas surprendre de la part de Louis XI. Ce prince prit toujours nn très vif intérêt à l'imprimerie.
« Le iiij^ jour d'octobre mil iiij' Iviij (r4j8) ledit s' Roy ayant entendu que mess'" Jehan Guchemberg chevalier demourant à Mayence, pays d'Allemaigne, homme adextre en tailles de caractères de poinçons, avoit mis en lumière l'invention de imprimer par poinçons et caractères, curieulx de tel trésor, ledit
(i) Aucun imprimeur ne figure pas non plus sur « l'inventoire des arnois •> de 1472. Les Establies de janvier 1492 (1495) portent les noms de plusieurs imprimeurs, entre autres de Guillaume Le Roy, de Jean Schabler, de J.icques .\rnollet, de Jean l'imprimeur (de Genève), etc.
A LYOK AU W SIECLE 73
s^ Roy auroit mandé aux géncraulx de ses monnoycs luy nommer personnes bien entendues à ladictc taille et pour envoyer audit lieu, secrettement soy iniïormer de ladicte forme et mannière de ladicte invention, entendre, concevoir et apprendre l'art d'icelle. A quoy fcust sattisfaict audit s'' et par Nicolas Jenson ( i ) feust entreprins tant ledit voyage que semblablement de parvenir à l'intelligence dudlt art et exécution d'icellui audit Royaulme, dont premier a faict debvoir dudit art d'impression audit Royaulme de France (2). »
Jenson, qui avait travaillé dans l'atelier de Schoiffer et auquel le nouvel art était devenu familier, alla, au lieu de revenir en France, s'établir à Venise, et, chose étrange, il s'y présenta d'abord comme Allemand (3).
Louis XI ne perdait pas de vue l'imprimerie. Il octroya, en février 1474 (1475 nouveau style), des lettres de naturalité aux trois premiers imprimeurs parisiens, « venuz demourer en nostre royaulme puis aucun' temps en ça pour l'exercice de leur art et mestier de faire livres de plusieurs manières d'escripture en mosle et aultrement (4). » Les lettres du 2t avril 1475 ne sont pas moins significatives. Le roi ordonna
(i) Nicolas Jenson, né à Sommevoire (aujourd'hui dans le diocèse de Langres), était maître ei tailleur de la monnaie de Tours.
(2) Bibliothèque nationale, mss., fonds français, 11° 5524, f°s 152 vo et 155 r". Bibliothèque de la Monnaie de Paris, Figvres des moiinoyes ds France de J.-B. Haultin, notes manuscrites, i° clxv.
(5) M. A. Claudin incline à penser que Jenson a été amené par Jean de Spire à Venise, où il était en 1470 en même temps graveur et fondeur de caractères et imprimeur.
(4) Ces lettres ont été publiées par G.- A. Crapelet {Eludes pratiques et lillèraires sur la typographie, 1S57, p. 14 à i6j.
de restituer à Conrad Hannequis et à Pierre Schoifter (i), les imprimeurs de Mayence, une somme provenant de la saisie, faite en vertu du droit d'aubaine, de « plusieurs beaux livres singuliers et exquiz », imprimés par eux et trouvés en la possession d'un de leurs facteurs, un Allemand (Hermann de Stathoen, natif du diocèse de Munster), décédé à Paris. Louis XI fit cet acte de libéralité, k ayant... considération de la peine et labeur que lesditz exposans ont prins pour ledit art et industrie de l'impression et au proufit et utilité qui en vient et peut en venir à toute la chose publicque tant pour l'augmentation de la science que aultrement (2). » On voit quelles étaient les dispositions de Louis XL L'art de l'imprimerie n'était pas le seul qui avait éveillé l'attention et excité la sollicitude de ce prince. L'art du tissage de la soie ne lui avait pas paru moins nécessaire au développement du travail dans le p.ays. Le roi avait, en 1466, « par grant et meure délibéracion de conseil conclud et ordonné faire mectre sus et introduyre l'art et ouvraige de faire les draps d'or et de soye en icelle nostre ville de Lyon, et pour ce ordonné faire venir audit lieu maistre ouvriers apparilleurs et autres expérimentez tant ou fait de l'ouvraige de ladicte soye comme es taintures et autres choses à ce propos et convenables. » Cette résolution hardie n'aurait pas suffi. « Afin que lesdits ouvriers et autres qui besoignieront oudit fait art et ouvraige desdits draps
(1) « Conrart Hancquis et Pierre Sclieffre. »
(2) Recueil général des antennes lois friiiiçciiscs..., par Is.imbert, etc., l. X, p. 710 à 712. Oidûiniaiiccs des rois de France, \o\. XVIII, p. 114 à 116.
A LYON AU XV' SIECLE yj
d'or et du soye ilz soient plus enclins et que autres aient et preignent vouloir de venir résider et demourer en nostredicte ville de Lion pour eulx employer oudit fait et exercice, est-il dit dans les lettres du 24 novembre 1^66, nous... avons octroyé et octroyons que tous les ouvriers et ouvrières qui viendront demourer audit lieu de Lion pour faire exercer ledit ouvraige et artifice de draps d'or et de soye et autres deppendans d'icelluy soient et demourent francs quictes et exemps de toutes les tailles et inipostz qui sont ou porront estre mis sus en ladicte ville de Lion de par nous ou autrement... Et aussi voulons et octroyons qu'ilz soient francs et exemps de toutes aides entrées yssues et fraiz de ville quelxconques et de guet et garde porte et des choses dessusdictes les avons exemptés et afïranchiz exemptons et affranchissons de tout et chacun d'eux de grâce espécial par ces présentes d'yci à douze ans prochains venans... ( i )• » Ainsi les ouvriers exerçant l'art du tissage de la soie ont été exemptés et affranchis par le roi, en 1466, de tous les impôts et des services publics pendant douze années (2).
(i) Archives de Lyon, HH. Lettres données à Orléans le 24 novembre i.]66 (copie du temps). D'autres lettres de Louis XI, du 23 novembre et du 15 décembre 1466, se rapportent à cet établissement du tissage de la soie à Lyon.
(2) Plus tard, par ses lettres données au Plessis du Parc, en octobre 1480, Louis XI ordonna que les ouvriers étrangers (Italiens et Grecs) 'i besongnans du mestier et artifice de draps d'or et d'argent et de soye », qu'il avait fait venir à Tours, eussent, pour les a;quisiiions de biens, les donations et les successions, les libertés it les droits des natifs du royaume.
76 LES GRAVliURS SUR BOIS ET LES IMPRIMEURS
Nous regardons comme un fait certain que Louis XI a octroyé de pareilles exemptions aux ouvriers exerçant l'art de l'imprimerie à Lyon. La démonstration a été déjà faite par nous. Nous avons constaté en effet que, jusqu'en 1485, peut-être jusqu'en 1484 ( i ), aucun imprimeur n'a été assujetti au paiement d'impositions et ;i l'accomplissement de devoirs publics. Il s'en suivrait que l'exemption pour une période de douze ans aurait été consentie par le roi probablement en 1473, ou au plus tôt en 1472.
La délivrance de ces lettres est prouvée, à nos yeux, par le fait matériel de la non-imposition des tailles sur les imprimeurs à Lyon. Mais nous reconnaissons que ces lettres ont échappé à toutes les recherches; il y est fait toutefois allusion dans des lettres royaux postérieurs.
On a objecté que les lettres royaux d'exemption de taxes n'avaient pas pu prévaloir contre d'autres lettres du roi, notamment contre les lettres du 3 juin 1478 soumettant « toutes personnes (à Lyon) de quelque estât et condition qu'elles soient... au payement des impostz, tailles et aultres subcides. » Ces dernières lettres existent en effet, mais elles n'ont visé que « les biens héritages et possessions ruraulx à eux advenus (aux habitants de Lyon) (2). »
On ne saurait prétendre que les premiers imprimeurs, étant étrangers, « vendans marchandant et négociant » aux foires, ont pu échapper à l'impôt.
(1) Nous disons jusqu'en 1484, parce que le ch.irtreau de 1484 manque dans les archives de la ville de Lyon.
(2) Archives de Lyon, CC 351.
Des lettres Je Louis XI du 4 avril 1480 ont astreint les étrangers au paiement des mêmes « aides subcides tailles empruntz » que les autres habitants ( i ).
Quoiqu'il y ait eu dans les premiers temps à Lyon quelques imprimeurs français, on regardait ceux qui exerçaient l'art de l'imprimerie comme Allemands. On en trouve la preuve dans plusieurs délibérations consulaires. Nous en donnons un exemple.
Informé, dans les derniers jours de décembre 1492, que Maximilien I", alors roi des Romains, marchant sur Lyon, était proche de Gray avec son armée, le Consulat prit des mesures pour assurer la garde et la sûreté de la ville. Dans une assemblée tenue le 1" janvier 1493, où se trouvaient réunis, en raison de la gravité des circonstances, les conseillers « vieulx et nouveaux » et nombre de notables, il fut décidé « de donner ordre à la garde de ladicte ville tant guet, escharguet, gardes des portes escoutes que autres, et faire mectre hors ladicte ville les estrangiers mesmement les imprimeurs non mariez ne acascz en ladicte ville comme allemans et autres de pays suspectz, on leur deffendra non pourter basions (2) ne harnoyz... (3). »
On s'est demandé si les imprimeurs qui, suivan^ quelques érudits, auraient été le plus souvent ambulants dans les premiers temps n'auraient pas été atteints par
(i) Archives de Lyon, CC 352.
(2) On désignait, encore au xv= siùcle, sous le nom de hastoii toute arme offensive autre que l'épée (la hache, la vouge, la masse plommée, la lance, etc.). Les armes à feu, même les petites pièces d'artillerie, étaient appelées basions à feu.
(3) Archives de Lyon, BB 20, i° 40 recto.
le fisc au cours de leur séjour temporaire à Lyon. La révision des rôles des tailles étant annuelle et faite par les citoyens, sous l'autorité et le contrôle du Consulat, les circonscriptions étant assez étroites, cette hypothèse doit être écartée.
Nous ne croyons pas d'ailleurs que la mobilité ait été, à l'origine, une des conditions de l'exercice de l'imprimerie. L'imprimeur, propriétaire d'un matériel peu compliqué et toutefois embarrassant, cherchait à l'exploiter dans le lieu où il espérait trouver le plus de profit, et il répondait à l'appel qui lui était fait par un seigneur ou un riche bourgeois, un évèque ou un abbé. Mais il y avait des mécomptes, et le déplacement de l'imprimeur, assez fitcile, n'était motivé d'ordinaire que par le désir de trouver une situation meilleure (la fortune récompensa fort mal les eff'orts des premiers maîtres, au moins à Lyon; on le verra plus loin). La nécessité paraît avoir été la raison de ces migrations, et en somme l'état de nomade a été l'exception pour l'imprimeur qui ne pouvait pas toujours s'y accommoder, car, dans ce cas, celui-ci devait suffire à tous les besoins de sa tâche, étant à la fois fondeur de caractères, graveur sur bois, imprimeur, enlumineur, relieur et libraire. La division du travail fat établie assez promptement à Lyon.
Nous savons par les rôles des impositions pour le roi que, en 1460 et en 1461, il n'y avait pas d'imprimeurs à Lyon, qu'ils fussent ou non soumis à la taille ( I ). Di.x ans plus tard, en 1471, le Consulat
(i) Le cliarircau de 1460 (CC S)) f.iit conn.iître « les riLinans et habitans prétendant privilège et exemption des tailles. » Le char-
imposa les habitants apparais, c'est-à-dire ayant une certaine aisance, à l'effet de couvrir un emprunt de 3,000 écus fait par Louis XI à la ville de Lyon pour subvenir aux frais de la guerre contre Charles le Téméraire. Aucun imprimeur n'a été porté sur les rôles (r).
Le privilège des imprimeurs, en tant qu'imprimeurs, n'a été rappelé dans aucun acte connu. Les lettres de Louis XII dont nous allons parler ne s'appliquent qu'aux imprimeurs de Paris et à raison de leurs attaches avec l'Université.
Louis XII octroya en effet, à Blois, le 9 avril 15 13, des lettres à « certains libraires relieurs enlumineurs et escrivains establiz et ordonnez... comme supposts et officiers d'icelle université (de Paris)... lesquels ont accoustumé... de tout temps et d'ancienneté estre tenus francs, quittes et exempts de toutes tailles, impozts, dons, prests, octroys, impositions, et autres aides quelconques... » Le roi voulut qu'ils fussent « entretenus en leurs privilèges, libertez, franchises, exemptions et immunitcz... pour la considération du grand bien
qui est advenu au moyen de l'art et science de
impression, l'invention de . laquelle semble estre plus divine que humaine ». Il les exempta en outre « de tous guets de ville et gardes' des portes fors et réservé en cas d'éminent péril (2). »
trcTU Je 1461 (CC 86) donne l'ctat des impositions pour le roi « sur toutes manières de gens excepté sur gens de église, nobles vivant noblement, officiers ordin.iires tt conimens.iux de la roj-nc Marie, du Ro)-, nostre sire, de l.i Royne, Je monseigneur le duc de Berry et pouvres mendians. »
(1) Archives de Lvon, CC 90.
(2) Anciennes lois frui:(aiscs, t. XI, p. 643 .\ 64;. Ordonnances des rois de France, t. XXI, p. 509 à 512.
8o LES GRAVEURS SUR BOIS ET LES IMPKLMEURS
Il s'agit d'une confirmation de privilèges dont on jouissait « par tel et si long temps qu'il n'est mémoire du contraire. » La concession antérieure de ces privilèges était ignorée des imprimeurs et des libraires de Lyon au xvii= siècle, elle n'avait d'ailleurs pas d'intérêt pour eux étant donné qu'elle était limitée. Dans un mémoire par lequel nos imprimeurs ont demandé, au xvn'= siècle, la révocation d'un édit frappant d'une imposition le papier blanc, ils ont exposé que « la recommandation des Lettres, chéries en toutes sortes d'estats, a meu les Princes d'octroyer diverses exemptions et immunités non seulement à ceux qui font la profession, mais encore aux livres comme instrumens nécessaires et aux Libraires, Imprimeurs et autres en conséquence »; que « la France... a tousjours eu des Rois très affectionnés aux Lettres... qui ont surmonté tous autres Princes en ce poinct. » Les imprimeurs n'ont cité à ce sujet que l'ordonnance de 15 13, confirmée par les successeurs de Louis XII, qui « ont déclaré ces privilèges avoir lieu non seulement pour Paris et Lyon, mais aussi pour Rouen et autres du Royaume (i). »
Nous ne pouvons pas ne pas mentionner le Retglemenl de riinpriincrie pour la ville de Lyon octroyé par lettres de François I", du 19 juillet 1542 (2), parce qu'il contient quelques faits qui seraient intéressants si leur inexactitude n'était pas évidente.
(( ... Receue avons, dit le roi, l'humble supplication de nos chers et bien amez les consuls eschevins
(i) Archives de Lyon, HH.
(2) Ces lettres ont confirmé un édit du 28 décembre 1541.
■ A LYON AU XV' SIECLE 8l
manans et habitans de nostre bonne ville et cité de Lyon contenant que pour la décoration, réputation, bien, proffit et utilité de ladicte ville, ils ont esté fort curieux et n'ont rien espargné à faiie venir et attraire en icelle depuis six vingt ans en là toutes sortes d'artisans et gens industrieux, et entre autres plusieurs maistres et compagnons imprimeurs de livres, pour y exercer l'art et trafic de l'imprimerie, qui pour lors se faisoit en Allemagne et à Venize, dont ils tirèrent lesdits maistres et compagnons, qui depuis ont tellement continué ledit art en icelle ville qu'il n'y a aujourd'hui lieu en la Chrestienté où il se face plus bel ouvrage n'en plus de diverses sciences qu'il se faict audit Lyon, où une grande partie tant de nostre Royaume qu'autres pays et provinces estrangers se fournissent de livres avec tel et si bon prix qu'il ne sçiuroit estre plus raisonnable (i). »
Ce règlement a été donné à Lyon à l'occasion d'une coalition des ouvriers imprimeurs qui avait commencé en 1539. « Aucuns serviteurs compagnons imprimeurs mal vivans ont suborné et mutiné la plus part des autres compagnons et se sont bandez ensemble pour contraindre les maistres imprimeurs de leur fournir plus gros gages et nourriture plus opulente que par la coustume ancienne ils n'ont jamais eu. »
Avant de poursuivre notre exposé, nous devons relever cette assertion des échevins que l'imprimerie aurait été introduite à Lyon depuis six vingt ans,
(1) Ces lettres ne sont pas aux Archives de Lyon ; elles sont aux Archives nationales, registre des bannières, t. III, {°^ 166 v° et 167 vo.
c'est-à-dire depuis l'an 1430. Ce n'est pas la seule erreur commise par le Consulat; une autre plus forte l'avait été en 1540. Voici dans quelles circonstances.
Un arrêt avait été rendu aux Grands jours de Moulins, « faisant mencion (dans un de ses articles) que les aprentifz (imprimeurs) ne besoigneront à composer et mectre les lettres qui n'aient demeuré trois ans aprentifz. » Les maîtres imprimeurs déclarèrent que cette condition était trop préjudiciable à leurs intérêts, qu'elle était l'occasion de différends et de procès avec les compagnons imprimeurs et que, pour s'y soustraire, ils étaient résolus à se retirer à Vienne. Le Consulat intervint, s'entendit avec eux et décida d'envoyer à frais communs, « à Paris et en court », le fîls de son secrétaire pour poursuivre la réforme de l'article incriminé. Il est dit à ce sujet, dans la délibération du 25 novembre 1540 (i), que la retraite des imprimeurs à Vienne « soit gros dommaige en ceste ville de perdre une si grosse et belle manifacture d'icelle imprimerye qui a costé beaucopt il y a environ huit vingtz ans de l'y attraire et entretenir (2). »
Ainsi, en 1540, les échevins faisaient remonter .'i l'année 1380 l'introduction de l'imprimerie .à Lyon (3).
(i) Archives de Lyon, BB 58, fo' 118 et 119, BB $9, fo^ 297 et 298.
(2) On lit dans la délibération du 8 novembre 1540, « que ce seroit un gros dommaige en ceste ville de perdre une si belle chose comme est ledit art de l'imprimerie qui est le plus grant et le plus beau en ceste ville qu'il soit en la crcstienté oij grand partie du peuple gaigne honnestement sa vie (Archives de Lyon, BB 58, fo 115, BB S9. f° 292). »
(3) Il y a bien « huit vingiz ans r au registre. PéricauJ a attri-
Revenant à notre thèse, nous tenons, malgré l'oubli dans lequel était tombé le privilège que Louis XI avait accordé à Lyon, l'existence de celui-ci pour certaine, et nous pensons que l'exemption des impôts a dû être ordonnée en 1472 ou en 1475. Cela ne s'accorde pas avec l'opinion qui fait remonter à une époque antérieure l'introduction de l'imprimerie à Lyon, opinion qui a été soutenue avec quelque fermeté, mais, comme plusieurs chartreaux antérieurs à 1472 ont été conservés, comme aucun imprimeur n'y figure, on ne comprendrait pas l'omission de ces contribuables, quelque modique que fût leur impôt, sans une décision formelle du roi. Q.uant au Consulat, il n'avait pas qualité pour statuer sur les questions de principe en cette matière ; il pouvait ordonner des suspensions ou des remises d'impôt totales ou partielles, fondées sur la condition des imposables, et ces décisions ont toujours été consignées soit dans les actes ou les comptes consulaires soit dans les rôles de la taille.
Nous n'avons pas à nous occuper ici d'Etienne
bué cette affirmation à une distr.^ction du secrétaire du Consulat qui, « au lieu de quatre a écrit huit {Bibliographie lyonnaise du XV'= siècle, 1851, p. 6). » Nous ne croyons pas .i une distraction du secrétaire en 1540 et en 1542; on avait perdu au Consulat le souvenir des origines de l'imprimerie à Lyon, et on l'a vu dans d'autres circonstances. M. Claudin, auquel nous avons communiqué les deux délibérations consulaires, a fait la remarque que les échevins ont pu parler de l'industrie des cartiers. M. Claudin a trouvé des cartiers avec la qualification d'imprimeurs dans des documents du xiv^ et du xve siècle, notamment à Limoges. Toutefois, à Lyon, les mots emprimeur, impresseur et imprimeur n'ont été introduits que vers 1473.
Coral, de Lyon, qui a imprimé à Parme de 1473 ^ 1^77, dans le même temps qu'Andréa Portilia, et qui a donné dans cette ville plusieurs ouvrages en 1473 (i). Etienne Coral, originaire de Lyon, a dû se former dans l'atelier de Sweynheim et Pannartz à Rome, et c'est à Rome que, suivant AL A. CLiuJin, on lui aura proposé de s'établir à Parme. Coral a employé dans ses premières éditions des caractères romains, ronds, semblables à ceux de Rome (2). Il avait quitté Lyon, a-t-on dit, « par suite d'une trop forte concurrence » (3); cette assertion n'est justifiée par aucun document, et les faits que nous connaissons ne la confirment pas.
Nous avons montré plus d'une fois que les manufactures et le commerce à tous les degrés ont été indépendants à Lyon dès le xiV siècle. Tous les « ouvriers et artisans... travaillant en toutes sortes d'ouvrages (4) », avaient reçu des rois de France « pleine liberté et franchise ». Tout ce qui était relatif aux arts et aux métiers avait été placé sous l'autorité absolue du Consulat. Ce n'est pas faute par
(i) Coral s'est pl.iint dans le colophoii de VAchUhis de 1473 de la malveillance de ses coiicurrems {iiividonim qtwniiiiJum malivolciitia Jacessilus).
(2) Fui. Calulli veroiunsis poelae doclissimi liber... — P. Paphii Sltilii sircvli silvarvm liber primvs. — Impressum Parmae per vie Slephanu(iii) Corallu{)it). Aniio^ Chrisli. m. cccclxxiii. secu(v)do cal. sepieinhris.
(3) Le nom de Coral ne se trouve pas dans les chartreaux lyonnais de 1460 à mSo.
(4) Il a été fait exception pojr les apothicaires, les chirurgiens, les orfèvres et les serruriers.
les artisans et les gens de métier, français et étrangers, d'avoir cherché souvent à se grouper, à organiser ces groupements d'une façon restrictive, à se donner des règlements étroits, mais l'esprit d'indépendance, l'habitude de l'autonomie communale, le régime de la liberté inséparable de la prospérité des foires et d'un grand commerce de capitaux, de métaux précieux et de marchandises, régime également fécond en attirant des travailleurs et en donnant naissance à des industries nouvelles, l'intérêt public lyonnais, en un mot, eut longtemps raison des intérêts privés, malgré leur ardeur et leur ténacité. Louis XI est celui de nos rois qui soutint le plus résolument le Consulat contre les entreprises des gens de métier, impatients de toute concurrence. Il se prononça à ce sujet avec beaucoup de décision en plus d'une occasion, et entre autres dans des lettres données à L3-on le 17 avril 1476.
Les artisans et gens de métier, y est-il dit, « s'efforcent de faire et eslever plusieurs congrégacions et assemblées particulières soubz umbre et couleurs de plusieurs confraries ( r ) qu'ilz font et continuent chacun an à certaines festes — et ausdictes congrégacions et assemblées lesdits artesans et gens de mestier qui sont gens au moins la plus part de estranges contrées et de divers lieux et pais font et font faire par leurs variez
(i) Il y avait à Lyon, même avant le xiv« siècle, de ces confréries qui étaient des communautés ouvertes et qui étaient représentées, dans les assemblées de la Conmiune et entre autres aux éleciions des conseillers de la ville, par des députés élus. On a la liste de ces députés (« mestros des mestiers » au xiv» siècle) depuis
et serviteurs plusieurs seremens et aussi statuz e: ordonnances touchant le fait des mestiers d'icelle ville. »
Le roi ordonna que, sous peine d'amende arbitraire, aucune assemblée de gens de métier ne pourrait être tenue sans l'agrément et l'assistance du Consulat et que, pour tous les statuts et ordonnances relatifs aux métiers, les conseillers de la ville pourvoiraient « ainsi qu'ils verront estre à le faire en bonne police et équité au bien proufHt et utilité de la chose publicque de ladicte ville (i). »
Il faut descendre jusqu'en 15 18 pour trouver dans les actes consulaires la preuve de l'intervention (et elle n'avait dans le cas paniculier dont il s'agit qu'une très faible importance) des échevins dans une entreprise concertée entre les imprimeurs.
8 juin 15 18. « M= Jehan Tierr}' docteur pour et au nom des imprimeurs de ceste ville de Lyon a remonstré avec plusieurs desdits imprimeurs à mess, les conseillers que dès longtemps ilz ont esté à la poursuite pour jouer le jeu et mistère de la conception Nostre Dame et pour ce se sont foict de grans fraiz pourquoy ont requis que mess'' leur veullciit permectre jouer ledit mistère de ladicte conception par lequel ilz n'entendent ne veulent blasmer personne mais le tout à l'honneur louenge de dieu du Roy et de la ville. Ausquelz a esté respondu que mesdits s" en auront conférence avec mess, de la justice po' après Itur en faire telle response que de raison (2). »
(i) Archives de Lyon, HH.
(2) Archives de Lyon, BB 37, f" 177 r»
Les imprimeurs reçurent d'autre part la permission avant que le Consulat ne se fût prononcé. Les échevins protestèrent, et, quoiqu'il ne s'agît que d'une mesure de police, ils invoquèrent leur droit de donner au préalable leur avis, « ainsi que faict a esté de toute ancienneté, » en menaçant d'en appeler au roi. Le Consulat tenait à garder sa pleine juridiction sur les hommes des métiers. La permission fut retirée par une sentence du juge des ressorts, et les échevins, sur la demande qui leur fut fiite à nouveau, l'accordèrent par délibération du 8 juillet 15 18. Le jeu devait durer « environ quatre ou cinq jours )>, et eut lieu, « sur la fin d'aoust, en la place des Courdelliers. » Le Consulat, qui s'était réservé une loge dont il ne devait pas payer le prix, fit visiter auparavant les « eschauffaulx » pour s'assurer de leur solidité (i).
Les imprimeurs et les libraires eurent à Lyon le bénéfice de la libre pratique de leur industrie et de leur commerce, et l'on renforça ces dispositions à plusieurs reprises. C'est ainsi que, dans un édit sur la réformation de l'imprimerie à Lyon, donné à Caillou en 1571, Charles IX prescrivit que « les compagnons et apprentis n'ayent à faire aucun serment, ir.onopoles, et à n'avoir aucun capitaine entre eulx, lieutenant, chef de bandes, ou autres, ne bannière ne enseigne. » Le roi interdit de former « aucune confrairie, d'exiger argent pour faire bourse commune (2). »
Cl) Archives de Lj'on, BB 57, {«^ 190 v», 191 1° et 202 v.
(2) Archives de Lyon, HH. — Le roi ordonna, par un des articles de cet édit, que « chascun (imprimeur ou hbraire) eu aura (une marque) une à part soy, différentes les unes des autres. »
BARTHELEMY BUYER
On a regardé Barthélémy Buyer comme le premier imprimeur lyonnais, et l'on a as-ancé qu'il avait précédé Guillaume Le Roy de plusieurs années. On a fait de lui tout au moins l'élève et l'associé de Guillaume Le Roy. Cela appelle des explications que nous croyons pouvoir tournir.
Pierre Buyer était « docteur en loys » à Lyon ; il avait épousé Marie Buatier. Il laissa trois enfants : deux fils, Barthélémy et Jacques ; une fille, Poroanette. Il était décédé à la fin de 1459.
Son fils Barthélémy était, en 1460, « estudiant en l'université de Paris en faculté des ars (i). » Il fut reçu « bachelier en chascun droit », et se fit marchand à son retour à Lyon. Il n'a plus quitté cette ville. Il
(i) Barthélemv Buyer fit requête au Consulat, le 29 janvier 1459 (1460), lie le tenir « franc et quicte de toutes tailles », à r.iison du <i privilège donné ausdix escolliers. » (Archives de Lyon, BB 7, 1° 159 r"). Il a dû connaître à Paris Jean Heynlein, qui fut reçu à la Sorbonne en juin 1462. Jean Heynlein, qui fut recteur de l'Université de Paris, a été, avec Guillaume Fichet, le créateur de la première imprimerie parisienne.
épousa Louise Dalmèsc (Dalmès ou D.ilmais) ( i ), dont il a eu trois enfants, parmi lesquels un fils, Jean, qui était mineur lors du décès de son père en 1483.
La qualité de marchand n'a été indiquée dans aucun des chartreaux, mais elle ne peut pas être contestée ; elle a été donnée à Barthélémy Buyer dans l'inscription commémorative que son frère Jacques Buyer fit placer dans l'église Saint-Nizier, lors du transfert des restes de Barthélémy et de ses parents dans le caveau de la chapelle édifiée et dotée « à ro(n)neur Dieu et la doulce Vierge mère et saint Barthélémy » , suivant les dernières volontés de Barthélémy Buyer (2).
Celui-ci a donc été marchand et était très riche. On se rend compte de sa fortune par le taux élevé de ses impositions. On ignore à quelle époque et dans quelles conditions il accueillit le Flamand Guillaume Le Roy qui était imprimeur (3).
Barthélémy Buyer passa avec Guillaume Le Roy un contrat dont on ignore les termes. Il est toutefois certain que, dans les premières années, Buyer subvenait à la dépense des impressions et qu'il avait établi le raité-
(l) Son frùre Jacques a épnisé Madeleine Dalmès.
{2) Cette inscription est toujours à la mcnie place, très visible, encastrée dans le mur en face de l'atitel, dans la quatrième chapelle à gauche de l'église Saint-Nizier.
(3) Nous avons découvert, il y a une vingtaine d'années, dans des rôles de visitacion des ariioys ou hahiUenutis de guerre pour janvier 1492 (149;), que « maistre Guillaume Le Roy " était « natif du (pavs de) Liège ». Il n'avait alors chez lui aucune arme. Il reçut l'ordre de se munir de « ung espieu ». C'était se montrer peu exigeant à son égard. (Archives de Lyon, EE, Eslablies en cas d'effroy ; Chappe, IV, 198 f. , 129.)
riel dans sa propre maison. Il était donc de droit et de fait le maître de l'entreprise; Guillaume Le Roy a toujours été l'imprimeur et a signé seul de son nom des livres imprimés depuis 1473 jusqu'en 14S8 (i). Barthélémy Buyer en a signé quelques autres de 1476 à 1481, mais ces dernières signatures ont été probablement affaire de forme ou de compte, ou plutôt question d'amour- propre (2). On le remarque sur un de ces ouvrages, !e Guidon de la pralicque en cyrurgie de maistre Guigo de Caîliac (de Cauliac), imprimé en 147S, « à la requeste de... maistre Bartholomy Buyer impremeur citoyen et habitant de ladicte cité de Lion. » C'est encore « à la requeste de maistre Bartholomieu Buyer » que le Livre appelle Mandeville a été imprimé à Lyon en 148 1. La dernière mention qui ait été faite de ce personnage par rapport à l'imprimerie l'a été en 1482 (3).
Buyer faisait son testament le 7 juillet 1483 (4),
(i) On a supposé que le Guilielmiis Gallits qui a imprimé à Venise en 1477 était Guillaume Le Roy. Aucun des faits que nous avons recueillis ne confirme cette supposition. Le Roy travaillait à Lyon en 1477, et n'était pas d'origine française. Guilieliiius Galliis était peut-àre un Guillaume Le Coq ?
(2) Les livres signés par Barthélémy Buyer de 1476 à 147S ont été imprimés ceriaiuement chez celui-ci par Guillaume Le Roy. La rJdaction des colophons indique assez la participation de Barthélémy Buyer à l'entreprise, mais elle marque en même temps que Buyer n'avait pas personnellement la conduite de l'impression.
(j) Au colophon du tome Vlll des œuvres de Battholus de Saxoferrato.
(4) Voir l'inscription placée dans l'église Saint-Nizier, et Antoine Pcriciud l'ainé, Bibliographie lyouiiuise du A'Fe siècle, 18)9, p. 22 et 25.
et il est mort dans ce même mois de juillet 1483 (i).
Jl est facile de le prouver. On lit dans un des ciiartreaux de 1483, dressé en juillet 1483 : n Les hoirs Barthélémy Buyer et sa seur. » Le fait est d'ailleurs confirmé par un acte du 21 septembre 1483. Cet acte est intervenu entre le fils de Barthélémy Buyer et son oncle Jacques. Une somme de 43 livres 2 sous 4 deniers tournois fut remboursée « à Jehan Buyer fils et héritier de feu Barthélémy Buyer jadis citoyen de ladite ville (de Lyon) (2) ou à vénérable homme et sage maistre Jaques Buyer oncle et tuteur dudit filz peur semblable somme que icelkii maistre Jaques oncle et tuteur a fait deslivrer par Nicolas Guillebaud son serviteur et facteur à vendre livres à Paris... au notaire soliciteur des causes et procès de la ville (de Lyon) à Paris... pour pourvoir aux charges et affaires de la solicitation ('3J. »
Barthélémy Buyer demeurait dans le quartier situé « depuis l'ostel Pierre Brunier tirant dessus le port de Saonne et d'ilec par la boucherie jusques au clouz Saint-Pierre (4). »
L'emplacement de la maison peut être indiqué avec plus de précision. Les héritiers de Barthélémy occupaient encore sa maison dix ans après sa mort :
(i) Archives de Lyon, CC 104, f" iSo v, et CC 211.
(2) Le fils de Barthélémy Buyer ctaiu encore mineur en 14S3, le Jean Buyer qui avait en 1472 « sallade gautcilés aclie vouge courasse colovrine » (Invenloire des itrnois) devait eue à un autre degré de parenté avec Barthélémy ou peut-être même n'avoir aucune parenté avec lui.
(5) .archives de Lyon, CC ji-, n" i.
(4) Archives de Lyon, CC 97, 1478, {° 147 verso.
« Les hoirs Barthélémy Buyer, est-il dit dans les Nommées de 1493, tiennent une maison haulte, moyenne et basse à la rue de la gerbe joignant aux maisons messire Pierre de Bastida secretayn de Saint-Nizier et de Gillet Maillard pelletier extimée valoir par an xv 1. t. (r). »
Le frère de Barthélémy, « maistre Jaques Bu3'er », et sa sœur Péronnette ont toujours demeuré avec lui, au moins depuis 1467.
Jacques Buyer, qui exerçait sans doute le même commerce que son fière, a pris un vif intérêt, comme celui-ci, à l'imprimerie et au commerce des livres. Il est probable qu'il s'est occupé au début, beaucoup plus que Barthélémy, et cela sous la conduite de GLiilIaume Le Roy, d'un travail que tout le monde (même les initiés) jugeait si extraordinaire (iiicredibili noi'itatc).
Le Roy, qui a achevé en octo'jre 1475 l'impression du Compeiidium hrcvc du cardinal Lothaire, faite aux frais et dans la maison de Barthélémy Buyer, a été le véritable ouvrier de l'entreprise nouvelle (2). Il est évident que Barthélémy Buyer a eu une action moins passive que celle d'un simple bailleur de fonds, mais, à raison de sa fortune, de son importance per-
(i) Archives de Lvon, CC 11, « La Recognoyssance des biens » des habitants de Lvon, f» 116 vo. — L'habitation de Buyer était donc dans la rue de la Gerbe qui existe encore en partie. On pourrait retrouver au moyen des Nommées la place exacte de la maison. Voir le tracé de la rue de la Gerbe sur le plan scénographique de Lyon du milieu du xvi= siècle (feuille VII).
(2) Ivlagiiter Giiillermus Régis hnjiis ariis iniptesson'e expetius.
sonnelle et de ses aflnires p;irticulières, il n'a pas pu faire et n'a certainement jamais fait œuvre d'imprimeur (i).
Au surplus, il a défini lui-même ses sentiments et son rôle dans le colophon du tome Ylll des oeuvres de Bartholus de Saxoferrato (2) : « f't ab hystoiiis didisciimis carmenlis nimpha que etia(iii) nichostraUs appellala est : primas Utteras Jatinas italicis edocuit. quevsq in hec Umpora vigueniiit : et qiiibus libérales arles nobis et aiitecessoribus twstris fainiliares fiieriuU : vsvsq ipsarum vestibus austurcior anserum et alior aniinalitim peiinaloriiin continualus est. Sed hoiiiiiiuin per coiilinnu exercilittm excrescente noua experienlia et dociriua. noua ars que ut ila dieain ex eelo descendit adinuenla est. per quant ea que caliuno longa niora expedieba{n)lHr : nunc incredibili ac ingeniosa uouilate ictu oculi sculpta et impressa : ludiciora {i) fiunt. Ac commendabilis vir Bartholomeus Buerii insignis et anliqnissime vrbis primicialis Lugduni ciuis acomodahts. per miil'os annos inipensa sua usus est. q pluresq codices lingna vulgari et latina impressioni fidissime svbiecit. Nec adhtic perpessus : iuris Cesarei Syderis Barlholi de Saxoferrato. opéra oclo vohimiuibus clausa... » L'impression du huitième volume des œuvres de Barthole a été achevée le 6 juillet 1482 (4).
(i) Auguste Bernard n'a pas non plus admis que BanhOlemy Buyer ait été imprimeur.
(2) Ce tome VIII des œuvres de Bartliolc forme le tome II du Lectura super digesluni iwvmit.
(3) Liicidiora.
(4) Les caractères paraissent, d'après M"' Pellcchet, être ceux de Nicolas Philippe. Un exemplaire de cet ouvrage se trouve dans la
94 LES GKAVEUUS SuK BOIS ET LES IMPRIMEURS
Ce colophon, écrit évidemment par Buyer, montre bien l'admiration du marchand lyonnais pour la nouvelle invention, la part qu'il a prise à l'introduction de l'imprimerie à Lyon et 1 aide généreuse qu'il a donnée au premier ou aux premiers imprimeurs pendant beaucoup d'années (per mtdtos annos).
Guillaume Le Roy s'est séparé de Buyer probablement en 1479 et a quitté la maison de celui-ci (i).
Barthélémy Buyer aura conservé les presses qui étaient chez lui et qui devaient lui appartenir à la suite de quelque accord. Il aura donné à Nicolas Philippe la direction de l'atelier aussitôt après le départ de Le Roy. Jacques Buyer, qui paraît s'être intéressé personnellement au travail, aura voulu affirmer sa coopération même occasionnelle à la fabrication des livres, et il a signé des livres imprimés en 1479 et en 1480. Il en a même signé jusqu'en 1.^87 ; il est possible que la liaison qu'il a formée pour un temps avec Jean Siber ait eu le même caractère que celle de son frère avec Le Roy.
Le nom des deux Buyer fîgure sur les chartreaux pendant dix-huit ans, et pendant tout ce temps aucune mention n'a été faite de la profession de l'un et de l'autre; du reste le même silence est gardé pour les autres grands marchands lyonnais. A leur commerce
grande bibliothèque de Lyon. Voir le catalogue de M"= Ptllechet, n" 88, p. 63.
(i) Guill.iume Le Roy s'était certainement séparé de Barthélémy Buyer avant 148 1. En cette année, il était tout .i fait indépendant et tenait à loyer partie d'une ni.iison sise « en la rue tirant de Sainct Anihoine à Nostre Dame de Confort ».
ordinaire, les deux frères ont joint à titre accessoire l'impression et la vente des livres. Le fait de la vente des livres a été démontré par la pièce que nous avons signalée plus haut. Barthélémy Buyer faisait vendre des livres à Paris par un facteur ; après sa mort, ce facteur paya à Jean, fils de Barthélémy, ou plutôt à son tuteur, Jacques Buyer, une certaine somme à valoir sur le prix de ces ventes.
Il semble que ce Jean Buyer, qui ne quitta pas son oncle après le décès de son père, se soit aussi occupé du placement des impressions de l'atelier. Il a été marchand, comme son père et comme son oncle. Il institua en 1505 son oncle son légataire universel. L'acte est intéressant à plus d'un titre :
Die peuullima viensis inaii ijoj. — PersonnaliUr consliliiliis Johannes Buyer, incrcalor civis I.u<;dunensis, filius et haeres uuiversalis deffuucii Bartholoinei Buyer... haeredem suum universalem sihi facit el inslituil ore qiioque siio proprio nominal el esse vtill phno jure videlicel honorabileni viri Jiicobiini Buyer, mercalorem civem Lugdun. eius advuiiculuni carissiniuni el casa quo dictus Jacobus Buyer eius haeres decedal ab huiuanis sine liberis naluralibus el legilimis eiusdem subsliluil el subslitutam esse viilt honorabilem muJiereni Magdalenain Dahncse eius advuncuJani (i). »
Barthélémy Buyer est décédé à Lyon en juillet 1^83. Cette date est certaine. Il faut dès lors repousser la supposition présentée par le D' Desbarreaux-Bernard
(:) Nous devons à l'obligeance de M. Julien Baudiier la communication de cet acte tiré des minutes du notaire Delagrange.
que ce Bu ver a été libraire à Toulouse depuis 1^81 jusqu'en 1489 ( i). Le D' Desbarreaux-BernarJ n'avait fait que mettre à profit les faits découverts par M. A. Claudin dans les registres d'impôt de la ville de Toulouse. Celui-ci avait constaté le séjour fait à Toulouse, de 1481 à 1489, d'un libra:re du nom de Bartholy Buyer et de son compagnon, et il avait identifié ce Bartholy Buyer avec Barthélémy Buyer de Lyon (2).
Les limites de notre essai ne nous permettent pas de nous arrêter sur les imprimeurs l\-onnais au xv' siècle et sur leurs œuvres principales, mais les actes du temps qui les concernent ont quelque prix.
Dans la séance du chapitre de l'Eglise de Lyon du 16 janvier 1478 (1479) a été enregistrée h permission accordée à Martin Husz, sur sa demande, d'imprimer le missel à l'usage de l'église de Lyon : Licentia imprimcmij inissalia. — Oua die (16 janvier 1478, vieux style) prefali doiniin capiliilanles licencîmn concesserunt magislro Marlino iiiipressori presenti — id humililer fieri poslulanli — iinprimendi viissalia ad usninii eccksie Lugdunensis secimdum exempJar sibi ex parle capitiili tradendiim (3). »
(i) Barlbêkmy Buyer, marchaud libraire et stationnuire à Toulouse (1481-1490). Toulouse, 1875.
(2) A. ClauJin, les Enlumineurs, les relieurs, les libraires... à Toulouse, p. 22 à 29. — M. Aimé Viiigtrinier a supposé que Barthélémy Buyer est mon à Lyon au commencement de 1492 (P- SO-
(?) Archives du Rhône, actes capitulaircs, vol. XXVI, 1477- 1480, fo 169 r». — Ce missel n'a pas été imprimé par Martin
Guillaume Le Roy était en 1485 riuipriuieur attitré de l'église de Lyon. On en a la preuve p;,r le colophon des Paschnlia sccundu{ni) vsvm ecdcsic higduni : De voJiintate et p{re')ceplo carjiiialis de horbonio archiepi. e comitis lugduii. e egregior. viror. d{oini)nor. decani et capiliih aviiitu eccUe liigdiin. — Impressum pcr magiitntin giiilherinu(m) régis... (8 avril 1485). »
Nous n'avons découvert dans les délibérations du Consulat aucune résolution qui témoigne de quelque faveur pour l'imprimerie; il faut descendre jusqu'en 1500 pour trouver un acte de libéralité^ et encore fut-il de peu d'importance. Eu 1500, le 25 juillet, le Consulat fît remise de l'impôt à un Allemand, Pierre Hongre, « maistre impresseur de livres » (1482-1500), « à cause, est-il dit d.ins la délibération, de ce qu'il est pouvre et qu'il a servy et sert la chose pablicque de tout ce Royaulme touchant son art de faire et composer les lettres d'imprinierie (i). » Il semble que ce soit la seule fois à Lyon qu'on ait tenu compte à un imprimeur de ce qu'il a fait dans l'intérêt public.
En examinant le taux des impôts auxquels les imprimeurs étaient assujettis à Lyon au xv= siècle, impôts proportionnels, et en le comparant aux tailles payées par des maîtres des autres tnétiers, on observe comme leur situation était en général modeste. En même temps, on est frappé de la haute opinion qu'ils avaient d'euxmêmes. Nicolas Philippe et Marc Reinhard se sont donnés comme viri à celeberrimis iiigetiioque capacissimis.
Husz ; il l'a été par Jean Neumelsier sur l'oidre du cardinal Charles de Bourbon.
(1) Arcliives de L\on, BB 24, fo 266 recto.
q8 LES GRAVEURS SUR BOIS ET LES IMPIUMEUKS
Martin Husz s'est dit vir divini ingenii arlis sue perilissiiniis et a vanté une édition de 1478 viaxiinis lahoribus correclnui diligenlissimeqite impressnin. M.uhiea Husz s'est qualifié de vcncrahiUs vir biijus arlis pcritissiiniis, Jean Trechsel d\'gregius vir, arlis impressorie soleriissiinus magislcr. Jean Clein, industria et arte prcbus vir, vir inlegcrriinus et iiidiislriiis et de bonis litteris opliine iiieriliis, s'est regardé comme étant ;/(//// imprcssorum Litgdiincnsiiiiii secundiis. Bonin de Boninis a pris soin d'annoncer que tel de ses livres est accuralissime impressnin et eincndaluin solerîi cura et ingénia. Michel Wenssler, ingeniosiis tnagisler, a signalé son exactissima diligenlia. Presque tous ont laissé d'eux quelque éloge : Nicohs de Benedictis, iinpressor acnlissinms ; Jean de Vingle, insignis arlis impressorie magisler ; Jean Siber, ingeniosus vir ; Nicolas Wolf, cxiniiiis vir. Guillaume Le Roy a été un des plus modestes; il nz s'est qualifié que de prudens opijcx, magisler hujus arlis impressorie cxperlus. Il n'est pas jusqu'à la ville de Lyon qui n'ait été iiautement célébrée : inclyla, fainosa, ainenissiina, florenlissima urbs, fanialissinium emporium.
Les désignations de chalcolypus et de chalcographus étaient employées rarement à Lyon. Cependant Clein a dit être chalccgraphus, et nous ne savons plus lequel de nos imprimeurs s'est donné comme chalcographiae arlis perilissinuis.
Nous avons dit plus liaut que la condition des anciens imprimeurs lyonnais était en général médiocre. Llle était pour la plupart d'entre eux plus que médiocre, et le Consulat a été assez souvent obligé de faire remise à plus d'un de nos imprimeurs de tout ou de partie de la taille.
A LYON AU XV' SllîCLE 99
Le premier imprimeur I\onn;iis, M"-' Guillai:me Le Ro v, est mort p.iuvre; quelques mois luant sa mort, en m.irs 1493, les conseillers r.iv.iient djchargè de toute sa part de l'impôt (1).
Hn 1488, Mathieu Husz, Sixte Glogkengiesser, Pierre de La Font, Pierre Pincerne et Jean Schabler ne purent p.is payer le montant d." leur taxe, et saisie fut faite chez eux d'objets (livres, plats, pots) dont le prix devait garantir leur dette. Mathieu Husz fut « gaigé de six bréviaires reliez », c'est-à-dire se les vit saisir comme gage.
Nous savons par les chartreaux qu'exonération de la taille avait été faite en faveur de Pierre Roault en 1491 et de Denis Du Vergier en 1492, tous les deux pauvres.
On jugera mieux du reste da l'état des choses par l'exemple suivant. Le Consulat avait levé une « taille (de huit deniers par livre) pour l'entrée du R03' (Charles VIII), » en mars 1490. Vingt-neuf imprimeurs et libraires sont inscrits sur les rôles : dix seulement ont acquitté l'impôt dans le temps prescrit. Cinq ont été stiigés, c'est-i-dire ont dû livrer des gages en garantie de leur dette; cinq n'avaient pas encore payé la taxe un an après ; neuf avaient obtenu du Consulat adinodéralion ou qiiiclancc de l'impôt. Gaspard Hortuin, Mathieu Husz, Boniface Jehan, Jean Neumeister, Pierre Roault, Jean Schabler, étaient au nombre de ces contribuables en défaut (2).
(i) ce 326. Le billet de remise de la tuille a été conservé, (2) Archives de Lyon, CC 216 et 219.
En 1493, les conseillers durent amodérer Gaspard Hortuin, Guillaume Balsarin ( i ), Sixte Glogkengiesser, Louis Martin l'Espagnol, Pierre Pincerne, c'est-àdire réduire le montant de l'impôt dû par chacun d'eux. Jean Neumeister, dont les impressions sont célèbres, également pauvre, fut ainodcré eu 1498, et, sa pauvreté ayant été constatée, il fut entièrement déchargé de la taille en 1499.
Jean Trechsel laissa en 1498 sa veuve, qui était « chargée de neuf entants », forcée de solliciter la remise de la plus grande partie d'une taxe d'ailleurs modique. Pierre Hongre en 1500, Jacques Saccon en 1504, Martin Boillon plusieurs fois, furent aussi aiiiodérés. Jean Carcagni, débiteur de 16 sous 8 deniers tournois, fut « gaigé d'un brevière » en 1504. Mathieu Husz était encore plus dans la gène en 1504 qu'en 1488, il fallut le décharger de l'impôt; même chose advint en 1503 à Jean Siber : « messieurs l'on quicté, lit on sur les rôles, por ce qu'il y avoit pitiez. »
On voit par ces exemples en quelle triste position furent nos imprimeurs au xv' siècle.
Nous ne saurions omettre de faire mention de ce fait que le prix de location des maisons occupées par les imprimeurs était généralement assez élevé. En voici une preuve.
Bonnet Faulxjehan, imprimeur, habitait en 1493 la maison « faisant le carré de la ruelle neufve tirant de Nostre Dame de Confort à la rue de l'Ospital. » Cette
(I) Le billet Je remise de l'impôt pour Guillaume Balsarin est dans le registre CC 326.
A LYON AU X\" SIKCLE 10 T
maison lui « est bnillé (à louage) pnr an xx livres tournois por ce qu'il est imprimeur, mais elle ne pourroit valoir communément par an que xv livres tournois (i). »
(i) Archives de Lyon, CC 6, Nommas, (" 18 recto.