‹ Les graveurs sur bois et les imprimeurs à LyonChapitre 9 sur 30 · LES ACTES DE LOUAGE DE MAIERIEL DE GRAVURE SUR BOIS · texte numérisé non relu

LES ACTES DE LOUAGE DE MAIERIEL DE GRAVURE SUR BOIS

Dans le dernier quart du xV siècle et au xvi' siècle, une fabrication très active de livres souvent ornés de lettrines, à'hisloires ou de vignettes gravées était établie à Lyon et y avait acquis par degrés une organisation régulière et solide. L'imprimerie était devenue une des industries les plus florissantes et les plus avancées, et la librairie avait pris un développement plus grand encore. Le commerce des livres, aux foires et en dehors des foires, était alimenté, non seulement par les produits des presses lyonnaises, mais aussi par ceux des presses de Paris, de Baie, de Toulouse, de Troyes, etc. Les iin primeurs de ces villes avaient leurs facteurs à Lyon et entretenaient par eux un mouvement d'affaires dont pUis d'un document atteste l'importance. Lyon et Bàle ont eu assez souvent des intérêts communs très étendus.

La construction du matériel, la gravure et la fonte des caractères d'imprimerie, la gravure sur bois ou sur métal des ornements, ont été, pendant un temps relativement long, partie intégrante de l'imprimerie typographique. Les imprimeurs étaient eux-mêmes rarement graveurs, mais presque toujours entrepreneurs de la taille des histoires sur le bois ou le métal. Ils avaient ou

des tailleurs attachés à leur atelier qui étaient de véritables ouvriers ou des tailleurs à demi indépendants qui s'engageaient pour une tâche ou pour un temps déterminé par un contrat Je louage.

Une chose est certaine, c'est que les imprimeurs de Lyon ne se bornaient pas à la fabrication des livres pour le compte de libraires lyonnais ou étrangers ou pour leur propre compte, étant dans ce dernier cas à la fois imprimeurs et libraires, mais qu'ils exerçaient en même temps une autre industrie dont nous connaissons mal les conditions.

Les imprimeurs lyonnais produisaient, pour des imprimeries e.xploitées dans d'autres villes en France ou à l'étranger, les différentes parties du matériel; ils les fournissaient à titre définitif par la vente ferme ou à titre temporaire par la location. Les fontes de caractères, les alphabets de lettrines ornées, les suites d'histoires ou de vignettes, étaient ordinairement l'objet de ces accords.

Dans le cours de nos recherches sur l'état de l'imprimerie h Paris, à Troyes, à Bâle ( i ), nous avons trouvé la mention de rapports de ce genre entre imprimeurs, mais nous n'avions pas pu saisir sous quelle forme ils avaient lieu. M. l'abbé Requin, plus heureux que nous, a découvert à Avignon, dans une

(i) Nous avons dit que Martin Husz avait reçu de Bernard Richel, de B.ile, le matériel d'imprimerie avec lequel il a imprimé en 1478 le Miroiier de la réJciiiplion de l'umain lygncge, édition française du Speculiiin hunianae salvaiionis. Le D'' Sieber n'avait pas démêlé si Richel avait loué ou vendu à Martin Huiz ce matériel et les hois.

étude de notaire, un contrat de lounge de matériel passé le 31 juillet 1501 entre Michelet Topié, imprimeur à Lyon, et Pierre RohaulJ, imprimeur à Avignon (i).

Pierre Roli.iuld avait loué à Michelet Topic pour deux ans, une presse à imprimer complète, deux rames ou châssis de fer avec leurs vis, de l'aliiage pour fondre des lettres, une forme (ou cadre?) avec des matrices de lettres bâtardes, des hisloiics gravées sur cuivre et des bisloircs gravées sur bois. La di.rée et le prix de la location sont stipulés dans cet acte.

11 est probable que ce Pierre Rohault, qui a imprimé h Avignon, de 1499 à 1507, est le même personnage que Pierre Roault dit Évellet, qui a exercé à Lvon de 1483 à 1499 et de 1304 à 13 II.

« Die liiccsiiiia prima cl iilliina inensis Jiilii i^oi.

« Mngisler Miciieictiis Tliopic iinprcssor lihioruin Lugdiiiii coimiiorans, griilis per si et siios... locavit... iiiai^isliv Peiro Rolhiuld, impressori libroriim Anibiancusis dioasis niiiic hahiialori Avinionis prescnli vidclicct : cl primo Hiiaiii pressant sive lorcnJjr ad iinpritnendos lihros coiiiplelaiii; item duas rainas Jeiii ciiiii suis vitibns ; item duo qiiintalia et quadraginta lihras materic pro licteris coiificieiidis ad pondus Avinionis; item plus iinain formam cum nialricis littcrc bastardc cuin duodcciin Ijistoriis Siijjragioniin in cupro ; item tridecini historias in hosco pro Matulinis imprimcnd s ad et per tcmpus duoniin ai:norum

(i) M. l'abbé Requin a eu l'obligennce de nous communiquer ce contrat de louage dans le texte original et de nous autoriser à le publier.

die prima incnsis augnsti piv.xiine vcntnri incipiendorum et simili die finiendortim. El Ijor, pro loquerio sive precio universali pro diclis diiobus annis, Jranchoruni vigiiiti qninque valoris cnjiislihel ipsortim viginli solidonim itironcnsium solvendortim, scilicel : bine ad iiniiin anniuii iiii'dietalem, et in fine dicloriim diiorum annoruin aliain medietaiem.

« Prcmisitque ipse magisler Micljelcliis prefalo magistro Peiro presciili et ut supra slipulanli bujusmodi localioncm ratam liabcre et contra non venire seqite nicliil fccisse. . .

c Et vice versa dicliis magisler Pelrus gratis... pcr se et suas... recoguovil et confessus fecit habuisse et realiler récépissé... a dicio magislro Micheklo présente premissa oninia et singula losala, de quibns se conkninni taïuit...

« Excfptioni... quic'avil... fromisilque et oninia et singula reddere et reslituere eidem magislro Michelelo vel suis, predicta scilicct diclam formant cuni malricis liltere bastarde hinc ad Ires inenses proxinie venluros et inuncdiale scqucnles, rcslani vero omnium et singulomm preniissorum in fine dicii Icmporis duorum annorum, diciunujue loqueriuni solvere modo et ordine quibus supra.

« Et fuit de pacto videlicet quod diclus magisler Pelrus Rohauld lenealnr cl debcal proul sic proniisil manulenere diclam pressant Icinporc prcdiclo durante suis propriis suniplibiis et cxpcnsis.

« Oue omnia... pro quibus... renunciavcrunt...

« Acluni Avinione in appolheca scribalus mci nolarii, prescntibus Lndovico Candolle, mercalori, et Janolo de Monlemirabili, sarlore, taurinensis cl iholosaiwnsis diocesuni, habitaloribus Avinionis .

« Et me fohanne Pclhterii, nolario. »

(Extrait des Rubriques de Jean Pelletier, notaire, 1501. Étude de M= Geraudy, notaire à Avignon.)

Page 1