‹ Les Grecs et les Sémites dans l'histoire de l'humanitéChapitre 10 sur 106 · CRE LES GRECS ET LES SÉMITES · texte numérisé non relu

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froide, le bronze devient plus ductile et se laisse facilement marteler. C’est ainsi qu’on s'explique pourquoi l'emploi du bronze chez les peuples de l'Europe a précédé celui du fer.

Grâceà l’activité incessante de quelques explorateurs suisses, et des plus distingués, tels que Desor, on a découvert de nombreuses stations lacustres construites au milieu des divers lacs de la Suisse, qui datent de l’époque de bronze. Ces constructions sur pilotis furent nommées par les uns des cités lacustres et par les autres des palafittes. Outre les habitations lacustres, les populations voisines construisaient également, d’après le même sie des demeures ou des huttes terrestres.

Le succès obtenu parles travaux de Desor a réveillé l'esprit d'investigation des naturalistes des autres pays, tels que la France, l'Italie, l'Allemagne et l'Angleterre. En effet, ils n’ont pas tardé de faire les mêmes découvertes sur les lacs de leurs pays respectifs.

Le perfectionnement des divers outils en pierre, en os eten bronze a conduit l’homme à rendre sa vie plus aïsée et plus confortable, à augmenter ses besoins et à constituer le foyer domestique ; pour la satisfaction de la vie journalières, il fut amené à domestiquer plusieurs animaux, tels que le chien, l’âne et le cheval, le mouton et la chèvre, le porc des tourbières, le canard et la poule. Mais combien de temps a-t-il fallu pour que la connaissance des divers emplois du bronze se vulgarisât et donnât une impulsion vigoureuse à la fondation de nombreuses industries et à l'amélioration du bien-être moral et matériel de la société humaine ? D’après les calculs de Morlot et de Gilliéron la durée de l’époque de bronze a été de 2.906 ans. Bien que ces calculs ne reposent que sur des données problématiques, les arguments que les auteurs invoquent à leurappui prouvent d’une manière certaine que. l’évolution matérielle et intellectuelle de l'humanité a été aussi lente que l'évolution géologique de la terre même. Il a fallu une longue série de siècles avant que la transformation des espèces et le remplacement des anciennes espèces animales et végétales par des nouvelles aient pu s'achever et se consolider, avant que celles-ci aient pu s’adapter à une nouvelle constitution terrestre et à de nouvelles conditions climatériques. | | ù

Quoi qu'il en soit, il est incontestable qu'il arriva un moment où le bronze ne satisfaisait plus aux besoins industriels des sociétés humaines, en Europe et en Asie; il fallut à l’homme un métal à bas prix, dur, facile à travailler et se prêtant en même temps aux usages industriels les plus variés, tel que le fer. En

effet, après de longs tâätonnements et des recherches très pénibles, il a appris la manière de l’extraire des minerais.

. À mesure que le travail de ce métal se perfectionna, le champ de l’activité humaine s’élargit de plus en plus, en même temps que les facultés intellectuelles de l'homme se développèrent d’une manière plus vigoureuse. Il entre enfin de plein pied dans une ère de progrès et de civilisation. Comment l’homme s’y prit-il pour extraire des minerais le fer qui ne se trouve qu’exceptionnellement à l’état natif dans les météorites ? Pour obtenir ce métal, il lui a fallu réduire le minerai par le chauffage au milieu du charbon avec l'intervention d’un courant d'air forcé. Ce procédé a été connu de très bonne heure par plusieurs peuplades de l'Afrique. On creusait un trou sur la pente d’une colline exposée au vent, on en garnissait le fond par un amas de bois sur lequel on étendait une couche du minerai que l’on recouvrait d’un nouvel amas de bois, puis on profitait d’un vent assez fort pour allumer le bûcher par sa base. La combustion une fois terminée, on trouvait dans les cendres de petites parcelles de fer réduit, ou fer doux. Ce procédé un peu rudimentaire fut perfectionné avec le temps; on augmenta l'étendue et la profondeur du fossé primitif, on lui donna au moyen de pierres une hauteur de plusieurs mêtres ; on garnit en même temps ses parois d'argile, de façon à pouvoir augmenter les couches successives de charbon et de minerai et produire par suite une plus grande quantité de fer métallique. Plus tard, on a appris à faire de l’acier par l’immersion du fer chaud dans l’eau froide ou dans l'huile, ou en Chauffant du fer doux au milieu du charbon en poussière.

Il est certain que l’âge du fer a profité des connaissances acquises par Fhomme pendant l’âge du bronze où l’art de la métallurgie avait déjà fait de sensibles progrès, Il existait alors dans différents pays de l’Europe de grandes usines pour la préparation du bronze et de petites fonderies pour mouler et travailler cet alliage. L'art de mouler même avait déjà acquis un haut degré de perfection; on connaissait également le procédé de la trempe et son influence sur les propriétés physiques des métaux, de même que la condensation de ces derniers par le martelage.

Il nous faut encore relever deux autres progrès réalisés pendant l’époque du fer: d’abord l'apparition des poteries fabriquées au tour et cuites dans un four perfectionné, et non plus fabriquées à la main et cuites en plein air; ensuite l'apparition des monnaies qui étaient en bronze et portaient une effigie non frappée, obtenue par la fusion et le moulage.

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Maintenant, une question se pose : L'évolution de l'humanité à à travers les trois âges successifs, dont nous venons de donner un aperçu succinct, étantun fait aujourd’hui admis sans conteste par les naturalistes les plus distingués des divers pays de l’Europe ; comment se fait-il que les documents qui témoignent en faveur de l’existence de l’homme fossile ne soient consignés dans :

aucune des annales historiques? Les découvertes nombreuses de

la Paléontologie pendant le xix*siècle constituent un témoignage

aussi authentique et aussi digne de foi que n’importe quel docu-

ment historique; les débris de l’art humain rencontrés dans les couches profondes de l'écorce terrestre provenant des populations disparues, l’affirment hautement, Si nous consultions l’histoire de l'humanité à ses débuts, nous pourrions peut-être irouver les liens qui unissent l'homme historique à l’homme préhistorique; car Fhistoire proprement dite ne commence qu’au moment où les hommes ont possédé l’art d'écrire pour pouvoir noter les grands évènements de l’époque sur le papier, sur le bois

‘ou sur la pierre. Or, il est avéré qu'aucune nation ne possède

une histoire aussi ancienne que l'Egypte; elle commence avec le

roi Ménès, fondateur de la première dynastie, 5.000 ans avant

l'ère chrétienne. Depuis lors, la civilisation égyptienne a continué à progresser sans interruption au point d’exciter l’admiration de tous les archéologues qui sont occupés de déchiffrer les. hiéroglyphes des tombeaux égyptiens. Il faut citer à ce sujet, le jugement de M. Lenormand, lorsqu'il parle d’un de ces tombeaux.

«Les représentations hiéroglyphiques de ces tombes nous montrent la civilisation égyptienne aussi complètement organisée qu’elle l'était : au moment de la conquête des Perses ou de celle des Macédoniens, avec une physionomie complètement individuelle et les marques. d’une longue existence antérieure. Les habitants de la vallée du Nil ont déjà domestiqué toutes les espèces d’animaux utiles à l'homme, et même certains mammifères que nous ne connaissons plus qu’à l’état sauvage. Le bœuf, le chien, les palmipèdes leur fournissent le service depuis longtemps, et les soins des éleveurs ont su produire de nombreuses variétés de chacune de ces espèces. La langue égyptienne est complètement formée avec ses caractères propres, et séparée des autres idiomes congénères. L'écriture hiéroglyphique se montre à nous dans des monuments des premières dynasties, avec toute

‘la complication qu’elle à conservée jusqu'au dernier jour de son

existence ».

Or, il n’est ni probable ni logique d'admettre qu'une civilisation aussi avancée que celle de l'Egypte sous Ja troisième

LES GRECS ET LES SÉMITES 11 dynastie, n’ait pas subi la loi bio-sociologique qui exige un développement graduel de tous les êtres organisés, tant individuels que collectifs, tel que cela s’est produit chez l'homme préhistorique en Europe, et il est beaucoup plus probable que les germes des progrès réalisés par l’homme dans les différentes contrées du continent européen, aient été déposés en Asie-Mineure, foyer de culture des premières collectivités humaines. De là, ils ont été

importés en Europe par l’émigration de certaines tribus nomades,

Il est reconnu aujourd’hui que le type des populations de l’'Eu-

rope actuelle est issu d’un mélange de leurs ancêtres préhisto-

riques avec un peuple conquérant venu d’Asie, qui introduisit en Europe les langues aryennes et l'usage des métaux. C’est précisément sur les hauts plateaux de l'Asie et dans les vallées du Tigre et de l'Euphrate, où l'homme n'avait pas eu à lutter contre l’inclémence du climat et contre les animaux carnassiers, où il

n'avait pas non plus à souffrir des révolutions géologiques, que

son évolution a pu suivre une marche régulière, progressive et constante, sans secousse et sans interruption. Il est donc logique de conclure que l'Egypte a passé par les différents âges d’évolution avec une rapidité beaucoup plus grande que l'Europe,

surtout dans la vallée du Nil où la fertilité du sol, la douceur du

climat et la pureté radieuse d’un ciel sans nuages ont beaucoup contribué au développement des facultés intellectuelles, à l'essor de l'imagination, à l'élévation des sentiments, à HAGMEATON des beautés et des forces de la nature.

Quinet a eu bien raison de dire que l'Egypte, avec ses dieux à

faces de carnassiers, est le dernier anneau de cette chaîne quater- naire. En effet, si on réfléchit un peu sur les conséquences naturel-

les des bouleversements successifs de l'écorce terrestre en Europe, on se demande ce que pouvaient être les nouvelles peuplades de l’Europe qui succédérent aux anciennes. Avaient-elles conservé les conquêtes intellectuelles et artistiques de leurs devanciers, ou

avaient-elles plutôt recu une impulsion civilisatrice des autres populations immigrées de l’Asie, restées indemnes de la catas-

trophe ? Nous inclinons vers cette dernière hypothèse qui nous parait la plus logique, d’' autant plus que dans ce cas, on pourrait trouver un rapport plus ou moins rapproché dans le temps et dans l’espace entre l’homme de l’époque de bronze et de fer, en Europe, et celui qui s’est installé sur les bords du Nil, s’occupant

à ériger des temples et des pyramides et à y inscrire les annales

de l’époque dans une écriture hiéroglyphique. Autrement, on serait forcé d'admettre que dans l'histoire de l'humanité, il y

eut deux termes fixes : l'époque de l'humanité fossile et celle de l'humanité primitive sans période connue de sauvagerie ni de barbarie, ce qui serait contraire à à toute conception biologique, d’après laquelle tout être organisé doit passer dès sa naissance jusqu’à sa mort par plusieurs phases d'évolution : l'enfance, l'adolescence, l’âge viril et la vieillesse. Ce qui est vrai pour l'organisme individuel, l’est également pour l'organisme collectif. Si nous consultons l’histoire présente et passée, nous voyons que tous les peuples anciens et modernes ont évolué de l’état de sauvages à celui de barbares, et de là, à un degré de civilisation plus ou moins élevé. Nous voyons encore, dans l’état actuel de notre civilisation répandue sur la surface de l'Europe, de l’'Amérique et même de l'Australie, même chez les peuples les plus civilisés, des régions qui présentent des traces de l’âge de pierre et d’un état de barbarie. |

Sur les rivages de l'Angleterre et de la France, des villages de pêcheurs sont restés dans le même état qu'il y a cent ans. Dans l'intérieur de la Russie, vivent des peuplades qui ignorent la. moindre culture et que l'influence de la civilisation n’a pas touchées. C’est précisément l’évolution historique de l’homme qui le distingue du reste de la série animale, c’est la faculté de son mouvement progressif à travers les temps qui lui a fait se créer à lui seul une histoire, une culture traditionnelle, une activité intellectuelle qui augmente et se perfectionne dans chaque génération. Edgar Quinet dit avec raison : « L'homme résume la nature: si l’homme n'existait pas, aucun autre être ne résumerait en lui les annales englouties sous les couches du globe, ni cette puissance de renouvellement qui lie les époques aux époques. »

Quoi qu’il en soit, il faut reconnaître qu’il existe une différence considérable entre les deux civilisations européenne et égyptienne, non seulement dans leurs caractères et manière d’être, mais aussi dans leur évolution. :

« Le spectacle qu'offre l'Egypte, dit Mariette, pendant la sixième dynastie est bien digne de fixer l’attention. Quand le reste de la terre est encore plongé dans les ténèbres de la barbarie, quand les nations les plus illustres qui joueront plus tard un rôle si considérable dans les affaires du monde, sont encore à l’état sauvage, les rives du Nil nous apparaissent comme nourrissant un peuple sage et policé; et une monarchie puissante appuyée sur une formidable organisation de fonctionnaires et d’employés, règlent déjà les destinées de la nation. Dès que nous l’apercevons à l'horizon des temps, la civilisation égyptienne se montre ainsi à nous toute formée, et les siècles à venir, si

LES GRECS ET LES SÉMITES 13 nombreux qu’ils soient, ne lui apprendront presque plus rien. Au

contraire, dans une certaine mesure, l'Egypte perdra, car, à aucune époque, elle ne bâtira des monuments comme les pyramides »,

En Europe au contraire, l'homme, à ses débuts, fut obligé de lutter pendant un grand nombre de siècles contre les carnassiers gigantesques et contre les rigueurs du climat, de découvrir des armes pour se défendre contre les éléments hostiles à son existence et des instruments pour se construire des abris contre le froid. Ce n’est qu’à force d'intelligence et de volonté qu'il a su s'adapter aux nouvelles conditions d'existence que les bouleversements périodiques de l'écorce terrestre lui ont créés; ce n’est qu’à force de lutter qu'il a acquis la faculté de s'accommoder à tous les climats et à tous les changements atmosphériques, à toutes les persécutions humaines et à tous les mouvements révolutionnaires de la nature et des temps. En même temps qu'il était poussé à la lutte, il a marché en avant et a perfectionné ses facultés mentales, il a appris à domestiquer les animaux, à aiguiser et

polir la pierre et à s’en servir d'armes contre les carnassiers gigantesques; ce n'est qu à force de luttes incessantes, de constance et de persévérance, qu’il a réussi à franchir les époques glaciaire et quaternaire et à attendre l’âge historique en conservant, en multipliant et en améliorant son espèce. Une fois entré en possession des métaux et de l’art d'en faire des armes, des ustensiles et des instruments, l'homme a acquis la conscience de sa valeur morale et de sa supériorité sur le reste de la création. Mais les différentes races répandues en Asie, en Afrique et en Europe, n’ont pas participé d’une manière égale aux progrès réalisés par une élite ; les uns étaient doués de certaines aptitudes-physiques et morales qui manquaient aux autres, et nous pouvons encore constater aujourd’hui cette inégalité parmi les différents peuples dans le mouvement d'évolution, tant par rapport à la culture du sentiment qu'à celle de la raison. Telle fut précisément l’œuvre dn temps: les germes de la civilisation se propagèrent dans les régions les plus éloignées selon la rapidité plus ou moins grande des communications entre les nations vivant sous les latitudes les plus opposées. |

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