LES CRECS ET LES SÉMITES
ments de la civilisation humaine constitue l’âge de la pierre, lequel, d’après Morlot, a duré 4.700 ans, jusqu'au moment où de nouveaux besoins, de nouvelles luttes et des circons- tances telluro-atmosphériques plus favorables concourent à développer l'intelligence humaine et à réaliser de nouveaux progrès industriels : ce fut le moment de la disparition des puissanis animaux et de l'apparition de nombreux troupeaux de rennes, d'élans, de bœufs musqués. A cette époque, appelée l’âge du renne, l'homme travaille mieux le silex qu'à l'époque précédente : ilse confectionne déjà des instruments en os, en ivoire et en bois de renne, et-perfectionne les anciens outils de pierre. Bien qu'il habite encore les cavernes, il sait déjà les rendre plus confortables à ses besoins domestiques. Il sait même se créer des abris plus commodes, sous des roches escarpées, pourvues de saïllies lui servant de toit, telles qu’on en a trouvé à Bruniquel, près de Montauban. Toutefois, l’homme, à l’âge du renne, ne possédait encoreaucune notion d'agriculture. Il était encore essentiellementchasseur ; iltuait les animaux sauvages à coups de lance et de flèches. C’est surtout aux rennes qu'il s’attaquait. Il se couvrait des peaux de grands quadrupèdes et il se nourrissait de leur chair. Le couteau de silex était son arme habituelle ; il se servait aussi de la mâchoire inférieure du grand ours, conservant ses canines aiguës et tranchantes, dont l'os allongé formaitle manche; ce qui n'avait pas empêché qu’à cette époque, l’industrie ait déjà . fait de sensibles progrès. Au mois de mai-1865, on recueillit dans la caverne de Chaleux, près de Dinan, près de 20.000 silex taillés en haches, poignards, couteaux, râcloirs, etc., Ce qui prouve bien qu'il y eut en cet endroit, de véritables fabriques d'armes et d’ustensiles et qu’il y eut en même temps un commerce rudimentaire entre les peuplades des différentes régions du nord-est de l’Europe. A cette époque, se manifestèrent également les premières ébauches du sentiment de l’art, surtout parmi la population qui occupait la partie sud-ouest de la France actuelle, la Charente, la Dordogne, la Vienne, le Tarn-et-Garonne, où l'on a recueilli des dessins et des sculptures sur des fragments de bois de renne, représentant ‘des êtres organisés, tant il semble vrai que le sentiment artistique ne soit pas toujours l'expression . fidèle de la civilisation, mais plutôt un don ou une intuition de
Ja nature.
A la fin de l'époque quaternaire, avec la fonte des glaciers qui
avaient couvert le centre et l’ouest de l’Europe, survint une
catastrophe à la suite d’un violent écoulement d’eaux torren-
Bt LES GRECS ET LES SÉMITES
tielles qui entrainaient l’écrasement des roches sur lesquelles reposaient les anciens glaciers des Alpes, produisant une boue argileuse rougeñtre, mêlée de sables et de cailloux. Ce dépôt limoneux, appelé par les géologues loëss ou læhm, se présente surtout dans les vallées du Rhône et du Rhin. Avec ce diluvium commence la période géologique contemporaine. Cependant, nous sommes encore loin de l’époque historique de l'humanité ; elle ne fait qu'entrer dans l’âge de la pierre polie, pendant lequel on perfectionnait le travail en polissant les instruments de pierre. Le polissage s’opérait en frottant l’objet à polir dans une cavité creusée au centre du polissoir dans lequel on mettait un peu d’eau avec de la poudre de zircone ou de corindon. Un naturaliste français, Dolomieu constata, en visitant les ateliers des caillouteurs qu’un ouvrier, en opérant sur du bon silex fraîchement retiré de la terre, pouvait préparer mille bons éclats dans un jour. Grâce à la douceur du climat survenue à la suite du cataclysme dans le centre de l’Europe, le renne et l’auroch émigrent vers le nord et l'est à la recherche d’une température plus froide. À cette époque, l’homme commence à à domestiquer le chien dont il se sert d’auxiliaire pour la chasse, et dans les régions voisines de la mer ou des lacs, il s’'adonne également à la pêche qui se pratiquait déjà, comme aujourd’hui, soit au moyen d’une ligne munie d’un hamecon, en os et en bois de renne, soit au moyen d'un filet. On a trouvé des traces de filets dans les lacs de Suisse où des habitations lacustres avaient servi de demeures . aux pêcheurs, dont quelques-unes, ayant été la proie d'un incendie, s'étaient submergées ; les objets qui en garnissaient l'intérieur, sont restés intacts et bien conservés au fond du lac.
C’est surtout parmi les peuples du Nord, particulièrement en Danemarck, que les armes, les instruments et les outils acquirent, à cette époque, une perfection surprenante. D’après ce que dit Figuier, les pointes des lances sont des chefs-d'œuvre de goût, de patience et d'adresse ; elles sont toutes plates, retaillées à petit éclat avec un art infini ; quelques-unes ont la forme d’une feuille de laurier. Il est tout naturel de penser que le commerce et l’industrie aient alors abandonné la voie routinière pour entrer dans une période de progrès de la civilisation. Il n’y a pas longtemps que dans les vastes tourbières de la vallée de la Somme, on a recueilli une grande quantité d’armes, d'outils et d’ornements appartenant à l'époque de la pierre polie, en même temps que des haches fournies par l'association d’une pierre et d’un bois de cerf, ou d’une pierre et d’un os.
LES GRECS ET LES SÉMITES 7 Les progrès de l’art, à cette époque se répercutent sur l’agriculture. Garrigon et Filhol ont recueilli dans les cavernes de l'Ariège plus de vingt meules de 20 à 60 centimètres de diamètre, destinées à triturer les grains pour faire de la farine avec laquelle on préparait une sorte de galette grossière. Mortillet place aussi l’origine de l’art de la navigation, tant marine que lacustre, à
J’âge de la pierre polie; l’embarcation n'était à ses débuts qu’un
gros tronc d'arbre coupé aux deux bouts, creusé d’abord par le
feu ét ensuite par la lame tranchante de la pierre; on la perfec-
tionna plus tard en taillant l'extérieur du tronc pour façonner
les deux extrémités en pointe, en équarrissant et enévidant le bas
de la pirogue pour lui donner plus de stabilité ; dans ce but on y ajoutait également un contrepoids à l’intérieur.
Toutefois, le pas le plus important et le plus décisif vers une civilisation supérieure fut pour l’homme la découverte des métaux et des moyens de s’en servir pour la satisfaction de ses besoins. Le rôle que les métaux jouent dans la société moderne est une preuve évidente que sans eux aucun progrès n'aurait été réalisable, ni dans l’industrie, ni dans les arts, ni dans les sciences. Il est probable que c’est l'or qui arriva le premier à la con-
naissance de l’homme : ce métal se trouve dans bien des fleuves
et des rivières, et, à cause de son brillant aspect, il fixa forcément la curiosité des premiers hommes.
Après l'or, c’est le cuivre qui attira l'attention, parce que les minerais cuprifères sont très répandus en Europe. Cependant, l extraction de ce métal était une opération chimique trop délicate pour des hommes incultes. En effet, c’est le bronze, alliage de cuivre et d’étain (9 parties de cuivre pour 1 d’étain) qui fut la première substance métallique employée en Europe, et ilest probable que ce n’est qu'après ge longs tâtonnements et de nombreux essais qu’on est arrivé à obtenir le bronze en fondant les minerais de cuivre et d'étain avec une addition d’un peu de charbon; ce n’est qu'à force de constance et de patience que l’homme fut amené à fabriquer, par la fusion du bronze dans des moules, des haches, des poignards, des épées, de même que
des instruments mécaniques et aratoires.
I n’y a pas de doute que la conquête de ce métal n’ait élargi la
base de l'industrie et du commerce; caril a l’avantage d’être
plus fusible que le cuivre et il rivalise avec le fer par sa dureté;
de plus, il jouit de la propriété de s’endurcir par un refroidisse-
ment lent; en même temps, si onle fait rougir au feu, et si on le refroidit ensuite brusquement en le plongeant dans de l’eau