LA PREMIÈRE ÉTAPE DE L'ÉVOLUTION HUMAINE : LES EGYPTIENS
Pour rendre bien compte de la différence frappante qui existe entre les deux formes de l’évolution humaine en Europe et en Egypte, il faut donner un aperçu succinct des phases successives de l’évolution des peuplades aux bords du Nil et de l’état de haute culture qu’elles ont atteint pendant que celles de l'Europe se
LES GRECS ET LES SÉMITES Er ECAUS
trouvaient encore à l’âge de la pierre et du bronze, conformément aux récentes découvertes faites au courant du xix° siècle par les égyptologues qui se sont mis à déchiffrer les écrits hiéroglyphiques et les documents historiques trouvés dans les tombeaux des anciens rois des diverses dynasties qui ont régné en Egypte. D’après eux, les aborigènes étaient un peuple nomade et chasseur qui ignorait encore la culture du sol. Les dessins qu'ils ont laissé nous montrent leurs habitations construites en palissades de roseaux, formant des enclos délimités par des pieux; enceintes rudimentaires destinées à les préserver contre les fauves. Là, ils se sont peints eux-mêmes, l'arc en main, entourés de leurs femmes, de leurs enfants et de troupeaux d'animaux sauvages qu'ils semblent avoir domestiqués. On y remarque surtout les gazelles, et les antilopes qui, plus, tard, retournées à l’état sauvage, seront le luxe des grands seigneurs contemporains des Pyramides. Ce n’est que plusieurs siècles après, que Ménès, le premier roi, introduisit les premiers germes de civilisation dans ce pays (1). Ménès est considéré comme le chef des tribus qui ont envahi et conquis la Basse-Egypte, il réunit sous son autorité les premières peuplades éparses dans la vallée du Nil. La tradition mythique, l'identifie à Horus, le soleil vainqueur, qui apparaît après les ténèbres, descend le Nil et S'empare de l'Egypte en maître absolu. Le pays se partageait alors en deux moitiés : l'Egypte du Sud et Egypte du Nord. Le titre de pharaon signifie toujours roi de la Haute-Egypte, le pharaon étant l’incarnation de Ra (soleil)ou roi du ciel, qui s’asseyant sur le trône des deux Egyptes s’assimile
à Horus. Des dernières découvertes anthropologiques il appert que l'Egypte possédait àson origine une population autochtone de souche africaine, de type caucasique, et fut soumise par des conquérants asiatiques, également de famille caucasique, venus des rives de la mer Rouge. Ces conquérants s’adaptèrent bientôt aux mœurs et aux croyances religieuses dela race indigène. Il paraît que le peuple conquérant parlait une langue sémitique qui avait beaucoup d’analogie avec celle de l'Egypte, mais plus cultivée. :
L'esprit d'organisation des prémiers rois historiques avait transformé complètement le pays et introduit une hiérarchie bien échelonnée ; souveraineté, gouvernement provincial, grades dans l’armée, princes, généraux et pontifes. Toutefois, les fonctions sacerdotales restaient entre les mains des pharaons. D’après
(1) Albert Gayet. ss La civilisation pharaonique.
l'écriture hiéroglyphique trouvée dans les tombes des indigènes -et des conquérants, les égyptologues ont acquis la certitude que les divers cultes qui furent en honneur sur les bords du Nil ont eu une origine étrangère, bien que tempérée par l'influence du milieu ambiant. Héliopolis avait été la métropole de la population indigène, appelée les Anou (1).
Des recherches anthropologiques ont été faites dernièrement par deux savants lyonnais, MM. Lortet et Gaillard; ils ont trouvé dans la région de Thèbes de nombreux petits ateliers préhistoriques contenant des pièces nombreuses et diverses, des armes et des ustensiles. [ls ont également trouvé dans une tombe des poteries médiocres, des lamelles d’or, une hache de type acheuléenne, de plus un superbe scarabée portant le cartouche d’'Aménophis IIE, c'est-à-dire 1427 avant l’ère chrétienne, ce qui permet d'admettre que les haches en pierre, qu’on trouve encore par milliers sur les terrasses de la montagne de Thèbes, faisaient partie des instruments usuels des fellahs, à l’époque historique. D’après eux, la persistance de l'emploi d'outils aussi primitifs s’expliquerait d’ailleurs aisément. Le bronze a toujours été rare en Egypte. C'était un métal précieux, servant plutôt à faire des statuettes sacrées qu’à fabriquer des ustensiles domestiques. L'époque du bronze manque dans cette partie de l'Egypte, entre celle du silex et celle du fer. La période du fer succède brusquement à celle du silex, le fer ayant certainement été importé du centre de l'Afrique où les nègres, habiles forgerons, connaissaient ce métal depuis longtemps. |
Quant aux doctrines religieuses prédominantes en Éayple, tous les égyptologues sont d'accord sur ce que, aux époques primitives, le culte des animaux était aussi répandu en Egypte que dans l'Afrique ; ce n’est que plus tard que les prêtres enseignèrent que l’homme, à son apparition sur cette terre, ignorait les moyens de pourvoir à sa subsistance et d'exprimer sa pensée, au point qu'il était réduit à imiter les cris des animaux et que les dieux s'étaient manifestés à lui pour l’instruire et le guider. Le peuple ignorant continua à adorer les dieux sous forme d'animaux et chaque localité adorait Dieu sous un nom différent et sous une représentation particulière.
Avec le temps, les collèges sacerdotaux remanièrent les cultes et les rites divers pour arriver à leur unification. Toutefois, les villes principales, telles que Héliopolis, Memphis et Thèbes,
(1) Ananime avait été le fondateur de la tribu des Anou
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conservèrent leur théogonie ancienne; chacune interprétait à . sa manière le symbolisme d’une religion de forme polythéiste.
Ce n’est qu'après le mélange d’une race asiatique avec les popu-
lations autochtones, que les animaux n’eurent plus dans la
religion qu’un caractère emblématique. C’est ainsi que Ra, le dieu du Soleil, est représenté par un épervier ou un homme à
tête d’épervier, parce que la course de l’astre dans le ciel est
comparée au vol de cet oiseau. La déesse-mère, allaitant le dieu-fils, porte une tête de vache, expliquant sa fonction de nourrice. Cependant les collèges sacerdotaux continuent à occuper, sous toutes les dynasties, la place prédominante auprès du gouvernement, et ce sont eux qui interprètent selon leur propre jugement et leur convenance les attributs de chaque divinité. Dès le commencement, les divinités primitives se partageaient en trois groupes distincts : les dieux solaires, les dieux élémentaires et les dieux des morts; chacun formait des cycles divins de neuf ou trois personnalités. À Héliopolis, c'était Ra- Soleil, le dieu suprême, qui apparut comme chef du cycle que les textes appelaient la Paout, où se trouvent réunis tous les dieux des éléments. Chaque cycle en comportait neuf, et l’on a
expliqué ce chiffre par les propriétés métaphysiques des nombres.
La triade étant le symbole d’un tout absolu, la neuvaine, en répétant trois fois cette unité fondamentale, donnait la perfection ineffable. La plus ancienne Paout est mentionnée dans les textes dés Pyramides. Chacun des dieux de la Paout personnifie la création. Osiris prit le premier rang dans la théologie égyptienne. Autour de lui, se condensa le mythe et s’accumulèrent les légendes. Il devint la personnification du soleil disparu dans la nuït et en lui s’incarna le caractère moral. A l’époque héliopolitaine, il représente les êtres humains mâles, de même qu'Isis, l'être féminin. Nout enfante les étoiles et est considérée
comme la mère d’'Osiris et d’Isis. Toum, le dieu Un, n’a point d’épouse. Chaque capitale de province donne des noms distincts à ses divinités, mais le principe reste toujours le même. A
Héliopolis, Ra occupe le premier rang comme divinité solaire ; à Memphis, c’est Ptah, considéré comme le dieu des morts. Tous avaient reconnu une triade familiale. Le chef de la triade en demeure la personnalité suprême. Cependant, la théologie égyptienne n'’ignorait pas la conception élevée de la divinité, le dieu éternel, immortel, sans commencement et sans fin. On n’a qu’à lire les hymnes recueillies dans les anciennes tombes où l’on trouve cette définition : € Le Dieu Un, qui est seul, Celui qui
s’engendre en lui-même. Celui qui était alors que rien n'était ». Les dieux ont été le plus souvent représentés sous la forme humaine, mais aussi souvent, dans quelques provinces, sous la forme animale. L’explication de l’incarnation sous forme animale est donnée par les égyptologues, non comme l'expression d’un fétichisme, mais plutôt comme un rébus phonétique, comme un terme hiéroglyphique exprimant le nom de l'animal ; Set, nom du Soleil nocturne, s'écrit en égyptien Tebh, et l’hippopotame s appelle également Teb. Dans cette théogonie, une place à part était réservée au Nil qui ne recevait le titre de dieu que par déférence, comme bienfaiteur de l'Egypte. A Thèbes, on a toujours adoré Amon, dieu caché, père des dieux et des hommes, et le collège sacerdotal de Thèbes a toujours reconnu que « Dieu existe par lui-même et que c’est le seul dieu qui n'ait pas été engendré. » D’après Chabas, les innombrables dieux du vaste panthéon égyptien ne sont que des attributs ou des aspects différents de ce type unique. M. Maspéro, dans son Histoire ancienne des peuples de l'Orient, écrit :
«Les noms variés, les formes innombrables que le vulgaire est tenté d'attribuer à autant d'êtres distincts et indépendants n'étaient pour l’adorateur éclairé que des noms et des formes d’un même être. Tous. les types divins se pénétraient réciproquement et s’absorbaient dans le dieu suprême. Leur division, même poussée à l'infini, ne rompait en aucune manière l'unité de la substance divine; on pouvait multiplier à volonté les noms et les formes de Dieu, on ne multipliait
jamais Dieu. »
En 1875, M. Gréhant écrivait : « Comme sous les noms d’Eternel et de Providence, nous entendons le même Étre, l'Egyptien, sous ceux de Ptah, de Ra ou d'Amon, adore un seul dieu ». Un égyptologue anglais, Le Page Renouf, dans une conférence qu’il fit à Londres sur l'origine et le développement de la religion en Egypte, disait que toute la mythologie égyptienne roule sur les mythes de Ra et d'Osiris qui se fondent l'un dans l’autre et que tous les textes nous montrent que Ra, Osiris, Amon et tous les autres dieux n'étaient que des formes de langage servant à symboliser les attributs de l'Étre suprême.
Quant aux croyances relatives à Me vie future, la doctrine égyptienne soutenait que l'individu, à sa naissance, ne fait que changer de milieu, car il a vécu ailleurs, et son séjour terrestre
. n’est qu'une transformation (1), un devenir de cette vie dont cha-
. cun des instants correspond à une des phases de la vie d’un jour
d'Osiris ; la naissance était un lever de soleil à l'Orient, l’existence, la course diurne de l’astre, et la mort, la disparition de Dieu à l'ombre du soir. Après la mort, l’homme s’'identifiait à
- Osiris ;comme lui, il s’enfonçait dans la nuit où il devait re-
naître à une autre aurore, de même que l’Horus, à un autre matin. Dans cette doctrine, le Soléil joue encore le rôle principal, c'est toujours Ra, le principe mystérieux qui, caché dans le
disque, répand la vie universelle dans le monde. Une chaîne sans
fin relie la terre à ses foyers ; les atomes de l'existence universelle parviennent sur celle-ci en suivant la chaîne descendante, animant la créature, homme, animal ou végétal, et, à la mort de cet être, remontent, toujours vivants, par la chaîne ascendante, à leur source, d'où Ra les renvoie ici-bas, en un décor nouveau. Cette théorie cosmique fut, quelques siècles plus tard, reprise par les Grecs affiliés à l’école pythagoricienne, puis adoptée à la formule de l’enseignement alexandrin, avec la différence que
Ja doctrine égyptienne ne se contentait pas du mythe solaire
d'Osiris, d’après lequel lé corps humain est animé par l’âme universelle. À côté du corps, il place encore le Double, l'essence psychique, projection colorée de l'individu, forme impalpable et aérienne, plus qu'ombre et moins que réalité. Cet être spirituel, né en même temps que l'être terrestre, s'envolait, à la mort, vers la demeure dés Doubles. Le corps préservé par l’'embaumement devait attendre, à l'abri de la décomposition, la fin de la pérégrination des âmes. En attendant, le Double quittait son séjour céleste pour venir habiter auprès de la momie, dans la solitude de la tombe.
Cette survie de la personnalité psychique a eu pour Corollaire
naturel l’idée des récompenses et des peines proportionnelles aux
bonnes et mauvaises actions dans ce monde.
Toutefois, il faut reconnaître, bien que l’idée d’un mono-
théisme ait fait de sensibles progrès avec l’évolution des sciences et des arts en Egÿpte, que ce n'élaient que les prêtres et les | classes élevées qui pouvaient comprendre la conception philosophique du monothéisme. Les grandes masses ignorantes
restaient plutôt attachées à la forme polythéiste, et comme, précisément, les prêtres vivaient des mille pratiques supersti-
tieuses imposées au vulgaire, ils tâchaïent de lui fairé croire que
(1) La Civilisation pliaraonique, paï Albert Gayet, page 31,
le Dieu Suprême se cache aux hommes et aux dieux, et que les hommes ne connaissaient ni son nom ni sa forme. Ce ne sont que les prêtres, les initiés, qui peuvent servir d'interprètes entre l’homme et Dieu. À
En effet, toute l’histoire politique de l'Egypte se trouve intimement liée aux croyances religieuses enveloppées d'un polythéisme symbolique, bien que le fond en fût monothéiste. Le vulgaire ignorant n’y comprenait rien et ne voyait rien au-delà de l'idole qu'on lui mettait sous les yeux : il fut maintenu dans une sorte d’idolâtrie. Néanmoins, on ne peut pas méconnaître que les collèges sacerdotaux, en même temps qu'ils ont tâché de conserver pour eux le caractère théosophique, n’ont pas négligé d'établir et de répandre des principes moraux, qui pussent servir de guides aux différentes classes sociales. Dans le but de maintenir leur prestige et leur influence sur les classes supérieures dela société, ils se sont mis à étudier également les moyens appropriés pour augmenter les sources de la prospérité nationale. C’est ainsi qu'ils firent comprendre aux Pharaons la nécessité de construire des citernes et des prises d’eau, afin de recueillir les eaux surabondantes au moment des crues du Nil et de prévenir les conséquences de la sécheresse. Ils ont contribué de même à donner une grande impulsion au commerce et à l'industrie, ainsi qu’à la navigation. Ils ont tâché de profiter de toutes les circonstances pour mettre d'accord la croyance avec la réalité de la vie et d'attribuer tous les événements de la vie publique et privée à l'intervention d’une divinité quelconque. Cependant, cette vieille société, si fortement cimentée par la monarchie et par la théocratie, n’a pas pu résister aux éléments hostiles qui la minaient, désagrégeant ses forces et perturbant l'équilibre de l'organisme social. L’empire des pharaons, sous la sixième dynastie, était divisé en castes fermées : d’abord, l’autorité royale, émanation divine, revêtait la forme d’un vrai despotisme ; toutefois son pouvoir temporel absolu restait limité à la Basse-Egypte, tandis que les petits Etats de la Haute-Egypte étaient gouvernés par des anciens chefs conquérants qui payaient l'impôt à leur suzerain; ensuite, venaient la easte sacerdotale et la caste militaire; la foule, administrée par une armée des fonctionnaires, restait ignorante et superstitieuse, soumise à la corvée pour la construction des monuments, des digues et des canaux ; enfin, une quantité énorme d'esclaves provenant des prisonniers de guerre était employée également à des travaux publics. La moitié de la terre formait l'apanage de la cou-
ronne, des seigneurs féodaux et des sanctuaires, et le paysan restait soumis à l'impôt, à la corvée et aux caprices des hauts fonctionnaires d'Etat.
Il s’ensuivit forcément un mécontentement général, les liens nationaux finirent par se relâcher; la sixième dynastie s’écroula au milieu du soulèvement des grands vassaux impatients de ressaisir leur indépendance, et l'empire memphite fut remplacé par un gouvernenent féodal, après de longues années de déchirement et d’affaissement politique, après avoir donné lieu au massacre des impies, soit à l’extermination des hommes par les dieux. Mais finalement, la coalition des seigneurs féodaux, à la tête de laquelle se trouvaient les ducs de Thèbes, finit par rétablir l’ordre et par former la douzième dynastie. La ville de Thèbes devint la capitale. La monarchie thébaine exerça sur l'Egypte une hégémonie toute puissante, marquée par une grande prospérité et une admirable floraison littéraire et artistique. Pendant deux siècles et demi, les gouvernements ont fait embellir les vieilles cités : ils en fondèrent de nouvelles, bâtirent de nouveaux temples et réalisèrent de grands travaux d'utilité publique. Malheureusement, le courant de la civilisation égyptienne fut interrompu par une terrible catastrophe: l'invasion des pasteurs ou Hyksos, lesquels, d’après Mariette, étaient un ramassis de toutes les hordes nomades de l'Arabie et de la Syrie. Au commencement, les ravages de l'invasion furent affreux; puis les conquérants asiatiques, comprenant leur intérêt, ménagérent les vaincus en maintenant les seigneurs égyptiens dans leurs privilèges; les chefs s’attribuèrentle protocole royal, rouvrirent les temples et s’entourèrent d'officiers égyptiens, et, comme corollaire de leurs projets, ils voulurent identifier leur dieu national aux dieux d'Egypte. C’est alors que les prêtres d'Amon, blessés dans leurs croyances et dans leurs intérêts, levèrent l’étendard de la révolte. Poussés par eux, les grands vassaux se soulevèrent. Ainsi engagée, la lutte dura sans trève pendant un siècle et demi; aucun des revers éprouvés au cours de cette lutte ne découragea les prêtres. Prêchantla guerre sainte, recrutant des troupes, ils mettaient sans compter au service des confédérés leur influence et leurs trésors et ils finirent par s’emparer des places fortes et rejeter les Hyksos en Syrie après leur avoir infligé une défaite suprême sous les murs de Sharoukin. Pour la seconde fois, l'Egypte reprit l’essort de sa vie et se trouva réunie sous un seul maître, des cataractes jusqu’à la Méditéranée. |
qu LES GRECS ET LES SÉMITES
Cette victoire ayant été due aux efforts des prêtres d’'Amon, le culte thébain prit le dessus sur les cultes héliopolitain et memphite, c’est-à-dire Amon et Horus, les divinités de vie et delumière, étaient les vrais vainqueurs, et Set et Soutekh, les dieux : des morts et des ténèbres, les vrais vaincus. La conséquence paturelle de cette lutte victorieuse fut une modification sensible de la constitution religieuse et politique de l'Egypteet la suprématie absolue du dogme d’Amon et du pouvoir royal. Les princes confédérés, bien qu'ils sortissent tout puissants de la lutte contre l'étranger, restèrent soumis à l'influence toute puissante des collèges sacerdotaux qui, dès la première heure, avaient été les promoteurs de la révolte. Ahmès I appuyé par l'influence des prêtres d'Amon fit tous ses efforts pour imposer leur. dieu à l'Egypte tout entière. Cependant, l'unité de l'empire ne se fit pas sans secousse. Il fallut encore lutter longtemps contre quelques-uns des anciens alliés, les vassaux. Le roi Ahmès, dans le but d'éloigner les seigneurs dépossédés, jugéa prudent d'étendre son royaume vers l'Asie et chaqueprintemps futmarqué par une nouvelle expédition. Les premiers peuples qu'il combattit furent les tribus chananéennes, connues sous le nom de Phéniciens, disséminés sur la côte méditerranéenne. A la suite de tant de victoires, la puissance d’Amon avait grandi; sa suprématie s'était imposée sur les dieux de toutes les cités d'Egypte. De même, les anciens grands vassaux, auprès du monarque, n'étaient plus que de hauts dignitaires pourvus de charges à la cour du roi des cieux. Ces rêves réalisés, les prêtres d’Amon avaient encore grandi leur autorité, Sous Thotmès IIL, le grand pontife de Thèbes apparaît comme légal du roi ou presque. Aussi ce roi, effrayé de cette puissance envahissante, essaya de lui faire contrepoids et de se prémunir contre toute tentative d’usurpalion du trône. Il avait remis en honneur le vieux mythe d'Hor-m-Kout, Horus sur l’horizon, et ordonné de déblayer le sphinx que le sable du désert recouvrait; son fils AménophisIlf fit plus encore ; il transporta à Thèbes le culte héliopolitain d’Aten, le disque solaire et v institua un temple en son honneur. Les prêtres d’Amon comprenant le danger, entrèrent résolument en guerre ouverte. Désespérant de venir à bout de leur résistance, Aménophis IV quitta Thèbes et alla fonder en Moyenne-Egypte une ville, Kout-n-Aten, (l'Horizon-du-Disque) dont il fit sa capitale. Mais l’un de ses successeurs, se voyant en guerre avec les peuples de l'Asie en. même temps qu'avec les prêtres d’Amon, conclut la paix avec ces derniers, abandonna Kout-n-Aten, rentra à Thèbes et rouvrit le
temple d’Amon générateur. Les collèges sacerdotaux, conscients
de la puissance morale et matérielle acquise dans le pays, pour
établir leur suprématie sur tous les autres cultes, décidèrent de transformer le leur en un monothéisme absolu. Amon devint pour
- le théosophe, l'être unique, éternel, doué de science et de sagesse
infinies, qui existe par essence, qui vit en substance; le générateur du ciel et de la terre, celui qui n’a pas été engendré. Ce dieu
unique en trois personnes, Amon-Maut-Khousou, est père, par
cela qu’il existe : il est, en lui-même, l'essence de son devenir perpétuel. La conception et l’enfantement se confondent en lui, de toute éternité. Désormais, tous les autres dieux furent considérés comme ses manifestations. Horus ne futplus que le lever de
l’astre au matin; Toûm, son coucher sur l'horizon; Aten, le disque,
son habitation par excellence; Shou, la lumière qui en émane; Anhour, la force qui l’entraîne ; Osiris, le soleil des nuits au pays des morts (1).
Il n’y a pas de doute que les événements politiques ainsi que le progrès des sciences et de l’industrie n’aient produit cette évolution dans le domaine des idées et obligé les collèges sacerdo-
taux à modifier leur conception philosophique par rapport au
culte. Toutefois, on ne peut s'empêcher de conclure que, s'il s’est | accompli un changement dans la forme, le caractère fonda- . mental du culte persista quandmême; c’est l’adoration du soleil ;
car toutes les litanies sont connues sous le nom de litanies du soleil et le texte gravé à l'entrée des tombeaux des rois débute par
les mots : adoration à Ra dans l’Ament. Les rois qui ont le plus
. contribué à la grandeur de l'Egypte pendant la dix-neuvième
dynastie furent Aménophis ITIT, Aménophis IV et Rhamsès IT. De
. nombreux monuments et des temples découverts dans ces der-
nières années en sont un témoignage éloquent. Cependant, sous
la vingtième dynastie qui s’inaugura avec Mer-n-Phtah, fils et
successeur de Rhamsès If, commença la décadence de l'Egypte. H se produisit alors une coalition des peuples de l’Asie-Mineure
qui se jetèrent comme une avalanche, avec force et rapidité, sur
le Delta: à leur tête se trouvaient les Lybiens, A la faveur de cette invasion, les esclaves, en nombre considérable dans la Basse-Egypte, entrèrent en révolte et Mer-n-Phtah fut obligé de traiter avec les Babyloniens en leur concédant des terrains pour
les coloniser, Les Israélites employés alors par les Egyptiens à des travaux très durs dans la construction de villes fortes profi-
(1) À. Gayet. La civilisation pharaonique, p. 162.