DA | LES GRECS ET LES SÉMITES
tèrent des troubles et des révoltes dans le pays ainsi que de l’impuissance des rois, pour émigrer en masse, guidés par leur chef, Moïse (1700 ans avant l’ère chrétienne).
La décadence de l'Egypte s’accentue encore davantage sous les vingt-et-unième et vingt-deuxième dynastie. D'un côté, la guerre
civile éclata entre la Haute et la Basse-Egypte et la fréquence des révoltes à l’intérieur pendant lesquelles les ouvriers désertèrent les chantiers pour piller les nécropoles; d’un autre côté, l’entrée en scène d'un nouvel empire tout puissant, l’Assyrie, qui avait déjà subjugué la Chaldée et soumis tous les pays du bassin du Tigre et de l'Euphrate, avait contribué à ébranler de fond en comble les assises de l’ancienne Egypte. Celle-ci fut obligée de soutenir pendant plusieurs années des guerres contre les Assyriens avec des alternatives de défaite et de victoire, mais finalement, ces derniers restèrent maîtres du pays qu'ils organi-
sèrent en provinces assyriennes en confirmant les petits princes
dans leurs privilèges et leur imposant untribu annuel. Toutefois, les révoltes et les troubles intérieurs incessants finirent par stériliser les efforts des Assyriens qui, après un grand nombre d'années de guerre, furent obligés de quitter l'Egypte. Malheureusement, les Egyptiens, après s'être débarrassés des Assyriens, furent forcés de lutter contre des rvoltes à l’intérieur, en même temps que de se défendre contre l'invasion des Perses. Cet état de
guerres continuelles qui se prolongea jusqu’à la fin de la vingt- &
neuvième dynastie fut cause de l'épuisement complet du pays et de sa décadence rapide, jusqu’au moment de sa soumission aux Grecs, sous la domination d’Alexandre-le-Grand.
De l'aperçu d'ensemble que nous venons de tracer de l’évolution de la civilisation égyptienne avant l’ère chrétienne, il résulte : fi
1° que l'Egypte jouit, sans conteste, du privilège de pi les plus anciennes annales ; celles qui remontent le plus haut vers la source de la civilisation, gravées en écriture hiéroglyphique sur des pierres ;
2° que les premiers germes de la civilisation égyptienne ne proviennent nullement d’une race autochtone; ils furent i HRpRE tés par des tribus émigrées de l'Asie Mineure ;
3° que l'Egypte, bien qu’elle eût déjà acquis pendant les dix premières dynasties un haut degré de civilisation, et réuni des
connaissances techniques d'astronomie, d'agriculture, d’industrie et de commerce à un développement prodigieux d’un système philosophique et religieux, n’a jamais réussi à fonder son unité nationale. Dans chaque province, il y avait un culte différent et un symbolisme de la divinité distinct. En tous temps, les rois ont eu à lutter contre l’ambition et la jalousie des grands vassaux, dansl a Haute-Egypte, où les seigneurs féodaux n'étaient que nominalement soumis aux pharaons et jouissaient d’une autonomie complète. De plus la plus haute culture restait toujours limitée aux grandes villes et à certaines classes de la société, tandis que les grandes masses populaires, loin de participer au progrès matériel et intellectuel des classes supérieures, restèrent plongées dans les ténèbres de l'ignorance et de la superstition. Grâce à la douceur du climat et au manque de besoins matériels, elles se sont contentées de vivre dans des conditions d'existence inférieures ; |
4° que dans toutes les phases d'évolution de l'Egypte, la mentalité théocratique a prédominé dans les classes élevées de la société, de même que dans les sphères gouvernementales. Les collèges sacerdotaux ont bien manifesté sous la monarchie thébaine des tendances franches de monothéisme, il n’osèrent pas rompre avec le passé, de peur d’affaiblir leur prestige aux yeux des classes populaires qui étaient familiarisées avec les idées polythéistes et avec les formes correspondantes du culte extérieur, de sorte qu'il y eut toujours un abîme entre les classes élevées de la société et les grandes masses de la population ignorantes et superstitieuses. Par celles-ci l'idée de patrie n’a jamais été vivement sentie, leur intelligence n'était pas assez développée pour qu’elles pussent comprendre la nécessité de défendre le sol, l'honneur et les intérêts matériels collectifs du pays, excepté lorsqu'il s'agissait de défendre leurs dieux, leurs temples et leurs cultes; - | ÿ
5° que les guerres fréquentes et prolongées, tant intestines qu'extérieures, que l'Egypte fut obligée de soutenir pendant les différentes dynasties, ont contribué à épuiser les ressources du pays, à arrêter l’agriculture, à paralyser le commerce et l’industrie et à empêcher les progrès matériels et intellectuels dans toutes les branches de l’activité nationale ;
6° que ce fut toujours la Basse-Egypte, c’est-à-dire le delta du Nil, la région la plus fertile, la plus riche et douée d’un chimat très doux, qui fut l’objet de l'invasion étrangère. L'accès, par l’isthme de Suez, en était facile aux peuples conquérants de
l’Asie Mineure et de la Pérse.et les habitants du delta du Nil, peuple agriculteur par excellence, n'avaient pas suffisamment l'esprit guerrier pour se défendre avec succès ; ils avaient besoin du concours et de l’aide matérielle que devaient leur prêter leurs confédérés de la Haute-Egypte, race montagneuse et guerrière, pour repousser les envahisseurs ;
7° que le fait de la décadence précipitée de l'Egypte sous la dernière dynastie, après qu’elle eût atteint le plus haut degré de culture parmi les peuples de l'Orient, démontre que ni la prospérité matérielle d'un pays, ni même le progrès dans les sciences et les arts, n’offrent une garantie sérieuse pour sa stabilité et la durée de son organisation, si la culture intellectuelle n’est pas en même temps répandue parmi les classes laborieuses inférieures, et si les principes de justice et de solidarité humaïne ne sont pas inscrits dans les lois et pratiqués par ceux qui sont appelés à gouverner et à défendre les intérêts matériels, moraux et intellectuels de la collectivité.