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dieux les passions humaines. D'après lui il n'y a qu’un dieu qui est l'infini, dans la pensée et dans l'étendue. Une telle doctrine, admirable dans sa conception, engendrée par un esprit sagace et une intelligence supérieure, n’a pas pu se soutenir : il lui manquait de pouvoir fonder son raisonnement sur des faits matériels incontestables, et elle devaitlutter contre les idées religieuses courantes, basées sur des siècles de routine et contre les préjugés d'un peuple élevé dans l'ignorance des lois de la nature. Toutefois, il faut reconnaître que la Grèce, au moment de son apogée, a produit des hommes d’un entendement tellement supérieur qu’ils ont deviné par intuition des choses et des idées qui ont eu besoin de plusieurs milliers de siècles pour mürir et s'établir sur des faits acquis. Tel était le cas de la doctrine du mouvement de la terre autour du soleil, qui, d’après Plutarque, revient à Héraclite, Copernic même en parle dans ce sens, disant que c'est là lecture de Plutarque qui l’a conduit à cette découverte. Quoi qu'il en soit, les excès de l’école éléatique ne tardèrent pas à provoquer une réaction, à la tête de laquelle se mit Leucippe, le fondateur de l'École atomistique, qui prétendait que les corps se formaient par la combinaison fortuite des corpuscules indivi- sibles (atomes) et éternels, donnant lieu à différentes formes, selon leur juxtaposition. Ainsi, à l’unité infinie, il substitua la pluralité infinie.
Ces différents systèmes et ces écoles avaient produit une grande confusion dans les esprits, jetant en même temps le doute dans les àmes, ce qui donna lieu à la formation d’un autre groupede penseurs qui S'appelaient sophistes, lesquels, en se consacrant aux analyses subtiles et aux méthodes de discussion, rendirent la pensée plus pénétrante en l'habituant à ne pas se contenter d'un raisonnement incomplet. Les adeptes de cette école, parleur méthode dialectique, loin d'apporter de la lumière dans la discussion, l’obscurcissaient de plus en plus. Ils provoquèrent une réaction du côté des Sages qui, comprenant la nécessité de ramener la philosophie à un but élevé et pratique, cherchèrent leur appui dans Socrate qui, étranger aux arguties des sophistes, en appela au sens moral de l'humanité. Bien qu'il ne développâät aucun. système de morale et qu'il ne donnât point une théorie de la matière et de son rapport avec l'esprit, il porta l'attention sur la conscience morale et sur l’activité rationnelle de l’homme: il ‘-enseigna que la valeur de toute connaissance doit être examinée uniquement selon sa concordance avec la science entière et que toute pensée doit rendre compte d'elle-même et prendre racine
LES GRECS ET LES SÉMITES 43 dans la connaissance de soi-même et de Dieu. Socrate fut également le fondateur de la méthode scientifique qui consiste dans la preuve par induction et dans la détermination générale des idées.
Le prestige acquis par Socrate parmi les classes élevées d’Athènes et la peur de l'aristocratie athénienne de perdre son influence sur les masses ignorantes, à la suite de la propagande de la doctrine de son école, le firent accuser de ne point adorer les dieux de la cité, d'introduire des dieux nouveaux et de corrompre la jeunesse. Il ne chercha pas à se défendre et fut condamné à mort à l’âge de 70 ans. Anaxagore et plusieurs disciples de Socrate, craignant la persécution, se réfugièrent à Mégare où Euclide fonda une école. ÿ |
Parmi les élèves de Socrates, ce fut Platon qui se distingua le plus, et, suivant l'exemple de son maître, il réussit à réunir la philosophie rationnelle et la philosophie spéculative. Il fit faire des progrès immenses à la philosophie qu'il divisa en logique, métaphysique et éthique ; il pensa qu'il fallait viser à corriger la politique et les institutions plutôt que les individus ; il recommanda d'agir conformément à l'idée rationnelle du bien par le seul amour de la justice. D'après lui, la vertu consiste dans l'effort de l'humanité à ressembler à Dieu ; l'éducation est la culture libre et morale de l'esprit; la politique, étant l'application en grand de la loi morale, est la science de réunir les hommesen société sous la surveillance de la morale. Doué d'un esprit poétique et artistique, il possèda un talent d'exposition qui n’a jamais été surpassé. Dans ses dialogues, il abonde en figures, en fables et en comparaisons, et témoigne d’une admirable connaissance des hommes et des choses ; ses entretiens philosophiques furent fréquentés par des personnages célèbres. Toutefois, malgré sa haute conception sur Dieu et sur l'humanité, il n’a pas pu se défendre contre ses instincts aristocratiques et il foule aux pieds la liberté individuelle, C’est pourquoi il veut établir une aristocratie du savoir et il témoigne une estime très médiocre pour la personnalité humaine :
«Si un citoyen tue son esclave, il suffit qu'il se purifie; si c'est celui d’un autre, qu’il paie deux fois sa valeur au propriétaire; quant à l’esclave qui tue son maître, on peut lui faire souffrir tous les tourments à son gré ; s’il tue un autre esclave, que le bourreau le fasse expirer sous les verges. »
D'après lui, la femme et les enfants sont la propriété de