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s'unissent dans l’action et marchent d'accord pour rehaus-
ser de plus en plus le sentiment de la dignité de la person: nalilé humaine et pour rendre plus solides les liens dela
solidarité sociale en harmonie avec la liberte individuelle.
En effet, le philosophe juif Philon avait déjà conçu et mis &
exécution l’idée de réconcilier la révélation mosaïque el la philosophie grecque. C'est lui qui a transformé en Logos, en Nerbe, le Messie vaguement annoncé par les prophètes et.
c'est par lui que Platon est devenu, comme le dit spiriluellement À. Lefèvre, un ancêtre des Pères de l'Eglise. Il est incontestable queses doctrines contiennent en germe les principaux dogmes chrétiens et qu'à l'ombre de son système philosophique éclectique s’est créée l'école d'Alexandrie qui a brille par son enseignement à peu près quatre siècles, jusqu'au moment où le mysticisme oriental a pénétré dans la mentalité des Pères de l'Eglise, engendrant le fanatisme et l'intolérance religieuse et poussant Justinien à la fermer. A ce moment, la culture grecque a failli être engloutie dans l’abime de l'ignorance et de la superstition ; ce qui serait certainement arrivé si les représentants de cette école n'avaient pas trouvé asile et bon accueil en Perse dont les gouvernements protégeaient les -arls et les sciences, surtout sous la dynastie des Sassanides, jusqu’à la mort de Chosroës le Grand vers la fin du VT siècle, lorsque la Perse même,
épuisée par des guerres prolongées contre les empereurs
byzantins, est devenue sous l'influence des prêtres Mages victime d'un régime d'intolérance el par suite tombée en complète décadence, dans laquelle elle resta plongée jusqu'à la moitie du VII: siècle. C’est à cemoment critique que la culture grecque ade nouveau couru le danger de périr, sipar une circonstance providentielle n'avait surgi le génie de Mahomet
qui, aprésavoir institué par la force des armes lemonothéisme
et fondé l’unilé nationale parmi les habitants de la Péninsule
arabique, leur avail inculqué l'esprit de prosélytisme; car.
c'est par leur idéal religieux associéàleur espritguerrier que les successiurs du prophète; avides de gloire, cnt réussi à les pousser à la conquête de l'Afrique, de l'Asie et de l'Europe. Grâce au concours de ces circonstances heureuses, les Arabes sont arrivés à pouvoir se charger de la mission civili-
satrice de l'humanité. C’est pendant leur invasion de L Asie
Mineure et de la Perse qu'ils ont su recueillir la semence de la culture grecque dispersée dans les grandes villes de ces
PRÉFACE © cn pays pour la transporter ensuite en Europe sur le sol d'Es- pagne plus propice que l'Orient à sa Fconation eb à son développement.
Ce sont les écoles de Bagdad et de Cordoue qui ont constilué les grands foyers de culture d’où sont sortis les grands savants arabes et juifs dont les travaux ont enrichi les connaissances Scientifiques acquises dans les ouvrages grecs traduits en arabe. C’est aussi dans l’école de Cordoue que se sont formés la plupart des savants juifs les plus distinques, qui, après s'être assimilé la science et la pensée philosophique gréco-arabe, les ont transportées ensuite à Tolède et à Saragosse où, pur les nombreuses écoles qu’ils y ont fondées, ils les ont transmises aux chréliens de Castille et d'Aragon. Malheureusement, celte mission fut interrompue à la fin du XII siècle au moment des Croisades, lorsque le clergé commencail à prêcher la guerre sainte du côté de l'Orient pour enlever aux Infidèles le saint Sépulcre et du côté de l'Occident pour chasser les Musulmans d'Espagne. C’est depuis lors que l'intolérance religieuse commenca à régner dans toute l'Europe, et c'est au nom de la foi qu’on a déclarée la guerre non seulement aux infidèles mais aussi à la science et à la libre pensée, et la lutte entre la théologie imbue de l'esprit scolastique et la science basée sur la raison devint tous les jours plus âpre. Après la prise de Grenade, l'Espagne commença à allumer des büchers pour les hérétiques de même que pour les livres scientifiques. Les Juifs et les Arabes furent chassés de l'Espagne au nom de la religion chrétienne et l’'Inquisition s'imposa à la conscience et à la pensée de toutes les nations européennes. — On aurait pu croire que le soleil allait se coucher définitivement dans l'Occident pour ne. plus se lever dans l'Orient. Heureusement une -ancienne lumière qu’on avait cru éleinte dans l'Orient se ralluma el commença à éclairer d'abord le sol de l'Italie et ensuite les autres parties de l'Europe. Après la prise de Constantinople par.les Turcs et même quelque temps avant, les savants et ‘artistes grecs, dépositaires de l’ancienne cullure grecque à Constantinople, s'acheminé-
rent vers l'Italie où ils semèrent les premiers germes, com-
mençcant à enseigner la science et la philosophie de Platon et d'Aristote et à faire connaître la poésie et les arts plastiques de l’ancienne Grèce, C’est ainsi qu'au XVI siècle, la Renaissance de la culiure grecque sur le sol européen avait
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déj 9 0 les princes italiens et les papes mêmes en étaient |
suggestionnés. Léon X, Clément VII et Paul III la protégée-
rent successivement, et Jules II chargeait Michel-Ange de
la construction de son mausolée de même que des fresques
de la voûte de la chapelle Sixtine. En même temps, l’inven-
tion admirable de l’Imprimerie se propagea avec une rapidité vertigineuse à travers toute l'Europe, au point que les imprimeurs qui étaient également des érudits ont fait réimprimer les œuvres littéraires des maîtres grècs et latins de l'antiquité et les vendaient à des prix trés modérés. Ils en
profitérent aussi pour faire des tirages de milliers d'exemplaires des œuvres littéraires des auteurs contemporains connus, tels que Erasme et Montaigne. Avec la renaissance
des lettres, coïncida un autre évènement non moins impor-
tant qui a contribué à bouleverser l’ordre social établi
pendant plusieurs siècles : c'est la Réforme, qui fut une protestation vigoureuse de la part du peuple et des princes allemands contre les dogmes et les doctrines de l'Eglise éla-
blis depuis quinze siècles, contre l'autorité du pape et des :
évêques, contre le célibat des prêtres, contre les couvenis et la messe et contre le culte de la Vierge el des saints. Cependant, ce mouvement révolutionnaire ne s'était fait ni au nom de la raison ni au nom de la liberté politique; au contraire, Luther déclara la raison comme un ennemi .de Dieu, qui ne fait que le blasphémer et critiquer ses œuvres. Et lorsque les paysans voulaient s'élever contre l’oppression des princes, il leur dit : « Quel que soit le droit des paysans, ils ne doivent pas le réclamer, ils doivent souffrir et se taire s’ils veulent être chrétiens. » Luther ne prétend pas innover en religion, il se propose simplement de revenir quinze siècles en arrière, jusqu'aux apôtres, et chercher la doctrine pure dans l’Ecriture Sainte et dans les mystères de l'Evangile. Il secoua avec une égale énergie le joug de la théologie et la maîtrise de la philosophie grecque. Il voulut une religion indépendante, tant de la raison que de la
théologie. Il en résulla que la science et la philosophie, séparées dela religion, ont travaillé en liberté chacune.
pour son compte. En effet, on voi surgir au XVI siècle .
d'une part des humanistes parmi lesquels figurent en pre-.
mière ligne Erasme et Rabelais et d'autre part des hommes de science avec Galilée à leur tête. Cependant, l'Eglise romaine fil tous ses efforts pour empêcher le réveil de la