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90 LES GRECS ET LES SÉMITES | démembrement de l'empire d'Alexandre, trois de ses généraux grecs se sont partagé l'héritage du grand roi: Ptolémée prit l'Egypte; Séleucus, la Syrie, et Lysimaque, la Macédoine. Les descendants de Ptolémée, bien qu'ils prissent le titre de pharaons, s'entourèrent de Grecs et établirent leur capitale dans une nouvelle ville, Alexandrie, fondée par Alexandre, laquelle fut, non seulement le grand port de commerce du monde ancien, maisaussi uncentre de culture grecqueet le rendez-vous detousles Orientaux: Grecs, Egyptiens, Juifs, Syriens. Alexandrie devint et resta pendant plusieurs siècles la capitale scientifique et philosophique du monde. .
Parmi les édifices importants d'Alexandrie, se trouvait le Musée, immense édifice en marbre relié au palais royal, qui contenait une grande bibliothèque renfermant environ 400,000 volumes; elle eut le malheureux sort d’être brûlée par César pendant le siège d'Alexandrie. Il se trouvait aussi dans le Musée: un jardin botanique et zoologique, un observatoire d’astronomie, une école d'anatomie avec une salle de dissection et même un laboratoire de chimie. Le Musée servit aussi de logement à des savants, à des mathématiciens, à des astronomes, à des médecins et à des grammairiens, qui Ab. nourris aux frais de l'Etat. | - Une autre ville, centre d'artistes et de acte fut Pergame qui avait une école célèbre de sculpteurs et une grande bibliothèque où le roi Attale avait réuni tous les manuscrits des auteurs anciens. C’est aussi dans cette ville que fut inventé l’art de remplacer le papyrus par des peaux préparées adhoc, d’où le nom de parchemin qui a servi à conserver les manuscrits de l'antiquité. La civilisation grecque qui avait été implantée sur le littoral de la Méditerranée et de l’Adriatique par de nombreuses colonies fondées par les Doriens, les Achéens et les Joniens, à l'époque de l’évolution de la Grèce, avait donné lieu également à la formation d'un grand centre de culture grecque, dans les ports de la Méditerranée et de l’Adriatique, appelée la Grande Grèce, qui a succombé la première à la force expansive et à l'esprit de conquête romaine, précisément après la défaite de Carthage, pendant le troisième siècle. La mère-patrie a eu beau se défendre encore quelque temps, le manque d'union entre les cités et les différents partis d’une même cité a mis fin à l'indépendance de la Grèce dont les villes furent incendiées et pillées par les soldats romains. Leurs chefs-d’œuvre et leurs tableaux des grands peintres furent détruits par des mains barbares. :
Toutefois, si Rome avait vaincu la Grèce, les Grecs étaient devenus les maîtres des Romains au point que des milliers de lettrés et d'artistes grecs vinrent s'établir à Rome où ils ouvrirent des écoles de littérature et d’éloquence et que les fils des plus illustres familles romaines se rendirent aux écoles d'Athènes et d'Alexandrie. Peu à peu, les débris des arts et des sciences grecs se reconstituérent sur le sol romain. Horace a déjà exprimé cette pensée, lorsqu'il dit : « La Grèce a conquis son sauvage vainqueur; elle a apporté les arts dans le Latium grossier ». Ce qui prouve que lhumanité évolue toujours dans le sens du progrès et que si elle trouve des obstacles à sa marche en avant, soit à cause de circonstances extérieures hostiles à son développement, soit à cause d’un vice organique engendré dans le sein même de la collectivité qui a fait naître le progrès, elle cherche son centre de gravité ailleurs, soit en s’ouvrant de nouvelles voies et en cherchant de nouveaux moyens plus favorables à son évolution, ou soit en transformant graduellement les éléments hostiles pour les rendre aptes à de nouveaux progrès. C’est ainsi qu'est née la culture gréco-romaine. C’étaient les légions romaines
qui, après s'être assimilées les progrès scientifiques et artistiques
réalisés par le peuple grec, les ont répandus sur la surface de presque toute l'Europe, chez les peuples qui se trouvaient sous la
| domin ation romaine.
« Les Grecs, dit Littré, ont éclairé le monde de l’éternelle lumière de la philosophie et de la science, y ont jeté des types immortels de
beauté qui le charment et l'inspirent. Les Latins, assez bien doués . pour se soumettre à toutes les doctrines des Hellènes.ont d’un bras de
fer, associé les populations civilisées et en ont fait un corps politique
“ opposé à la barbarie. Les Celtes se sont laissé latiniser et incorporer.
Les Germains, plus sauvages, ont menacé un moment l'existence de.
Hueet admirable organisme ; mais eux aussi n’ont pas tardé à courber la tête sous l'Occident qui depuis lors cst devenu irrésistible, Enfin, les
Slaves, frères arriérés, commencent à ressentir puissamment l'attrait de la civilisation occidentale LORS grecque. »
. Il n’y a pas de doute que sans l'intermédiaire de la puissance mondiale romaine la culture grecque n'aurait jamais franchi les limites du littoral méditerranéen, car la Grèce n’a jamais été
organisée que pour la défense de son territoire, et encore elle n’a pas toujours compris l'intérêt vital de l'union de toutes Les cités pour se défendre contre l’ambition de ses voisins. De plus, parmi
les habitants de ce petit pays, il y avait une divergence complète
{ à LE f : 3e Fi DE CLUT
quant à leur conception politique : les uns étaient pour un régime démocratique et les autres pour un régime monarchique. Chaque petit canton formait uh petit État à part, séparé de son voisin par un bras de mer ou par une muraille de rochers. Les habitants d’une même cité ne jouissaient pas tous des mêmes droits; le plus petit nombre seulement avait le droit de citoyen, tandis que le reste était des esclaves et des étrangers sans droit de citoyen. Il est tout naturel que, dans ces conditions de décentralisation à l'extrême, il y eût plus de tendance à la désagrégation qu'à la congrégation des forces et que l'esprit individualiste eût prévalu sur le sentiment altruiste. Ce n’est que sur le terrain intellectuel, tant dans l’art, dans la littérature que dans les sciences, qu’il existait une tendance prononcée pour l'unité nationale, et ce mouvement était tellement accentué que la cité qui a produit le plus grand nombre d'hommes illustres, telle qu'Athènes, a réussi, malgré ses échecs à la suprématie politique, à faire reconnaître le dialecte attique comme la langue littéraire commune dont se servirent tous les auteurs et qui était la mieux comprise par les lecteurs. On peut même dire qu'Athènes, ayant constitué pendant longtemps le champ de la lutte entre les défenseurs de la raison et ceux de la force brutale, représentait le cerveau de la Grèce, dont le rôle fut un des plus grands et des plus influents dans l’histoire de la civilisation, ayant contribué plus qu'aucune autre nation au perfectionnement de la raison humaine, ainsi qu'à la création de l’art, de l’expression harmonieuse sous des formes variées de la pensée, des sentiments et des passions humaines. De plus, malgré sa décadence nationale, la Grèce a légué les fruits de la conquête de la raison et du sentiment humains aux générations successives ; car on est forcé de reconnaitre que la culture grecque constitue l’origine et la source de la'civilisation européenne actuelle. Malgré le mépris et la haine du moyen âge contre le paganisme hellénique, la philosophie et la science grecques furent cultivées d’abord par les savants arabes et juifs, sous la domination arabe en Espagne. Ensuite, le siècle de Ia Renaissance se vit obligé de prendre comme modèle les productions littéraires et artistiques de l’ancienne Grèce, et encore aujourd'hui, nos grands peintres et sculpteurs, de même que nos grands maîtres dans l’art décoratif, s’inspirent de l'esprit hellénique. L’hellénisme a laissé une trace tellement profonde et lumineuse dans l’histoire de l’humanité que, malgré l'influence puissante de vingt siècles de christianisme, prêchant en tous temps et en tous lieux l’excellence de la vie austère et le mépris du corps et des biens terres-
tres, ainsi que l'abandon des jouissances corporelles pour glorifier
- l'âme, l'esprit matérialiste des Grecs et la poésie hellénique ont survécu au moyen âge, ont pénétré jusqu’au couvent et ont formé la base de l’enseignement secondaire pendant les xvrrre et xIx° siècles, dans tous les pays de l’Europe.