LES GRECS £T LES SÉMITES
population composée de 27.000 âmes, tandis que ceux qui restè-
rent se mêlérent avec les conquérants, formant un mélange de race et une population nouvelle.
La chute de Samarie avait démontré d'une manière éclatante la divinité du prophétisme; par suite, elle produisit un ébranlement profond dans la conscience des habitants de Judée. Tout le monde se disait: « Les prophètes l'avaient bien prédit au nom de Dieu. Juda, à moitié réjoui, à moitié terrifié du sort de son frère ennemi, vit dans la flamme qui consumait Samarie, éclater avec une lueur sinistre la vérité des doctrines prophétiques. Pourquoi Juda échappera-t-il au sort de son frère, s’ilreste sourd comme lui à la loi divine? Et les grands et le peuple se recueilli-
rent un moment lorsque le prophète Isaïe dénonca l’inévitable
châtiment suspendwsur l’orgueil et l’égoïsme des riches, sur la dureté et l’impureté des mœurs, sur la folie d’une politique qui
se trainait dans l’ornière banale de la duplicité et de la violence
internationale » (1). Isaïe, dans ses avertissements au peuple de Juda, était animé du même esprit qu'Amos. Il s'élevait de toute sa force contre l'avidité des riches, contre l’iniquité des juges et contre le vide du culte. «Malheur à ceux, dit-il, qui rendent des arrêts iniques, aux grefliers qui écrivent des sentences injustes, chassant les pauvres du tribunal et privant de leurs droits les faibles de mon peuple! » Et continuant à parler au nom de Jéhovah, il blâme en des termes très acerbes le culte extérieur
du temple. « Je suis rassasié des holocaustes, des béliers et des
graisses de veau; vos parfums me fonthorreur:; ne continuez pas de m'apporter vos vaines offrandes ; j'en suis las; quand vous tendez vos mains vers moi, je voile mes yeux, car vos mains sont souillées de sang. Lavez-vous, purifiez-vous ! Cessez de faire. : le mal; apprenez à faire le bien; cherchez la justice! » Heureusement, à cette époque, le trône de Juda fut occupé par
Ezéchias, un homme jeune, vigoureux et bien doué, de plus, letiré et: ouvert aux idées enseignées par Isaïe. En effet, il a
réussi à entraîner la classe sacerdotale dans le mouvement prophétique, ce qui a contribué à élever le niveau intellectuel et moral de la nation. Ezéchias, poète lui-même, s’entourait de poètes et des personnes les plus éclairées. De plus, il fit occuper l’ancien royaume d'Israël évacué par les Assyriens après la mort du conquérant, de manière que son règne jouissait d’une prospérité littéraire et politique, au point qu'isaïe, enthousiasmé de
(1) James Darmesteter. — Les prophètes d'Israël, page 58.
son roi, entonna une hymne en son honneur, qui disait: «Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière; Car un enfant nous est né, un fils nous est donné, l'empire repose sur son épaule, son nom sera Héros de Dieu, père à jamais, prince de la paix, né pour agrandir l'empire et donner une paix sans fin au trône de David et à son royaume, pour le rétablir et l'affermir par le droit de la justice d'ores à jamais (1).
Toutefois, bien que la paix intérieure fût rétablie sur la base
d'une politique sage et sur les principes d'équité et de justice, assO-
ciés à l’ancien idéal religieux, la Palestine resta toujours exposée à l'ambition des nations voisines ; car, d’un côté, la rivalité qui
existait entre l'Egypte et l’Assyrie, et, d’un autre côté, la circons-
tance que la terre de Juda était la route entre les deux pays par où devaient passer les armées ennemies, furent cause que le royaume vint en collision d’abord avec l'Egypte dont les armées avaient envahi et saccagé la plupart des villes de Palestine: cependant elles ne tardèrent pas à se retirer; ensuite, ce furent les Assyriens qui se ruèrent sur Jérusalem et l’assiégèrent, mais le hasard voulut qu’une épidémie de peste éclatâät dans le camp des assiégeants, causant de grands ravages parmi eux et qu'un nouveau conflit survint avec l'Egypte, ce qui les obligea de lever le siège et de quitter la Palestine. Mais le prophète Isaïe, attribuant ce concours de circonstances qui sauvaient J érusalem, à l'intervention directe en faveur de son peuple de Jéhovahqui se réconciliait avec lui, s’écria : «Malheur à l’Assyrie, la verge de ma colère, le bâton auquel j'ai remis ma vengeance! La cognée se venge-t-elle contre celui qui la manie, la scie s’élève-t-elle contre qui la fait mouvoir? C'est pourquoi le Seigneur, Seigneur des armées,enverra la consomption sur ses gros capitaines, et sur sa gloire allaumera une flamme d'incendie. » Et, dans l’enthousiasme de la défaite de l’Assyrie, Isaïe vit passer devant ses yeux une vision de paix. « C’en est fini de la guerre, fini de la haïne:; les peuples ne lèveront plus l’épée l’un contre l’autre et iront forger les glaives en socs de charrue... Le loup ira habiter avec la brebis ; le veau, le lion et le mouton paîtront ensemble et un petit enfant les conduira tous; car on ne péchera plus, on ne fera plus de mal dans toute l'étendue de la montagne sainte et la connaissance de Dieu emplira la terre comme les eaux couvrent le fond de l'océan (2). »
(1) Isaïe... IX. — 1 s. q.
(2) Isaïe, XI. — 15. q.
RL
Malheureusement, le triomphe du prophétisme n'eut pas le temps de se consolider, car Ezéchias mourut en l’année 696, laissant pour héritier un enfant de douze ans, Manassé, et la régence entra dans la voix d’une réaction libertine, qui dura 60 ans et qui emporta le jéhovisme prophétique, sa morale et sés doctrines sociales. Sous le règne de Manassé, le prophétisme fut réduit au silénce et Jérusalem devint le centre des dieux étrangers, des idolâtres, des sorciers et des thaumaturges ; les mœurs se relàchèrent; Manassé même rendit un culte à Baal, sacrifia son fils unique en holocauste à Moloch et fit placer au temple l'effigie d’Astarté; les riches ne pensaient qu'aux plaisirs mondains et à exploiter les classes laborieuses..
Un tel état de choses ne pouvait pas se prolonger sans entrainer la ruine de la nation ou produire un bouleversement complet des conditions de son existence. En effet, un mouvement de réaction en faveur du bon sens et d’une politique rationnelle se produisit sous l'influence du prophète Jérémie qui se présentait au même titre qu’'Isaïie comme réformateur de la vie morale, sociale et politique de son peuple, avec la seule différence qu'il montra plus d’âpreté dans ses admonestations, une plus grande obstination dans ses idées et une conviction plus profonde dans sa mission prophétique. Comme tous les inspirés, il montra un mépris profond pour toutes les conventions et préjugés de son temps; ayant compris que le milieu populaire dans sa ville natale n’était pas favorable à sa prophétie et à ses enseignements pleins d’amertume, il se rendit à Jérusalem oùil réussit à inspirer confiance au grand prêtre Hilqia, de même qu’au jeune roi Osias, âgé à peine de vingt-deux ans. Mais ce qui a contribué encore plus à faciliter son apostolat, ce fut la trouvaille dans le temple du Livre de la Loi de Jéhovah, par le grand prêtre Hilqia.
. Ce livre retrouvé ne fut autre que le Deutéronome, le dernier
livre du Pentateuque, qui est un résumé systématique de la législation mosaïque. Le roi s’en fit donner lecture d’un bout à l’autre et l'émotion qu’il éprouva fut téllement grande qu'il le fit lire ensuite publiquement devant tout le peuple assemblé. Ce livre, on ne sait pas au juste s’il fut rédigé ou seulement retouché par les prophètes du temps en vue d’une action immédiate sur les esprits hésitants; le fait est qu'il remplissait une nécessité du moment ; car il fallait un code systématique et cohérent écrit, revètant le cachet de l'autorité divine. « Ce code, dit Renan, était un des essais les plus hardis que l’on aït tentés pour garantir les fai-
bles et plus efficace que la parole intermittente et dispersée des
ATEN LES GRECS ET LES SÉMITES SO prophètes ; il tombait sur les consciences de bonne volonté de toute sa force ramassée. » } RAS Depuis lors, les prescriptions rituelles furent appliquées avec rigueur, les cultes étrangers furent proscrits, les prêtres idolâtres furent expulsés, ceux qui avaient sacrifié dans le temple même de Jéhovah furent mis à mort, la vallée de la Géhenne où se fai- Saient les offrandes humaines à Moloch fut souillée. Malheureu- Sement le jeune roi, par manque d’expérience ou mal conseillé, tomba dans le même piège qu’Osée, le dernier roi d'Ephraïm. La Syrie venait de succomber sous la coalition de la Chaldée et de Babylone. Le roi d'Egypte, Néchar, marcha sur l'Euphrate
. pour empêcher les progrès de la Chaldée; Josias, vassal de Baby-
lone, crut de son devoir de venir au secours de son suzerain, mais il fut mis en déroute et tué dans la bataille: en conséquence, l'armée égyptienne envahit la Palestine : mais dans le grand duel entre l'Egypte et Babylone, l'Egypte fut obligée de reculer et ce fut Nabuchodonosor, roi de Babylone, qui se présenta devant Jérusalem : le roi Joachim lui présenta ses hommages. Néanmoins, trois ans plus tard, aveuglé par de vaines promesses, Joachim tâcha de secouer le joug en refusant le tribut. Une dernière invasion eut lieu, Nabuchodonosor s'empara de Jérusalem et de ses
trésors, incendia la ville et le temple, fit prisonnier le roi Sédé- .
sias, l’armée et les hommes les plus notables qu'il conduisit à Babylone (588 av. J.-C.). ke
Il est intéressant de constater que, pendant les conflits du royaume de Juda avec l'Egypte et Babylone, Jérémie eut Le courage de conseiller à son peuple de renoncer à la patrie actuelle, au profit d’une patrie. future qui était encdre à créer et d'accepter
sincèrement une soumission complète à Babylone, de laisser au temps le soin de guérir les blessures, de se recueillir et de se.
reconstituer sur de nouvelles bases : mais les conseils de la raison ne furent pas écoutés et, forcément, Juda dut subir les conséquences de sa conduite et de sa mauvaise politique à l’intérieur et à l'extérieur, finissant par l’anéantissement de son exis-
tence nationale, Malgré l’accomplissement d’un évènement aussi ;
grave que celui de la déportation en masse d’une grande partie de la population de Jérusalem, Jérémie (1) fit circuler des lettres parmi les proscrits, leur conseillant d'accepter l'exil, d'y planter, d'y bâtir, de s'y marier et s'y multiplier, sans se laisser séduire par les faux prophètes de l'espérance; car ce n’est qu'au bout de
(1) Jérémie, XXXII. — 36s,q. :
70 ans que le Seigneur, fidèle à sa promesse, les ramènerait dans la terre natale. Il jugeait qu’il fallait une race neuve, nourrie entièrement dans l’enseignement prophétique, loin des ambitions mondaines et politiques, pour produire une génération nouvelle inspirée par les doctrines mosaïques et le Livre de la Loi de Jéhovah. | Parmi les déportés se trouvait un homme formé à l'école de Jérémie, Ezéchiel, pénétré à légal de lui de l’idée qu'après la dispersion de la partie la plus valide, la sève de la nation, tout espoir de ralliement national était perdu pour le moment, et qu’il fallait un symbole d'unité pour la reconstitution future de la nationalité et que le rite était le seul moyen pour amalgamer les débris épars. Ezéchiel, comme prêtre et homme éclairé, aurait, d’après Darmesteter, absorbé au contact de la civilisation chaldéenne où brillaient les astrologues et les mages, nombre d’images compliquées et étrangères et serait devenu l’ancêtre de la Cabbale (1). C’est lui qui a rempli, pour la transmettre ensuite à Daniel, à Enoch et à saint Jean de Patmos, la fameuse coupe de l’Apocalypse. Toutefois, au milieu des symboles obscurs, il développe sa pensée et se rend compte de la lutte entre le vieux monde charnel, animé par l’esprit étroit de l’égoïsme et le nouveau monde, vivifié par l’esprit divin de l’altruisme. Comme prophète, 1l s'efforce de pénétrer les desseins de Dieu qui veille sur son peuple élu et il s’exclame : «Juda est une scorie impure que Jéhovah a ramassée tout entière dans Jérusalem comme dans un creuset pour la faire fondre au feu de sa colère. Mais une fois la colère de Dieu apaisée, il aura pitié de son peuple, car Jéhovah n’a pas voulu détruire sontroupeau,mais seulementlemauvais pasteur. Ezéchiel a confiance qu'un jour arrivera où il recueillera dans tous les pays les troupeaux dispersés et les ramènera paître sur la colline d'Israël par son ancien berger, le serviteur David (2). » Alors une justice nouvelle va entrer dans le monde et abolir la terrible fatalité héréditaire qui veut que chaque génération expie les fautes des précédentes et que Jéhovah frappe les pécheurs jusqu’à la quatrième génération. On ne dira pas : « Nos pères ont mangé des raisins verts et nos dents ont été agacées. Le fils ne
mourra plus pour les péchés du père. » Ezéchiel, après avoir
prédit le châtiment prochain de tous les ennemis de Juda qui - ont contribué à sa perte, s'élève dans ses transports prophétiques
(1) Darmesteter. — Les prophètes d'Israël. p. 97. (2) Ezéchiel. — XXXII-1 s. q.
jusqu’à oublier pour un moment la triste réalité des choses, reconstilue par la pensée les débris épars d'Israël, réédifie le temple, réorganise le culte nouveau et partage le royaume entre les tribus revenues de l'exil. Bien qu’une grande partie de ce programme fantastique se soit évanoui, le rêve de la reconstitution de la nationalité s’est réalisé après la prise de possession de Babylone, sous la domination perse.
Cependant, Nabuchodonosor, bien que cruel et sauvage dans Sa conduite avec les Israélites après la prise de Jérusalem, est devenu doux et humain envers eux pendant leur captivité à Babylone. Il leur concéda une certaine autonomie administrative ; il leur permit d’élire leurs propres juges, comme le prouve l'aventure de Suzanne qui fut conduite devant les anciens de son peuple et absoute par eux. Il les autorisait à acquérir des terres et les admettait aux emplois publics. Tobie fut pourvoyeur des rois. Les enfants des principales familles israélites étaient élevés à la cour et instruits dans les sciences et les arts. Daniel, quoiqu'il restât fidèle à la loi de ses ancêtres au milieu de l'idolâtrie, fut l’objet particulier de la faveur de Nabuchodonosor
qui le fit appeler pour expliquer des songes inintelligibles à des
mages chaldéens.
En attendant, tant les prophètes qui sont restés à Jérusalem que ceux qui sont allés'en exil, tâchèrent de maintenir vivantes l’'ardeur nationale et la foi religieuse de leurs coreligionnaires, en promettant le prochain retour des exilés dans la cité sainte. Bien connues sont les mémorables élégies chantées par les captifs de
Babylone ! « Près des fleuves de Babylone, nous nous sommes |
assis et nous avons pleuré en pensant à toi, 6 Sion! Au milieu de la terre d’exil, nous avons suspendu nos cythares aux saules... » (Psaume 136).
Egalement, Jérémie qui était resté dans le pays pleurait sur les ruines de la cité sainte, exclamant : « Oh ! comme elle est solitaire la cité, naguère si populeuse ! La reine des nations est maintenant veuve et tributaire, et ceux qui lui sont chers ne sont plus là pour la consoler ! Les rues de Sion pleurent, et nul ne vient à ses solennités depuis que le Seigneur l’a punie de ses: iniquités !.. » Les lamentations et les cris de tristesse en signe de deuil. d’un côté, les bons conseils, nourris du doux espoir d’un prochain retour des exilés, d’un autre côté, n’ont pas cessé de se
faire jour pendant tout le temps de la captivité pour tenir en
éveil l'esprit national,
AY JR
LA SECONDE ÉTAPE DE L'ÉVOLUTION DU MONOTHÉISME . CHEZ LES JUIFS DE BABYLONE SOUS L'INFLUENCE DE LA CULTURE PERSE
Après la catastrophe épouvantable de la destruction de Jéru-
salem, de l'incendie du temple et de la déportation des hommes
les plus notables, à Babylone, on aurait pu croire que le peuple hébreu allait périr comme la plus obscure des autres peuplades grossières de l’Asie occidentale, sans avoir rien laissé derrière lui, ni monuments, ni religion, ni législation, ni littérature; mais, loin de là, son histoire ne fait que commencer. L'empire des Chaldéens de Babylone s’est écroulé en 528, de même que l'empire d’Assyrie. Les armées de la Perse assaillirent l'invincible Babylone et montèrent à l'assaut sous la conduite du roi Cyrus, lequel, plus intelligent et animé de meilleurs sentiments, traita d’une manière plus humaine les pays conquis. Il promit, à chacun des différents peuples sous sa domination, la liberté de vivre à sa guise, d’adorer son dieu, de labourer ses terres, de laisser paitre les troupeaux dans ses champs et de faire le commerce sous la protection du gouvernement de la Perse, ce qui
‘prouve que la Perse, loin de ressembler aux autres peuples bar-
bares de l'Asie, était un pays fortement organisé, avec des mœurs
‘et des principes religieux sévères, avec une agriculture prospère
et une armée disciplinée, avec une administration et une magistrature organisée, selon les principes d'une hiérarchie solide. Comme maître de l’Assyrie, Cyrus, aussitôt après la prise de Babylone, permit aux descendants des familles de Juda, déportées par Nabuchodonosor, de retourner dans leur pays, de reconstituer leurs villes et de réédifier leurs temples. Cependant, parmi les descendants des exilés en Babylonie, il y avait un grand nombre de familles qui étaient fermement installées dans la terre d’exil et y avaient prospéré au point de former une vraie colonie juive indépendante, conservant leurs coutumes, leurs mœurs et leurs croyances et pratiques religieuses selon la loi mosaique. . *
Far conséquent, elles n'avaient pas de motif pour retourner à Jérusalem,. vers une ville en ruines et dans une campagne dévastée. Mais aussi un grand nombre, moins prospères, rêvaient un avenir plus heureux dans leur pays d’origine tant regretté par leurs ancêtres, d'autant plus qu'il y avait quelques chefs distin-
gués qui lés poussaient dans cette entreprise. En effet, la première caravane quitta Babylone en 536, sous la direction de Zorobabel et arriva en peu de temps à Jérusalem.
La seconde partit seulement en 458 sous la conduite d’Esdras. | En même temps, la partie pauvre de la population dé Jérusalem qui n’était pas déportée, après avoir lutté courageusement pendant cinquante ans pour labourer la terre et replanter la vigne et les oliviers détruits, commençait à respirer sous la domination perse, ce qui était d'autant plus facile que des communications et des rapports commerciaux devinrent plus fréquents entre Jérusalem et Babylone. Le premier acte du retour des exilés, sous la direction de Zorobabel fut le relèvement du temple de Jéhovah pour mettre la ville sous la protection du dieu d'Israël. D’après les récits bibliques, ils obtinrent du roi Artaxerxès la permission
de rebâtir ses murailles démolies, mais cette reconstruction se heurta contre la résistance des riches propriétaires de la localité qui s'étaient emparés des terrains provenant des fortifications démolies. Grâce à l’énergie de Néhémiah et de son influence puissante à la cour de Perse, le roi Artaxercès le revêtit de pouvoirs illimités pour rebâtir les fortifications, travaux qui se réalisèrent dans quelques années. Le gouvernement perse avait considéré qu’il était de son intérêt de favoriser et d'améliorer les conditions d'existence des peuples qui se trouvaient sous son protectorat. tone
C'est ainsi qu'il y eut un réveil lent, mais suivi, de l’ancien royaume de Juda et que le petit état de Jérusalem commença à grandir et à se développer progressivement. Toutefois, la vraie évolution nationale ne commence qu'avec le retour de la seconde caravane, sous la conduite d’'Esdras : ce fut un homme de génie qui, introduisit une vraie organisation parmi le peuple juif, rajeuni sous la domination persane. Le premier soin d'Esdras fut d'établir le dogme religieux sur une base plus ferme qu’elle n'existait avant la déportation et de reconstituer la loi mosaïque tout entière. Dans ce but, il rappela à son peuple les souvenirs atroces de la ruine de Jérusalem et de la déportation de ses habitants, en même temps que le souvenir des gloires anciennes et des grandeurs passées sous leurs héros nationaux ; il évoqua le grand royaume fondé par David, qui s’étendait du désert jusqu'à la mer, et lui fit miroîter aussi la magnificence du temple construit par Salomon. Après avoir mis devant les yeux deses concitoyens le tableau de la grandeur et de la chute, il leur expliqua les causes de cette transformation et de la décadence nationale ; il leur
| dit que Jéhovah avait consenti à la dispersion de son peuple, à la destruction de Jérusalem et à l'incendie du temple, parce que ° le peuple l'avait abandonné, avait adoré des dieux étrangers et avait permis que les idoles fussent introduites dans le palais des rois, et parce que tous ses rois, sans en excepter David et Salomon, avaient violé la loi mosaïque, telle qu’elle était dictée dans le Décalogue, qui défend l’adultère ainsi que l’adoration des dieux sous forme d’une image quelconque. Car, d’après les données de la Bible même, il est prouvé que les anciens Israélites ont souvent adoré Jéhovah sous une forme humaine ou animale. On dirait même qu'ils étaient incapables de concevoir l’idée d’un Dieu sans une représentation matérielle. C’est précisément l’école d'Esdras qui s’opposait à cette idolâtrie jéhovique. : Dès l’époque d’Esdras, Jéhovah n’est plus représenté dans son temple; au fond du sanctuaire, il y a un rideau, et, derrière le rideau, le saint des saints est une salle vide. Les taureaux d’or, les serpents d’airain, le vieux éphod, la matsébah, l’ashérah, sont des souvenirs abominables. Avec l’école d'Esdras, l’exclusion des dieux étrangers devient une prescription formelle; pour atteindre complètement ce but, il avait interdit également le mariage avec des femmes étrangères au culte de Jéhovah, parce . que c'était justement l'influence des sultanes étrangères intro- ‘duites dans le harem du grand roi, qui furent cause des apostasies de Salomon. Cette conception pure et élevée de la divinité, mise en pratique par des mesures extrêmement sévères, a beaucoup contribué à la reconstitution de la conscience nationale et à la formation de l’idée de patrie; car à cette époque, l'amour de la patrie était intimement lié à l’idée religieuse. Postérieurement aux mesures de défense que nous venons de citer, Esdras, après avoir reconstruit le temple de Jérusalem, déclara que le seul % sanctuaire de Jéhovah était celui de Jérusalem, tandis que ceux ‘: des autres villes n'étaient pas légitimes, ce qui a contribué à l’iso- __ lement des Jérusalémites dans un patriotisme farouche au milieu des peuplades congénères. Ce n’est que plus tard, lorsque Jérusalem eut acquis une hégémonie morale sur la plupart des vieilles villes palestiniennes, que les autorités de la capitale reconnurent la légitimité des vieux sanctuaires des autres villes. Mais Jérusalem imposait partout sa foi, son culte et ses rites. Malheureusement, ces mesures de rigueur qui avaient pour but de créer le sentiment national et l'unité religieuse parmi les habi- tants dela Palestine ont développé en même temps un régime . despotique et le fanatisme religieux.
Cependant, l’école d’Esdras, malgré son effort pour rétablir le monothéisme dans toute sa pureté, selon la loi mosaïque, n’a pas pu se soustraire à l'influence de la mentalité orientale, puisque le temple de Jérusalem,en même temps qu'il a servi à l’adoration de Jéhovah, a aussi servi aux sacrifices et aux cérémonies en usage parmi les peuples idolätres. Quoi qu'il en soit, à l’époque d’Esdras, la vie nationale, intimement liée au sentiment religieux, se trouvait toute concentrée à Jérusalem sous un gouvernement théocratique. Les prêtres faisaient les lois, les appliquaient et rendaient aussi la justice, de telle manière qu’ils concentraient entre leurs mains les pouvoirs exécutif et judiciaire, Quant aux conditions économiques des habitants, la plupart des familles se distribuaient en cultivateurs, en éleveurs d'animaux, en petits marchands et en petits industriels. Les grands prêtres gouvernaient et se succédaient de père en fils. Ils établirent un système de dime sur les récoltes et l'élevage : ils recevaient, en plus, des offrandes, des vœux obligatoires ou volontaires, et, peu à peu, la caste sacerdotale réussit à accumuler entre ses mains une grande partie de la richesse du pays. De plus, un corps de prêtres sacrificateurs continuait la hiérarchie sacerdotale et le reste du peuple juif obéissait, imbu de la fidélité envers Jéhovah, au nom duquel les prêtres réclamaient le droit divin.
Le prêtre était l'intermédiaire entre Dieu et le peuple. C’est lui. qui était chargé d'interpréter les lois et de les enseigner au peuple. Pour donner plus d'autorité aux nouvelles lois qu'ils codifiaient, les prêtres jugèrent indispensable d'attribuer leur promulgation à Moïse même, telles qu ie lui furent dictées par Jéhovah.
Les écrivains de l’époque sacerdotale ont repris non seulement l’histoire légendaire des origines du peuple juif depuis les patriar- i ches et la création avecune exagération des tendances ritualistes, mais encore 1ls y ajoutèrent des récits généalogiques et décrivirent avec beaucoup plus d’emphase la scène solennelle de la révélation pendant laquelle Moïse reçut le Décalogue des mains de Dieu, dans l'intention de représenter le temple de Jérusalem comme la continuation du pacte conclu au pied du mont Sinaï et de légitimer ainsi les lois présentes par des origines divines. En effet, sous ce régime théocratique et sous l'inspiration de l'idéal national, l’inflüence de Jérusalem commenca à s'étendre aux pays environnants ; même la Samarie, si résistante jusqu'alors, commençait à se soumettre à ce nouveau régime et le monothéisme s'était affirmé tellement dans les masses populai-
. res sous la suzeraineté perse qu’il n’y avait plus de crainte qu’el-
les puissent retomber dans l'idolâtrie.
De ce qui précède, il résulte :
1° que dès le moment où le peuple d'Israël a paru sur la scène de l’histoire, il s’est reconnu comme le dépositaire unique du monothéisme, déclarant une nine à mort au polythéisme et aux
peuples idolâtres ;
2° que la conception mosaique du monothéisme, malgré son origine divine sanctionnée par la révélation et malgré les mesu-
res sévères adoptées par Moïse pour l’imposer aux masses, a eu
besoin de plusieurs siècles pour pénétrer dans le cerveau du peuple juif élevé dans l’idée polythéiste et habitué aux usages et aux cérémonies idolätres. C’est ainsi qu’à l’époque des Juges, le culte religieux revêtait la forme la plus grossière de l’idolâtrie, d’où le sacrifice humain n’était pas exclu. Au temps des Rois, le monothéisme revêtait encore une mentalité et une forme polythéistes : Jéhovah était considéré comme un dieu national unique, au
même titre que Moloch et Baal, en Phénicie. Le cerveau de la collectivité israélite, à cette époque, n’était pas encore assez formé pour comprendre le sens et la portée des lois divines contenues dans le Décalogue, et les rois les plus éclairés, tels que
Salomon et David, n’eurent pas la force morale de s’y soumettre. Ce n’est qu'après le partage de la Palestine en deux royaumes distincts que s'établit la lutte entre Le parti aristocratique, protecteur du culte idolâtre, et le parti démocratique, dirigé par les prophètes, défenseurs du monothéisme, lutte qui se prolongea jusqu’à la destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor et la
déportation de la plus grande partie de ses habitants à Babylone : | 9° que le niet a suivi non seulement une évolution
très lente depuis la naissance du peuple d'Israël jusqu’à sa dispersion à Babylone, mais aussi que sa conception, tant comme
principe religieux que comme principe de gouvernement, a varié
dans les/différentes époques de son histoire. Sous Moïse qui, avec
la proclamation du Décalogue, avait eu pour but la fondation
. d’un Etat nouveau dont les individus seraient unis par une men-
talité commune, le monothéisme était le symbole d’un Dieu unique, d’une morale unique et d’une patrie unique, tandis que HR Ne 6
Cr
sous les prophètes qui, comme défenseurs des classes opprimées, avaient apparu au moment où l'unité nationale et religieuse était menacée par une guerre fratricide entre les deux royaumes et par un ébranlement des fonctions organiques de son économie sociale, le monothéisme était le symbole des principes de justice et d'équité, basé sur le dogme d’un Dieu unique, créateur de l'Univers, devant lequel tous les hommes, riches et pauvres, forts et faibles, sont égaux, ayant les mêmes droits et les mêmes
devoirs. C'est pourquoi ils défendaient en première ligne les. droits du peuple et en seconde ligne la loi de Dieu, flétrissant
les iniquités sociales et le mépris des lois morales de la part du gouvernement, des prêtres et des riches, qualifiant d'hypocrisie les cérémonies religieuses, les offrandes et les sacrifices, et invitant le peuple à les remplacer par la purification de l’âme, la pratique de la vertu et de la charité pour les misérables et à exclure toute espèce de sacrifices. D’après ce concept, Dieu est considéré comme bon, doux, miséricordieux et disposé à pardonner les pécheurs repentis. Cette évolution lente et pénible du monothéisme, à travers des luttes intérieures et extérieures, prouve bien qu’une idée, pour sublime et rationnelle qu’elle soit, a besoin, pour germer etgrandir, de faire son évolution lente à travers les temps, surtout si elle se heurte à une idée antagoniste qui s’est implantée auparavant et pris racine dans l'organe de la pensée, C’est la loi même de l'esprit humain ! En tout temps et en tout pays, la foule a toujours été réfractaire
aux idées nouvelles, surtout lorsqu'il s’agit d’une idée philosophique hardie et élevée, incomprise par les intelligences vul-
gaires;
4 que, parmi les rois d'Israël, il n'y en à que deux qui ont laissé des traces ineffaçables dans l’histoire : David et Salomon. Le premier surtout s’est immortalisé comme fondateur du royaume en élargissant ses limites depuis les monts du Liban jusqu’à l'Euphrate et au littoral de la Méditerranée, et en établissant une organisation de tous les services d'Etat; il fut également le fondateur de l’unité nationale, de l’art de la poésie hé-
braïque et de la musique religieuse. Le second a eu d'abord le grand mérite d’avoir su consolider les conquêtes de son père par
une organisation militaire très forte, ensuite par son amour de la paix en faisant des alliances et des traités de commerce avec les pays voisins, par son esprit d’ organisation de tous les services de son gouvernement, faisant prospérer le commerce, industrie et l’agriculture. Il s’est distingué également par la construction
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d’un templemonumental orné par les meilleurs sculpteurs de son temps et considéré comme un chef-d'œuvre de l'époque, ayant servi longtemps comme l’emblême de l'unité nationale # israélite. Il s’est encore rendu célèbre par sa sagesse, par son esprit philosophique et son génie poétique, tel que le prouvent les Proverbes et l'Ecclésiaste qui sont admirables tant par la forme poétique que par le fond, leur richesse en sentences sublimes, en Conseils pratiques et en vérités morales, et peuvent servir de règle de conduite pour tous les états de la vie, ce qui prouve bien qu’à cette époque la langue hébraïque était déjà formée et avait acquis un haut degré de culture. Il est à supposer que dans une époque antérieure, il y a eu d’autres écrivains qui ont cultivé
- cette langue, mais dont les livres se sont perdus ; 9° que le peuple d'Israël, tant qu’il se trouva isolé des autres nations, soit à la suite de son antagonisme avec les peuples voi- sins, soit à la suite des guerres civiles entre les différentes tribus, a subi un arrêt dans l'évolution de ses facultés intellectuelles et morales, En échange, il a suffi d’un contact plus ou moins pro- longé entre les classes les plus éclairées de la population et un milieu intellectuel plus avancé et mieux organisé pour que . Sa manière d’être, de sentir et de penser, se modifie sensiblement, et qu'il finisse par assimiler graduellement les idées, les progrès et même la langue de la nation au milieu de laquelle il vivait, sans abdiquer pour cela ses croyances et ses pratiques religieuses. C'était d'autant plus facile, à Babylone, où la nation perse, avec laquelle des rapports journaliers s'étaient établis par la force des circonstances, était également adepte du monothéisme, bien . que sous une forme distincte; la religion qui dominait alors “ en Perse sous le nom d’Avesta, et fondée par Zoroastre, a de nom- » breux points de ressemblance avec le Judaïsme. L’Avesta recon- naît d’abord comme Être suprême Ahouramazdà, éternel, om- : nipotent, omniscient et créateur du monde qui exerce son pouvoir par l'intermédiaire d’un esprit émanant de lui-même et quelquefois par les anges ; elle admet aussi une révélation au à moyen de laquelle l’Étre suprême communique ses mandements à % Zarathrusta (transformé plus tard en Zoroastre) sur une mon- . tagne sacrée; elle contient également un code d'hygiène comme la : Bible ; elle admet aussi six périodes de la Création, au lieu de six jours, ainsi que la descendance de l'espèce humaine d’un couple, à l’égal de la Bible, Bien que le Zend-Avesta admette comme article de foi l’existence de deux principes en lutte, le * bien et le mal, représentés par Ormuz et Ahriman, il reconnaît
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