LA LUTTE ENTRE LE MONOTHÉISME JUIF ET LÉ POLYTHÉISME GREC
Il est incontestable que, depuis la proclamation du monothéisme comme une révélation divine par Moïse jusqu'à son affirmation comme dogme religieux national par Esdras, la conception monothéiste a évolué progressivement et gagné en expansion et en vigueur, au point d’avoir pénétré dans les classes inférieures du peuple d'Israël jusqu'alors enclin à lidolâtrie, grâce au concours de deux facteurs très puissants : d’abord, le contact prolongé avec une nation jouissant d'une culture su-
périeure, en même temps que professant une religion mono-
théiste ; ensuite, l'intervention d’un homme de génie doué d’un esprit prévoyant et convaincu en même temps de la haute destinée de son peuple, tel qu'Esdras, qui a su gagner la confiance du roi de Perse et acquérir son appui en faveur de la réalisation
de son idéal nationalet religeux. Maïs, à l'insu d'Esdras, un autre
danger apparut à l'horizon, qui menaçait moins les classes inférieures que les classes les plus cultivées, les plus aisées et même celles qui se trouvaient à la tête du gouvernement d'Israël : c'était l'invasion progressive de la culture grecque, intimement
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liée à la eonception polythéiste; car longtemps avant que les armes perses eussent étendu leur domination en Asie, la Grèce
. “avait déjà établi denombreuses colonies sur le littoral de la mer
Noire et de la mer Méditerranée, et même après que les Perses furent devenus maîtres de l'Asie occidentale, tant que les villes et les petits Etats grecs eussent unis, leur puissance maritime contribua à maintenir leur domination sur la côte de l’Asie Mi-
neure et à disséminer les germes de leur culture en Syrie et en
Palestine, Ce n’est qu'après que la désunion et les guerres civiles parmi les petits Etats grecs eurent affaibli le pouvoir de Sparte et d'Athènes, que les armes perses se sont emparées d’un grand nombre des colonies grecques, mais étant donné la supériorité -de la culture grecque, elle a fini par s’imposer même aux vainqueurs, d'autant plus que les Perses n’ont jamais empêché les peuples conquis de continuer à cultiver leur industrie et leur commerce. Il s’ensuivit que la culture, les sciences et même les mœurs grecques s'étaient infiltrées insensiblement parmi les habitants de la Palestine, mais l'influence de l’hellénisme dans toute la Syrie s’affermit surtout après la victoire d'Alexandre le Grand, à Issus, sur Darius, en 332 avant Jésus-Christ. Alors, devenu maître de la région syrienne, il étendit son gouvernement sur la Palestine, qui constitua une étape sur le chemin qui mène de l'Asie en Egypte. L'Etat de Juda, loin d'offrir de la résistance à son nouveau maître, reconnut de suite sa suzeraineté et lui devint tributaire, tandis que la Samarie, représentant l'ancien £ royaume d’ Israël, résista et fut soumise par la force des armes. Il en résulta que le royaume de Judée, avec Jérusalem pour capitale, continua à jouir de la confiance et de la protection d'Alexandre et que l'aristocratie jérusalémite exerça l’hégémonie religieuse et morale sur tous les petits Etats voisins, tels que Moab, Ammon et Edom, et que la langue hébraïque se répandit peu à peu dans toute la Palestine, D’un autre côté, la domination grecque n'a pu manquer d'exercer une influence directe sur les classes dirigeantes du royaume de Judée avec lesquelles elle x'eu des rapports fréquents empreints d’une certaine cordialité. En même temps, la haute culture et la science grecques n'ont pas non plus moins charméles esprits cultivés des habitants de la Palestine. En effet, il y eut un grand nombre de Juifs, qui s’assimilèrent les idées et l'esprit helléniques. C’est ainsi qu'après le partage de l'Egypte et dela Syrie entre les successeurs d’ Alexandre, lorsque Ptolémée devint roi d'Egypte, et Antigone roi de Syrie, de fortes colonies juives S'établirent sur lé littoral méditerranéen
eten Egypte, et adoptèrent les mœurs grecques, aihsi qu'une
grande partie de la culture grecque. Dans la ville sainte, à Jérusalem même, il se forma deux partis dont l’un représentait le nationalisme juif et l’autre, la culture étrangère, avec la différence que le nationalisme, était représenté par la démocratie, et
l'hellénisme, par l'aristocratie qui était à la tête du gouverne-’
ment. Pour comble de malheur, la Palestine devint, ‘après 920,
l'enjeu pour lequel se battaient le roi d'Egypte et le roi de Syrie. En
320, Ptolémée entre par surprise à Jérusalem et il la met à sac. Un
grand nombre de Juifs sont déportés en Egypte. Antigone | reprend bientôt la Palestine, mais Ptolémée y rentre pour la se
conde fois, en 312: il en est de nouveau chassé et enfin, en 801,
la Palestine est rendue à l'Egypte. La ville d'Antioche est alors fondée en Syrie en partie; elle fut peuplée de Juifs. De plus, au sein de ce pays dévasté, la rivalité s’est exaspérée entre Jérusalein et Samarie : l’une prend partie pour l'Egypte et l’autre pour la Syrie. Il en résulta que l'Egypte, la Syrie et-la Phénicie se remplirent de colonies juives; les grandes villes surtout, telles qu'Alexandrie et Antioche, en regorgérent.
Le parti du nationalisme démocratique, animé d'un esprit.
anti-hellénique et anti-sacerdotal, impuissant à résister à l’inva-
sion morale de l’hellénisme de même qu’à l'invasion des armées
égyptiennes, se limitait à protester contre cet état de choses par la bouche de ses tribuns populaires qui ressuscitaient les avertissements des anciens prophètes, Amos et Osée, en accusant de
trahison les riches et les prêtres, et lançait des menaces et des invectives contre les puissants, c’est-à-dire contre les prêtres
qui régnaient à Jérusalem. Cette fois-ci, ce fut du milieu du
parti démocratique que sortit le cri d’alarme contre lé poly-
théisme hellénique et les mœurs étrangères. Au sein dé ce parti, surgirent des homines de valeur, inspirés de l'esprit des anciens
prophètes, qui menacèrent les classes supérieures de Jérusalem , de catastrophes et des châtiments de Dieu si elles persévéraient
dans la violation des lois mosaïques et si elles suivaient les mœurs étrangères. À mesure que les dirigeants s’obstinaient
dans leur apostasie, les menaces redoublaient, et, invoquant n
l’image des malheurs passés, ces nouveaux prophètes ne cessaient
de vaticiner les ruines de la patrie. L'esprit démocratique, mêlé au fanatisme religieux et national, devint tous les jours plus’ » agressif dans ses injonctions à l'aristocratie, l’'accusant d'être le.
parti des fauteurs des nouveautés, des régimes antitraditionalistes et antinationalfstes. |
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