‹ Les Grecs et les Sémites dans l'histoire de l'humanitéChapitre 34 sur 106 · LP ET CE · texte numérisé non relu

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point que sous le règne de Ptolémée VI, Philomètre, il y avait D: , deux généraux israélites, Onias et Dositheus, qui commandaient Re: un corps d'armée composé de 30.000 coreligionnaires,

La haute considération sociale dont ils jouissaient dans les

k. classes élevées de la société d'Alexandrie, ainsi que le contact À journalier entre les classes industrielle et mercantile des deux » … races ont rendu aussi plus intimes et plus sincères les rapports ‘4 entre les intellectuels d'origines distinctes. Il en résulta que 4 la culture grecque finit par exercer une influence considérable sur le développement intellectuel des Juifs d'Alexandrie, sans Re que cela ait empêché l'existence d’un grand nombre de Synago-

> gues dans cette ville, où ils se rendaient tous les samedis pour y entendre la lecture de la Loi, avec la différence que la lecture de L la Bible se faisait en langue grecque, parce que le plus grand nombre de la population juive ne connaissait plus la langue be D'un autre côté, la langue et la littérature grecques ayant été enseignées, depuis longtemps, dans les écoles | juives, la jeunesse s'était familiarisée avec les œuvres des poètes et phi- losophes grecs ; la philosophie de Platon, d’Aristote et des 4 stoïciens ont trouvé beaucoup d'admirateurs parmi elle. Tôute- :. fois, avec le temps, une divergence commenca à s’accentuer Le. parmi les savants grecs et juifs, donnant souvent lieu à des DT: . polémiques très âpres, où les uns attaquaient le judaïsme et les 1 autres défendaient la sublimité du monothéisme prophétique et Lila grandeur de l’histoire juive, en même temps qu'ils tâchaient “ de prouver l'inanité de l'idolâtrie grecque et le vide de la morale du paganisme. Parfois, ils allaient jusqu'à les exhorter à la conversion, invoquant en leur faveur les témoignages des oracles 2 | sil qui sexprimaient avec certain dédain sur l'idolâtrie % | grecque. Cette divergence entre les réprésentants des deux cultuee Hpes : distinctes avait sa raison d'être dans l'origine de leurs he: + conceptions religieuses : tandis que les uns, ayant attribué la

connaissance de Dieu, comme créateur et conservateur de l’uni-

vers, exclusivement à la révélation divine, se refusaient à reconnaître à la raison seule le pouvoir de pénétrer les mystères

de la divinité et de la création, les autres, étant convaincus;

comme disciples de Socrate et de Platon, que c'est le développement de l'intelligence et les connaissances scientifiques qui ont fourni à ces maitres toutes les données pour comprendre

l'unité dans l’univérs et l'harmonie merveilleuse dans les forces

de la nature, considéraient la raison et les principes scientifiques

suffisants pour conduire à la connaissance de Dieu. La lutte entre les deux concepts distincts a duré bien longtemps avant de

s'approcher d’une solution ou d’une entente sincère entre les deux

partis. Cependant, le charme de la conception déiste de Platon et la force logique sévère de la théodicée des stoïciens ont.

fini par impressionner profondément l'esprit des penseurs juifs,

d'autant plus qu’ils trouvaient dans les doctrines de Platon et d’Aristote quelque chose de nouveau, à savoir, un système philosophique qui embrassait tous les phénomènes de la nature et ne toutes les manifestations de la vie, en opposition avec la-mentalité étroite d'un Dieu infini qui s’est révélé DCE AEAS au

peuple d'Israël.

Poussés par deux courants opposés, les penseurs juifs sentirent

bien le besoin de chercher un trait d'union entre la philosophie

grecque et les croyances religieuses bibliques.

Après un tätonnement assez long, on a commencé à donner un 2 sens allégorique à beaucoup de termes de la Bible et une inter-'

prétation allégorique à certains préceptes religieux, et on a fini par mettre en harmonie la Bible avec la philosophie grecque et par démontrer l'identité de la morale juive et grecque. Celui qui

représentait l'union de ces deux cultures hétérogènes futle philosophe juif, Philon, né à Alexandrie, en l’an XX avant Jésus Christ. Ses doctrines ont eu pour base la Bible, mais elles furent modifiées et nourries par le néoplatonisme. Philon admettait - Ca

. comme une vérité absolue le monothéisme, tel qu'il était exposé P

par les prophètes, mais il admettait en même temps un esprit 12

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intermédiaire entre Dieu et l’homme, qui consistait en une force No:

incréée et invisible, émanée de Dieu, Le Logos, au moyen du- “5

quel Dieu se révélait aux hommes, leur communiquant ses mandements. Cette conception fut adoptée plus tard par le christia-

nisme sous un terme équivalent, le Verbe, qui représente l'union de la nature humaine avec la divine, ou soit le fils de Dieu, la X4 seconde personne de la Trinité, Probablement, il a emprunté

cette doctrine à l’école des stoïciens, qui concevaient Dieu comme la raison, l’âme et la loi suprême, comme la force créatrice de la nature et la cause imminente de toute forme et de toute substance. De même, on trouve chez lui un mélange des conceptions grecques et juives dans l’exposé de ses vues anthropologiques et éthiques.

Quoi qu'il en soit, il est incontestable que Philon, grâce à son talent, à son habileté littéraire et à son esprit trempé dans la philosophie grecque, à fait entrer l'esprit philosophique dans

le cerveau des penseurs juifs en les familiarisant avec les doctri-

nes morales des stoïciens et les connaissances des lois de la nature enseignées par Aristote. C'est ainsi que, même après sa mort, l’école juive d'Alexandrie a continué à fleurir et à faire un

grand nombre de prosélytes, tant parmi les Juifs que parmi les : chrétiens, sous la domination romaine, car les Romains n’en

voulaient ni aux cr oyances religieuses des Juifs ni même à leurs lois civiles si intimement liées à leur religion; ils exigeaient simplement un impôt annuel de deux drachmes (environ deux franes) par tête. À Alexandrie la nombreuse colonie juive fut réunie sous l'autorité d’un chef unique que les Grecs nommaient Ethnarque. Plus tard, il se formait un Sénat ou Conseil des Anciens, appelé Sanhédrin, qui élisait un président, et des magistrats temporaires ou viagers (archontes), investis de la gestion des intérêts généraux de la communauté, Un fonctionnaire spécial, l’archisynagogue, était probablement chargé de l'entretien de la maison de prière et de la surveillance du culte.

En plus des colonies importantes d'Alexandrie, il y avait aussi des colonies juives dans la plupart des ports de Grêce, d'Asie mineure, dans les îles de l’Archipel en Sicile, en Italie, notam-

- mént à Rome, où on leur témoignait une parfaite tolérance. Ils

eurent partout le droit de s’assembler librement, de célébrer des repas communs, de se cotiser pour subvenir aux besoins du culte, de bâtir des cimetières et des lieux de prières appelés. des synagogues. On les dispensa du service militaire, on enleva bien aux communautés la juridiction pénale, mais on leur laissa la juridiction civile; toutefois on raïllait leurs superstitions, on professa pour eux, Comme pour tous les Orientaux, un certain mépris, ce qui n'empêcha pas beaucoup de Romains qui cherchaient un aliment satisfaisant à leurs besoins religieux, de trouver un attrait dans la religion mosaïque, à cause de la simpli-

cité de ses dogmes et de la pureté de sa morale, Le judaïsme fit

même, à cette époque, de nombreux prosélytes. Les Juifs, versés

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dans la Dtératute grecque, cherchaient à gagner à lé culte et. à leurs croyances les païens, leur prêchant l'unité de Dieu et la venue du Messie, avec les gloires futures d'Israël, s'appuyant surtout sur l’autorité des vieux livres sibyllins, d’après lesquels. Iris, Sérapis, Zeus et les dieux des autres nations plus modernes, devaient succomber devant le dieu d'Israël. Certes, le monothéisme d'Israël exerçait une attraction sur la population grécoromaine, Joseph Flavius dit formellement qu'un grand nombre … d'Hellènes faisaient partie de. la communauté juive d’Alexandrie (1). Beaucoup de Juifs de Cyrène, d'Antioche, de Palmyre, les grandes juiveries orientales, paraissent également avoir été de sang grec ou gréco-égyptien (2).

Aux Juifs hellénisants se mêlaient les Hellènes judaïsants, < chose plus surprenante, il en a été ainsi parfois, à Rome même. Juvénal, dans le fameux passage de sa xiv° satire, distingue entre les simples prosélytes et les convertis passés entièrement au judaïsme. Il nous montre les pères se contentant d'observer le sabbat et de s'abstenir de porc, tandis que les fils, renchérissant sur le zèle paternel, vont jusqu’à la circoncision : mox et : prœputium ponunt, dit, dans son latin énergique, le satiriste du premier siècle (3). | Pendant les quatre premiers siècles de l’êre chrétienne, on peut dire que le judaïsme a été le devancier ou le pionnier qu christianisme; il lui a frayé la voie aussi bien en Occident qu’en Orient. Il lui a ouvert d'avance les portes de la gentilité en affiliant à la loi de Moïse des païens de toutes les nations (4). C'est. dans les synagogues, parmi les colonies d’ Israël et parmi les an sélytes juifs que les apôtres ontrecruté leurspremiers disciples (5). C’est avec raison, dit Anatole Leroy-Beaulieu « que si le monde n'était pas devenu chrétien, il fût peut-être devenu juif ».

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