EP OUICES GRECS ET LES SÉMITES HNPAST
défense de la patrie, la servitude de la glèbe avait éteint dans la
masse tout sentiment national. Les Juifs en proie à la persécution, forcés de choisir entre l'esclavage et l’apostasie, la noblesse voyant ses prérogatives usurpées par la couronne, profondément blessée, et le comte Julien outragé par la conduite de la cour à son égard, représentaient autant d'éléments de faiblesse pour les Wisigoths que l’union et l'enthousiasme des Arabes habitués à la lutte et pleins de confiance dans leurs chefs militaires constituaient une force considérable pour les envahisseurs. La bataille s’engagea dans la plaine de Guadalete, située près de la ville de Xérès. Les Arabes, bien qu’en nombre très inférieur, étaient dirigés par Tarik qui les haranguaiït en leur disant : «Mes amis, l'ennemi est devant vous et la mer derrière! Suivez votre général, il périra avec vous ou il foulera aux pieds le roi des Goths! » Le combat dura pendant sept jours;-les Arabes ne pouvaient
rompre les bataillons ennemis qui se reformaient sans cesse. En-
fin, Tarik, à la tête de sa cavalerie, chargea impétueusement l’armée des Wisigoths qu'il finit par dérouter. Aussitôt l'archevêque de Séville se rangea sous sa bannière avec les troupes qu’il commandait. Le roi Roderic prit la fuite et périt dans les eaux du Guadalquivir. Tarik, pour ne pas laisser le temps aux ennemis de
se réorganiser et malgré les ordres contraires de Mousa, marcha
de suite sur Tolède, en même temps qu’il laissait derrière lui une petite armée pour s'emparer des principales villes d’Andalousie, telles que Malaga, Grenade et Cordoue. Au moment de se présenter devant Tolède, la ville capitula. Tarik y laissa une faible garnison spécialement chargée de la surveillance des habitants
et continua sa route dans le nord jusqu’à Gijon, en Asturies.
En attendant, le général en chef Mousa et son fils Abd-el-Azis
avaient reçu de nouvelles troupes de l'Afrique qu'ils utilisèrent
pour subjuguer les Wisigoths réfugiés en Estramadure, et, après avoir soumis Mérida, Mousa se mit en marche vers les Asturies où il refoula victorieusement les derniers défenseurs de l’'Espa-
gne, sous les ordres de Pélaye, et Tarik, de son côté, se dirigea
vers les provinces situées de l’autre côté de l’Ebre.
Une fois maître de la Péninsule, Mousa adopta des mesures pour organiser les différentes régions de l'Espagne. Mais la plus grande difficulté qu’il rencontra fut de faire accepter les mœurs et les lois du Coran sur le sol européen. Il était bien enclin à faire subir au mahométanisme certaines modifications imposées par le climat de l'Europe, mais il craignait que de telles conces-
sions ne rompissent à la longue les liens qui rattachaient les
Musulmans d'Espagne à la mère-patrie. C’est ainsi que les émirs envoyés par la cour de Damas avaient bien l'intention d'imposer
l’islamisme dans toute sa pureté, mais ils furent obligés de transiger en face des difficultés auxquelles ils se heurtèrent au moment
d'exécuter leur mandat. Il arriva que Mousa et Tarik se virent for-
cés de résigner leurs pouvoirs et de rentrer à Damas. Tarik fut interné en Asie et Mousa fut sévèrement puni pour sa conduite peu généreuse envers Tarik; il fut envoyé à La Mecque où il mourut.
La Péninsule fut divisée alors en quatre gouvernements ayant chacun à la tête un gouverneur, lequel, à son tour, était placé
sous la direction immédiate d'Abd-el-Azis. Les Arabes, pour se
concilier la bonne volonté des Espagnols, les traitaient avec beaucoup de bienveillance. Ils leur accordèrent la conservation de la propriété, de leurs magistrats, de leurs lois, de leurs églises avec défense d’en construire de nouvelles, et ne leur demandaient que le payement d’une redevance qui n’excédait pas en général le dixième du revenu. Les vainqueurs ‘s'étaient réservés les terres abandonnées. Abd-el-Azis, loin de se montrer fanatique, avait constitué un conseil ou Divan, ayant pour but d'’appliquer les lois du Coran et de faciliter la fusion des deux peuples. Il permit le mariage entre deux individus de religion différente et lui-même avait épousé la veuve de Rodrigo. Les habitants arabes de Tolède prirent le titre de mozarabes.Les nouveaux conquérants de l'Espagne se mirent bientôt à exploiter le sol fer-
tile de ce pays; ils y apportèrent des procédés agronomiques nouveaux fondés sur l'expérience et l'observation; ils défrichè- :
rent les campagnes incultes, repeuplèrent les villes désertes, les ornèrent de monuments magnifiques et les unirent entre elles par des relations commerciales multiples. L'Espagne ainsi fécondée et affranchie de la servitude de la glèbe, devint la plus populeuse et la plus industrieuse des contrées européennes. Malheureusement, la haine amortie quelque temps par la communauté de religion et d'intérêts entre Arabes et Maures ne tarda
pas à se réveiller et à troubler de bonne heure le repos des habitants de l'Espagne. Les jalousies réciproques amenèrent des col-.
lisions sanglantes qui se propagèrent en différentes provinces. En 742, une bande de Maures descendus du Maroc en Espagne, ravagèrent l’Andalousie et l’affreux désordre ne cessa qu'après l'arrivée d’un délégué du calife, en 746.
L'empire arabe étant parvenu en 748 à embrasser trois conti- .
nents, l'Asie, l'Afrique et l'Europe n’a pas pu, de même que l’empire
romain, se soustraire à la loi générale qui régit les conditions vitales