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LES GRECS ET LES SÉMITES à DOS
des grands empires, d’après laquelle la lutte entre les mentalités
distinctes des peuples hétérogènes donne naissance à un ferment qui accélère le procès de désassimilation et amène la décomposi-
tion moléculaire de l'organisme social, d'autant plus, lorsqu'il
s’agit d’un empire qui ne dispose pas d’une administration équitable et d’une organisation de justice égalitaire. C’est ainsi que
l'empire arabe est devenu la proie de l’ambition de prétendants peu scrupuleux, poussés de plus par les ‘aspirations plus ou
moins justifiées des Musulmans de la Perse et de l'Arabie. Les Ommiades avaient depuis longtemps provoqué le mécontentement des Arabes en choisissant la ville de Damas, capitale de la Syrie, pour capitale de l'empire, mécontentement qui s’accentua chaque jour davantage et donna lieu à la suite à un soulèvement général, de même en Syrie qu’en Perse et en Arabie, contre Merwan [If, représentant de la maison des Ommiades. Aboul-Abbas, chef de l'insurrection, fut soutenu dans cette lutte gigantesque
par les Musulmans de la Perse. Après avoir dérouté son puis-
sant adversaire, il entra à Damas, se vengea horriblement des Ommiades en faisant périr par un acte detrahison en un seul jour, quatre-vingt-dix chefs ommiades et se fit déclarer premier calife abasside, en 752. Aboul-Abbas, en reconnaissance des services rendus à sa cause par les habitants du Khorassan et de l'Irak, fixa sa résidence à Koufa. Mais il ne régna que deux ans. Abou- Giafar-Almanzor, son frère et successeur, voulant donner plus d'éclat à son règne, fonda une ville nouvelle pour sa résidence impériale sur les bords du Tigre ; ce fut Bagdad, dont la renommée éclipsa bientôt toutes les grandes villes de l'Orient.
Dès que les Arabes de l'Espagne eurent connaissance de la chute définitive des Ommiades, et mécontents de se trouver iso-
lés du centre de l'empire et de se voir traités comme de simples
tributaires, en profitèrent pour se déclarer indépendants et pro-
clamèrent comme calife Abderrhaman ben Habid, descen-
dant des Ommiades, qui vivait au Maroc. Il en fut de même des Arabes du Maghreb qui se déclarèrent également indépendants. Les Abbassides, loin de s'inquiéter de la séparation de leurs provinces occidentales, contribuèrent même à l'élévation d'Ibrahim ben Aglab comme chef du gouvernement du Maghreb, avec la seule restriction qu’il reconnaisse leur souveraineté.
Les califes abbassides avaient l'air de renoncer à toute entre-
prise guerrière et consacraient leurs efforts aux bienfaits de la: civilisation. Ils instituèrent d’abord un système d'administration
régulière en établissant une justice sévère, en répandant partout
140 LES GRECS ET LES SÉMITES | l'instruction et en favorisant par le commerce Paie plus intime des différentes provinces de l'empire musulman. Les califes de Bagdad appelèrent auprès d'eux des conseillers de la couronne pour distribuer les différentes branches de l’'administration; ils fixèrent ensuite d’une manière régulière les contributions des différentes provinces; ils fixèrent également la Capitation de tous les infidèles sur le territoire des Musulmans, suivant la fortune des individus, et avec beaucoup d'équité; il y avait un maximum qu’on ne pouvait pas dépasser. Le bon état de leurs finances permit aux Abbassides d'entreprendre de grands travaux d'utilité publique, tels que la fondation des écoles, des archives du califat, la création d’une police pour protéger les personnes et les propriétés, ainsi qu’une police des marchés, chargée de la vérification des poids et mesures des marchandises. En même temps, ils imprimèrent une vive impulsion à l’activité intellectuelle; ils consacrèrent tous leurs efforts pour améliorer l'agriculture et pour fonder différentes industries. Les fruits de la Perse, le vin de Schiraz et d'Ispahan devinrent l'objet d’un commerce très important. On exploita les mines de fer du Khorassan, les mines de plomb du Kerman; de belles étoffes furent dès cette époque fabriquées dans les villes de l'Irak et de la Syrie, à Mossoul, à Alep, à Damas; le bitume, le naphte, la terre à porcelaine, les marbres de Tauris, les dépôts de sel gemme, le soufre furent exploités avec intelligence; les arts mécaniques firent également de remarquables progrès. | Quant aux lettres, arts.et sciences, il est bien connu que les Arabes avaient un don naturel pour la poésie, même à l'époque de leur enfance à la Péninsule arabique, longtemps avant d’avoir songé à l'invasion des pays étrangers. C’est également longtemps avant leur expansion en Syrie et en Palestine, et plus tard en Egypte, que les Arabes prirent contact avec la secte chrétienne des Nestoriens qui, pour échapper à la persécution de l’église orthodoxe de Constantinople, se réfugièrent dans la vallée de la Mésopotamie et c'est par eux qu'ils furent initiés dans la littérature grecque. Mahomet et Abou-Bèkre même avaient des rapports d'amitié avec des médecins juifs qui s'étaient formés dans les écoles grecques et dans la célèbre école d'Edesse fondée par. les Nestoriens en Mésopotamie. De plus, les semences de la civilisation grecque furent répandues en Perse par les philosophes exilés et persécutés par Justinien, recueillies ensuite et mises à profit par les Arabes pendant leurs premières invasions en Asie. Grâce à leurs dispositions naturelles pour les jouissances
de l'esprit et au goût pour les sciences de quelques-uns de leurs
califes, et grâce aussi à l'intermédiaire des Juifs répandus en Asie, qui, par leurs connaissances exactes des langues grecque, perse, syriaque et arabe, ont servi de traducteurs des ouvrages grecs en arabe. Bien que dans la première période de leur invasion en Europe, l'esprit fanatique qui avait prédominé dans l'armée eût contribué à détruire des monuments et des bibliothèques échappés à la fureur sauvage des barbares du Nord, une fois la conquête achevée, leur soif de destruction s’apaisa, et les califes instituèrent à Bagdad des académies où ils appelèrent les hommes les plus renommés pour y enseigner les sciences et les arts. Les successeurs d’Aboul-Giafar-Almanzor imitèrent son exemple et favorisèrent la culture de toutes les branches de l’intelligence humaine. Ils puisèrent dans les livres grecs des notions positives sur les mathématiques et la géographie. On enseigna en même temps que les commentaires du Coran, les livres d'Aristote, d'Hippocrate, de Galien, d'Euclide, d'Archimède et de Ptolomée. Mahomet-al-Mahadi et Haroun-al-Raschid élevèrent le califat de Bagdad par leur protection des lettres, des arts et des sciences au plus haut degré de splendeur. Les juifs et les chrétiens secondèrent par leurs travaux le zèle de ces califes. Ce fut un juif qui traduisit en arabe l’Almagesta de Ptolomée, Sous leur règne, brillèrent les astronomes Mashallah, Ahmed- Almhavendi et le mathématicien Hegia-ben-Yousef, le premier
. traducteur d’Euclide. Almamoun, fils de Haroun-el- Raschid,
entouré de l'élite des savants et des artistes, recueillit à grands frais les écrits de l’école d'Alexandrie, et ses bons rapports avec les empereurs de Constantinople lui permirent de faire rechercher jusque dans Athènes les ouvrages philosophiques des Grecs. Il ordonna d’abord la révision de l'Almagesta de Ptolomée par les soins d’Yahia-ben-Kaled le Barmécide. Les instruments nécessaires furent construits par d’habiles artistes et la table vérifiée pan lahia-iben-al-Mansour répondait aux résultats des observations entreprises simultanément à Damas et à Bagdad par d’autres astronomes très célèbres. Après la mort d’Almamoun, les travaux astronomiques furent continués avec grand
succès par les fils de Mousa-iben-Shakir qui corrigèrent encore la table vérifiée, la rendant plus exacte sur le moyen mouvement - du soleil. « Ce qui caractérise surtout l’école de Bagdad, dit Sédil-
lot (1), c’est l'esprit véritablement N conte qui préside à ses
@) Histoire des Arabes, par Sédillot, page 341.
travaux: marcher du connu à l'inconnu, se rendre un compte exact des phénomènes pour remonter ensuite des effets aux causes, n’accepter que ce qui a été démontré par l'expérience, tels sont les principes enseignés par les maîtres. Les Arabes, au Ixe siècle, étaient en possession de cette méthode féconde qui devait être longtemps après entre les mains des modernes l’instrument de leurs plus belles découvertes ». Le Mahani et Albategrié sont considérés par leurs travaux importants sur l'astronomie comme les représentants de l’école de Bagdad au 1x2 siècle. Ils ont eu comme contemporains d’autres astronomes de grand renom, les Benou-Amadjour, qui ouvraient par leurs travaux une voie nouvelle à d'importantes découvertes astronomiques.
Vers la même époque, Abderrhaman-Soufi composa son Uranographie. Parmi cette pléiade d’astronomes savants, brillèrent les noms d’Alkuhi-Vaidjan et Aboul-Wéfa qui nous ont laissé des traités très remarquables avec un grand nombre d’observations. Le premier nous laissa des travaux renfermant de curieuses découvertes et des observations très intéressantes sur un solstice d'été et une équinoxe d’automne en l’année 378 de l'hégire. Le second, traducteur du Diophante, écrivit beaucoup sur les diverses branches des sciences exactes, et son Almageste, le plus important de ses ouvrages, nous a révélé des découvertes du plus haut intérêt. On y trouve déjà la formule des tangentes et des sécantes dont les géomètres arabes faisaient le même | emploi que l’on fait aujourd’hui dans les calculs trigonométriques, pour faciliter l'expression des rapports circulaires. Quoi qu’il en soit, il est évident que l’école de Bagdadest arrivée au courant de deux siècles à l'extrême limite des connaissances astronomiques, théoriques et pratiques, qu’il était possible d'acquérir sans le secours de la lunette et du télescope.
En même temps que les sciences astronomiques, les Arabes cultivaient les diverses branches des mathématiques pour lesquelles on peut même dire qu’ils étaient les prédécesseurs de l'époque moderne, car, non seulement, ils firent faire des progrès à l’arithmétique, à la géométrie et à l'algèbre, mais aussi à l’optique et à la mécanique. Ils traduisirent les ouvrages grecs sur les pneumatiques et les hydrauliques, de Ctésibius et de Héron d'Alexandrie. Hassam-ben-Haithen écrivit à la fin du x° siècle sur la vision directe, réfléchie et réfractée et sur le miroir ardent. Alhazen publia au commencement du xi° siècle un livre d'optique où il décrit le lieu apparent de l’image dans le miroir courbe, le foyer du miroir caustique et la grandeur appa-
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rente des objets. Quant à l'algèbre, le nom même indique son origine arabe. Ils furent les premiers qui ont traité les équations cubiques; ils se sont également-occupés de travaux d’arithmétique sur le nombre ou algorithme ; c'est aussi à eux que nous devons les petites figures qui servent à désigner dans nos almanachs les douze planètes du système solaire. Quant à la géométrie, l'école de Bagdad a le mérite de nous avoir conservé, non seulement les plus importants écrits des savants d'Alexandrie, mais d’avoir donné une forme claire à la trigonométrie sphérique en ayant introduit les tangentes dans les calculs et substitué aux méthodes anciennes très compliquées les solutions les plus simples. Thébit-ben-Corrah, disciple de Mohammed-ben-Musa, fut un géomètre célèbre qui embrassa les mathématiques dans toute leur étendue. Parmi les nombreux ouvrages qu'il a laissés, il en
est un qui fut traduit en latin, ayant pour titre De problematibus
algebricis geometrica ratione comprobandis, cequi prouve bien que Thébit avait déjà appliqué l'algèbre à la géométrie pour donner plus de certitude à la démonstration des théorèmes. En effet, un manuscrit arabe de Mahommed-ben-Musa qui se trouve à la Bibliothèque Nationale, à Paris, démontre que les Arabes avaient déjà résolu géométriquement les Hnations du troisième
degré.
Bien que vers la fin du x° séde et au commencement du xre, l'Asie soit devenue le théâtre de révolutions politiques incessantes qui se compliquaient de l'invasion des Mongols, le mouvement scientifique ne s'était pas arrêté, il ne fit que se déplacer. Au lieu de Bagdad, c’est Le Caire, capitale de l'Egypte, qui est devenue, sous la dynastie des Fathimites (908-1171), le centre des travaux scientifiques. Sous le règne de Haken, s’est formée une
école qui était dirigée par des hommes de. grand mérite, tels qu'Alotki et Ebn-Jounis. Ce dernier, astronome très distingué,
fut l'inventeur du pendule et du gnomon à trous ou cadran solaire. À la même époque, l'astronomie a également fleuri parmi les Arabes d'Espagne et d’Afriqué occidentale. En première ligne, il faut citer Arzachel de l Andalousie, très connu par son hypothèse sur les excentricités du soleil, et par la construction des
horloges qui excitaient l'admiration générale, à Tolède : il est
également l’auteur des Tables tolédanes, Il y en a d’ 2e tels que Alpétrage et Aboul-Hassan qui se sont rendus célèbres par leurs écrits sur l'astronomie. Le premier observa l’obliquité de l'écliptique ; le second, qui parcourut le Midi de l’ Espagne et une
grande partie de l’Afrique septentrionale jusqu’en Egypte, releva
la hauteur du pôle dans 41 villes sur un espace de 900 lieues, de l'est à l’ouest. Son livre traduit et intitulé Des commencements et des fins a appelé l'attention des savants modernes sur plusieurs points obscurs d'astronomie.
Les Arabes se sont également distingués dans la géographie mathématique. Il est tout naturel qu'ayant fondé un empire aussi vaste, qui s’étendait de l'Océan Atlantique jusqu'aux frontières de la Chine, ils aient réuni les éléments importants pour une géographie descriptive en même temps qu'ils aient recueilli de nombreux itinéraires et établi de grandes routes commerciales à travers l’Europe, l’Afrique et l'Asie. Toutefois, ce n'est qu'au commencement du x: siècle que le savant Albirouni, appelé à la cour de Mahomet le Ghasnévide, le conquérant d’une partie de l’Asie, a publié un traité géographique appelé Canoun qui a servi de base à la plupart des cosmographies orientales. Ensuite, c'est Edrisi, né à Ceuta en 1099, qui, élevé à l’école de Cordoue, s’est consacré à l'étude de la géographie; il a le mérite d’avoir composé un traité de géographie qui, pendant trois siècles et demi, a servi de modèle aux cartographes de l'Europe. Plus tard, en 12%5, Yacout publia un dictionnaire géographique très estimé et finalement Aboul-Hassan, du Maroc, qui vécut vers 1230, a fixé à 420 la longueur de la Méditerranée; son ouvrage sur la géographie est un des plus beaux monuments de la géographie arabe. |
Les Arabes avaient également construit des cartes nautiques. Vasco de Gama, en 1497, en vit une chez Malem Cana, Maure de Guzzarate, qu'il prit pour pilote à Mélinde ; une autre carte dessinée par l’arabe Omar servait au grand Albuquerque dans la navigation de la mer d'Oman et du golfe Persique,
Les Arabes ont non seulement fait progresser les sciences mathématiques et astronomiques, ils ont également le droit d’être regardés, selon le témoignage autorisé de Humboldt, comme Îles véritables fondateurs des sciences physiques. Bien qu’Aristote soit reconnu comme l’initiateur de l'étude de l’histoire naturelle, ses travaux restèrent limités aux recherches de la nature organique, tandis que les Arabes se sont consacrés aux études approfondies des forces de la nature, en les utilisant pour les fairé entrer dans des combinaisons nouvelles. Les Arabes ont appris à connaître d’abord les productions naturelles de chaque coin de terre qu'ils traversaient au milieu de leurs conquêtes, ensuite ils se sont
appliqués à distinguer celles qui peuvent être utiles tant pour la médecine, tant pour l’industrie et tant pour le luxe des temples et des palais. D’après Humboldt,-« l'étude des substances médicales préconisée par Dioscoride à l’école d'Alexandrie, est dans sa forme scientifique une création des Arabes ; ils constituèrent la pharmacie chimique; c’est d'eux que sont venues les premières prescriptions magistrales nommées aujourd’hui dispensaloires, qui plus tard se répandirent à l'école de Salerne dans l’Europe méridionale. La pharmacie et la matière médicale, les deux premiers besoins de l’art de guérir, conduisirent en même temps, par deux voies différentes, à l’étude de la botanique et à celle de la chimie. »
Au début, les Arabes se sont plutôt occupés de l’alchimie, mais de même que l'astrologie avait contribué au progrès de la connaissance des astres, de même les opérations ayant eu pour but la: transmutation des métaux amenèrent à de plus curieuses découvertes chimiques ; les travaux de Djeber Abou-Moussah- Djafar-al-Koufi) et ceux de Rhazès (Abou-Bekre-Arasi) ont conduit à la découverte de la composition de l'acide sulfurique, de l'acide nitrique, de l’eau régale, à la préparation du mercure et d’autres oxydes de métaux, à la fermentation alcoolique (1).
Leurs recherches dans le règne végétal ont été tellement fécondes qu'elles ont enrichi la botanique de deux mille plantes dont le plus grand nombre étaient inconnues aux Grecs. Le Calife Abderrahman Ie avait fondé un jardin botanique, près de Cordoue, et envoyé en Syrie et dans les autres contrées de l'Asie, des voyageurs chargés de recueillir des semences rares ; lui-même avait planté dans le jardin de son palais les premiers dattiers. Nous devons également aux Arabes l'usage de la rhubarbe, de la pulpe de tamarin et de cassia, des feuilles de séné et du camphre, l'emploi du sucre qu'ils préféraient au miel des anciens, les conduisant à la composition des sirops, des juleps, des conserves de fruits et des électuaires pour l'usage pharmaceutique. Le souvérnement surveillait cette industrie et rendait les pharmaciens responsables de la bonne qualité et du juste prix des médicaments ; il envoyait même des inspecteurs aux pharmacies des Campagnes pour s'informer si elles étaient pourvues de tous les médicaments nécessaires. Ils nous ont fait également connaître les plantes aromatiques, tels que la noix de muscade et le clou de girofle. Leurs travaux sur l’agriculture et l’économie rurale se
trouvent exposés avec une grande clarté dans l'excellent ouvrage
(1) Hofer. — Histoire de la chimie. 4* facicule, page 32.
d'Abou-Zacharia, de Séville, dont il y a une traduction espagnole, par Don José Antonio Banqueri (Madrid, 1802). Il y a également | une traduction des ouvrages remarquables sur l'histoire naturelle de Cazwini et Aldemiri, par M. de Sacy. L'Espagne leur doit l'usage des norias ou roues à chapelets, sur le contour desquelles ont été adaptés des sceaux. :
Outre la chimie et la botanique, c’est la médedtne qui doit aux Arabes de remarquables progrès. Bien que les ouvrages grecs leur aient servi, au commencement, de guide, et qu'Aristote, Hippocrate et Galien aient été leurs premiers maîtres, leur esprit d'observation, leurs connaissances profondes de la nature ont contribué à faire naître une phalange de médecins très célèbres, dont les écrits ont dominé les écoles de médecine de l’Europe pandant plusieurs siècles. Nous n’en citerons que quelques-uns : Rhazès, appelé Mahomet-Abou-Bèkre-ben-Zacharia, né à Razi, en Khorassan (Perse), en 850, qui dirigea successivement les grands hôpitaux de Bagdad, de Reï et de Djondischabour, publia un traité sur la médecine, très estimé, en dix livres, dédiés au prince Almanzor, qui fut imprimé à Venise, en 1510; il introduisit dans la pharmacie l’usage des purgatifs doux, de l’eau-devie et des préparations chimiques appliquées à la médecine ; il attacha une grande importance à l'anatomie, quil étudia avec beaucoup de succès sur les animaux; il mourut à un âge assez avancé en 932. Vers la même époque, ou soit en 980 ; naquit Avicenne (Abou-Ali-Hosein-ben-Sina), à Afchanab, bourg dépendant de la province de Chiraz (Perse), où son frère était gouverneur. Il fit ses études médicales à Bokhara ; à peine âgé de dix-huit ans, il eut la chance de guérir l'émir. À la suite de son caractère bizarre, il mena une vie errante et finit par se fixer à Ispahan, où il remplit auprès du souverain le rôle de vizir et de médecin. Il trouva le temps de composer des ouvrages de la plus haute valeur. Doué d’une mémoire prodigieuse et d’une grande facilité pour exposer sa pensée, il écrivit sur toutes les sciences. Ses ouvrages de médecine, divisés en cinq livres, furent traduits et imprimés plusieurs fois, et servirent dans les universités de France et d'Italie pendant plusieurs siècles. De même que la Perse, l'Espagne musulmane eut également de grands médecins : Albucasis, Avenzoar, Averroès et Aben-Bithar.
Abucasis est né à Zahara, près de Cordoue. Il fut l'écrivain arabe le plus fameux en matière de chirurgie. Il publia un grand ouvrage qui se compose de deux parties: l’une traite l’anatomie,
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la physiologie et la médecine; l’autre, les opérations chirurgicales. Ce dernier livre contient les gravures des instruments de chirurgie et est divisé en trois parties : la première traite de l'usage du cautère actuel; la seconde comprend les opérations avec le couteau. En décrivant la lithotomie, il indique pour les sections le même endroit que nos chirurgiens modernes. Il contient de plus la chirurgie des yeux et des dents, les hernies et les accouchements. La troisième est consacrée aux fractures et luxations. Il est mort en 1107,
Avenzohar, est né à Peñaflor, province de Séville, en 1073. Il entra au service du prince de Maroc, Yousef-ben-Tasfin, qui le combla d’honneurs et de richesses ; il tâcha d’unir à l’étude de la médecine, celle de la chirurgie et de la pharmacie : il fût le premier qui eût idée de la trachéotomie donnant des indications fort
. exactes sur les luxations et les fractures. Il a écrit divers ouvrages
de médecine : les différentes bibliothèques de l’Europe en possèdent plusieurs en manuscrits. Le plus célèbre a pour titre Theisier (Livre de sciences pour la guérison et le régime); c’est un livre rempli de renseignements pratiques. |
Averroës est né en 1126, à Cordoue. Il fit ses études dans sa ville natale; il consacra son attention aux sciences naturelles et à la philosophie. Il se distingua de bonne heure par ses connaissances profondes de la médecine et fut nommé médecin du Sultan ben Yousef Almanzor. Il a écrit un grand nombre d’ouvrages dont 78 figurent dans un catalogue manuscrit à la bibliothèque de l’Escorial. Son principal ouvrage médical est Kitabu-el- Colliget, c'est-à-dire le livre de tout; il représente un traité complet de la médecine et est divisé en sept livres: anatomie, santé, maladies, pronostics, signes de maladie et de santé, aliments et médicaments, régime de santé et de maladie. Dans ses travaux, il s'efforce d'appliquer les doctrines philosophiques
Pythagorienries à la médecine. En plus de son Colliget dont il y
eut plusieurs éditions à Venise et à Lyon, il a écrit des commenraires sur Aristote et sur les Canons d’Avicenne.
Après Averroès, il mérite de mentionner le célèbre médecin et botaniste Aben Bithar, né dans un village, près de Malaga. Son travail sur les Médicaments simples, en quatre volumes, contient la description de toutes les plantes, métaux et animaux, qui ont une vertu quelconque en médecine. Les Arabes se sont surtout distingués par l'emploi de diverses distillations de plantes aroma-
tiques pour lesquelles ils se sont servis d’alambics, de cornues et d’aludels.
Outre ce petit nombre de médecins qui ont laissé une page brillante dans l'histoire de la médecine, il y eut une phalange de médecins et de savants arabes remarquables dont l’histoire a conservé le nom. Leclerc et Wüstenfeld, dans leur Histoire de la Médecine, présentent une liste énorme des médecins arabes qui ont contribué au progrès de la médecine ; Abou-Osaibah, dans sa Biographie des médecins arabes, donne une nomenclature des médecins, qui forme un volume. Les médecins arabes se sont surtout distingués en ce qu'ils cultivaient en même temps la
philosophie.
Les penseurs arabes ne se sont pas limités à étudier les scien-
ces exactes et naturelles et à cultiver les sciences médicales, il y .
en a eu un grand nombre parmi eux qui ont dirigé leurs recherches dans le terrain de la métaphysique et qui se lancèrent même à explorer le champ obscur de la philosophie religieuse.
Leurs premiers pas dans cette voie se sont signalés par la traduction des livres d’Aristote, initiée. par Honain et Iahia, le grammairien, et continuée, après, par Alkendi et Alfarabi de Bagdad. Ce dernier à même écrit un traitésur les Principes de la nature et sur l'essence de l'âme. Plus tard, lorsqu'ils se sont familiarisés avec les travaux de l’école d'Alexandrie et ont fait connaissance avec les philosophes grecs et leurs écoles, ils commencèrent par adopter les idées néo-platoniciennes et néopythagoriennes, mais à la longue le désaccord commença à s'accentuer parmi les philosophes arabes de Perse et de Syrie. On peut dire même que la même dispute qui avait séparé les philosophes chrétiens du Moyen-Age sous le nom de réalistes et nominalistes divisait déjà les écoles arabes sous le nom de motazéliles et motakhallims, dont les uns plaçaient les enseignements de la raison au-dessus de la foi bien qu'ils cherchassent à les accorder, et les autres considéraient au contraire les dogmes de
la religion comme la base du raisonnement. Il y eut encore une
troisième école, les mystiques ou Soufis qui rejetait tout raisonnement bomme conduisant à l'erreur, se laissant guider seulement par les inspirations de la foi musulmane, telle qu’elle est éxposée dans le Coran. Al-Gazzali fut le chef de cette dernière école et occupa une chaire de théologie à Bagdad jusqu’en 1100. La plupart de ses ouvrages ont eu pour butde relever la valeur de l'islamisme. Il fut un défenseur chaleureux de la révélation à laquelle
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