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doivent être soumis les droits sacrés de la raison. En même tem ps, tous ses écrits sont remplis de préceptes moraux. En plus de ces trois écoles. il se trouvait parmi les Arabes un grand nombre de sectes avec des tendances distinctes : les sophistes, les fatalistes, et les naturalistes qui rejetaient l’immortalité de l’âme et la résurrection. [1 y avait encore une secte qu’on appelait les hernanites, une branche de la souche sabéine, qui professait la doctrine de
la métempsycose et mêlait au sabéisme les idées néo-platoni-
ciennes. Les astrologues et les alchimistes de l’Europe, tel que Raymond Lulle, ont été partisans de cette doctrine. Tousles motakhallims ont eu des hommes très remarquables qui ont enseigné publiquement dans les écoles de Bagdad et de Bassora, cherchant à populariser leurs doctrines, tant par leurs leçons orales que par leurs écrits.
Les Arabes ont eu également de grands jurisconsultes parmi lesquels quatre docteurs des plus célèbres furent chargés d’éclaicir les points obscurs du Coran, de recueillir les traditions orales
appelées sonnahs et de dicter des règlements appelés canouns
ayant pour but de régler la conduite des Musulmans dans la vie sociale. Les traités des quatre docteurs furent reconnus comme orthodoxes et regardés comme des lois fondamentales désignées sous le nom d’Idchma (concordance). Ils forment, après le Coran et'le Sonnah, la troisième source de théologie de jurisprudence musulmane. k
De même qu'il y a eu de nombreuses sectes religieuses parmi les Arabes, de même il y a une infinité de dialectes parmi les nations musulmanes, en Asie et en Afrique. Toutefois le Coran qui servit de modèle pour les règles de grammaire, de style et de la pureté de la langue arabe est compris de toutes les populations
diverses.
Les Arabes n’ont pas seulement brillé dans les arts et les sciences, ils ont également produit des hommes de lettres de premier ordre. Nous en mentionnerons quelques-uns qui ont figuré comme historiens : Aboulfeda, qui exerça à Hamah la puissance souveraine au commencement du x1v° siècle: il écrivit une histoire abrégée du genre humain divisée en cinq parties et remplie de faits curieux..Zbn Khaldoun, né à Tunisen 1332, se rendit au Caire où il enseignait publiquement. Parmi les ouvrages qu'il
a composés, il en est un qui révèle un génie véritable et qui est
connu sous le nom d’Annales d’Ibn Khaldoun. Il traite d’abord
de la critique historique ; puis il étudie la société à son origine,
donne une description succincte du globe et recherche l'influence
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que Ja diversité des climats exerce sur l’homme ; il examine ensuite les causes du développement et de la décadence des Etats chez les peuples nomades et au milieu des grandes agglomérations d'individus.
Makrisi, contemporain d'Ebn-Khaldoun, est également célèbre comme écrivain ; il a laissé deux ouvrages d’une grande importance : l'Histoire des Sultans Mamelucks, traduite par Quatremère et la Description historique ettopographique de l'Egypte.
Masoudi, qui vivait au xe siècle, jouissait également d’une grande réputation d'historien. Ses principaux ouvrages, qui forment plus de vingt volumes, ne sont pas connus en Europe. Seulement, les deux livres, les Prairies d’or et les Mines de pierre= ries, nous sont parvenus ; ils sont divisés en 126 chapitres dont 65 contiennent l’histoire ancienne des Arabes et 61 celle de Ma- . homet et de ses successeurs.
L'histoire des Arabes présente une phalange d'écrivains éminents qui ont écrit l’histoire des pays où ils ont vécu, tels que la Perse, la Syrie, l'Egypte et l'Espagne. Gayangos a donné une liste considérable des historiens arabes qui ont traité diverses parties des annales de la Péninsule Ibérique.
De ce qui précède, il résulte que les Arabes avaient cultivé avec succès toutes les branches du savoir humain et qu’ils avaient jeté les semences de leur culture dans tous les pays soumis à leur domination depuis les limites de l’Asie orientale jusqu'aux frontières de l’Europe occidentale. Cependant, notre intention étant de démontrer l'influence de la culture arabe sur la civilisation européenne, nous allons donner un petit résumé des résultats de leur activité pendant leur domination dans la Péninsule ibé- ‘ rique. | Quant aux arts et à l'industrie, les Arabes, pendant la première époque de leur invasion du vrrie au x° siècle, se sont limités à copier la culture gréco-romaine en modifiant le style et en l’'accommodant à leurs mœurs et coutumes. C’est ainsi que, lors: que Abderrahman s'installa dans son califat de Cordoue, il y fit . bâtir, pour éviter aux Musulmans le pélerinage de La Mecque, une mosquée splendide qui fut l’objet de vénération et le lieu de pélerinage de tous les fidèles en Espagne, mais cette mosquée était de même style que celle de Damas qu'elle dépassait en magnificence. Même les mosaïques dans la mosquée furent encore une imitation de ceux des artistes byzantins. Ce n’est que depuis
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LES GRECS ET LES SÉMITES 151 965 que les Arabes cherchèrent à donner à la décoration plus d'éclat et à multiplier les détails. On ajouta aux arcs des festons et des courbes variées, comme en témoigne la chapelle de Villaviciosa dans la mosquée de Cordoue, construite sous le califat de Hakem. Sous les princes Almoravides et Almohades, l'art trouve beaucoup d'encouragement. Leurs architectes introduisent l'arc ogive, les mosaïques en faïence, les broderies les plus capricieuses et les ornements coulés en stuc. Les inscriptions abondent et font partie du décor, tel qu’on le voit dans l’Alcazar de Séville. Mais, dès le commencement du xrr siècle, l’art arabe atteignit son apogée ; il représente en même temps la splendeur du royaume de Grenade dont l’Alhambra est l'expression la plus
éclatante. Les califes de Cordoue qui sont la gloire du règne des
Omniades en Espagne se sont surtout efforcés d'introduire dans
ce pays les sciences de l’école de Bagdad et de donner aux lettres
et aux arts une vive impulsion. Ils fondaient des écoles dans tou-
tes les capitales et répandaient l'instruction dans toutes les clas-
ses sociales.
‘En effet, le goût des jouissances intellectuelles était descendu chez eux, même dans les couches inférieures de la société. Leurs bibliothèques étaient pleines des copies des anciens auteurs
- grecs et des philosophes alexandrins. La poésie atteignit une
grande élévation, bien qu'ils cultivassent avec préférence la romance et la nouvelle, On demandait à tous les employés des connaissances nécessaires pour bien s'acquitter de leurs fonctions, mais surtout des magistrats, on exigeait une instruction pro-
fonde de même qu’une probité exemplaire. Selon Duruy, Cor-
doue et ses arrondissements avaient huit lieues de circonférence, soixante mille maisons et deux cent quatre-vingt-trois mille habitants. Tolède avait deux cent mille habitants et Séville trois cent mille, et six mille métiers pour la soie seulement. Le géographe Edrissi, qui visitait l'Espagne au milieu du xr° siècle, assure qu'il y avait dans le seul royaume de Jaen plus de six cents vil” les et hameaux qui faisaient le commerce de la soie. Quant aux industries, les Arabes ont perfectionné la manière de tanner et de préparer le Cuir, de tisser le coton, le lin et le chanvre, de fa-
briquer des étoffes de soie et de laine. Les tapisseries en cuir de
Cordoue, les draps bleus et verts de Cuenca, les lames de Tolède,
les draps de Murcie fabriqués avec les belles laines de ses troupeaux, les soieries de Grenade, d’Almeria et de Séville étaient
recherchées dans tous les marchés de l'Europe. D’un autre côté,
le soufre, le fer, le cuivre et le mercure étaient exploités, avec
bec”
succès et les trempes de l'acier d'Espagne étaient recherchés avec empressement pour les manufactures de casques et de cuirasses dans toute l’Europe.
Quant à l’agriculture, les procédés d'arrosage et les travaux d'irrigation introduits par les Arabes dans les huertas de Valence et de Murcie et dans la vega de Grenade, qui ont survécu aux bouleversements sociaux, au point d’être arrivés sans changement de forme jusqu’à notre époque, offrent un témôignage i incontestable de leur valeur et de leur utilité.
Cette race puissante a su donner durant sa domination en Espagne une impulsion vigoureuse à toutesles branches du savoir humain de leur époque, mais c’est surtout la médecine qui fut cultivée avec grand succès dans les écoles de Cordoue, au point que plusieurs roi de Castille et de Navarre n’hésitérent pas de se rendre dans cette ville pour y consulter des médecins très renommés. La littérature médicale s’est enrichie de connaissances précieuses acquises et enseignées dans les écoles par leurs
maîtres immortels, tels qu'Avenzour, Avicena, Albucasis, Ebu .
Beitar, Averroës, etc., la plupart fils de Cordoué. Les savants arabes d'Andalousie se sont distingués non seulement par leur savoir, leur érudition et leur esprit philosophique, mais aussi par leur amour infini de la vérité et leur désir insatiable d'élargir la sphère de leurs connaissances qui les ont poussés à entreprendre de longs et pénibles voyages en Orient pour visiter les grands centres de culture et entendre les maîtres du Caire, de Bagdad, de Smarakand et de Bassora. Une fois rentrés en Espagne, ils se sont fait un devoir de répandre les connaissances acquises dans
les nombreuses écoles de l’Andalousie où l’on l’on enseignait la
géographie, la dialectique, l'astronomie, les sciences mathématiques et physiques, l’histoire naturelle et la médecine.
ETAT COMPARATIF DE LA CULTURE DE L'EUROPE CHRÉTIENNE AVEC LA CIVILISATION ARABE DANS LES XI° ET XII SIÈCLES -
Après avoir donné une description sommaire du haut degré de la culture arabe au moyen-âge, il est d’un grand intérêt, pour pouvoir mieux apprécier la mesure avec laquelle les Arabes ont accompli leur mission éducatrice de l'humanité, de mettre face à face la civilisation arabe avec celle de l'Europe chrétienne pendant les xI° et xrre siècles.
D'un côté, nous voyons les grandes villes telles que Le Caire,
Bagdad et Damas, en Orient, et Cordoue, Séville et Grenade, en Espagne, briller par leurs palais de marbre, leurs ateliers, leurs écoles, leurs bazars et leurs jardins s'étendant sur plusieurs lieues, ensuite une campagne bien arrosée et couverte de villages, en même temps qu’un mouvement incessant de marchands qui vont paisiblement de l'Espagne jusqu’à la Perse ; en un mot, partout on voit une industrie florissante, un commerce très mouvementé et des terres fécondes et bien cultivées.
D'un autre côté, nous rencontrons une société divisée en quatre classes : grands seigneurs, chevaliers, clergé et vilains. Les deux premières ne faisaient que la guerre, la troisième avait pour mission de prier et ce n’est que les vilains ou paysans qui cultivaient la terre dont ils n'étaient pas 'propriétaires. La terre appartenait donc aux églises, aux seigneurs et aux chevaliers (1). Par conséquent, l’Europe se trouväit sans industrie, sans Commerce et sans agriculture.
Quant aux lettres, il n’y avait d'écoles communales dans aucun pays de l'Europe. Le nombre de personnes qui savaient lire et écrire était extrêmement limité: l’école formait partie intégrante de toute église cathédrale ou d’une grande abbaye. On y apprenait à lire et à écrire lelatin, à chanter et à dire des offices. La discipline était rude; chaque année les écoliers allaient en grande cérémonie couper les verges qui devaient servir à les frapper. Les études supérieures commencçaient par le frivium, grammaire, rhétorique, dialectique. On passait ensuite au quadrivium, arithmétique, géométrie, musique, astronomie, pour aboutir enfin à la science maîtresse, la théologie. Quant aux bibliothèques et à la littérature, ce n’est que dans les grands cou-
vents qu'il y avait quelques moines occupés à copier les manuscrits et à enluminer les livres.
.Les bibliothèques ne dépassaient guère une centaine de volumes, Car les livres étaient rares et le parchemin très cher (1). Tous les livres étaient en latin, et la plupart, des ouvrages de
piété. Les évêques et les abbés du moyen-âge ont beaucoup écrit
pour leur compte, et toujours en latin, des lettres, des pièces de vers, des traités de théologie et des chroniques. Au xr° siècle, Adabéron, évêque de Laon, écrit « que plus d’un évêque ne sait que compter sur ses doigts les lettres de l'alphabet (2). » Au xrre
(1) Seignobos. — Histoire de la civilisation au moyen-âge, page 58. (2) Seignobos. — bid. page 141.
… @) Théry. Histoire de l'éducation en France depuis le V° siècle jusqu’à nos jours, 1861, I. 225.