‹ Les Grecs et les Sémites dans l'histoire de l'humanitéChapitre 50 sur 106 · FL · texte numérisé non relu

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de LES GRECS ET LES SÉMITES 157

©La scolastique est moins une philosophie particulière qu’une méthode d’argumentation syllogistique, sèche et serrée, sous laquelle on a réduit l’aristotélisme, fourré de cent questions puériles. » Cependant, on ne saurait nier que leurs efforts étaient dirigés vers le but de réconcilier la religion avec la philosophie, en utilisant la dialectique empruntée à la philosophie grecque pour le développement de la dogmatiquechrétienne. Vain effort! car cette dialectique conduisit directement au mysticisme et à la formation de deux partis, réaliste et nominaliste ‘contre lesquels s’est élevé le grand agitateur de l'esprit humain. Abélard, dont les leçons éloquentes ont fait date par leur éclat à l'Université de Paris où il osa parler devant un grand auditoire plein de foi, des droits de la raison, faire de grands éloges des païens et proclamer la nécessité de croire en même temps que l'irrésistible besoin de comprendre. C’est ainsi que la scolastique, minée par une sorte de travail interne a fini par dissocier les deux éléments qu’elle avait rapprochés, car l’idée chrétienne n'a pas pu, à moins de se renier, s’y plier définitivement, et, d'un autre côté, la philosophie, se sentant opprimée dans l'atmosphère de la scolastique, a perdu sa vitalité et la raison de son existence. Il en résulta que la scolastique n’a pas pu survivre à la fin du xrve siècle.

Etant donné que la scolastique, faute de base solide et manque d'union parmi les chefs d'école n’a pas réussi à réaliser son but, la religion au lieu de se purifier par la raison et par les principes moraux de charité et d’abnégation prêchés par Jésus-Christ et les apôtres, a fini par se mélanger des croyances populaires qui lui

ont fait perdre beaucoup de son éclat primitif. C’est ainsi qu’au moyen-àge, on n’osait guère s'adresser à Dieu directement. On

considérait les saints beaucoup plus puissants dans la cour céleste que les grands seigneurs de la cour des rois. « Comment les pécheurs, dit Alexandre de Halles, qui offensaient Dieu, oseraient se présenter en personne devant lui? Qu'ils invoquent les saints et implorent leur patronage! » Depuis lors, tout bon catholique a donc un patron qui le défend et

intercède pour lui auprès de Dieu. Toute corporation et toute

ville se sont mises sous le patronage d’un saint, et le nombre de saints grandit ainsi à travers les siècles. On préférait choisir pour patrons les saints qu'on croÿait les plus puissants, tels que Saint-Pierre, saint Paul, etc. De tous les patronages, le plus recherché est celui de la vierge. C'est aussi au xri° siècle qu’on a introduit une nouvelle prière, l’Ave Maria. Les reliques des

saints passaient pour faire des miracles. Les ossements des saints, leurs vêtements, tous les objets leur appartenant, guérissaient les maladies. Il se fit à Rome, vers le ix° siècle, un véritable commerce des ossements des hécatombes au besoin, on les volait, comme il est arrivé à Venise avec les reliques de Saint Marc. Saint Louis fit bâtir la Sainte Chapelle pour recevoir la couronne d’épines. À certains jours de l’année, les fidèles étaient admis à venir toucher les reliques qui guérissaient les maladies et effaçaient les pechés. Les pélerins accouraient de tous côtés, vêtus en pénitents, logés et nourris par charité sur leur passage, pour toucher une relique. Des milliers de pélerins firent des voyages de plusieurs semaines et même de plusieurs mois pour venir s’agenouiller devant le sanctuaire contenant les reliques.

D'un côté, on adoraïit les saints parce qu'on les croyait tout puissants à la cour céleste et, d’un autre côté, tout le monde était hanté par le diable, considéré comme le maïtre de l’enfer. Bien des gens avaient vu le démon traverser les airs, poussant des cris de joie en emportant l’âme d’un hérétique ou d’un usurier. La croyance populaire considérait le diable se promenant au milieu des hommes guettant les âmes pour les perdre d’abord et s’en emparer après. Les moines, obsédés par cette pensée, le voyaient autour d'eux, tantôt sous la figure d’un monstre, tantôt sous celle d'un homme ou d’un animal. Au xinr° siècle, Richaume, abbé de Schœnthal, composa un traité sur les ruses du démon envers les hommes. Les idées courantes au xmiI° siècle étaient que le diable cherchait à tenter les hommes pour les faire pécher et les entraîner après dans l'enfer; d’autres fois, il s'amuse à les tourmenter. Il entre dans le corps des malheureux mus par des convictions et leur fait prononcer des blasphèmes. Les épileptiques et les hystériques étaient considérés comme possédés: par le diable. Il y avait des formules spéciales pour faire expulser le diable, et ia cérémonie de l'exorcisme était accompagnée des formules suivantes : « Dieu des cieux, je t'invoque, je pose ma main charnelle, pose, du haut des cieux, ta main spirituelle sur ton serviteur, afin que le serpent ennemi ne puisse rester caché ici. Calomniateur des nations, fils des ténèbres, écoute. je t’adjure, au nom de Dieu... Satan maudit, enfuis-toi dans les profondeurs de la mer, dans le troupeau des porcs, dans les lieux déserts, où on ne laboure pas. tu n’auras point ici de place pour te rafraïchir ; les fers chauds sont préparés pour te châtier ». |

L'imagination populaire s'était tellement égarée qu'on prenait

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tout homme riche, puissant ou même savant, pour avoir signé

un pacte avec le diable. Telle est l’origine de Faust, de Goëthe ;

telle est l’origine de la sorcellerie jau moyen âge, croyance qui s'est affirmée comme un article de foi, non seulement parmi les classes populaires, maïs aussi dans Les sphères les plus élevées de la société. En Allemagne surtout, il était admis qu’à certaines nuits, sorciers et sorcières s’en allaient à de grandes assemblées où ils dansaient avec le diable, leur maître : c'était le Sabbat. C'est ainsi que le Broken, la plus haute cime du Hartz, jadis sanctuaire des dieux, devint le rendez-vous des sorciers de toute l'Allemagne. A l’époque de l’Inquisition contre les hérétiques, on la mit également en vigueur contre les sorciers. Les juges faisaient mettre à la torture les gens soupçonnés de sorcellerie ; pour les forcer à avouer, on leur enfonçait des aiguilles sur tout le Corps jusqu’à ce qu’on trouvât une place insensible à la douleur (1) : c'était là la « marque du diable ». Catherine de Médicis avait mis la magie si fort à la mode-en France, qu’un prêtre, nommé Séchelles, qui fut brûlé en Grèves sous Henri II, pour sorcellerie, accusa douze cents personnes de ce prétendu crime. (Volt., Henri V, notes.) | Il suffit de rappeler la chorée épidémique et les épidémies de possession démoniaque en Allemagne et dans les Pays-Bas, au moyen âge, où des troupes d'hommes et de femmes réunis par un délire commun, se tenant par la main, dansaient des. heures entières et prolongeaient ce spectacle jusqu’à ce que, épuisés, ils tombaient à terre. Pendant leur danse, ils avaient des apparitions, voyant dans leur extase, le ciel ouvert, la Vierge et le Sauveur sur son trône, selon les manies variées que les croyances du temps imprimaient à leur imagination fantastique. Quant aux épidémies de possession démoniaque, elles ont eu lieu génélement parmi les religieuses des couvents. Il a suffi que l'une d’elles fut prise de troubles psychiques pour que la contagion mentale s’étendisse avec la rapidité de la foudre à toutes les religieuses de la congrégation. Celles-ci, tourmentées, se croyaient effectivement possédées de l'esprit malin, et cette croyance les poussait souvent à faire retomber sur la tête de quelque malheureuse du voisinage soupconnée de rendre culte au démon, la responsabilité de tous leurs maux. L'ignorance et la superstition répandues dans toutes les classes sociales pendant le moyen-âge ont non seulement contribué à

(1) Cette manière de découvrir des plaques insensibles a servi plus tard, à Charcot, de méthode pour démasquer l'hystérie dans les maladies nerveuses.

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