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soumises, Comme êtres organiques, aux mêmes lois biologiques que les individus qui constituent une fédération des groupes cellulaires, et comme êtres sociaux et intelligents aux lois sociologiques que dirigent les organismes collectifs, d’après lesquelles : 1° Tous les êtres organisés, surtout les êtres supérieurs, doivent traverser avant d'arriver au terme de leur existence plusieurs phases d'évolution, à savoir : l'enfance, la jeunesse, l’âge viril et la vieillesse. Toutefois, ce ne sont que les forts, les biens doués, qui jouissent de cet avantage, tandis que les faibles succombent avant d'arriver à la dernière phase ; 2 la longévité de l'individu est en raison directe avec la durée physiologique de chaque phase d'évolution et avec les conditions favorables à son développement. Il en est de même pour les organismes collectifs, car les collectivités humaines, également obligées de lutter pour l'existence collective sont poussées par un mouvement organique intérieur de développement ou soit par une force dynamique inconsciente à un déploiement d'activité constante ét à des efforts continuels pour améliorer leur bien-être moral, intellectuel et matériel. Par conséquent, le développement des peuples est en rapport intime avec leurs conditions morales, ethniques et climatologiques respectifs. Il y en a qui sont plus discipli- nables et qui ont des sentiments plus altruistes que d’autres : il Y en a qui sont mieux doués par la nature ayant des dispositions spéciales pour s’assimiler les connaissances et les progrès d'autres peuples. Il y a également des climats stimulants poussant les habitants au travail et à l’activité, tant physique qu'’intellectuelle. Il en résulte que les collectivités, de même que les indi- ‘vidus, pour traverser avec succès les quatre phases d'évolution, ont besoin d’un développement lent et progressif qui permette à chacun des organes d'acquérir la vigueur et la vitalité nécessaires pour défendre l’économie contre toute attaque extérieure. : Dans le cas contraire, c’est-à-dire dans le cas d'un développement rapide sans que l'organisme ait pu disposer du temps nécessaire pour s’assimiler les éléments nourriciers puisés dans un sol étranger aux conditions de son existence, tel individu ou telle collectivité seront bien capables de faire un effort pour s'adapter au nouveau milieu et vaincre les résistances du dehors, mais il leur manquera toujours les forces morales et
- Organiques pour maintenir longtemps l'équilibre et l'harmonie
entre les fonctions de l’économie sociale, et aussi rapide que
fut leur développement à ses débuts, aussi rapide sera leur
arrêt à la première secousse qui vienne du dehors pour ébranler | 11
les bases de leur organisation; ils commenceront lon par rester stationnaires et finiront par rétrograder jusqu'au moment de leur complète déchéance. En effet, l’histoire nous enseigne
qu'il y a des collectivités qui ont suivit avec régularité les.
différentes phases d'évolution, ayant développé lentement et progressivement leurs facultés organiques et intellectuelles et qui ont fini par gagner d’abord la vigueur et la vitalité nécessaires à l’évolution d'un organisme fort et robuste et ensuite une force d'expansion plus ou moins intense pour absorber et
assimiler les collectivités voisines inférieures en culture et en :
vigueur. Tel est le cas des grandes nations européennes
actuelles ; tandis qu’il y a d’autres nations, tels que les Arabes . qui, grâce à leur idéal religieux exalté, ont non seulement réussi :
à fonder en moins de vingt ans leur unité nationale sur le sol d'Arabie, mais aussi à faire un effort gigantesque pour conquérir en moins d’un demi-siècle un immense, empire constitué par de nombreux peuples de différentes races, de différentes langues et d’aspirations diverses, occupant un. territoire de dix-huit cents lieues d’extension depuis l'Indus jusqu'aux Pyrénées. Un développement aussi rapide les a empêchés de donner une organisation solide aux peuples de mœurs, de races
distinctes et de climats les plus opposés et de maintenir long- 1
temps l’harmonie et l'équilibre organique parmi les peuples. soumis à leur domination. Il arriva forcément que la sève qui
les avait nourris et fait prospèrer à leur début n’a pas tardé à se
tarir, la circulation de leur fluide vital à se ralentir et la nutrition des parties constituantes de leur organisme collectif, à languir, donnant lieu à une déchéance graduelle des facultés
intellectuelles et morales et finalement à une décadence complète. Bien que Bagdad, Caire, Cordoue et Grenade fussent restés
toujours des foyers de culture qui ne s'étaient jamais éteints, leur lumière n’était plus assez intense pour rayonner à des régions lointaines. Il s’ensuivit que les peuples de différentes races et de mœurs distinctes, qui se trouvaient réunis sous le .
même drapeau, ne se voyant pas suffisamment protégés par.
leurs nouveaux maîtres, aspirèrent à leur ancienne indépen-
dance, avec la circonstance aggravante que l'esprit guerrier ‘et l'ambition de quelques individus appartenant à des familles
d'anciens chefs religieux profitèrent de cette situation pour se mettre à la tête du soulèvement des tribus indépendantes. C’est ainsi que l'empire arabe ayant commencé par une période purement arabe sous les successeurs de Mahomet a
Re:
passé successivement par une période Syrienne Sous les Omniades avec Damas pour capitale, ensüite par une période perse, |} sous les Abbassides avec Bagdad pour capitale, et finalement par une période turque avec Constantinople pour capitale. Ces difféà rents mélanges de race, d’ origine guerrière et de mœurs orien- » tales barbares, n'ont pas pu rester longtemps unis sous le même 4 drapeau ; chaque race voulait être prépondérante sur l’autre, ce qui donna lieu à des guerres de conquête et à des guerres civiles. De même les armées de l’islamisme étaient constituées d'éléments ethniques divers: celles d’ Espagne étaient formées L d'Arabes purs, de Syriens, d'Egyptiens et de Berbères. Chacune D d elles s'établit dans un territoire distinct, de manicre que Cordoue fut occupée par la légion de Damas dont la plupart __ étaient des Arabes syriens qui restèrent toujours fidèles à la } famille des Omniades. Mais les Arabes, en Asie et en Afrique, E de mœurs plus sauvages et d’un entendement moins cultivé étaient plus disposés pour les armes que pour les arts et les ; sciences et restaient toujours en guerre entre eux. IT Ten résulta qu’une collectivité sans idéal supérieur et entraînée par les brutalités d’une guerre Continuellé devint la ‘1 proie du despotisme des chefs tartares dégénérés, et l'anarchie sociale qui régnait dans les sphères du gouvernement ne tarda Hrpas de mettre fiu au califat de Bagdad où l'élément turc finit par : S ‘implanter. Il en fut de même des Ommiades, en Andalousie, 5 où l’on vit's’élever, en 1029, indépendamment des petites prin- 4 " cipautés secondaires qui étaient fort nombreuses, six Etats dont RC les chefs prirent le titre de rois : ce furent Cordoue, Séville, n : Ecrja, Malaga, Algésiras et Grenade. Tolède devint la capitale * d’un royaume séparé. Sur la côte orientale, il y eut trois ” royaumes : Dénia, Murcie et Valence, et dans la partie septentrionale, il y avait également les. rois de Saragosse, de Tortosa cet de Huesca. Certes, si les walis, même en refusant leur Obéis- “. sance aux califes, s'étaient unis entre eux et avaient formé une ee confédération, ils auraient été capables d'assurer leur indépen- : dance et d'opposér aux chrétiens une barrière infranchissable, mais tous prétendirent à une souveraineté universelle, ose ‘ quèrent les üns les autres et: portèrent un dernier coup à la domination arabe, en lui enlevant ses meilleurs défenseurs au moment où elle aurait dû rassembler toutes ses forces pour résister au flot crétin qui la menaçait (1).: |
re
Fe @ Alakkañ, t Il, appendix, p. 40 et suiv. Cassiri, &. IL, p. 208.
Le moment arriva où les Ommiades se trouvant affaiblis à la suite de leurs divisions intestines et incapables de résister à l'invasion des princes chrétiens, appelèrent à leur secours les Almoravides, princes très puissants au Maroc. Yousef-ben-
Taschfin qui, à la tête d’une grande armée, débarqua dans la
Péninsule en 1086, dans la première rencontre qu’il eut avec Alphonse VI dans la plaine de Zalaka le mit en déroute et à la suite de plusieurs succès contre les souverains chrétiens, il se rendit maitre de toute l'Espagne méridionale et orientale jusqu'à Valence, et, au lieu de venir en aide à leurs frères contre les rois chrétiens, les Almoravides ne pensèrent qu’à les rem-
placer et à les subjuguer, ce qui prouve bien que ce n’était pas
le sentiment religieux, mais plutôt l'esprit de domination, qui avait dirigé la conduite des Almoravides. Plus tard, Ali, le fils de Yousef, s’unit avec le roi d'Aragon contre le roi de Saragosse, en même temps qu'il affirma sa domination en Andalousie. Toutefois, les Almoravides, ayant traité leurs coreligionnaires anda-
lous en peuple conquis provoquèrent en 1121 une révolte de tous
les arabes dans le royaume de Cordoue. Le roï d'Aragon, profitant de la division parmi les Arabes, aidé par Raymond de Bourgogne et Henri de Besançon, envahit les royaumes de Murcie, de Grenade et de Séville. À ce moment, l’islamisme se trouvait en pleine décadence en Espagne. Il ne fut sauvé que grâce à un mouvement de fanatisme religieux qui éclata au Maroc, causant
la chute des Almoravides et l’arrivée au pouvoir des Almohades
sous Abdelmoumen, en 1146. Ceux-ci, vainqueurs au Maroc, envahirent l'Espagne avec trois armées : l’une débarqua dans l’'Algarve et arrêta la marche du roi de Portugal (1147); la seconde s’empara d'Almeria contre Alphonse VIT; la troisième se dirigea contre Valence et Murcie qui, après plusieurs combats malheureux se livrèrent au chef des Almohades, Yakoub. Celuici, à la suite de ses succès, proclama en 1184, la guerre sainte contre les chrétiens et réunit une nombreuse armée contre Alphonse VIIT. Ce dernier, sans attendre l’arrivée des rois de Léon et de Navarre, engagea la bataille et éprouva une déroute complète près d’Alarcos. Yakoub fit 20.000 prisonniers. A la suite de cette victoire, les Almohades étendirent leur domination jusqu'aux bords du Tage. Bien qu'ils ne réussissent pas à s’emparer de Tolède, ils arrêtèrent la marche envahissante des chrétiens et établirent leur domination en Andalousie.
Une fois la paix assurée, les Almohades se firent protecteurs
des arts, des sciences et de l’industrie. Ils fondèrent d’abord de |
LES GRECS ET LES SÉMITES SVT En
nombreuses écoles et des collèges où l’on enseignait les sciences et les arts. Sous leur règne, fleurirent Averroès et Avenzoar. Ils montraient un goût particulier pour les constructions. Yakoub fit bâtir à Séville plusieurs édifices somptueux et une mosquée magnifique. Il jeta sur le fleuve un pont de bateaux, répara les murailles, amena, d’Alcala de Guadaira, au moyen d’aqueducs, des eaux abondantes dans la ville et embellit les deux quais, les bords du Guadalquivir. Il eréa, dans toutes les parties de son empire, des hôpitaux pour les malades, des hospices pour les indigents et les invalides ; il fit creuser des puits dans les campagnes et des hôtelleries sur les routes.
Malheureusement, l'Afrique représentait toujours un mauvais terrain de culture pour l'esprit scientifique et les Arabes, même après s'être assimilés en Asie Mineure et en Perse, la culture grecque, n’ont jamais réussi à faire féconder ses germes en
Arabie, leur pays d'origine ; et si le Maroc a eu des époques où il
possédait quelques centres de culture sous le règne des Abbassides, l’arrivée au pouvoir du parti orthodoxe ne manquait pas d'effacer les bienfaits de la culture grecque et de mettre en vigueur le régime de l'intolérance. C'est ce qui arriva sous la domination des Almohades en Espagne ; d’un côté, le fanatisme religieux qui animait les masses populaires ignorantes, et, d’un autre côté, l'ambition de quelques chefs d'esprit guerrier qui tâchaient d'exploiter la crédulité des classes fanatisées, contribuèrent à accélérer leur chute. Il arriva que les Arabes d’ Espagne, de même que ceux d'Orient, affectaient de n ‘accepter la domination des Almohades qu’à la condition que ceux-ci conti-
.nuassent à rester les champions de l’islamisme primitif. En effet,
Mohamet-el-Nasir, fils et successeur d’Yakoub (1199), qui habitait le Maroc, envahit l'Espagne avec une grosse armée qui se composait de Berbères, de soldats du Maghreb, de volontaires de tous les pays musulmans, d’Almohades purs et finalement
d’Arabes d'Espagne. La nouvelle d’une semblable expédition contre les rois chrétiens d’Espagne produisit l’alarme parmi les princes espagnols qui, profitant de la coïncidence des Croisades
organisées contre les Musulmans d'Orient, engagèrent l’arche-
vêque de Tolède, Rodrigue, à solliciter le secours de l'Europe
chrétienne. \ En effet, aidé par le pape Innocent III, l'archevêque prêchait