A6 ANR LES GRECS ET LES SÉMITES
sur sa route, en Italie et en France, la guerre contre les must. mans, et rentra en Espagne suivi de 60.000 combattants. Les deux armées ennemies se rencontrèrent dans les plaines de Las Navas de Tolosa, dans la province de Jaen (1202). Sancho‘ de Navarre, qui commandait les armées chrétiennes dans cette bataille, réussit à mettre les Musulmans en déroute. Ce désastre eut pour conséquence de provoquer un grand mécontentément : parmi les Arabes d'Espagne, qui finirent par se soustraire à la domination des Almohades et de précipiter la ruine de cette dynastie. D’un autre côté, les chrétiens, également divisés entre ‘4 eux, ‘ne surent pas profiter de leur victoire, ni de l'anarchie affreuse qui existait parmi les Etats musulmans. Ce n’est qu’en 1227 que le roi de Portugal s'empara de la ville d’Elvas, que le roi de Léon, après avoir pris Badajoz, s’avança jusqu’au Guadalquivir, et que Ferdinand II, roi de Castille, pénétra dans la pro- . 4 vince de Grenade. C'est ainsi qu’en 1232 la domination des Almohades avait cessé d'exister en Espagne. De | Toutefois, il restait encore assez de forces aux Musulmans pour résister aux armées chrétiennes en Andalousie. Il y eut une infinité de petits États indépendants parmi lesquels se trouvaient les royaumes de l’Algarve et de Valence, ainsique le royaumé de Gre-. nade, sous Mohamet-Alhamar ou Mahomet V, mais la dés - < nion des Musulmans et le mauvais vouloir des Walis avaient paralysé tous leurs efforts ; c’est ainsi que Valence tomba entre les mains de Jacque I", roi d'Aragon. Cependant, Mohamed- Albamar, se croyant assez fort, rassembla ses troupes et livra 209 bataille à Ferdinand III, mais il fut vaincu devant Alcala. Ce dér- à nier, croyant dans son intérêt d’avoir pour ami son adversaire,se montra généreux envers lui. Au lieu de le détrôner, il se contenta : ‘4 de la suzeraineté des vastes possessions appartenant au royaume de Grenade, à condition qu'il s'engageât à vivre en paix et à lui > payer une redevance annuelle d’un million Six cent mille francs. Cependant, le roi chrétien continua à agir contre les Arabes de l’Algarve et du Guadalquivir et, après un siège assez long, Séville, l’ancienne capitale des Almohades et des Almoravides, capitula, en obtenant les mêmes conditions favorables que les Arabes. de Valence ; Mahomet-Alhamar profita de cette circonstance pour créer, avec une persévérance merveilleuse, à Grenade, un Etat puissant, capable d'offrir aux chrétiens une barrière formidable. Ÿ {JL fit comprendre à ses sujets la nécessité de l'union la plus 4 | étroite, et aux walis, il sut inspirer le patriotisme et le sentiment | du devoir envers son souverain 1et s son pays Il réussit, par une.
NE RS te ET ARE a ET ee D ete DEL QE
politique : sage et une administration honnête, à fonder un petit royaume assez puissant. La prospérité de son royaume attira vers lui tous les émigrés musulmans de Cordoue, de Séville et de Valence, qui ne voulaient pas rester sous la domination espagnole. Après quelque temps de paix et de tranquillité, l’islamisme se releva de nouveau et finit par briller d’un éclat inattendu au milieu de l'Espagne chrétienne. L’aisance s'était répandue dans toutes les classes sociales, à la suite de la prospérité de l’agriculture et de l’industrie; la fabrication des soieries et autres étoffes atteignit son plus haut dégré de perfection; les beaux-arts furent cultivés avec le même succès qu’à Cordoue ; c’est surtout l’archi-
tecture qui atteignit son apogée; les sciences exactes et naturel-
les furent enseignées à l'Université par Aboul-Hassan, Ali et Abou Abdalah-Mahomet, et la grammaire, la géographie, et la dialectique, aux écoles inférieures. Le roi de Grenade s’imposait
le devoir d'obtenir au plus bas prix les denrées pour les classes
indigentes ; il avait également institué une police pour protéger
la sûreté personnelle et la propriété particulière. Malheureuse-
ment, la loi de succession n’était pas établie sur des bases solides et il arriva la même chose au royaume de Grenade qu’au califat
de Cordoue et de Bagdad : à côté des princes dignes de l’admira-
tion de la postérité, il y eut des despotes cruels et incapables qui précipitèrent la ruine des Musulmans et qui se rendirent odieux à leurs sujets. Toutefois, le royaume de Grenade a pu se défendre avec succès pendant deux siècles contre les ennemis intérieurs et extérieurs, et ce n’est qu’en 1492 que la ville de Grenade, assiégée par les armées des rois catholiques et poussées par la
faim, se vit forcée de capituler après un siège de 18 mois.
Ceux-ci firent aussitôt arborer sur lé sommet de l’Alhambra et de l’Albaycin les étendards de Castille et de Saint-Jacques, et firent décorer la grande mosquée des ornements du culte catho- Hique; le fanatisme barbare du cardinal Jimenez fit livrer aux flammes la riche bibliothèque contenant plus d’un million de livres et les manuscrits arabes conservés avec beaucoup de soin pendant plusieurs siècles. En même temps, les rois catholiques
avaient signé avec Boabdil, roi de Grenade, les conditions de la
capitulation dans un document qui comprenait 67 articles dont les dispositions principales étaient l’inviolabilité des’ personnes et des biens, la liberté complète du culte musulman. Malheureusement, les vainqueurs oublièrent bientôt leurs engagements avec les Arabes, én les soumettant à toute es-
pèce de vexations et en les privant de toute liberté, afin de les
TU 4 r ré
LA
contraindre à se convertir au christianisme. Le roi Boabdil seul put quitter l'Espagne avec les honneurs de la guerre et il se rendit à Fez où il mourut en 1518. | Chose singulière ! Les mêmes causes qui avaient amené la décadence des Arabes en Espagne et en Afrique ont contribué égalément à leur décadene en Asie. L'histoire de l’évolution de l'empire arabe présente deux mouvements organiques de la vie sociale, l’un, de concentration et d'expansion et l’autre de désa-
grégation et de désunion. Ces deux mouvements obéissent à deux
forces opposées qui peuvent bien s'appeler centripède et centri-
fuge. Pendant la première époque de la formation de l'unité na-
tionale, ce fut l'idéal d’une nouvelle religion qui avait inspiré l'enthousiasme d’abord et ensuite le fanatisme à un peuple guerrier qui n’avait d’autres aspirations que de convertir tous les pays de l'Ancien Continent à la foi musulmane. Une fois cet idéal réalisé, les classes dirigeantes et intelligentes, après s'être assimilées la culture grecque à la suite de leur conquête de la Syrie
et de l'Egypte n'ont rêvé qu’à jouir des bienfaits de la paix et à
cultiver les arts et les sciences ; tandis que les classes inférieures
restaient toujours imbues de la doctrine du Coran qu’elles con-
sidéraient comme un livre sacré auquel personne n’avait le droit de toucher. C’est à cette condition qu'elles restaient soumises inconditionnellement au despotisme de leurs chefs religieux.
Il s'ensuit que, tant que les califats se trouvaient entre les mains de princes doués d'intelligence et d'un moral supérieur, qui ne faisaient usage de leur puissance absolue que pour le bien de leur peuple, l'harmonie continua à régner parmi toutes les classes sociales, et les divers peuples unis sous leur domination se trouvèrent heureux de pouvoir jouir du fruit de leur travail
sans que personne ne songeât à troubler la paix publique. En
échange, lorsque le pouvoir tombait entre les mains de princes ignorants et superstitieux, ou de parvenus ambitieux, dépourvus de sens moral et d'esprit d'équité, l'anarchie commençait à régner dans la sphère du gouvernement, et les partis fanatiques comprimés pendant quelque temps, profitaient du fanatisme
des masses populaires pour se soulever et se déclarer indépen-
dants. C’est ainsi que depuis 846, on voit Bagdad, à chaque instant, changer de maître et tomber souvent sous le joug de despotes cruels et incapables. Les bouleversements perpétuels dont Bagdad fut le théâtre vers la fin du 1x° siècle furent causés en grande partie par la milice turque dont le calife Mostassem avait
fait sa garde particulière, et dont le monarque voulait faire l'instrument de sa toute puissance contre les partis intérieurs. Mais il en devint la première victime, Il en fut de même en Asie orientale où les différentes provinces se déclarèrent indépendantes du califat de Bagdad. Ce n’est qu’à la moitié du x° siècle que les habitants de Badgdad irrités des scènes sanglantes produites par la milice turque sous laquelle trente-huit califes trouvèrent une mort violente, appelèrent à leur secours les frères Bouides qui régnaient dans les provinces de l’ancien empire de Perse. On leur ouvrit les portes de la ville et les Turcs sont chassés (945). Sous le nouveau califat des princes Bouides, Bagdad commença à prospérer de nouveau; les sciences furent denouveau cultivées et les provinces environnantes furent soumises à leur domination. Sous leur règne qui dura plus d’un siècle, l’école de Bagdad reprit son ancienne splendeur et produisit des hommes célèbres, tels que les astronomes Ebn-al-Aalam, Abderrhaman-
Soufi et Aboul-Wéfa. Le premier a eu l'honneur d’avoir pour
disciple, son souverain Adhad-Eddaulah. Malheureusement, les Bouides n'ayant pas réussi à régler sur des bases solides la transmission de leurs Etats à leurs descendants, préparèrent le dé-
membrement de l'empire qu'ils avaient fondé. Un esclave ture,
Alp-Teghuin, s'est emparé du pouvoir, et par sa vigoureuse administration, il réussit à porter les armes et la foi musulmanes dans l'Inde. Son petit-fils, Mahmoud, après avoir vaineu les Samanides, se rendit maitre du Khorassan, se fit donner des lettres d'investiture du calife de Bagdad et fut le premier prince de l'Orient qui prit le nom de Sultan. [1 s’annonça partout comme le défenseur de la foi musulmame et de la race arabe. En effet, il recut du calife de Bagdad le titre de protecteur de l'islamisme. Toutefois, le résultat de ses victoires ne fut pas de longue durée. Les Turcs Seldjoukides qui venaient de se convertir à l'islamisme envahirent la Perse sous la conduite de leur chef Togrul- Beg, petit-tils de Seldjouk, lequel se rendit à Bagdad où il prit l'investiture de la puissance temporelle sur tous les Etats de l'islamisme.
- Doué, d’un instinct guerrier, plein d’ardeur et d'enthousiasme, il s'avança avec son armée sur l’Asie Mineure dont les habitants se soumirent sans résistance, et finit par étendre sa domination, de l’Indus jusqu’au Bosphore. Mais la mort le surprit au milieu de ses exploits en 1062.. Son neveu, Alp-Arslan, lui succéda et régna avec le même succès. La plus belle partie de l'Asie reconnaissait son autorité. Douze cents chefs lui rendaient hommage