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de
de prendre possession de cette ville. Celui-ci Comprenant à merveille le parti qu'il pourrait tirer des sujets juifs n’hésita pas un moment à leur accorder sa protection et à les mettre sur un pied d'égalité avec les bourgeois et les seigneurs. Il leur ouvrit l'accès des fonctions publiques malgré les objurgations du pape Grégoire VII en choisissant parmi eux des conseillers et des ambassadeürs. C’est d’abord leur connaissance des langues ét ensuite leur souplesse d’esprit quileur permettait de s’assimiler aussi bien les idées dés Arabes qué celles des chrétiens et qui faisaient d'eux de bons négociateurs et d'excellents agents diplomatiques. C’est ainsi que lés communautés israélites commencérent à acquérir de l'influence parmi les jeunes royaumes chrétiens du Nord (Asturies, Castille, Aragon et Navarre) et que Tolède devint le centre de culture juive, en Espagne, ayant acquis son apogée au milieu du xr siècle et se prolongeant jusqu’au douzième.
Une des grandes lumières israélites, qui vit le jour à Tolède vérs 1086, fut Judah Halévi, connu également sous le nom arabe d'Abou-al-Hassan, parce qu'ayant été envoyé par son père à Lucène pour y faire ses études médicales, il s'était fait connaître de bone heure, par ses hautes capacités, comme poète et philosophe, tant parmi les Arabes que parmi ses coreligionnaires. Après avoir fini ses études à Lucène, il retourna à Tolède où il exerça la médecine avec beaucoup de succès. Cependant, mécon- tent à Tolède, il transporta ses péñates à Cordoue. Il fut l'homme le plus considérable de son époque, car en lui seul, il résuma l’action intellectuelle et morale de Son temps. Graetz, dans son Histoire des Juifs d'Espagne, dit: « Tout est grand, lumineux et « pur dans l'existence de cet homme extraordinaire. Comme « poète et penseur, il figurera un jour dans le Panthéon de « l'Espagne, lorsque les vieux préjugés auront disparu de cette « terre classique de l'intolérance et de fanatisme. Il Joignait la * « gaïîté la plus expansive à Ja religiosité la plus exemplaire. « Poëte par excellence, il savait néanmoins apprécier la vie et « diriger ses actions avec tout le calme et la clairvoyance d’une « expérience consommée. Il ne se borna pas à étudier la langue « et à s'approprier toutes les formes diverses de la poésie néohé- © braïque ; il avait étudié le Talmud, cultivé les sciences mathé- « matiques et naturelles et approfondi la métaphysique : il € écrivit l’arabe avec élégance et était très versé dans la poésie « Castillane, mais en même temps, il exercait la médecine dans « le but de subvenir à ses besoins, mais cette occupation qui lui
« fit voir la réalité de la vie n’a en rien amoindri ses hautes con- « ceptions de la destinée humaine ; ses descriptions de la nature, « dit Graetz, peuvent soutenir la comparaison avec les chefs- « d'œuvre du genre dans les autres langues. Ce sont des peintures « pleines de mouvement, de vérité et d'énergie. Dans ses vers « saisissants, il chante tour à tour l’esclavage de Sion et les « splendeurs que lui réserve l'avenir. De toutes les poésies « néohébraïques, les Sionnites sont celles qui rappellent le mieux « les psaumes du chantre royal. Quand il exhale ses plaintes sur « le veuvage de Sion, il nous pénètre profondément et il remue «les plus intimes de nos fibres. Après avoir rendu dans les « Sionnites le sentiment national d'Israël avec la plus haute « énergie, il exposa de profondes idées sur les relations entre « Dieu, le monde et les hommes, sur la valeur des spéculations « métaphysiques et sur les rapports et la valeur du judaisme «comparé au christianisme et à l’islamisme ». On lui doit aussi un ouvrage philosophique écrit sous forme de dialogue, intitulé le Chozari, dont le but est de prouver la vérité du judaïsme et de venger cette religion des insultes qu'on lui prodiguait. Le dernier représentant de la poésie néo-hébraïque en Espagne pendant le xz1° siècle fut Salomon Al-Charizi. Plein d'esprit, comme Ibn-Ezra, riche d'imagination comme les meilleurs poètes de son époque, il erra longtemps de par le monde, traversant la France, l'Egypte, la Syrie jusqu’à la Perse, trouvant partout matière d'écrire de beaux vers. Sous le pseudonyme de Héman l'Ezrahite, il écrivit un roman dramatique, Tachkemoni, sous la forme de dialogue varié et piquant, plein de verve, avec un interlocuteur qu'il nomme Héber. Ce sont des critiques fort sévères des poètes passés et contemporains. Il y fait preuve de beaucoup de goût et de savoir en fait de poésie.
En dehors du mouvement littéraire poétique, il y avait également, au xu° siècle, parmi les Juifs d'Espagne, un mouvement non moins important dans le domaine de la philosophie. Deux hommes, notamment, tous deux de Tolède, contribuèrent à maintenir pendant cette période l'éclat du judaïsme: Abraham Ibn-Daoud et Abraham Ibn-Ezra. Abraham Ibn-Daoud Halévi naquit vers 1100. Pendant sa jeunesse, il avait cultivé avec ardeur toutes les branches des connaissances humaines de son temps.
Il avait l'esprit vif, rapide et se distinguait surtout par la lucidité dans les questions les plus abstraites ; il se donnait avec ardeur | à l'étude de la philosophie; il exposa dans son livre, Emounah Ramah, avec énergie un système de philosophie qui avait pour but de concilier la raison et la foi; il voulait guider les hommes qui ne savaient pas décider entre ces deux autorités d’une égale valeur ; il chercha à démontrer que la Bible contenait en germes tous les principes de l’école d’Aristote. D’après lui, l’immatérialité et l’immortalité de l'âme sont choses si manifestes que les livres saints ont négligé de les affirmer. La révélation divine repose sur les relations intimes de l'âme avec la raison première. Toute théorie philosophique doit tendre à la réalisation d’un but moral. Pour lui, le remplissement des prescriptions rituelles n'ont qu'une valeur secondaire. Il admet le libre arbitre de l’homme; par conséquent, il admet une récompense pour le bien et une punition pour le mal. Il composa, en 1161, une œuvre chronologique comprenant les époques de la Bible, celle du second temple et les périodes tamuldique, saboraïque, gaonique et rabbinique, et donna à ce livre le titre de Séder-ha-Kabbalah (La suite de la tradition). Il écrivit, de plus (d’après les chroniques arabes et espagnoles) un résumé de l’histoire romaine depuis la fondation de la ville éternelle jusqu’au roi visigoth, Recared ; enfin il rédigea une histoire des Juifs sous le second temple. Les documents qu'il a laissés sur la grande époque des communautés d'Espagne ont une valeur considérable.
Abrahan b. Meir Ibn-Ezra est né en 1088 et mort en 1167; il était de beaucoup supérieur à Ibn Daout, plus savant, plus profond et doué de facultés puissantes ; il saisissait à la fois les objets dans leur ensemble et dans leurs moindres détails. L'étendue de ses connaissances est presque incroyable. Toutefois, il n’y avait pas d'harmonie ni de constance dans son caractère ni dans sa manière de penser. On trouve chez lui une foi religieuse qui dégénère parfois en fanatisme, ennemi de tout examen, en même temps qu’une puissante faculté d'analyse, un esprit d'investigation hardi qui l'approche du panthéisme, La raison froide ne l’empêchait pas de professer une sorte de mysticisme. Dans sa jeunesse, il cultiva la poésie et fut le compagnon de Moïse Ibn-Ezra et de Juda Halévi.[lmania avecfacilité les formes les plus diverses de la prosodie arabe etnéohébraïque ; cependant, ses vers sont froids et manquent de naturel et de sentiment. En échange, il fut le modèle et presque le créateur de la prose hébraïque. Il occupe également le premier rang comme commen-
tateur des Saintes-Ecritures. S'appuyant toujours sur une connaissance exacte de la grammaire et sur une complète intelligence des textes et de leur ensemble, il brilla seul comme maître dans l’exégèse qu'il éleva au rang d’une science. Toutefois, tant qu’il demeura en Espagne, il ne fut connu que comme mathématicien et astronome distingué, car dans toute cette période, il n’a guère produit d'œuvres littéraires. Sa situation fort précaire l’obligea à quittér Tolède, ville appauvrie par des guerres civiles continuelles. Il émigra d’Espagne et se rendit én Afrique, en Egypte et en Palestine. À son retour de l'Orient, il fixa sa résidence à Rome. Son séjour dans cette ville coïncida avec lé soulèvement d’Arnaud de Brescia, jeune réformateur, qui s’éleva avec éclat contre les abus dela papauté, déclarant que les pontifes romains ne gouvernaient pas selon l'esprit de l'Evangile, et que le pouvoir temporel ne devait point appartenir à celui qui s’ést intitulé l'humble serviteur de Dieu, Bien qu’il fût excommunié par le concile œcuménique de Latran, il revint bientôt triomphant à Rome où la République avait été proclamée, de 1139 à 1143. Pendant son séjour à Rome, Ibn-Ezra ne tarda pas à appeler l'attention par ses conférences publiques où il sut captiver les auditeurs par sa parole facile, énergique et spirituelle. Il s’appliqua aussi à donner aux Juifs de Rome les
premières notionsgrammaticales de l’hébreu, qui leurétaientcom-
plétement étrangères. Dans ce but, il composa un livre intitulé La Balance dont la partie importante est l'introduction historique sur les travaux grammaticaux depuis Saadia jusqu'à Ibn-
Altabben. Quelque temps après, il quitta Rome, se dirigea vers
Salerne et Mantoue et finit par fixer sa résidence à Lucques où il s’occupa beaucoup d'astronomie, rédigea des tables pour le calcul Cosmographique et écrivit sur l'emploi de lastrolabe, À la suite d’une grave maladie, à l’âge de 64 ans, Ibn-Ezra, se décida à écrire uf commentaire sur le Pentateuque (1152 èt 1153). C'est une véritable œuvre d’art dans le fond et dans la forme, contenant des explications saines, profondes et consciencieusement étudiées. Il fut le premier qui enseigna à lire la Bible d'une facon conforme à la raison et à la véritable science, opposé au mysticisme haggadique, il donna à entendre à travers des phrases obscures et énigmatiques que bien des versets avaient été intercalés dans le texte primitif, C’est aussi à Lucques qu'Ibn- Ezra composa son commentaire si lumineux sur Isaïe (1154-1155) où il laisse entrevoir qu’il doute si les vingt-trois derniers chapitres du livre appartiennent à ce prophète. Après avoir achevé
son commentaire sur le Pentateuqueé, en 1155, il quitta l'Italie ét
se dirigea vers le midi de la France à Béziers, en Provence, où » on lui fitun brillant accueil parmi les savants et talmudistes 1 auxquels il dédia un livre de mathématiques cabalistiques sur le > nom de Dieu, livre plein de chiffres, de lettres et de combinai- L sons piquantes, Cet essai donna une grande Vogue à la Kabbala. D __ Quelques années après, il quitta la France ét se rendit à Londres
où il composa plusieurs livres : le Yésod Morah, livre de philo- | . sophie religieuse où il établit comme principe que Dieu est une ge. substance unique qui n’agit sur le monde que par l'intermédiaire % d'un esprit original ; ensuite, que la Providence divine s'arrête à l'espèce et ne descend pas à l'individu ; de plus, l’âme procède de l'esprit original. Dans ce travail, il tâche d'expliquer les miracles de la Bible d'une façon rationnelle. Vers la fin de 1160, il retourna de nouveau à Narbonne où il écrivit son derñiér …. ouvrage Sofah Berourah, traité de grammaire hébraïque. Vers la fin de sa vie, il entreprit un voyage de retour en Espagne etil mourut à Calahorra en janvier 1167.
Vers la moitié du xu° siècle, les différents Etats arabes de l'Andalousie se trouvaient en proie à des guerres civiles en même temps que sous la menace constante d’une invasion des rois chrétiens, Il s'ensuivit que l'intolérance gagnait de plus en plus de terrain parmi les classes fanatisées et à la suite de cette perturbation de l’ordre social, les progrès dés arts et des sciences subirént un arrêt sérieux dans tous les pays musulmans. Un grand nombre de communautés israélites émigrèrent vers lé nord de l'Espagne, dé manière que toute l’activité sociale et intellectuelle du judaïsme s'était concentrée parmi les com- munautés des cinq royaumes de Castille, Léon, Aragon, Portu- gal et Navarre, et Tolède, Comme centre de la science juive, avait remplacé Cordoue, Séville et Grenade, Tolède comptait alors de nombreuses écoles et dé magnifiques synagogues. Sous Alphonse VII, les Juifs arrivèrent aux plus hautes charges de
l'Etat. Joseph ibn Schoschan et Abrahain ibn Alfachar étaient fort considérés à la cour. Les Juifs de Tolède secondéèrent vaillam- neñt le roi Alphonse dans la lutte qu'il eut à soutenir contre les Almohades commandés par Almansour. Ils'lui fournissaient ‘dés subsides et commandaient dans les rangs de l’armée, Après
la perte de la bataille d’Alarcos, ils contribuèrent à la belle défense de la capitale où Alphonse s'était réfugié avec les débris de son armée et l'ennemi fut obligé de se retirer. |
Le roi d'Aragon et de Catalogne qui s'était allié au roi de Castille protégeait également les penseurs et les littérateurs juifs. Il y en avait un grand nombre, surtout à Barcelone, qui se distinguaient dans la littérature provençale, parmi lesquels se trouvait Abraham ibn Chasdaï Halévi qui est connu par son roman esthétique le Prince et le Dervis, livre qui fut traduit en plusieurs langues. | A
Vers cette époque, la situation des Juifs au Languedoc était des plus florissantes. Une partie de cette région était soumise au roi d'Aragon comme duc de Provence; une autre dépendait de la couronne de France et une autre partie appartenait à divers grands vassaux. Presque tous étaient des esprits libéraux et avaient des rapports fréquents et suivis avec des Musulmans et des Juifs. Ceux-ci prenaient une grande part aux affaires d’intérêt général. La communauté principale était Narbonne. Dans cette ville, vivait alors la famille des Kimchi qui atteignit un vif éclat, de 1150 à 1170. Son chef, Joseph Kimchi avait émigré du sud de l'Espagne, probablement par suite de l'intolérance des conquérants almohades. Son grand mérite est d’avoir introduit la civilisation judéo-espagnole dans la midi de la France et d’avoir complété l’œuvre inaugurée un peu rapidement par Ibn- Ezra. Versé dans la langue arabe, il traduisit l’œuvre philosophique et morale de Bahya et d’autres travaux encore, en un hébreu facile et coulant ; il écrivit aussi un traité de grammaire hébraïque. Moïse et David, fils de Joseph Kimchi, suivirent les traces de leur père. David devint le maître de la langue hébraïque pour les Juifs et les chrétiens d'Europe. Bien que, d’après ce qu'il disait dans l'introduction de sa grammaire, son intention füt de réunir et simplifier les travaux des anciens maîtres, il a le mérite d’avoir facilité l'intelligence de la transformation des voyelles et d’avoir trouvé la distinction entre les brèves et les longues, ainsi que d’avoir introduit l'idée d’une exégèse simple et rationnelle et supprimé le système des commentaires cabalistiques. |
Toutefois, vers la fin du xrr° siècle, Le judaïsme fut menacé d’un morcellement complet, faute de personnalités marquantes et de prestige suffisant pour tenir réunies sous une seule autorité les nombreuses communautés dispersées dans les différentes régions de l'Espagne et de la France, avec la circonstance aggravante que
le fanatisme des Almohades avait anéanti toute leur initiative et touteleurinfluence, quela ville de Tolèdene constituaitqu'un foyer
‘2 d’une action réduite et que les communautés du sudde la France étaient encore dans la période naissante. Au milieu de cette situation critique, apparut la grande personnalité de Maïmonide, 4 Moïse b. Maïmoun naquit à Cordoue le 30 mars 1135. Son père, descendant d’une famille de savants talmudistes, élève d'Ibn ; Migasch, mathématicien et astronome, était en même temps ‘4 membre du collège rabbinique de Cordoue. Il inspira à son fils, dès l’âge le plus tendre, l'amour de la science et de hautes conee ceptions morales. Il émigra avec la communauté de Cordoue, après la prise de cette ville par les Almohades. Son fils, Moïse, avait alors 13 ans. Il lui enseigna la Bible, le Talmud, les mathématiques, l'astronomie. Les maîtres arabes lui apprirent l’his- L: toire naturelle, la médecine et la philosophie. Esprit logique et 4 systématique par nature, il a su classer les connaissances acquises avec beaucoup d'ordre et une grande clarté. Grand admirateur d'Aristote, il a su s'approprier de bonne heure sa philosophie. -‘ Toutefois, chez lui, la foi, les mœurs, la philosophie s'étaient fondus en un ensemble harmonieux qui en faisait une nature d'élite. La vérité était son idole et il avait une antipathie invincible pour tout ce qui était faux et factice. Ainsi, il dédaignait la poésie, il blämait ceux qui consacraient leur temps à faire des “ vers. Sévère envers lui-même, il était plein d’indulgence pour . autrui ; bien que modeste, humble et bienveillant, il avait une volonté énergique qui ne se laissait rebuter par aucun obstacle. | Versé dans toutes les branches des connaissances humaines de son époque, et après avoir étudié les écrits arabes et grecs rela-
tifs aux religions et aux cultes idolâtres, il s'était appliqué aux
\ écrits bibliques et talmudiques, à la philosophie, à la médecine, aux mathématiques, à l’astronomie: Après avoir passé quelques
*È a années avec sa famille, au Maroc, il s'embarqua en 1165 pour la … Palestine et quelque temps après, il passait de là en Egypte, où En il fit le commerce des bijoux; mais après avoir souffert de grandes pertes de fortune et de famille, il en fut tellement acca-
“ blé qu’il tomba gravement malade. A peine rétabli, il se fixa comme médecin au vieux Caire pour subvenir aux besoins de sa famille ; en même temps, il donna des conférences publiques sur des sujets philosophiques. Sa réputation gagna de jouren jour tellement qu’il devint le médecin du sultan Saladin. Plus tard, il
- exerça également les fonctions de grand rabbin au Caire et devint 18 le prince (Nogib) des juifs d'Egypte.
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