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PRÉFACE xHr
constilue un nouvel ordresocial qui impose à la société le devoir de pourvoir aux besoins matériels, moraux el inteilectuels des classes ouvrières ; car celles-cine se contentent plus, comme dans les ancienstemps,despromesses del’ Eglisequileur réservail des avantages spirituels dans une vie future comme récompense de leurs souffrances d'ici-bas; au contaire, elles nese lassent pas de demander à la société, comme un droit,
l'amélioration de léurs conditions d'existence matérielles et
morales, tant pour elles que pour leurs familles, et de plus une garantie contre la misère, en cas de vieillesse et d'invalidilé. En ejfel, la société n'est pas restée sourde à ces réclamations basées sur la raison et le sentiment. L'ancien égoisme des classes supérieures a fait place à l’altruisme ; presque tous les gouvernements européens ont fait voter des lois d'assurance contre le chômage forcé à la suite de la vieillesse et de l'invalidité des classes ouvrières, de même que contre les accidents du travail. On a également mis en vigueur des lois de protection de l'enfance et de la santé publique, en multipliant le nombre d'établissements d'assistance publique, en assainissant les logements insalubres el en créant des logements à bon marché pour la classe ouvrière. L'Allemagne, qui en a donne l'exemple, vient de célébrer le XXV° anniversaire de sa législation sociale; elle compte aujourd hui sur une population de 59.500.000 habtitants, 15.000.000 de travailleurs salariés et inscrils sur les registres de l'assurance.
Les charges moyennes annuelles s'élèvent à 33. 710.000 marks, dont 15.880.000 sont payés par les patrons, 14.950.000 par les assurés, 2.880.000 par l'État. Le total payé en vingt ans à 70.000.000 d'assurés monte à plus de cinq milliards. Les réserves actuelles sont de un millard sept cent millions de marks placés dans des œuvres ouvrières, logements, hôpitaux, dispensaires, sanatoria, étc. D'ailleurs cette œuvre
humanitaire n'est pas encore achevée ; on pense l’étendre
aux travailleurs ruraux el aux domestiques. D'un autre côté, ont surgi dans plusieurs Etais européens, des institulions philantropiques privées qui se trouvent réunies sous une direction générale appelée la Mutualité. Cette institution qui constitue le couronnement de la grande œuvre de civilisation du XIXe siècle a pour but de resserrer les liens de la famille humaine au moyen de la prévoyance sociale en portant secours à l’homme devenu inapte pour le travail,
HU HER RRÉFACE | soit par maladie, soit par vieillesse, ou bien par accident. Le nombre de ces sociétés augmente tous les jours. La France seule, sur une population de quarante millions d'âmes, en Compte vingt mille avec quatre millions d’associés, dont l'avoir passe quatre cent millions de francs et les receltes annuelles soixante millions de francs. Toutes ces sociétés sont unifiées sous une seule direction générale quiesti chargée de traiter les intérêts communs pendant que chaque société travaille en liberté pour secourir les siens. /
Ces faits sont une preuve éloquente en faveur du sentiment d'altruisme qui anime la société moderne et qui, sans doute, finira par en devenir l'âme directrice. Il en est de même de là raison qui a évolué dans le XIXE® siècle à. l’égal du sentiment dans le même sens et vers le même but de perfectionnement de l'espèce humaine et de la paix sociale. ‘ R
Bien que la guerre à outrance déclarée par l'Église d'Orient à la philosophie grecque ait continué pendant tout le moyen-âge et n'ait cessé de se poursuivre sous la forme de lutte entre la théologie el la science depuis la Renaissance jusqu'à nos jours, mettant face à face l'autorité ecclésiastique et la société moderne, dont l’une se retranche dérrière les dogmes et la croyance dans l’origine divine de l'Église et de son immuabilité, et l'autre s’inspiré de l'esprit de liberté, de l'amour de la science et du respect de la personnalité humaine, il n'y a pas de doute que la raison ne finisse par triompher, car elle est solidement appuyée par l'expérience et par l’histoire qui nous ont prouvé:
1° Que le christianisme, qui n’est qu’une phase d'évolution du judaïsme, a évolué à travers les temps comme toute institution humaine et que l'Eglise a toujours fini, comme nous venons de le voir, aprés des luttes acharnées el prolon-. gées contre la science, par transiger en pratique avec l'esprit de l'époque, bien qu'en théorie elle soit restée fidète à l'esprit intolérant de la théologie ; 2° que l'intelligence humaine, à mesure qu'elle se perfectionne, se purifie des concepts de la: métaphysique spéculative et que dans son aspiration toujours plus ardente vers la recherche de la vérité, elle aime mieux se nourrir de faits, d'expériences et d'observations exactes que de dogmes basés sur des miracles et de traditions surnaturelles. Il s'ensuit que le jour arrivera où l'Eglise, si elle veut vivre, prospérer et remplir sa mission éducatrice,
sera obligée de changer ses méthodes, d'évoluer comme tout ce qui vil et de s'adapter aux nouvelles conditions d'existence de la société moderne, car l’immobilité n’est que l'attri- | but de la mort et de la matière inerte.
… Bien-qu'il existe encore des divergences entre les divers | systèmes philosophiques courants dans notre époque, on ne saurait douter qu'avec l'accroissement duprogréès de lascience ‘4e el du perfectionnement graduel de l'intelligence et du senjy timent de respect dû à la personnalité humaine, grandiront à l'amour. de la paix sociale et la haine de toute querre fratricide. Et avec l'établissement des garanties de la paix nationale et internationale, augmentera la force expansive du sentiment de la solidarité humaine. Pour consolider une telle œuvre sociale, ce seront les penseurs les plus autorisés de l'Europe el du monde civilisé, inspirés de l'amour de Dieu et de l'humanité, qui se reéuniront en Congrès pour définir les droits et les deroirs de l'individu et de la société, el établir une morale sociale universelle ayant pour base : 40 les principes de la morale chrétienne, à savoir : amour de Dieu, amour du prochain, amour de justice et de charilé, fraternité et égalité parmi les hommes ; 2° le culle du sentiment de la solidarité humaine ; 3° le devoir de tout individu à contribuer, selon la mesure de ses forces, au relèvement de la personnalité humaine ; 4 la foi solide
dans la destinée de l'humanité qui s'achemine dans la voie
du progrès vers la réalisation de l’idéal de la perfection absolue du Vrai, du Beau el du Bien. Alors, la religion, au lieu de diviser les hommes, formera le lien le plus solide pour les unir dans l'amour de Dieu el dans l'amour du prochain. C’est le XIX° siècle qui a posé les problèmes poli- tique, social et religieux, et ce sera le XX° siècle qui aura | l'honneur de les résoudre.
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