‹ Les Grecs et les Sémites dans l'histoire de l'humanitéChapitre 63 sur 106 · PRE RE · texte numérisé non relu

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dans l'aspiration à la perfection divine. Mais il y a encore une autre explication historique de l'évolution de l’aristotélisme dans les milieux intellectuels juifs. que voici : Le prestige dont a joui Alexandre le Grand parmi tous les peuples de l'Asie n'a pas pu manquer de se réfléter sur son maître Aristote qui l’accompagnait dans toutes ses campagnes à travers la Syrie et la Perse, et ce prestige s’est surtout raffermi dans l’école d'Alexandrie où s'était rétablie l'harmonie entre la culture juive et grecque, à savoir entre les enseignements de la révélation et la philosophie grecque. Quelques siècles plus tard, les traducteurs des ouvrages d'Aristote en arabe, depuis Alfarabi jusqu'à Avicenne, ne se sont pas limités à une simple traduction, mais ils les ont au contraire accompagnés d’un commentaire dans le sens monothéiste et de plus, ils ont souvent omis intentionnellement des passages antagsonistes au monothéisme mosaïque, de manière qu'ils se sont servis plutôt de la méthode et de l’autorité d’Aristote pour propager et vulgariser la philosophie juive basée sur la révélation. En effet, les doctrines principales d’Aristote n’ont pas tardé à captiver les penseurs juifs de l'Espagne. Il y eut même un philosophe chrétien de la secte nestorienne, Honeïn ibn Ichak qui réunit dans un livre les maximes des philosophes grecs et qui a certainement contribué à populariser parmi les Juifs la philosophie d’Aristote, car avant, c'était plutôt celle de Platon qui prédominait tant parmi les savants juifs que chrétiens, à cause de son caractère spéculatif et mystique. Mais à mesure qu'ils ont pris une connaissance exacte de l’ensemble des doctrines aristotéliciennes, tant les philosophes arabes que juifs, se sont limités à ne reconnaître comme vérités que quelques parties isolées de son système philosophique, celles qui n'étaient pas contraires aux dogmes religieux. Il y en eut même une opposition ouverte dans l’école de Tolède, de la part de Juda Halévi qui fit appel à

ses coreligiounaires en les conjurant de ne pas se laisser séduire

par le charme et l'éclat de la philosophie d’Aristote et en les avertissant des dangers que courait leur foi dans la révélation mosaique. Il en fut de même du côté des Arabes. C’est Ghazali

qui s'est élevé contre la philosophie grecque dans son livre

Makasid-al-Falasifah où, après une exposition lucide de la logique et de la métaphysique d’Aristote, il démontre les points vulnérables de ses doctrines. Toutefois, bien que ce livre eut la chance d’être traduit plusieurs fois en hébreu dans les xrr° et xive siècles, il n’a pas réussi à convaincre les penseurs juifs d'Espagne où la philosophie d’Aristote avait gagné beaucoup de

terrain, Abraham ben Daout, en.1160, fut le premier philosophe juif qui reconnut la supériorité de l’aristolémisme, mais son autorité n'était pas suffisante pour l’affermir et lui assignér une place d'honneur dans la philosophie juive. Cette tâche fut accomplie par Maïmonide à l’aide de son livre Moréh Neboukim (Guide des Egarés), livre qui fut plus tard l’objet de discussions très âpres et de luttes les plus acharnées parmi les savants israélites. Le même courant d'idées se produisit chez les Arabes où des savants d’une grande autorité, tels qu'Avicenne et Averroës, contemporains de Maimonide, ont pris la défense des doctrines d’Aristote. | Averroès a même écrit un commentaire de ses ouvrages, qui eut bientôt une grande résonnance dans les écoles philosophi= ques arabes, juives et chrétiennes, au point d’avoir réussi à remplacer lé néoplatonisme jusqu'alors en vogue, grâce à la lettre que Maïmonide avait adressée à son élève Joseph ibn Aknin, dans laquelle il faisait des éloges enthousiastes du commentaire d'Aristote. Quelque temps après, c’étaient des écrivains juifs des plus éminents, tels que Tibbons, Narboni et Gersonides qui se sont mis d'accord pour faire la traduction des ouvrages d'Aristote en hébreux. Ce n’est qu’Avicébron ou Ibn Gabirol qui OCCUPE une place à part dans l’école de la philosophie juive en Espagne. C'est probablement à cause de la force impulsive de son esprit poétique qu’il n’a pas pu se soustraire à l'influence du Néoplatonisme, il admettait un être intermédiaire entre Dieu et l’homme, de même que Philon, bien qu’il n'ait jamais eu connaissance de ce philosophe alexandrin, avec la différence toutefois, que pour ce dernier. cet être intermédiaire qui a créé l'Univers était le Logos tandis que pour Gabirol, c'était la Volonté divine, Sous ce rapport, il s'approche plutôt des philosophes modernes, tels que Schopenhauer et Wundt. Chose singulière! Tant la philosophie de Philon que celle de Gabirol ont subi le même sort: aucune d'elles n’a exercé une influence quelconque ni laissé de trace dans le judaïsme, bien que Gabirol fût tenu en grande estime comme poète parmi ses coreligionnaires, tandis que les philosophes chrétiens, surtout ceux de la scolastique, parle d'eux avec admiration. Tant Albert Magnus que son élève Thomas d'Aquin invoquent irès souvent dans leurs ouvrages en faveur de leur opinion les écrits de Gabirol dont les doctrines faisaient autorité en matière philosophique religieuse ; de même, Clément d'Alexandrie et son élève Origène, ainsi que saint Ambroise, invoquent avec complaisance la doctrine du Logos de Philon:

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3° Que parmi les Arabes et Juifs qui ont cultivé le domaine de la philosophie religieuse, la plupart ont été des médecins de renom, à savoir des savants qui ont consacré leur temps à l'étude des sciences naturelles et surtout à celle qui a rapport aux lois qui régissent les fonctions du corps et de l'esprit humain. C'est ainsi qu'on comprendra mieux pourquoi presque tous ont été des admirateurs des œuvres et de la philosophie d’Aristote, C'est par la connaissance profonde des phénomènes de la nature qu'ils étaient amenés à connaître les merveilles de la création et le Créateur même:

4° Que ce sont les savants juifs qui au moment le quitter V’Andalôusie et de transporter leurs pénates de Cordoue à Tolède, sous le règne d’Alphonse VI, qui ont emporté avec eux la semence de la culture judéo-arabe qui a fécondé ensuite sur le sol

de l'Espagne Chrétienne au moyen de nombreuses écoles qu'ils

ont fondées, et dans lesquelles ils enseïignaient la langue, la science et les arts arabes, de manière qu'ils ont constitué des agents de transmission dela culture arabe dans les différents royauines Chrétiens de l'Espagne:

5° Que les philosophes juifs du xt siècle représentent une étape très avancée de l’évolution du monothéisme où le senti-

“ment religieux et éthique trouve son appui dans la Raison et

s'élève à une conception supérieure de la divinité qui constituera ün jour l'idéal de l'humanité :

6° Bien que les défenseurs de la philosophie religieuse de cette époque aient eu pour base les doctrines d'Aristote, leur croyance ferme dans la révélation les obligea à mettre d'accord la philosophie avec la religion révélée, en interprétant la Bible avec le ctitérium de la raison. En effet, Ibn Ezra, le grand maître de l’exégèse à force de longues recherches et de méditations, arriva à la conclusion que la Bible n’est pas l'œuvre d’un seul jet ni d’un seul auteur, qu’au contraire, elle est la composition dé morceaux littéraires épars, écrits à des époques différentes et espacées l’une de l’autre de plusieurs siècles, représentant ainsi chacun une mentalité distincte. C’est ainsi qu'on s'explique un fait singulier. On trouve dans la Bible quelques pages remplies des récits barbares et immoraux et d’autres, beaucoup plus nom-

bretses, pleines de bon sens, de morale supérieure et de senti- ments très élevés. Mais la Bible est surtout un recueil de lois civiles, politiques et criminelles qui s'adaptent au degré de cul-

ture et à la mentalité du peuple hébreu aux premières époques

del histoire. [1 en est de même de l’évolution du concept du mo-

nothéisme. D'un côté,on y trouve le Décalogue où Dieu est conçu comme un être absolument spirituel et où la loi morale est exprimée avec une force qui ne pourra jamais être dépassée; d'un autre côté, il paraît que le législateur prête à la divinité d’un des attributs anthropomorphes en lui reconnaissant les vertus et les passions humaines : bonté, indulgence, charité au plus haut degré, en même temps que jalousie des dieux étrangers et esprit de vengeance contre le peuple élu en cas de désobéissance et d’adoration, ce qui prouve bien que l’idée du monothéisme a eu be-

soin d’un grand nombre de siècles pour évolutionner et s'élever à

la notion supérieure de l’Etre absolu infini dans le temps et dans l’espace et avec des attributs essentiellement éthiques, répondant à une fin morale ét sociale de l'humanité. |

Ce n’est qu'après que les facultés intellectuelles de l’homme se sont suffisamment développées pour comprendre mieux ses destinées et que la sphère de ses connaissances de la nature s’est élargie pour servir de base à ses investigations, que l'humanité est entrée dans l’âge viril, commençant à avoir conscience d’ellemême et de son histoire à travers le temps. Ce n’est qu'alors que l'étude de la philosophie religieuse est devenue un terrain de culture favorable aux grands penseurs du x1r° siècle qui se sont efforcés de mettre en harmonie le sentiment religieux et moral avec les exigences de la raison et de la conscience humaine. Malheureusement avec l'introduction de l’Inquisition en Espagne et

Portugal, les progrès des sciences et de la philosophie subirent

de nouveau un arrêt dans leur développement. La superstition s'empara de toutes les classes sociales ; l'intolérance religieuse de l'Eglise et le despotisme du pouvoir civil s’allièrent contre la liberté de pensée et se mirent à subjuguer l'intelligence humaine par la force brutale. Tous ceux qui osèrent lever la voix au nom de la science et de la pensée libre furent brûlés vifs ou condamnés à la torture et à la prison, tels que Giordano Bruno, Miguel Servet, Galilée et tant d’autres. Il a fallu arriver au xvII° siècle pour voir les premières lueurs de l'intelligence humaine briller sur l'horizon etles ténèbres du moyen âge qui couvrirent la plus grande partie de l'Europe, même à l’époque de la Renaïssance, se dissiper. Ce fut la Hollande, petit pays des plus reculés de l'Europe, qui, après avoir secoué le joug de l'intolérance de l’Inquisition, servit de refuge aux Juifs émigrés d'Espagne. C’est là où apparut l'étoile qui devait éclairer l'Europe pendant les xvrrI°

et xrixe siècles : ce fut Spinoza, un descendant des Juifs d'Espa-

gne.

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