‹ Les Grecs et les Sémites dans l'histoire de l'humanitéChapitre 65 sur 106 · ANT · texte numérisé non relu

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il recommandait la lecture de la Bible et de l'Evangile, dans le

but de rétablir la foi chrétienne dans sa pureté primitive. Tant Luther que Calvin prétendaient que l'Eglise avait modifié et dénaturé la religion du Christ. Par conséquent, il faudrait rejeter toutes les doctrines et toutes les cérémonies qui ne se trouvent pas dans l'Evangile, telles que le purgatoire, les indulgences, l'autorité du Pape et cs évêques, le célibat des prêtres, les couvents, la messe, les images, les processions, le culte des saints ét dé la vierge, les reliques et la plupart des sacrements.

Mais pour étudier l’Ectituré sainte, il ne suffit pas de la lire

dans les traductions latines; il tenait à lire l'Evangile en grec et

la Bible en hébreu. D’après lui il est permis à tout chrétien de les interprêter suivant son entendement et sa conscience. Comme le nombre de ceux qui connaissaient l’hébreu était très limité, ce fut lui qui se donna la peine de traduire la Bible en allemand. « Apprendre ou enseigner l’hébreu, disait-il, est une partie intégrante de la religion. » Lui-même était en possession parfaite de cette langue dont la traduction de la Bible est un témoignage éloquent. Luther rendit avec sa traduction un double service à son pays, d'abord, il fit vulgariser l'étude de la Biblé et en fitconnaître sa grande valeur morale, ensuite, ce fut le premier livre alle- .mand écrit dans un style littéraire etc’est le dialecte saxon qui lui servit de base. Comme ce livre se répandit très vite dans toute l’Al- lemagne, il donnalieu à l'unification delalangue mère, en même temps qu'à un progrès littéraire de la langue même. D'autre part, la traduction de la Bible dans une langue intelligible à un plus grandnombre de personnesintelligentes constitua à cette époqueun progrès sensible pour la libre pensée, car onsait bien, que l'Eglise catholique avait, en tous temps et par tous les moyens, empêché la lecture de la Bible dans sa langue originale. Le concile de Trente n'avait reconnu comme authentique que la traduction latine, la Vulgate, et le concile de Toulouse avait ordonné en 1229 de brüler lés versions de la Bible faites en langue vulgaire. La Réforme aÿant supprimé les pratiques de dévotion, les pélerinages, les chapelets, les jeûnes, les messes en l'honneur des morts, il ñe restait guère d’autres exercices de piété que de lire la Bible et de prier. Toütefois, le succès de la Réforme, en Allemagne, n'était pas dû à la bonté du système de Luther ni à la justesse et à la logiqne de ses doctrines, ni au prestige personnel de l’auteur : ce n’est que grâce à l'intérêt des nobles de se délivrer du clergé qui les gênait et de secouer le joug du pape redoutable aux princes qu'il pourrait les excommunier que la Réforme fit en très

peu de temps un progrès immense; car les princes, en adoptant, tous les avantages du nouveau système, augmentaient non seulement leur domaine, mais aussi leur autorité, et réunissaient à leur ancien pouvoir temporel le pouvoir spirituel des évêques, de manière que la Réforme ne fut instituée par des hommes supérieurs ni par des philosophes qui parlaïent au nom de Ia rai-

son. Loin de là : « La parole de Dieu, dit Luther, est une folie aux

yeux de la raison. — La raison ne fait que blasphémer Dieu et critiquer ses œuvres, il faut la tuer. » La Réforme n’était pas non plus une révolution politique faite pour affranchir le peuple du pouvoir absolu. Quand les paysans d'Allemagne se soulevaient au nom de l’Ecriture, Luther les condamnaiït violemment. Les Chefs du protestantisme n’hésitaient pas à commettre des actes de barbarie et de lèse-majesté contre la personnalité humaine, de même que l’inquisition dans les pays catholiques. La conduite de Calvin avec Servet en est une démonstration inconstestable. Toutefois, 1l faut reconnaître que l’autorité religieuse et morale de la Bible rétablie par Luther, en favorisant la connaissance plus approfondie de l'antique littérature hébraïque, a contribué à relever le concept du monothéisme établi par les prophètes et à rehausser les doctrines philosophiques judéo-arabiques restées

dans l’ombre après l'expulsion des Maures et des Juifs d'Espagne.

Quant à l'influence de la Renaissance sur le développement de la philosophie, les savants grecs, venus de Constantinople en Italie firent un grand effort pour y rétablir les doctrines néoplatonnienes qui avaient déjà trouvé depuis longtemps dans ce pays un grand nombre d’adeptes. C’est surtout depuis qu’on s’est habitué à considérer la scolastique comme le fauteur des méfaits de la réaction qu'on commença à se méfier de laristoté-

lisme dont la logique formait la base du système de la scolasti-

que. Toutefois, Patrizzi, philosophe et poète italien qui, au milieu du xvr° siècle, avait également combattu l’aristotélisme, essaya plus tard une sorte de conciliation entre le Platonisme et le Péripatétisme. Mais Ramus, philosophe français, qui vécut de 1515 à 1572, combattit avec une fougue impétueuse l’aristotélisme,

et proclama la raison comme critérium de la vérité, ayant été

par là un précurseur de Descartes. Mais il finit par périr misérablement dans la nuit de la Saint-Barthélemy, victime des haines qu’il avait provoquées. Après Ramus, ce fut le dominicain Giordano Bruno, Napolitain, homme savant en même temps qu’enthousiaste de la recherche de la vérité, qui, après avoir enrichi ses connaissances par la lecture, par l'observation et par l’expé-

rience, vint à Paris où il enseigna la philosophie, et battit en brèche la scolastique en même temps que l’aristotélisme, mais ayant excité, à la suite de ses succès, ses adversaires contre lui, il fut obligé de se réfugier en Allemagne, où il fut également persécuté. Il retourna en Italie, et là, il fut arrêté à Venise, par ordre de l’Inquisition ; il dut expier sur le bûcher, en 1600, la hardiesse de ses vues philosophiques, de tendance panthéiste, qu'il avait propagées, tant dans ses enseignements oraux que dans ses nombreux écrits.

Malgré le bûcher, les supplices et les persécutions de toutes sortes, l’évolution de la pensée humaine suivit son cours. Malgré les efforts de l’Inquisition pour anéantir la liberté dela pensée, la lutte entre la raison basée sur les lois des sciences exactes et la théologie basée sur le platonisme qui, par son caractère

essentiellement spéculatif, confond l’enseignement de la science

avec l'inspiration du sentiment, se poursuivit toujours. L’humanité, après avoir traversé son enfance et sa première jeunesse au milieu de combats héroïques et des crises les plus terribles, continua à se développer et à grandir; elle se mit à penser et à avoir conscience de sa mission pour entrer, de pied ferme, dans l’âge viril, au xvir siècle. Grâce au concours heureux de plusieurs événements surgis presque simultanément, tels que l'invention de l'imprimerie, de la boussole et de la poudre, de la découverte de l'Amérique, et la diffusion, en Europe, de l’ancienne culture gréco-romaine, par le retour des manuscrits des savants grecs, un esprit nouveau s’empara de la collectivité humaine, laquelle, fatiguée de la vie contemplative et abusée des subtilités de la scolastique et des abstractions du platonisme, était avide de connaître les réalités de la vie et l’enseignement positif de la science. En effet, le xvirt siècle s’inaugure par un grand nombre de conquêtes dans le domaine des sciences exactes, et par de nouvelles recherches dans le champ de la philosophie, lesquelles, au lieu de se considérer comme des ennemis irréconciliables

de la religion marchent à l'unisson vers le même but qui est

d'améliorer les conditions matérielles, intellectuelles et morales de l’'homume, et la philosophie, au lieu d’être la servante de la théologie, commence à lui servir plutôt d’amie pour l’éclairer sur les destinées de l'humanité immortelle.

Les représentants de ‘cette école au xvrre siècle sont Bacon et Descartes. Le premier est le vrai précurseur de la philosophie des temps modernes, et, comme initiateur de la méthode expérimentale, il est également le réformateur des sciences exactes. Il na- |

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218 LES GREGS-ET LES SÉMITES | quit à Londres eñ 1561 : se distingua de très bonne hétire par la maturité de soh jugement et par des travaux scientifiques qui

témoignent de la supériorité de son intelligence sut les hommes éminents dé son époque. Il commença par engager uné guerre

Sähs merci Contre les idées Scolastiques et aristotéliennes : il

substituä à la méthode syllogistique qui part de propositions générales souvent abstraites, la méthode d'induction, par laquelle il sort des effets aux causes, des faits particuliers aux faits généraux, pour én déduire les lois de la nature; il embrasse dans une vue générale le cercle de toutes les connaissances humaines, il observe les rapports qui les unissent entre elles et les groupe selon la brañchie des sciences à laquelle elles appartiennent. 1 démiontra que lé seul moyen d'arriver à la vérité, c’est celui d'observer la nature, non seulement dans lés phénomènes qu'elle présente à nos regards, mais encore dans ceux qu'on peut découvrir par la voie dé l'expérience, tandis que la méthode sÿyllogistique qui a réduit la philosophie à de vaines subtilités, qui s’est fatiguée pendant des siècles à l'étude des causes finales, doit être bannie Comme méthode d'investigation. Comme physicien, il à eu des aperçus très ingénieux : il a toüché au doigt les gran des découvertes faites par Galilée, Torricelle et Newton mêté. I suffit de lire le passage suivant de son Novum organüm : « De dighitate et augmentis scientiarum » pour en être convaincu :

€ Il faut, Où quelés corps graves Soient poussés vers le centre dé la terre, où qu'ils eñ soient mutuellement attirés ; et, dans ce dérnier Cas, il est évident que plus les corps en tombant s’approcheront de la terre, plus fortement ils seront attirés... Il faudrait expérimenter si la même horloge à poids ira plus vite sur le haut d'une montagne qu’au fond d’uñe mine; si la force dés poids diminüe sur la montagne et augmente dans la mine, il y a apparence que la têrré à une vraie attraction. » :

Ce qui prouvé bien que Bacon était le précurseur de Newton.

Ce fait mérite d'autant plus d’admiration qué Bacon a consacré plutôt son imiieñse génie à l'étude de l’histoire naturelle, de l’histoire politique, de la métaphysique et de là morale, qu’à la physique et la mécaniqüe. Dans tous sés travaux il se fait rematquer par une Connaissance approfondie de l'homme et dans tous il a laissé son cachet de supériorité. Cependant, ce qu'il faut adirer dans Bacôh, €e ne sont pas les découvertes qu'il a faites, C "est la méthode qu'il à révélée, éxposée, par laquelle il a tracé

des règles qui servissent à faire des découvertes. Pour lui, le

mouvement de l'induction est double: elle monte des faits aux

s'ia d ere. Rr

lois et dés lois elle descend aux applications. Il est mort en 1626 à l’âge dé soixante-Cindq añs.

su

Le successeur de Bacon fut René Descartes, né en Touraine en 1596. Après avoir fait ses études au collège des jésuites à La Flèche, jusqu’en 1612, il se rendit à Paris où il se consacra à l’étude de la physique et des mathématiques jusqu'en 1617, lorsqu'il dut prendre le service militaire, d’abord en France; ensuite il s’engagea comme volontaire dans les troupes de Maurice de Nassau, mais dégoûté de l'ambition insatiable de ce prince, il passa sous le drapeau du duc Maximilien de Bavière. Au commencement de la guerre de Trente ans, il changea une autre fois de maître et entra au service de l'Autriche contre les Hussites,

ayant assisté à la bataille de Prague; mais depuis 1619, il se con-

sacra à l'étude de la philosophie et à la recherche de la vérité. Toutefois, il n’a pu résister au désir de parcourir presque tous les pays de l'Europe, à l'exception de l'Espagne et du Portugal. ÏIl retourna en France en 1629 et pour pouvoir se vouer en toute

sécurité à ses méditations philosophiques, il choisit la Holiande

pour résidence où il mena une vie très solitaire, se consacrant exclusivement à l'étude des sciences mathématiques et philosophiques. Îl paraît que Descartes ne cherchait pas à s'instruire dans les livres; il tirait toutes ses idées de son propre fonds. Cependant, il est incontestable que les doctrines de Socrate, de Platon, d'Epicure et de Zénon lui étaient familières et qu'il n'ignorait pas non plus les travaux de Raymond Lulle, de Giordano Bruno et de Bacon, mais soit par excès de prudence, soit par pusillanimité, à peine eût-il appris la condamnation de Galilée qu'il se hâta de suspendre la publication de son Traité du Monde, où lui-même se déclare Copernicien. Il ne cessa de proclamer son attachement à la religion ; de peur de s'engager dans des discussions théologiques, il n’osa traiter à fond de l’immortalité de l’âme, de la vie future ni même de la morale ; attentif à se faire bien venir des

jésuites, c'est aux docteurs de la Sorbonne qu’il dédie ses Médi-

lations (1). Toutefois il a eu comme compensation que les hommes les plus célèbres de tous les pays de l'Europe aimaient à entrer en rapports avec lui. Mêime la reine Christine de Suède s’honora de correspondre avec lui. Elle a même réussi à le

persuader de s'établir en Suède, en 1649. Mais à peine arrivé, il

(1) Tableau dés progrès de la péñisée huiiäine, par Nourrisson, page 399. # à

se vit en proie aux jalousies et aux intrigues de la Cour, eten effet, soit à la suite de chagrins et de déceptions, soit à la rigueur du climat, sa santé commença à s’altérer, et il finit par succomber en février 1650. D’autre part à cause de ses études philosophiques et de sa vie solitaire, il était regardé avec certain dédain par sa famille et ses parents, au point qu'après la mort de son père, il rompit tous les liens qui l’attachaient encore à sa famille et se consacra entièrement à l’étude de la philosophie qu’il considère comme un arbre dont les racines sont la métaphysique, le tronc la physique, etles branches toutes les autres sciences qu'il réduisit à trois principales : la médecine, la mécanique et la morale. Pour lui, la connaissance de l’âme, de Dieu et du monde, est intimement liée à la connaissance du moi, et ce moi, il le démontre par la maxime suivante : «Je pense, donc je suis ». De cet axiome, il dérive non seulement l'existence personnelle, mais encore l'existence de Dieu et l’existence du monde. Le premier terme de la réalité implique les deux autres. « Je pense, donc je suis», veut bien dire : je suis une substance dont l'essence est de penser. Le fait de son existence et le fait de sa pensée sônt indivisibles, c’est-à-dire une substance dont l'essence est de penser. Mais ce qui pense, c’est l'âme et c’est elle qui se connait pensante. De même que l’essence de l’âme est la pensée, l'essence du corps est l'étendue. Or, parmi les pensées, il dis-

tingue celles qui sont de pures représentations, de simples

images qu'il appelle idées. Ces idées sont de trois sortes : innées, adventices, factices ; innées comme celles que j'ai de mon existence ; adventices, comme celles d’un cheval, d’une montagne; factices comme celles d’un cheval ailé ou d’une montagne

d’or ; mais la réalité objective de ces idées ne dépasse celles que.

je peux leur donner moi-même. Les propriétés physiques que je prête au corps accessible à mes sens ne sont que mes propres sensations dont je le revêts; car j'ignore la nature de leur substance, excepté l'étendue, et qui sait même, si cette étendue a la moindre réalité hors de mon esprit qui la conçoit. Quant à l’idée de Dieu, linfini n’est pas, tant s’en faut, la négation du fini ; c'est le fini, au contraire, qui est une diminution, un décroissement de l'infini. Il y a plus, l’idée de l'infini, précède

en nous l’idée du fini qui la suppose. Si bien l’idée de l'infini est incompréhensible, elle n’est pas inintelligible. Egalement, de son

axiome : «Je pense, donc je suis », il dérive l’existence de Dieu,

car si Dieu n’est pas, il faut que je tienne mon existence de moi-

même ou d’une autre cause qui ne soit pas Dieu, aussi bien je

pourrais attribuer mon existence à mes parents, mais il me reste à savoir qui les a créés eux-mêmes ; il faut donc que je m'’arrête à une première cause qui est Dieu. En d’autres termes, c’est sur la certitude de son existence personnelle qu’il fonde la certitude de l’existence de Dieu.

Bien que Descartes admette que l’âme est une substance qui pense et le corps une substance étendue, il considère l'âme si étroitement unie au corps qu’elle semble ne former avec lui qu'un seul et même tout. Il ajoute toutefois que le cerveau paraît être le centre de son action. Il lui assigne même pour siège la glande pinéale et c’est par des impulsions diverses que l’âme communique au reste de la machine l’ébranlement. Mais le principe du mouvement, c’est Dieu, et l’âme, sans créer le mouvement, le dirige. Le corps non plus n’agit pas directement sur l'âme ; il ne renferme que les organes qui sont le siège des émotions qu’elle éprouve. Pour lui, les animaux sont comparables à des horloges, à des machines inconscientes, tandis que l'homme se distingue par sa volonté qui n’est que la pensée en mouvement.

Aux termes de la doctrine cartésienne, il n’y a dans l'univers que la pensée, de la matière et Gu mouvement. En conséquence, tant les phénomènes spirituels que matériels, seront expliqués par la mécanique. Descartes commence d’abord par repousser les formes substantielles ou accidentelles de la scolastique ; il considère aussi que les causes finales, excellentes lorsqu'il s’agit d'éveiller en nous des sentiments de respect pour le Créateur, sont de nul usage dans l'explication de l'univers. Bien qu'il admette que la matière est infinie, ce n’est pas l’infinité du. passé qui appartient à Dieu seul, mais bien l’infinité de l'avenir qui est l'indéfini. De même qu’il admet deux espèces de mouvement, l’un primitif, l’autre dérivé, il admet également deux espèces de

moteurs. Le premier moteur est Dieu lui-même et les moteurs

secondaires sont les créatures qui modifient la direction du mouvement. Sous l'impulsion du premier moteur, la matière, de soi inerte, s’est mise en mouvement avec tendance de se mouvoir en ligne droite ; maïs lorsque quelques-unes de ses parties sont empêchées dans leur mouvement par les autres, il se produit un mouvement circulaire : de là, les tourbillons. Les parties de la matière qui ont résisté à ce frottement universel ont formé les planètes, tandis que celles qui ont été broyées et volatilisées, ont formé l'air. Descartes finit par appliquer sa méthode à tous

les phénomènes de la physique, par lesquels il explique les lois

de la lumière, de la chaleur, les causes de flux et reflux, etc...

En résumé, Descartes a touché à tout. Par sa méthode,

renouvelle la métaphysique, il en découvre les racines dans les profondeurs de la conscience, dans le moi, d’où il nous amène à

la connaissance de Dieu. De même, il purge la physique des hypothèses de la scolastique. En mécanique, par l'énoncé de quelques lois et l'application de l'algèbre à la géométrie analytique, il fait des prodiges et découvre les lois de la pesanteur et celles de la réfraction de la lumière. Descartes ne laisse rien sans expliquer, tant dans l’ordre physique que dans celui de la métaphysique, grâce à sa méthode qui se trouve exposée sous une forme populaire dans le Discours de la Méthode. Dans ce travail, écrit

en langue française sous une forme élégante et claire, et dans un

style analytique, il rejette les formules surannées et le langage de la scolastique.

Bien que dans le xvi° siècle, aient surgi des physiciens de

génie qui ont fait une révolution dans le monde par leurs découvertes, tels que Copernic, Képler et Galilée, aucun, parmi eux, ne fut assez hardi pour donner une explication du systéme entier de univers. }

Descartes fut le premier savant qui, conscient de la valeur de ses concepts de Dieu et de l’univers et convaineu en même temps des erreurs dangereuses, legs du moyen-âge, eut le courage de

partir en guerre contre les préjugés du passé. Il commença par | délivrer la physique des dernières hypothèses de la scolastique,

de dévoiler au monde contemperain le secret de la formation des êtres, et de décrire l’origine des minéraux comme celle des animaux ; ensuite, il exposa les lois du mouvement, du monde des . Corps et du monde des esprits. Ses adversaires ayant craint les conséquences graves des doctrines de Descartes, dont le prestige

gagnait de plus en plus du terrain parmi les penseurs de son

époque, dénoncèrent ses ouvrages à Rome, lesquels furent en conséquence mis à l'index jusqu'à correction, c’est-à-dire pour

toujours, puisque l’auteur était mort. Lorsqu’en 1677, ses restes

furent rapportés de Suède en France, ils furent déposés en grande pompe dans l'église Sainte-Geneviève, mais au moment où le chancelier de l'Université de Paris s’apprêtait à prononcer l’oraison funèbre qu'il avait préparée, arrive un ordre de la Cour qui s'y opposa. Le Parlement, à l'instigation de la Sorbonne et de l'Université, fut sur le point de prohiber l’enseignement de la philosophie cartésienne et de maintenir celle d’Aristote, mais ce

coup d'Etat, si contraire au progrès et à la bonne politique, fut

arrêté à temps; néanmoins, les jésuites firent évoquer par le roi

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