‹ Les Grecs et les Sémites dans l'histoire de l'humanitéChapitre 67 sur 106 · DIS MAL LES GRECS ET LES SÉMITES · texte numérisé non relu

DIS MAL LES GRECS ET LES SÉMITES

écrit Bayle, n’empêchait pas le vol de son nom et de sa réputation (1). En 1673, il est mandé et se rend à Utrecht où l'appelle Condé victorieux, et non moins avide de métaphysique que de gloire. Mais il attend vainement et ne voit pas le capitaine illustre qui, au lendemain de Rocroy, avait présidé en Sorbonne aux thèses théologiques de Bossuet, et qui, à Chantilly, devait chercher dans les conversations de Malebranche la distraction de ses derniers jours. Recu, en l'absence du prince, par le maréchal de Luxembourg, Spinoza se refuse d’ailleurs à solliciter une pension de Louis XIV, déclarant qu'il n’a rien à dédier au roi et qu’il est bon républicain. Il n’en est pas moins, à son retour, regardé comme un espion de la Franceet menacé par la populace de La Haye. Vers la même époque et sur sa réputation, le prince palatin Charles-Louis lui fait écrire par le docte Fabricius, qui lui offre, au nom de son maître, une chaire de philosophie à Heidelberg, et lui garantit, pourvu qu’il respecte la religion établie, la plus ample liberté de discussion, cum amplissima libertate philosophandi.

Ces avances honorables, il les décline avec politesse, car il n’estimait pas que dans une chaire officielle la liberté d'examen puisse être sans limite. Il paraît qu’en ce moment, Spinoza ne voulait pas se distraire des réflexions qui préoccupaient son esprit pour terminer son livre de l’'Ethique. C’est précisément en 1675, lorsque Spinoza se proposait de le livrer à la publicité qu'il recut une lettre de son ami Oldemburg, après dix années de silence, le suppliant de ne rien mettre dans son ouvrage qui puisse porter atteinte à la pratique de la religion. Spinoza n’était pas homme à se laisser troubler par les scrupules de son ami; il n’en conçoit pas moins des appréhensions qui le retiennent. «Je suis allé à Amsterdam, répondit-il à Oldemburg, avec le dessein de livrer à l’imprimeur-le livre dont je vous ai écrit, mais dans ces entrefaites le bruit s’est répandu de tous côtés que J'avais sous presse un livre sur Dieu où je m’efforçais de démontrer qu'il n’y a pas de Dieu; des théologiens profitèrent de l’occasion pour se plaindre de moi aux princes et aux magistrats. » Ainsi, au moment de remettre l’Ethique à l’imprimeur, Spinoza s'arrête et l'Ethique ne parut que par les soins de ses disciples, Louis Meyer et Jarrig Jellis, là même année de sa mort, en 1677, car le 21 février de cette année, sans que lui ni ses hôtes s’attendissent à cette fin soudaine, il succombait à la suite d’une syncope, à l'âge

(1) Dictionnaire. Article Spinoza.

de 4 ans, n'ayant à son côté que son ami, le médecin Louis Meyer. Spinoza a eu des adversaires et des ennemis des plus terribles, non seulement parmi ses Ccoreligionnaires mais également parmi les théologiens catholiques et protestants, non seulement parmi les bons croyants aux dogmes chrétiens, mais aussi parmi les philosophes contemporains, tels que Leibnitz, Malebranche, etc. Mais tout le monde rend hommage à sa haute personnalité morale, à son désintéressement, à son esprit serein, à sa Conscience préservée de toute souillure ét à son amour de Dieu et de l'humanité.

Quant à son œuvre comme philosophe, dès le début de sa carrière, il s’est inspiré: des doctrines de Descartes dont il fut considéré d’abord commeun des plus fermes soutiens en l'appelant la lumière du siècle, et il Composa même en 1663 un travail intitulé Exposition géométrique des principes de la philosophie de Descartes (Renati Des Cartes Principiorum philosophiæ Pars I et II more geomelrico demonstratæ). Toutefois, dans la préface de ce livre, il avertit expressément le public, que, loin de faire siens, en les exposant, les principes de Descartes, il y trouve des lacunes qu'il a dû combler et nombre d'erreurs qu’il rejette complètement. En effet, entre la doctrine de Spinoza et celle de Descartes, il y a un abime. Toutefois Spinoza n’est pas arrivé d’un coup à élaborer son corps de doctrines, il a eu besoin au contraire de longues années de méditations. Bien qu'il ait trouvé un guide en Descartes, au point de lui emprunter sa méthode géométrique et la déduction a priori, les conclusions auxquelles il fut amené sont toutes différentes. Descartes définit l’esprit humain une âme qui pense ; pour Spinoza, il n’y a pas d’esprit ou d'âme humaine mais seulement une pensée déterminée en une certaine façon par les idées qui la composent.

L'âme humaine n’est qu’une partie de la nature, un atome d’un monde infini, bien que toujours liée à l'existence d’un Corps humain; pour lui, le corps et la pensée se trouvent unis, tandis que pour Descartes, il y a une dualité entre l’âme et le corps dont chacun est soumis à des lois différentes. Le grand mérite de Descartes a été de délivrer l'Europe du joug de la scolastique dont le règne a duré à peu près six siècles (du xr° au au xvi siècle). Descartes admet également des idées innées : pour Spinoza, les idées n'arrivent que par l'expérience. bou lui, Çil n’y a qu’une substance qui est Dieu ; la substance, c’est l'Etre, non pas l’'Etre abstrait, mais l’Etre absolu et infini hors duquel rien ne FE être ni ètre conçu ; toutes les autres subs-

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