‹ Les Grecs et les Sémites dans l'histoire de l'humanitéChapitre 69 sur 106 · FE · texte numérisé non relu

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à des obsessions mystiques, en égoïste et en misanthrope, au point d'être devenu insensible à toutes les jouissances de la vie,

S'épuisant toujours en gémissements sur la misère humaine,

restant soumis comme un enfant à son directeur de conscience et subissant l'influence des ouvrages pieux qu'il lisait sans cesse (1). Certes, la vie de Pascal offre un témoignage éclatant en faveur du déterminisme, prouvant que l’homme n’est libre que lorsqu'il se possède entièrement lui-mêne, se laissant guider par la raison parfaite dans l'exercice de sa volonté et. qu’il cesse de l’être au moment où la passion, n'importe la nature qu’elle soit, entre en jeu, servant de contrepoids à la raison.

Jusqu'au dernier jour de sa vie, on voit chez Pascal surgir par moments le doute, éclairé par la puissante lumière de sa raison

d'autrefois, mais qui ne tarde pas de s’obscurcir par les ténèbres q P

du mysticisme du milieu qui le tenait congestionné depuis son entrée à Port-Royal. Es

Tout autre fut la carrière de Spinoza que celle de Descartes et de Leibniz. Né à Amsterdam de parents juifs espagnols qui, pour échapper à la persécution, avaient émigré en Hollande pour y vivre à l'abri des lois de tolérance religieuse, il a passé toute

Sa jeunesse complètement consacrée à l'étude de la Bible et du

Talmud. Après avoir acquis des connaissances profondes de la littérature hébraïque, ainsi que des travaux des philosophes juifs d'Espagne des xr° et xrr° siècles, il se mit à étudier la langue latine sous la direction du docteur Van der Ende qui linitia également dans la philosophie de Descartes et de sa méthode dont il s’est servi plus tard comme point de départ pour un système nouveau de philosophie qui l’éloigne de celui de Descartes, étant arrivé par la logique incomparable de son raisonnement à des déductions et à des conclusions d’une exactitude mathématique distinctes de celles de Descartes ; car, précisément, c'étaient ses connaissances appofondies de géométrie qui ont été un puissant auxiliaire à ses investigations philosophi-

ques. Malheureusement, les mêmes études philosophiques et

mathématiques qui ont fait la fortune de Descartes et de Leibniz, ont été pour Spinoza un motif de grands chagrins et de luttes très âpres, car du moment qu'il avait goûté du fruit de l’arbre de la Science et qu’il se fit connaître par ses Opinions de grande élévation d'esprit en opposition avec les idées religieuses courantes de son époque, il fut chassé de la synagogue, du sein de

(1) Binet-Sanglé. — Les Lois Psychophysiologiques des Religions, p. 235.

la famille et fut mis au ban du commerce avec ses coreligionnaires, qui l’accusèrent à lautorité comme dangereux," par ses opinions et par ses écrits, pour la moralité publique. Malgré les : efforts faits, tant du côté des protestants que des catholiques, pour. gagner le grand penseur à une de leurs églises, il refusa toute avance avec dédain, ne voulant pas commettre un acte d’hypocrisie en changeant une religion positive pour une autre à laquelle il ne croyait guère. Pour se soustraire à la persécution de ses coreligionnaires, il préféra vivre dans une retraite obscure aux environs d'Amsterdam, pauvre et solitaire ; et refusant tout secours de ses amis, il se contenta de gagner sa vie avec le produit de verres optiques qu'il fabriquait, consacrant la plus grande partie de son temps à la méditation. Plus tard, il refusa également une chaire de philosophie à Heidelberg pour ne pas aliéner sa liberté de penser et d’écrire. Tous les actes de sa vie témoignent qu'il appartenait à cette classe limitée d'hommes d'élite, de caractère inébranlable, d’une sérénité propre d’un

vrai esprit philosophique et en même temps d’un sens moral le

plus pur. Il fut le premier de son époque qui se mit ouvertement en opposition avec l'opinion théologique régnante, le premier qui se prononca d’une manière logique et avec une démonstration géométrique à l'appui, que l'univers n’est pas le travail d’un être personnel agissant selon une fin préméditée ; il fut le premier qui interpréta la nature dans un sens religieux et philosophique. Quoique faible de constitution, menacé d’une maladie terrible qui devait le conduire au tombeau et abandonné au dernier moment par ses anciens amis qui craignaient de se compromettre, il eut le courage de lancer à la publication son livre sur l’'Ethique, où il expose avec une logique rigoureuse de géométre ses doctrines qui produisirent une grande révolution parmi les penseurs de son époque, bravant ainsi le danger de la persé. cution et de la prison. Heureusement pour lui, peu de temps après avoir accompli sa mission, la mort vint le soustraire à la vengeance de ses ennemis: Nes

La révolution qu'avait produite la philosophie de Descartes au xvise siècle ne resta pas limitée à l'Allemagne et à la France ; elle traversa l'océan et enthousiasma les esprits d'élite d'Angleterre. Le principe cartésien : «Je pense, donc je suis», représentant un principe vivant puisé à la source de l'observation et de la conscience intime, renouvela l'ère de la psychologie en

Europe. Mais, l'Angleterre, pays de bon sens et d'esprit pratique

était toutopposée aux exagérations de l’idéalisme des philosophes

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ee français et allemands. tels que Malebranche et Leibniz, et c’est là que le cartésianisme subit une transformation complète par l'intervention de Locke, lequel, par son grand prestige, tant comme

philosophe que comme défenseur de la liberté politique et religieuse, a réussi à vulgariser dans les classes les plus éclairées de la société les principes d'équité et de justice humaine en harmonie avec ses doctrines philosophiques basées sur la raison et le sentiment de la solidarité humaine, John Loke né, de même que Spinoza en 1632, à Wrington, dans le comté de Bristol, était fils d'un greffier de juge de paix. Après avoir achevé ses études à l'Université d'Oxford où il obtint un bénéfice ou sinécure qui lui

permettait de se livrer à des travaux scientifiques, 1l se consacra

d’abord à l'étude de la médecine, mais qu’il n’exerça pas professionnellement. Le hasard le fit entrer en rapports avec lord Ash-

ley, plus tard comte de Staftesbury, qui lui confia l'éducation de

de son fils et qui, devenu grand chancelier en 1672, le fit nommer secrétaire des présentations aux bénéfices. Quelques temps après, Shaftesbury, ayant été accusé de tramer une conspiration con tre le roi, fut obligé de se réfugier en Hollande et Lockesuivitson maître, perdant son bénéfice. Après la mort de Shaftesbury,

- Locke, s'étant vu privé des moÿens d'existence, chercha à gagner

sa vie par des travaux littéraires et avec l'aide de quelques amis ;

c’est de cette manière qu’il a pu continuer à s’adonner à l'étude

de la philosophie. Il resta en Hollande jusqu’au moment de la

. révolution de 1688 en Angleterre, lorsqu'il fut rappelé par Guil-

laume III qui le nomma d’abord commissaire des appels et ensuite commissaire du commerce et des colonies avec un traitement considérable. Toutefois l’affaiblissement desa santé l'obligea de résigner ses fonctions, et malgré les instances du roi, il refusa de recevoir les émoluments d’une place qu’il ne remplis-

sait pas. Il se retira à la campagne où il mourut en 1704, 1,

Locke, à travers les vicissitudes nombreuses de son existence,

- employait son temps dans l'étude de sujets divers ; tantôt c'étaient

des questions d'économie politique, tantôt des questions écono-

. mico- sociales, tantôt des questions purement philosophiques, qui attiraient son attention. Nous allons citer d’abord son tra-

vail : Considérations sur la diminution de l'intérêt et de t'augmentation de la valeur des monnaïes qui fut considéré comme modèle

des traités d'économie politique; ensuite, son Traité d'éducation . des enfants, qui a suggéré à Rousseau ses vues les plus ingénieuses dans son Emile; en 1689, il publia un épitre sur la tolérance,

en latin. Lorsque Guillaume II se proposait de réconcilier les

sectes dissidentes de l'Angleterre, Locke, pour favoriser les projets de son roi, écrivit son Christianisme raisonnable et son Essai sur le gouvernement civil. Mais le livre qui a appelé l'attention de toute l’Europe et qui le fit rendre très populaire, tant en Angleterre qu’en France, fut son traité de métaphysique, intitulé Essai sur l’entendement humain qui est divisé en quatre livres : 1° les notions innées; 2° les idées ; 3° les mots ; 4 la connaissance. Dans ce travail, il se propose de rechercher d’abord l'origine, la valeur et l'étendue de nos connaissances ; ensuite il renverse l'hypothèse desidées innées, dans l’ordre spéculatif et des principesinnés dans l'ordre pratique; il considère l’âme, au moment de la naissance, comme une table rase, c’est-à-dire où l'on n'aurait encore rien écrit et où l'expérience seule imprime ses caractères qu’on appelle des idées. Nos idées, d’après lui, sont de deux sortes : simples ou complexes. Les premières sont dues à la sensation ou à la réflexion. La sensation nous fournit les idées des choses sensibles: nous devons à la réflexion les idées des opérations de l’âme. Les idées complexes s’obtiennent par un travail de décomposition ou de recompositon. :

Après avoir traité des idées, Locke s'occupe des mots et de leurs rapports intimes avec les idées. Là, il signale toutes les ressources du langage, en même temps que les imperfections et les abus des mots, et les remèdes qu'il convient d’y apporter. Quant à la connaissance, d'après Locke, elle est intuitive ou démonstrative, et doit être ramenée à trois objets : l’âme, le monde et Dieu. D’après lui, nous ne connaissons les objets extérieurs que par leurs idées ; la vérité perçue consiste dans la conformité de l’idée avec son objet. Quant à l'âme, Locke professe que c’est par intuition que nous .connaissons notre propre âme et c’est par démonstration que nous arrivons à la connaissance de Dieu. Je suis, donc Dieu est, conclut Locke, de même que Descartes. Il soutient de plus que Dieu estimmatériel et ilmontre que chaquepartie de matière est dépourvue de pensée. Toutefois, dit-il, bien que nous ayons des idées de la matière et de la pensée, peut-être ne serons-nous jamais capables de connaître si un être purement matériel pense ou non, par la raison qu'il nous est impossible de découvrir par la contemplation de nos propres idées, sans révélation, si Dieu n'a point donné à quelque amas de matière, disposée comme il le trouve à propos, la puissance d’apercevoir et de penser ou s’il

n'a point ajouté et uni à la même matière ainsi disposée une substance immatérielle qui pense.

Un des penseurs du xvr siècle, qui a beaucoup contribué à la propagation des idées de Locke, en France, fut Pierre Bayle, qui naquit en 1647, à Carlat, dans le comté de Foix. Son père, prêtre calviniste, lui enseigna de bonne heure le grec et le latin. Après

avoir fait ses études à Puylaurens, il entra au Collège des

Jésuites, à Toulouse, et se convertit au catholicisme. Mais bientôt sur les instances de sa famille, il retourna au protestantisme. Plus tard, il se rendit à Genève où il devint un ardent défenseur du cartésianisme. Là, il ne tarda pas d’appeler l’atten-

tion de Basnage, théologien protestant qui le recommanda à ses

amis en qualité de précepteur, et, en 1671, il fut nommé professeur de philosophie à l’Université de Sedan où son enseignement lui procura une grande réputation. Mais craignant la suppression de l’Université de cette ville qui, en effet, eut lieu peu de temps avant la révocation de l’Edit de Nantes, Bayle émigra en 1681, en Hollande, avec Jurieu, et fixa sa résidence dans la ville de Rotterdam où il fonda avec son ami, un établissement d’instruction appelé l'Ecole illustre. Son enseignement, de même que ses

écrits, trouvèrent bientôt un écho dans toute l'Europe, au point

que la reine Christine, l’électrice de Brandebourg, entra en correspondance avec lui. I publia cette même année ses Pensées sur la Cométe qui venait d’apparaître, attaquant les préjugés vulgaires qui voyaient dans l'apparition de ce météore un présage sinistre. En 1688, il fonda un journal sous le titre : Nouvelles de la République des lettres, où il critique durement la révocation de l'Edit de Nantes et combat avec âpreté l'intolérance de Louis XIV. Bientôt sa réputation comme penseur et comme écrivain lui susCitèrent des ennuis, tant de la part de ses anciens amis, à la tête desquels se trouvait Jurieu, que de ses adversaires naturels qui le dénoncèrent au Consistoire et au prince d'Orange comme athée et conspirateur, ce qui lui fit quitter sa chaire et renoncer à Sa pension. Grâce à la protection de lord Shaftesbury, il échappa aux coups de ses persécuteurs. Depuis lors, il se consacra entièrement à l'étude de la philosophie et aux travaux littéraires. En 1697, il publia son Dictionnaire historique et critique, dont il donna une nouvelle édition en 1702, en trois volumes. En même temps, il composa plusieurs ouvrages de critique et de contro-

verse en six volumes, parmi lesquels se trouve Les Réponses aux

questions d'un provincial. Mais précisément, ce sont ses nombreux travaux philosophiques et littéraires auxquels il se consacra avec une ardeur et une constance plus grandes que sa constitution

délicate ne lui permettait, qui contribuèrent à épuiser ses forces,

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