‹ Les Grecs et les Sémites dans l'histoire de l'humanitéChapitre 74 sur 106 · PE ER · texte numérisé non relu

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pays, de même que de réorganiser l’Académie des sciences sur une nouvelle base.

En même temps que Humboldt travaillait en faveur du progrès de la science, Schiller s’efforçait à faire prospérer la culture esthétique comme base d’une culture morale et politique en

- réorganisant sur le même principe tous les établissements d’en-

seignement secondaire de l'Allemagne. Chose singulière! Pendant que Humboldt et Schiller, animés d’un esprit de progrès et de liberté, cherchaïent la grandeur future de l'Allemagne dans l'élargissement du champ de la science et dans la culture du

sentiment esthétique, les représeñtants du Romantisme profi-

taient de la situation malheureuse de l'Allemagne pour exhorter leurs concitoyens de retourner au régime de la piété et de l'autorité. Cet appel trouva bientôt un écho, surtout après la victoire des alliés sur l’armée française et la chute de l’ empire napoléonien, parmi les classes supérieures de la nation, et la réaction s'installa dans toute l'Allemagne sous le patronage du prince Metternich, malgré les efforts des philosophes et du parti libéral pour rétablir un régime constitutionnel parmi les Etats confédérés de l'Allemagne; le régime féodal commença à fleurir avec plus de vigueur que jamais dans les Etats du nord, avec la

circonstance aggravante que l'Etat prussien, après être entré de .

nouveau en possession de ses anciens droits, ballotté entre l’influence puissante du parti réactionnaire dirigé par le ministre

tout puissant de l'Autriche, et le parti national qui espérait, en récompense de sa coopération dans la lutte pour l'indépendance

nationale, obtenir un régime politique plus libéral et plus en harmonie avec les aspirations de la nation, a fini par marcher à la remorque du courant le plus fort, et, pour justifier sa conduite, il chercha un point d'appui dans le système philosophique alors en vogue de Hegel, d’après lequel l'Etat est l’incarnation du

droit suprême de tous ses membres, la substance même des individus et la réalisation de l’idée morale; en même temps

qu'il est la providence et le protecteur des intérêts individuels, il est le défenseur des droits du corps social contre les individus. Le gouvernement allemand ne se contenta pas de se couvrir - moralement par l'autorité indiscutée de Hegel, comme professeur en philosophie de droit à la première Université allemande, il a tâché de lui faire jouer le rôle d’apologiste de

l'idéal d'un Etat prussien puissant, formant le noyau de la future patrie allemande. Dans ce but, Hegel imagina un système de philosophie ayant pour objet de faire harmoniser la réalité des choses avec l'idéal de l’évolution d’une nouvelle société. IL posa comme axiome que fout ce qui est réel est rationnel et tout ce qui est rationnel est réel, en ajoutant qu’il n'y a de réel que ce qui est nécessaire. Il divise la philosophie en trois parties : la logique, science de l’idée pure dans son existence subjective, qui se confond pour lui avec la métaphysique; la philosophie de la nature, science de l’idée dans son existence objective ; la philo-

sophie de l'esprit, science qui explique comment l’idée s'élève à

l'absolu en engendrant l’âme, la société et Dieu même.

Pour Hegel, il y a identité absolue entre l’esprit humain et la raison divine. — L'esprit trouve en lui-même l’idée de l'absolu. — Les lois de l'esprit sont les lois de l’univers. — L’absolu est l’idée, l’idée est la substance.

L'idée évolutionne en trois temps : premier temps, l’idée en soi, puissance à l’état d’involution, antérieure à l'être et au non-être, est l’objet de la logique ; deuxième temps, l'idée sortie du soi en vertu d’une contradiction dont elle porte le germe, est devenue idée pour soi, réalisée à l’état d'évolution, donne lieu à la philosophie de la nature; troisième temps : l’idée en soi et pour soi, revient vers soi par une suite d’affirmations, négations conciliations ou thèses, entités et synthèses. Les trois stades de son retour sont : l'esprit subjectif, l'esprit objectif, l'esprit absolu. L'étape suprême de l'esprit absolu est le point où convergent le subjectif et l'objectif, c’est la pensée pure, objet de la philosophie (1). :

D’après ce qu'on voit, le système philosophique de Hegel con-

siste dans la dialectique et dans la doctrine de l’idée. Tous ses efforts ont été dirigés vers le but de déterminer dialectiquement l’ordre des moments essentiels de l’idée, de mettre en harmonie les contradictions entre l'être et le non-être et de mettre en lumière le lien qui relie les divers moments de l’idée; moments qui ne peuvent être séparés, abstraits, les uns des autres, puisque l’idée ou raison en soi est précisément ce qui oblige de passer de l’une à l’autre ; la raison, en nous, c’est l’idée prenant conscience d'elle-même et de la réalité objective. Cette métaphysique de l'idéalisme objectif lui fait considérer la moralité comme l'harmonie de l'homme avec la nature. Quant à la religion, Dieu

(1) La Philosophie, par Lefèvre, page 380.

n'est pas, pour lui, distinct du monde, attendu qu’il est la vie, l'âme, l'esprit et le mouvement universel ; il ne doit la conscience de lui-même qu’à la pensée humaine. C’est là du spinozisme pur. D’un autre côté, Hegel attribue à l’homme les prérogatives de la divinité, bien entendu à l’homme collectif. Or, étant donné que l’homme collectif est toujours et partout constitué en sociétés politiques, appelées Etats, il en déduit sa théorie de l’Etat-Dieu, dans laquelle l'individu est absorbé comme les nations le sont dans le monde, et comme le mondedans/l'esprit(1). D'après lui, l'Etat est l'expression la plus élevée de la liberté et de la volonté.

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Plus on s'enfonce dans le système philosophique de Hegel, plus on reconnaît qu’il est très compliqué, constitué par un nombre considérable de thèses et de synthèses qui, au fond, ne sont que des abstractions de l'esprit ayant souvent l’apparence de se contredire et faisant soupçonner une intention calculée de l’auteur de vouloir contenter les deux partis opposés, car il exprime, d’un côté, des doctrines ayant Le cachet d’un panthéisme déterministe, et il reconnaît, d’un autre côté, le christianisme comme la suprême expression du sentiment religieux. D’un côté, il rend culte à l’Etat-Providence, tout-puissant, susceptible de réaliser l'idéal national et, d’un autre côté, il reconnaît la liberté comme l'essence de l'esprit, et l’histoire universelle comme l’évolution de la conscience humaine et du concept de la liberté. D'un côté, 1l représente le principe de la liberté de l'Etat, et de l’autre, le principe de la liberté individuelle, en laissant même entrevoir la possibilité de réconcilier les deux principes.

Il est probable que le talent supérieur de Hegel n’a jamais rêvé la réussite possible d’une pareille entreprise de la part d’un gouvernement despotique, tel que celui de la Prusse. Son seul effort était de continuer à jouir de sa position privilégiée comme professeur de l’Université, comme philosophe de l'Etat et soutien du régime du gouvernement prussien, car il n’était pas seulement un chef d'école très considéré dans les cercles savants, mais aussi un homme très influent à la cour et dans les sphères gouvernementales, et en même temps, il tâchait de se rendre sympathique aux défenseurs des opinions les plus libérales. Le

(1) César Cantu: — Histoire universelle, — Traduction française, par Lacombe Tome: XIX:, page 143.

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résultat de cette manière d'agir fut qu'il eut un grand nombre s

d'admirateurs en même temps qu’un grand nombre de détracteurs, et que la lutte entre les deux courants donna lieu après sa mort, en 1831, à la division de son école en deux branches : l’une représentée par le parti conservateur réactionnaire et l'autre par le parti radical révolutionnaire. Le parti réactionnaire, avec Hengstenberg à la tête, combattit de toutes ses forces le rationalisme et mit en vigueur tous les moyens possibles pour rétablir la suprématie de la foi surla raison. Dansses mains, l’orthodoxie

s'est transformée en piétisme et le piétisme est devenu une arme

très puissante entre les mains de l'Eglise et du pouvoir civil, contribuant en même temps à fortifier l'influence du catholicisme en Allemagne. En échange, le parti radical, dirigé par David Strauss et son ami Bruno Bauer et par Ludovic F euerbach commença par fonder un journal, les Annales de Halle, et de là, ils ont lancé un manifeste en déclarant la guerre au piétisme et au parti réactionnaire, en arborant le drapeau de la science et de la littérature classique, et en défendant la liberté de l'esprit et de l’investigation scientifique. Pour donner plus de force à leur thèse, ils invoquaient l’axiome de Hegel, que tout ce qui est

rationnel a le droit d'existence et que tout ce qui est irrationnel

doit disparaître. En même temps (1835) Strauss publiait son livre devenu célèbre, la Vie de Jésus, dans lequel il établit la nature humaine de Jésus, en ajoutant qu il ne s’agit pas dans ce cas de l’homme individuel, mais bien de l’homme collectif, car, dit-il, dans l'individu, toutes les qualités et fonctions que l’Evangile attribue à l’homme-Dieu n’ont pas de sens, tandis qu'èlles répondent bien à la collectivité humaine, à savoir, l’union de deux natures dans l'humanité. De même, il ne reconnut la naissance mystérieuse du Christ, ses miracles, sa résurrection et son

ascension que comme des vérités allégoriques dans le sens rela-\

tif à l'humanité, mais exemptes d’une réalité historique ; car les documents qui nous renseignent sur le fondateur du christianisme ne sont pas revêtus d’un cachet historique et doivent être considérés comme des traditions orales engendrées à l'ombre d'une foi basée sur le miracle, par conséquent comme des mythes et des légendes sacrées. Partant de ce principe, il nie que les auteurs du premier et du quatrième évangiles Saint-Mathieu et Saint-Jean, aient été des témoins oculaires, il considère ces derniers plutôt comme une compilation de légendes populaires, Cette ,

opinion fut confirmée et renforcée plus tard par un autre représentant de l’école de Tubingen, Ferdinand Christian Bauer qui,

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LES GRECS ET LES SÉMITES 283 dans son livre devenu classique intitulé Investigations critiques sur les Evangiles canoniques, démontra par une méthode scientifique le manque d'authenticité historique des Evangiles.

Les livres de Strauss et de Bauer, bien qu'ils aient rehaussé la valeur scientifique de l’école de Tubingen ont produit un effet d exaspération parmi les croyants de bonne foi et ont donné lieu à des controverses et à de nombreuses publications non seulement de la part des piétistes, mais aussi de celle des rationalistes et de l’aile droite de l’école de Hegel qui rêvaient encore une con: ciliation entre la foi et la science. Le seul qui se réjouissait de cette rupture scandaleuse parmi les anciens disciples de Hegel étaient Hengstenberg qui dénonça le livre de Strauss comme un fruit naturel de la, semence de la philosophie scientifique qui avait empoisonné la théologie. Toutefois, malgré les controverses et les écrits litigieux nombreux, publiés par le parti conservateur en défense de l’orthodoxie traditionnelle, l'esprit de combativité de Strauss et de Bauer, leur vaste érudition en. matière de théologie, leur connaissance profonde de la langue allemande et leur habileté de polémistes ont contribué à affaiblir plutôt qu'à fortifier la foi aveugle du public éclairé dans l'Evangile, et toute la jeunesse avide de combat se mit du côté de Strauss et de son | école, avec la circonstance aggravante que la tendance de critiquer et de discuter tout ce qui était considéré comme les choses les plus sacrées, par la raison qu’elles manquaient de base scientifique, ne restait pas limité au terrain de la théologie ; elle ne tarda pas à envahir le domaine de la littérature, de l’art et de la politique et finit par gagner à la suite d’une espèce de conta- gion mentale tous les esprits hésitants et par remuer égale-

ment les classes populaires. D'un autre côté, les gens exaspérés contre Strauss n'ont pas manqué d'activité pour le rendre suspect aux yeux du public en accusant ses doctrines comme dangereuses pour la jeunesse allemande. En effet, ils ont réussi, à la suite de la croisade qu'ils prêchaient contre lui, à l'empêcher d’occuper une chaire de théologie, non seulement dans toutes les Universités allemandes, mais aussi en dehors du territoire national en le dénonçant aux chefs du protestantisme en Suisse. C’est ainsi qu'ayant appris la nomination de Strauss comme professeur de théologie à l’Université de Zurich, les pasteurs conservateurs du canton stimulés par leur coréligionnaires allemands ont excité la populace contre lui pourinfluer sur le gouvernement libéral afin de le priver dela chaire. Strauss, pour répondre à cet acte d’intolérance, publie un autre livre ou il défend son

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