‹ Les Grecs et les Sémites dans l'histoire de l'humanitéChapitre 75 sur 106 · BG EE EM · texte numérisé non relu

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droit d'historien en même temps qu'il attaque ses ennemis en leur prouvant la fausseté de leurs croyances mêlées de supertitions.

Le collaborateur de Strauss, Ludovic Fénerbach, également disciple de Hegel, fut encore plus radical que lui dans ses opinions religieuses, avec ia différence que lui ne jfut pas théologien, mais philosophe. C’est à cette ‘circonstance qu'il faut attribuer que son livre sur l’Essence du Christianisme, publié en 1841, où il démolit les bases idéalistes et transcendantales de toute théologie, n'ait pas produit tant de sensation et de scandale que celui de Strauss, car, écrit dans un style élevé et dans un langage philosophique, il n'était pas à la portée de toutes les intelligences. Dans un travail antérieur, intitulé Principes de la philosophie de l'avenir, il expose tout son système avec beaucoup de clarté. Il affirme d’abord que les lois de la nature sont les mêmes qui régissent l’homme, indépendamment de toute idée métaphysique, qu’au fond il n’y a de réel que la nature et l’homme et que nos conceptions religieuses ne sont qu’un produit de nous même. D'après lui, réalité, sensibilité et monde des sens, sont des ter-

mes identiques — où il n’y a pas de sens, il n’y a pas d'êtres, ni

d'objets réels — ce n'est que dans la sensation, dans l'amour, que l'individu a une valeur absolue; ce n’est qu’en elles que se trouvent réunis le fini et l'infini. De même que Strauss, il admet que ce n'est pas l’homme individuellement, maïs l'humanité qui a créé Dieu à son image, donnant naissance à une morale humaine basée sur les principes du {uisme (altruisme) qui doit servir de contrepoids à l'effort égoïste qui n’aspire qu’au bonheur personnel. En d’autres termes, il met en face de l'individu la collectivité, en face de l'aspiration du bien être personnel, l’intérêt de l'espèce.

On voit bien que Feuerbach s’est servi de la dialectique de Hegel pour fonder sa philosophie naturaliste, ayant pour but de réhabiliter les droits de la matière et de rehausser la dignité de la nature et avec elle, celle de la personnalité humaine. Il en résulte que son système philosophique ne fut qu’une réaction contre celui de Hegel qui s’est efforcé :de diviniser l’idée et avec elle l'esprit humain aux dépens de la nature et d'établir le principe de l’Etat-providence contre les droits de l'individu, tandis que d’après Feuerbach, l'essence de l'homme se trouve dans l'union intime entre les hommes, c’est-à-dire dans l’union du moi et du non-moi, l’état social doit être considéré comme la cause et la source du bien être et de la misère des individus. Voici une phrase à lui, bien célèbre, qui est l'expression graphique

de cette penses Der Mensck ist was er iszt (homme est ce qu'il mange). Elle a plutôt un sens socialiste que matérialiste, renfermant l’idée que la misère sociale est la source du crime et de l’immoralité. Il est incontestable que la profondeur des pensées de Feuerbach, le caractère éthique de sa philosophie naturaliste et sa doctrine considérant l’amour du prochain comme la base de toute religion, ont sans doute exercé une influence très profonde sur la plupart des penseurs de l’Allemague et furent également la cause qu'il est considéré comme le fondateur du socialisme philosophique, ayant pour but la régénération de la société humaine. En tout cas, il a réussi à secouer de fond en comble l'édifice philosophique établi par Hegel au bénéfice de l'Etat prussien et en faveur de l'esprit réactionnaire qui régna en maître plus de vingt ans dans les sphères gouvernementales et dans la plupart des Universités allemandes. Il n’y a pas de doute que l’œuvre de Feuerbach ne fut favorisée par la coïncidence de la mort de Hegel avec un événement politique, la Révolution de juillet, en France, qui remplaça le gouvernement d’absolutisme par un gouvernement constitutionnel, événement politique qui a non seulement réveillé l'esprit endormi des libéraux en France et en Allemagne et inspiré plus de courage aux défenseurs de la liberté de la pensée, mais a également produit -un certain désarroi dans le camp des réactionnaires à outrance.

Quant à la France, après la chute de l'Empire et la restauration des Bourbons sur le trône de leurs ancêtres, le règne de l’absolutisme s’y est installé de nouveau, de même que dans tous les pays de l'Europe. Bien que Louis XVIII eût accordé une charte à son peuple, elle était loin de réprésenter les droits de l’homme et ceux de la nation, elle ne faisait qu’affirmer la souveraineté divine des rois et la renaissance des principes du moyen âge. Grâce à l'épuisement du pays à la suite des longues guerres de l'Empire et au besoin de repos que sentaient tous les peuples de l'Europe, l'œuvre de la Sainte-Alliance put prospérer pendant quelque temps, au point que la Chambre française vota en 1825 la loi du sacrilège portant la peine de mort contre les sacrilèges commis sur les vases du culte et la peine du parricide contre les sacrilèges sur les hosties sacrées, loi qui fut abrogée en 1850. À la même époque, il y eut une tendance, sous le règne de Ferdinand VII, en Espagne, de rétablir l’inquisition. Il est tout

naturel qu'en de pareilles circonstances, le premier gouvérnement de la restauration ait pris toutes les mesures nécessaires pour rétablir le spiritualisme orthodoxe et pour combattre l’idéologie officielle de Condillac installée dans les Universités françaises et pour déraciner les tendances matérialistes du xvirre siècle, léguées au xix° siècle par les encyclopédistes et par les hommes de la Révolution. En effet, le nouveau régime introduit par la Sainte-Alliance dans tous les pays de l'Europe s'est également implanté en France dans toutes les sphères officielles et a réduit à l'impuissance les hommes de lettres et de sciences, les hommes libéraux et même les révolutionnaires. Ce fut une crise générale, à laquelle personne n’échappa. Une aboulie s’est emparée des hommes les plus hardis ; même les chefs de l'opposition libérale au Parlement se virent obligés de faire des concessions considérables, au parti réactionnaire. Laromiguière, professeur de philosophie à la Faculté des lettres, a bien enseigné la métaphysique où il combattit les doctrines sensualistes de Condillac, mais il n’offrait pas assezde garantie au parti réactionnaire.

IL eut pour successeur Royer-Collard, grand orateur parlementaire, qui, bien que défenseur du régime libéral contre le pouvoir absolu, représentait la philosophie de Reid contre l’école sensualiste écossaise, tenant le milieu entrel’idéalismeetle rationalisme. Bien que peu versé dans les controverses philosophiques, il a su captiver l'attention de son auditoire par la beauté de sa diction et par des sentences d’une concision éclatante. Mais il n’occupa que trois ans la chaire de philosophie à la Sorbonne. Il eut pour successeur Victor Cousin, homme d’une grande érudition et de parole éloquente, qui a beaucoup écrit et parlé sur la philosophie des autres, mais qui n’a rien inventé en doctrines ni en méthodes philosophiques. Dans ses premiers temps il n’a fait que réfuter la philosophie sensualiste de Condillac et plus tard il s’est efforcé de combattre également la philosophie de Kant: mais il n'a pas tardé à prendre du goût pour la partie dogmatique des doctrines hégeliennes et son admiration pour Hegel fut tellement grande qu’il ne put pas s'abstenir de faire un voyage

en Allemagne pour étudier de près son système philosophique.

Après son retour à Paris, il se rendit suspect au parti réactionnaïre, au point que le ministre Villèle lui retira la chaire de philosophie de la Sorbonne. Cousin ne tarda pas à prendre sa revanche. Huit ans après, en 1898, il publia des Fragments philosophiques et des leçons sur la mêmematière de caractère tout à fait panthéiste qui produisirent un effet extraordinaire sur son audi-

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