LES DÉBUTS PRÉHISTORIQUES DE L'HUMANITÉ EN EUROPE
Les temps ne sont pas bien loin où l'opinion prédominait parmi les naturalistes que l’homme, roi de la création, a joui dès son origine d’une supériorité sur toute la série animale. Ce n’est qu’à la suite des découvertes mémorables de la Paléontologie dans le x1x° siècle, qu’un changement radical s’est produit dans notre conception relative à la cosmogénie et à nos idées sur la
situation de l'homme dans la nature. Grâce à elle, c’est aujour-
d’'hu: un fait acquis que l'écorce terrestre renferme dans ses
couches profondes, non seulement les restes d’une faune et d’une P
floreéteintes, appartenantaux différentes époques antidiluviennes,
mais aussi des ossements humains, des armes et desinstruments
fabriqués par l’homme, ce qui prouve d’une manière incontesta-
ble que l’homme a existé déjà à l’époque glaciaire, menant une
vie sauvage au milieu des animaux des forêts, tels que l’ours des
cavernes, le mammouth et le rhinocéros, étant de même qu'eux
anthropophage. Toutefois, le grand Linné, en plaçant l'homme au sommet de la création, l'appelle sage, ayant la capacité de choisir le but de son activité et de se mettre en défense contre les
éléments hostiles, en opposition avec le reste des animaux qui.
sont seulement raisonnables, n'ayant que la capacité de choisir les moyens d'existence. Il est incontestable, comme dit Littré,
que :
« L'homme primitif, tout sauvage qu’il était, tout approprié à ses ] P 4 8 ,
conditions d'existence très limitées, éprouva, sans doute quelque confus sentiment de sa position vis-à-vis de la nature, tant inananimée que vivante et il mit la main à l’œuvre. C’est d’abord la force matérielle qui se développe : la hache, le coin, l'arc, la pirogue, pourvoient aux plus pressants besoins de l'existence. A l’aide de ces premiers outils, croît à son tour la force intellectuelle. Un échange incessant s'établit de l’un à l’autre; le savoir donne des outils; les outils donnent le savoir (1) ».
Il commence par choisir les cailloux les plus durs qu’il frappe lesunscontreles autres, et finit par faire avec le silex des hacheset des couteaux dont il se sert d’abord pour couperlesarbres, façonner le bois et fouiller la terre, ensuite pour se défendre et même pour attaquer les adversaires les plus redoutables, les animaux géants. Cette époque qui a donné naissance aux commence-
| (1) Littré. — La science au point de vue philosophique, page 179.