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spiritualisant tous les jours davantage l’idée religieuse, en ramenant l'idée chrétienne à son esprit primitif et en continuant dans ses efforts pour concilier la science et la religion, et fortifier l'union entre la raison et le sentiment humains. Ce qui favorise surtout le mouvement évolutif du protestantisme dans la société moderne, c’est l'enseignement religieux dans les Universités par des professeurs de théologie, d’ exégèse, d'histoire ecclésiastique,
Qui appartient le plus souvent au par ti le plus avancé du protestantisme. C’est à cette source que le futur pasteur allemand puise
(1) L'Allemagne moderne, par H. Lichtemberger, page 281.
les éléments traditionnels et historiques de la religion, lesquels, loin de fortifier la croyance du néophite dansles miracles et dansles mystères enseignés par les évangélistes, contribuent plutôt à l'ébranler. Mais celui-ci ne s’en rend compte qu'après avoir quitté l'Université, au moment où il aspire à un poste dans l’administration et où il se trouve en face des autorités administratives qui, par principe ou par convenance, protègent plutôt les candidats connus par leurs opinions orthodoxes que ceux qui se sont signalés par leurs idées avancées. Dans ce cas, c’est généralement l'opinion du nombre ou de la qualité des fidèles de la paroisse qui décident du sort du candidat; d’autres fois, l’admiministration, de peur de se brouiller avec l'un ou l’autre parti,
favorise involontairement l'esprit d'équivoque au détriment dela
franchise des candidats, parmi lesquels il y en a qui agissent hypocritement contre leurs convictions et d’autres qui se refusent: à transiger en matière religieuse ou môrale par probité scienti-
fique, ce qui donne souvent lieu à des situations fausses et péni-
bles pour les uns et les autres et ce qui contribue à amoindrir l'influence de l’église officielle, de même sur l'élite des intelligences protestantes que sur la masse restée fidèle à l'esprit de la tradition.
Or, en face de la lutte entre l'Eglise protestante officielle et l'esprit subjectiviste du protestantisme moderne, s’est élevé le catholicisme romain victorieux avec la proclamation du nouveau dogme de linfaillibilité pontificale précédé du Syllabus contre l'esprit libéral de l’époque et contre l’autorité indiscutée de la science. Pour signifier à l’Europe la puissance spirituelle de l'Église, Léon XII inaugura son pontificat avec une Encyclique Æternis patris dans laquelle il a déclaré la théologie et la philosophie de saint Thomas d'Aquin comme le vrai et unique guide moral et religieux pour tout le monde catholique en ce qui à rapport aux travaux scientifiques, considérant comme une hérésie toute doctrine ou hypothèse scientifique qui est contraire à l’enseignement de saint Thomas. En d’autres termes,
il proclama la supériorité de la philosophie scolastique sur -
toutes les conquêtes de la science moderne. Bien que dans ces derniers temps il y eut un mouvement de révolte contre les empiètements de l'Eglise sur le terrain de la science et que non seulement dans le monde savant mais aussi parmi les” professeurs de la Faculté théologique de Wurtzbourg tel que Herman Schell, se soient élevées des voix contre l'invasion de l'esprit d'intolérance du parti catholique, l'autorité du pape a fini par
s'imposer à la conscience du monde catholique, tant sur les
masses profondes de la démocratie que sur les classes sociales les plus éclairées, et les évêques dépouillés de leur autonomie se sont résignés à se courber devant l'infaillibilité du chef suprême de l'Eglise. De plus une propagande active s’est accentuée en faveur des nouveaux dogmes de l'Eglise parmi les classes populaires par la création d’un grand nombre de corporations, de confréries et d'associations pieuses qui vivent sous la domination spirituelle du néo-catholicisme et de ses pratiques cultuelles, de manière que l'esprit du catholicisme libéral d’autrefois à tout à fait disparu comme parti dirigeant, bien qu'il commençât à se réveiller dans ces dernières années sous le nom de Modernisme dans les Universités catholiques allemandes. -Grâce surtout à l’influence politique acquise par l'appui vigoureux que le Centre a prêté au gouvernement impérial dans le Reischstag, le catholicisme a gagné en prestige dans toutes les branches je l'administration. D'un autre côté, l’empereur d'Allemagne, considérant le parti catholique comme un parti ultra-conservateur de grande stabilité dans ses principes religieux, qui se refuse à suivre le mouvement évolutif de l'esprit moderne, à l'exemple du protestantisme, chercha en lui un appui contre les partis avancés qui regardent avec un certain dédain les idées traditionalistes, d’autant plus que comme roi par la grâce de Dieu il est convaincu de trouver un solide appui dans l'alliance du trône et de l'autel, et cet idéal lui est d'autant plus sympathique que la France a adopté dans ces derniers temps une politique anti-cléricale et anti-vaticaniste.
Il s’agit maintenant de savoir si l'Allemagne, centre du mouvement de la pensée moderne, patrie de Kant, de Gœthe, de
Feuerbach et de Hœckel, qui après avoir secoué le joug du
romantisme politique est rentrée de plein pied dans le réalisme le plus pur, et qui d’un peuple de poètes et de philosophes est devenue une nation industrielle et surtout militaire, au point de dépenser la plus grande part de l'épargne nationale dans des armements et des fortifications terrestres ct maritimes, donnant lieu à la transformation de l'Europe en un camp militaire, pourra rester longtemps soumise à l'ingérence du parti catholique romain, ennemi de fout progrès de la raison et des conquêtes de
la science moderne. D'un autre côté, est-il admissible que l’es-
prit d'intolérance du Syllabus qui condamne la liberté de penser et la liberté de conscience puisse résister longtemps au courant impétueux des idées transformistes dans l’ordre scientifique,
social et politique et à la vélocité du mouvement qui caractérise l'évolution de la société humaine de l’époque moderne, sans s'ébranler et sans être entraîné dans le tourbillon vertigineux du progrès ? La |
Quoi qu'il en soit, il est certain que l'Allemagne, sous l'influence du .développement du régime de l’entreprise et de la grande industrie, au cours du xiIx° siècle, a subi une transformation complète. La concentration des capitaux d'un côté, et la concentration du travail de l’autre, ont exercé un effet désastreux sur le petit commerce et la petite industrie, au point que la classe des ouvriers indépendants est en pleine décadence. Bien que lindustrialisation progressive du pays ait augmenté la richesse nationale, elle a aussi augmenté considérablement la classe prolétaire, qui est appelée à évolutionner progressivement jusqu'à amener une transformation complète de la vie sociale, avec une nouvelle organisation du travail et du capital donnant plus de stabilité à la production et plus d'ordre à la hiérarchie sociale et garantissant en mêmé temps aux grandes masses prolétaires des conditions d'existence moins précaires et plus humaines ; mais en attendant que ce nouvel ordre de choses ne se réalise, l'Allemagne se trouvera en pleine crise d’une évolution lente et pénible, tant au point de vue économicosocial que politico-religieux ; Car malgré sa grande prospérité industrielle de ces dernières années qui a fait élever la balance annuelle de son commerce à treize milliards et demi, elle est loin d’avoir résolu aucun des problèmes qui agitent la société moderne, à savoir les problèmes politique, religieux et social, avec la circonstance aggravante qu’à la suite de sa politique mondiale, elle se voit forcée d'augmenter considérablement les impôts, de renchérir ainsi la vie en général et les conditions d'existence de la classe ouvrière en particulier et d'augmenter la misère sociale.
C'est ainsi qu’on s'explique que le système philosophique pessimiste de Schopenhauer d’après lequel l'existence humaine est nécessairement pénible, et la misère de la vie grandit avec le développement de l'intelligence, ait gagné du terrain parmi les sphères intellectuelles de l'Allemagne et soit resté en vogue Jongtemps après 1870, époque pendant laquelle l'idéal de son unité nationale s’est réalisé et les sources de la prospérité du pays se sont multipliées et élevées à un niveau jamais connu. Bien que Schopenhauer soit considéré comme le seul et vrai héritier de Kant, il pousse son idéalisme
beaucoup trop loin et manque de plus du sens pratique qui.a distingué ce dernier au plus haut degré. D’après lui, la faculté maitresse, l'essence de l’homme, c’est la volonté. Le monde n’est qu'une représentation mentale, un phénomène intellectuel, une illusion des sens et ne trouve son objet que dans le moi, de manière que le corps humain n’est autre chose que l’objectivité de la volonté pour vivre. En d’autres termes, le moi, c’est la volonté qui, en tant que principe des choses, sommeille dans le règne minéral, se manifestant par la régularité de la formation des cristaux et par l’affinité des corps pour se combiner, s'éveille dans la plante et dans l'animal où l’action dirigeant la croissance et la formation des principes actifs de la vie animale ne sont que des modes de volition et d'effort, mais qui n'arrive à son plus haut développement que dans l’homme. Chez lui, bien que la
4 volonté réelle soit inconsciente, dépourvue de représentation 0 ù intellectuelle, sans intention et sans but, elle tend par sa propre à nature à s’objectiver et la conscience est une condition néces- 4 saire dé la plus haute objectivation de la volonté. Par consé- À - quent, l'homme, dans son désir incessant, ne reste jamais satis- # fait, car toute demande est un manque de satisfaction, et une 100 fois satisfaite, ce n'est qu'une illusion qui ne tarde pas à s’éva-
nouir par une nouvelle aspiration; et avec la cessation complète de tout effort, arrive l'ennui. C’est ainsi que l'existence humaine oscille, comme la pendule, entre l'effort et l'ennui. De même que à le besoin est le fléau constant du peuple, de même l'ennui est celui du monde fashionable. La misère de la vie qui est essentiellement reliée à la nature de la volonté, s'accroît en raison directe de la conscience ou de l'intelligence. Plus l’homme est intelligent, plus profonde est la souffrance. D’après lui, la vie n’est qu'un vouloir sans motif, toujours souffrir, toujours lutter, puis mourir et ainsi de suite én secula jusqu’à ce que la croûte de __ notre planète s’écaille en tout petits morceaux. IL faut chercher ‘le salut dans le nirvana et atteindre par la justice et la pitié universelle la liberté et supprimer dans l’homme ce qu'il y a - d'égoiste et, d’individuel, tuer enfin, non ce corps mortel, mais
cette volonté qui l'anime et le condamne à la douleur sans merci. De même que dans l’homme, Schopenhauer a trouvé dans toute la nature cette lutte sans merci pour l'existence, le mouvement 2 incessant de la vie où tous les êtres se combattent pour se con- 4 server aux dépens de leurs semblables. Schopenhauer se :de- Fa mande à la fin si l'affirmation de la volonté pour la vie conduit à É: NS la misère, quel serait le moyen pour s’y soustraire. [l en indique
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