‹ Les Grecs et les Sémites dans l'histoire de l'humanitéChapitre 97 sur 106 · FN É · texte numérisé non relu

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Hindous reconnue aujourd’hui comme la source de toutes les langues aryennes, est celle qui a des ressemblances incontestables avec la langue grecque. Quoi qu’il en soit, la haute culture de l'Egypte, bien qu'elle ait servi d’un échelon à l’art et à la science grecs, ainsi que de modèle à la conception monothéiste de Moïse, n’a exercé aucune influence directe ni indirecte sur la civilisation européenne; elle a péri longtemps avant que la Grèce fut arrivée à l'apogée de son développement intellectuel sans laisser de trace dans l’histoire des peuples voisins. Si ce n'étaient les découvertes mémorables de l'archéologie au xIx° siècle, l'histoire de l'Egypte serait restée encore sue hui ensevelies dans les tombeaux des Pharaons.

Ce sont deux petits peuples qui jouissent du privilège d'avoir exercé une influence prépondérante dans le développement intellectuel et moral de l'humanité : les Grecs et les Juifs. « Les premiers, comme dit Littré (1) ont éclairé le monde de l'éternelle lumière de la philosophie et de la science et y ont jeté des types immortels de beauté qui le charment et l’inspirent ; les seconds ont les premiers inauguré le monothéisme parmi les nations, monothéisme d’où sont sortis le christianisme d’abord, le mahométanisme ensuite. C’est chez eux qu'est née la Bible, lelivre par excellence, devenu la lecture universelle de millions d'hommes répandus sur le monde entier, livre duquel Renan dit qu'Israël eut, comme la Grèce, le don-de dégager parfaitement son idée, de l’exprimer dans un cadre réduit et achevé, et c’est par là qu'il réussit à donner à la poésie et au sentiment une forme générale acceptable pour tout le genre humain ». En effet, on ne pourrait concevoir l’état actuel de notre civilisation sans reconnaître qu'il a pour base la culture grecque et la conception juive du monothéisme. C’est ainsi que la tendance de réconcilier la philosophie grecque de Platon et le dogme de la révélation s’est déjà accentuée à l’école d'Alexandrie sous l'influence de Philon et s'est affirmée plus tard à l’école de la philosophie religieuse des juifs d'Espagne, depuis Saadia jusqu’à Maïmonide, avec la différence que ceux-ci, de même que les philosophes arabes, se sont plutôt attachés à l’aristotélisme qu’au platonisme, exemple qui fut suivi d'une manière très tenace par les scolastiques et surtout par Saint-Thomas, qui cherchaient avant tout un appui très précieux à la théologie chrétienne dans la logique et la dialectique d’Aristote plutôt que dans la métaphysique idéaliste et contemplative

: (1) Littré. La science au point de vue philosophique, page 448.

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de Platon. Cependant, l’enseignement de la scolastique s’est distingué de celui des Juifs d'Espagne en ce qu'il considérait la philosophie comme la servante de la théologie et celle-ci comme la servante de l'Eglise qui s’est donnée pour mission de moraliser l'Europe barbare. Bien qu'avec l'avènement de la Renaissance et l'affirmation de la méthode philosophique de Descartes, tout l'édifice philosophique et moral élevé par la scolastique s'était écroulé et par suite l’aristotélisme était remplacé par une philosophie plutôt objective, l'esprit grec se réveilla, tant dans les sciences que dans les arts, et son influence n’a fait que grandir sur l'évolution de la civilisation moderne. Chose singulière ! En même temps qu'avec la Renaissance, un grand souffle de liberté pénétrait les esprits, avec l'avènement de la Réforme au XVIe siècle, on commençait à envisager la Bible comme la

‘source de toute révélation et par suite Comme un livre sacré

duquel tout bon chrétien devrait s'inspirer.

Quoi qu’il en soit, il faut reconnaître comme un fait historique que le peuple juif a accompli une mission très importante dans l’histoire de l’évolution de l'esprit religieux de l'humanité par sa lutte constante pendant de nombreux siècles pour l'intégrité du principe monothéiste contré le polythéisme gréco-romain et que cette mission peut être considérée comme achevée avec l’établis-

sement définitif du monothéisme comme principe religieux et

moral parmi les peuples divers en Europe, en Asieet en 1 Afrique, sous la forme du christianisme et de l’islamisme.

Toutefois, si l’on interroge l'histoire des époques modernes, on rencontre des hommes d'élite d’origine juive qui ont encore joué un rôle important dans le développement de la pensée humaine, de même que dans l’évolution sociale, au point de laisser des traces profondes et durables dans l’histoire du mouve-

ment intellectuel et social de la société humaine. Ce fait acquiert

d'autant plus d'importance si l’on pense que toutes les grandes idées qui ont révolutionné les esprits supérieurs et impressionné

le sentiment populaire n'étaient que l'œuvre de quelques hom-

mes d'élite qui ont su s'élever par leurs vues ingénieuses au dessus du niveau du milieu dans lequel ils ont vécu. Galilée et Newton, dont l’un fut le fondateur de la théorie du mouvement de la Terre et des lois de la pesanteur et l’autre l’auteur des lois

de la gravité, furent certainement supérieurs aux savants de

leur époque. — Ont-ils été des inspirés ou des clairvoyants ? Ce

qui est certain, ils ont eu une idéation créatrice associée à un esprit critique particulier qui leur fit voir les choses d'une

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manière plus claire, plus rapide et plus profonde — signe caractéristique de tous les hommes de génie. C'est ainsi que nous voyons dans les différentes époques de l'histoire surgir au milieu de la collectivité juive des hommes supérieurs qui se sont inspirés d’un idéal humanitaire nouveau, conformément aux besoins de l’époque, ayant pour but le relèvement de la personnalité humaine. | 3

Parmi ces personnalités d'élite, figure en première ligne, Moïse, qui a l’insigne mérite d’avoir institué chez les Hébreux le culte d’un seul Dieu, à une époque très reculée où l'humanité se trouvait encore dans son enfance et où le polythéisme sous différentes formes était encore la religion universelle ; soit qu’il ait acquis la notion du monothéisme par révélation soit par inspiration personnelle, ou soit qu'il l'ait empruntée aux prêtres du temple d'Amon à Thèbes, le fait est qu’il a su s’en servir comme un lien sacré entre Dieu et son peuple et comme un moyen de former d'une collectivité humaine abrutie par l'esclavage et l’idolâtrie égyptienne un Etat basé sur les principes religieux et moraux du Décalogue. De plus, il a brillé comme législateur en imposant à son peuple une législation morale, civile et hygiénique sous la forme d’un mandat divin, législation, bien que conçue à une époque encore obscure de l'humanité, est tellementsage, que le temps et les sciences modernes ne l'ont pas encore démentie. |

Après Moïse apparut la haute personnalité de Jésus-Christ qui fit sortir le monothéisme de la Bible du cercle étroit dans lequel 1! était enfermé pour en faire le symbole de la religion de l’humanité. Inspiré par une disposition d’âme tout à fait originale et nourri par l'esprit prophétique national et par les pensées courantes du milieu social dans lequel il vivait, il s'identifia avec l'idéal supérieur de la divinité en rapport avec l'homme; ce qui l’a amené à la conception de Dieu, père de l'humanité, d’après laquelle tous les hommes sont frères et égaux, et Dieu est considéré comme le principe suprême de justice, d'amour et de charité.

Pour bien se rendre compte de la haute mission de Jésus- Christ, il faut rappeler le fait qu'en même temps que le 'monothéisme, ou soit l'idée d’un Etre universel, immense et éternel, évolutionnait à travers les siècles, l'intelligence humaine s'était développée d'une manière très intense chez les Grecs qui ont su donner un essor vigoureux à toutes les branches du savoir humain. De même l'esprit esthétique et la haute conception du beau ont donné chez eux naissance à la poésie, à l’art dramatique

et aux arts plastiques; de même, l'esprit philosophique a créé chez eux des écoles philosophiques diverses renfermant déjà les germes des systèmes philosophiques modernes, de manière que, grâce au développement simultané de la raison et du sentiment, l'humanité est entrée de plein pied dans l’âge adoles-

* cent. Maïs étant donné que la culture grecque était intimement

liée au polythéisme et que les Romains, après avoir conquis la Grèce, se sont assimilés sa culture de même que sa mythologie, le choc entre le monothéisme juif et la culture grecque était inévitable en Palestine. C’est cette situation qui a dû forcément Contrarier les aspirations de Jésus-Christ, avec la circonstance aggravante que l'état d’âme du milieu de son pays natal était hostile à l'invasion étrangère, car en Galilée les idées de l'indépendance nationale et de l'attente du Messie enivraient toutes les têtes : tout le monde regardait avec horreur et avec haine l’influence polythéiste des envahisseurs. Voyant ainsi ses coreligionnaires engagés dans une lutte contre la prépondérance de la culture gréco-romaine et craignant le danger d’une contagion mentale, il comprit la nécessité de satisfaire aux besoins moraux de la collectivité juivé fluctuant entre deux courants opposés, et de réveiller leur foi ardente d'autrefois dans le Père céleste qui avait promis par la bouche de ses prophètes de rétablir le règne de la justice sur la terre et l'égalité des droits de tous ses enfants. Dans ce but, il se mit à prendre la défense des intérêts lésés des humbles, des malheureux et des déshérités, à prêcher la fraternité entre tous les hommes et la charilé mème pour les païens, el à enchérir sur les vertas d’humilité, de tolérance et d’abnégation. Son œuvre avait surtout pour but la fondation de la liberté morale et le relèvement de la personnalité humaine.

Bien que les principes de cette morale sublime, appelée d’après son fondateur, la morale chrétienne, et instituée depuis dix-neuf siècles comme base d’une religion universelle, soient restés encore aujourd’hui à l’état d’une aspiration vague de l'humanité en

. face des ambitions mondaines de domination, de plus en plus

grandissantes avec les progrès de la civilisation moderne, cela

n'empêche pas que l’idée sublime d'améliorer le sort de l’'huma-

nité, conçue et profondément sentie par une âme d'élite telle que Jésus-Christ, à une époque où les droits humains étaient foulés aux pieds par la force brutale des gouvernants, ait jeté

des racines profondes dans le cœur des peuples meurtris par la

souffrance séculaire et aient été fécondée par l'expérience et mûrie par la lumière de la raison, de manière qu'il n’y a pas de ; | ÉRe )

doute qu’elle ne finisse tôt ou tard par donner les fruits qui serviront à embellir l'existence humaine. En effet, l’idée de la personnalité humaine grandit tous les jours et il est à espérer que le jour arrivera où le sentiment de la solidarité humaine constituera le levier le plus puissant des actions humaines.

Après son arrivée au pouvoir le christianisme dirigea tous ses

efforts vers le but de sa consolidation. Il commença à s'organiser

fortement avec une hiérarchie régulière, à développer ses doc. trines, à définir ses dogmes et à les imposer ensuite aux peuples, tant de l'Orient que de l'Occident. Aprèsla dissolution de l'empire romains en Etats indépendants, l'Eglise établit son centre de gravité à Rome d'où elle étendit sa domination sur toute l’Europe

barbare convertie au christianisme, tandis qu'en Orient elle se

vit obligée de combattre les adeptes de la philosophie paienne au nom de la foi dans une révélation surnaturelle. |

Au commencement, elle eut recours aux conciles que justifiaient et autorisaient les mesures prises contre les dissidents ; plus tard, pour pouvoir satisfaire aux besoins de l'intelligence en même temps qu'aux exigences de la foi, les savants de la scolastique cherchèrent un appui dans la philosophie aristotélienne, ils utilisérent surtout la logique d’Aristote où ils trouvérent l'art de la démonstration mathématique dont ils se servaient pour

prouver leurs doctrines théologiques. C’est ainsi que la raison et

la foi se partageaient pendant tout Île moyen-âge le domaine de l'individu.et de la collectivité, mais la philosophie restait soumise, servant plutôt comme auxiliaire à la théologie ; elle n'avait le droit que sur la connaissance des choses créées, mais elle n’avait nulle compétence pour raisonner sur la connaissance de la vie intérieure et sur les relations de l’homme à Dieu et de Dieu au monde. Ces procédés avaient réussi pendant Île pre-

Et

miers siècles du moyen-âge en Europe autant que celle-ci était ,

plongée dans les ténèbres de l'ignorance et de la barbarie et que

toutes les connaissances humaines étaient enfermées dans un nombre limité de manuscrits provenant de la littérature grécoromaine, écrits en latin et compris seulement par un nombre limité de moines. Ce n’est que depuis le xn° siècle que la culture des sciences sous la domination arabe en Espagne et le réveil de la philosophie religieuse parmi les Juifs d'Espagne obligèreni les savants célèbres de la scolastique de chercher des points d'appui

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