‹ Les Greffes Dermo-Épidermiques d'Ollier-Thiersch: Historique – Technique Opératoire Indications ThérapeutiquesChapitre 10 sur 41 · LIVE · texte numérisé non relu

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En 1899, sous la rubrique : Médecine pratique, M. GUEL- Lior [168] fait paraître dans la Presse médicale un correctif à la technique indiquée par Juvara l'année précédente. Il dit de supprimer le chloroforme et la cocaïne et de se servir de chlorure d'éthyle; nous exposerons plus loin sa manière de faire.

BessièRe [54] envisage, dans sa thèse, les greffes de Thierseh au point de vue du processus histologique. CHOUET [83], dans la sienne, étudie encore à nouveau le traitement de l'hypospadias par les greffes de Thiersch, d’après la méthode de Nové-JOSSERAND.

En 1901, nous enregistrons une note de M. P. DELBET [108] dans les Bulletin et mémoires de la Société de Chirurgie de Paris ; la thèse d'ARÈNE [13] sur la création d'un vagin artificiel, telle que l’a réalisée le professeur FOoRGUE par les greffes de Thiersch; et celle de PERRIER [333] qui est une étude comparative entre les greffes humaines et les greffes animales.

Dès cette époque la lumière semble faite définitivement sur la question des greffes dermo-épidermiques, aussi ces dix dernières années ont elles été pauvres en travaux traitant ce sujet. Ils ont trait surtout à des innovations dans le pansement et au traitement du scalp par les greffes.

Nous n'avons guère à citer dans cette longue période que les thèses de FoucHaRD [144], de Parisot [334], de BEAURE d'AUGÈRES [60], de FORTHOMME [146], de GaupeLer [172/, de PapapopouLos [337], de J. Pansier [338], de NoEL [300] et de WuLram [437].

En 1909, nous trouvons une nouvelle communication de NOVÉ-JossERAND [299] sur le traitement de l'hypospadias par son procédé modifié; un article très important de Juz- LIARD [209], de Genève, paru dans le Bulletin général de thérapeutique, et dans lequel cet auteur, dans une vue d’ensemble remarquable, en s'inspirant à la fois des travaux déjà

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publiés et des renseignements cliniques fournis par les nombreux cas qu'il a observés, examine les conditions les plus favorables à la réussite des greffes de Thiersch; et la même année, une autre revue générale de MM. Corrox et EHREN- FRIED [89] sur la méthode de Reverdin et les autres méthodes de greffe cutanée.

Enfin tout près de nous, en 1911, nous signalerons les communications de MoresrTiN [283-284] et de P. DELBET [116] à la Société de chirurgie, le travail d'AXHAUSEN [17] sur la technique et les résultats des greffes, l’article de W. DüuBREUILH et NoEL [117] paru dans la Revue de Chirurgie et enfin limportant rapport de LexErR [247] au 40° congrès allemand de chirurgie dans lequel l’auteur envisage toutes les applications possibles des greffes libres. Voici de ce rapport les conclusions qui ont trait à la greffe cutanée, la seule qui nous intéresse.

La greffe cutanée est d’un emploi universel. Elle est cependant applicable seulement à la surface du corps: dans les cavités séreuses, elle échoue toujours. La greffe hétéroplastique est absolument inefficace. Pour ce qui est de la greffe homoplastique, les avis sont partagés; les recherches de l’auteur lui ont montré que les lambeaux épidermiques ou cutanés, transplantés d'un individu à un autre, ne survivent pas.

Toutefois SCHÔNE qui a communiqué au même congrès dit que, avec la greffe homoplastique, les échecs sont moins constants cependant, lorsqu'il s’agit d'individus consanguins (frère et sœur, mère et fille).

Greffes animales. — L'opération d'OLLIER constituait un progrès évident dans l'application de la greffe; mais nous avons signalé quelques inconvénients, tels que les dangers de l'hétéroplastie, la création d’une nouvelle plaie, la nécessité d’endormir le malade, etc.

Toutes ces considérations ont amené certains chirurgiens

à faire des greffes zooplastiques dans lesquelles le lambeau à transplanter est emprunté à un animal quelconque.

Houzé pe L’AuLnoir, [182], Coste [72], de Marseille, et Fozer [131], de Lille, furent les premiers qui appliquèrent ces greffes zooplastiques.

Les animaux les plus divers ont été employés par les expérimentateurs qui se sont occupés de cette question.

Les zoogreffes ont été empruntées à la peau de cobaye par Dusrueiz [93] ; à la peau de lapin par Fozer [151] el Coze [68]: à la muqueuse buccale du chien, du lapin et du bœuf par CzerNY [69] et Houzé DE L’AuzNoir [182]; à la peau de poulet ou de pigeon par REeparD [553], LoUPrAT [233], BicaauT [40], ALpricx [7]; à la conjonctive du lapin par WozrE, DE WECKER [424], Orro BECKER [32], GILLET DE GRaMMoNT [157]; à l’épiploon de Fagneau enlevé par laparotomie sur l'animal vivant par Kiria [212]; à la membrane coquillière de l'œuf par AMAT [8], BERTHOLD et SCHUL- LER [387]; à la peau de chien par LÉTISVANT [227], Mires [263] et Vox Meter [264]; enfin et surtout à la peau de grenouille par ALLEN [14], PETERSEN [321], VINCENT [413], BARATOUX et DUBOUSQUET-LABORDERIE [95, 96], GRANGE [152], Esror [120], RankiNG [351], RoGers [392], A. RE- VERDIN [399], LE CoQ [240], LarTaIL [237], etc.

De tous ces essais, il semble que ce soit la peau de grenouille qui ait donné les meilleurs résultats à ceux qui l'ont employée.

VINCENT [413] a recouvert de lambeaux de peau de un centimètre carré, découpé sur l'abdomen et les cuisses d’une grenouille, les plaies consécutives à la libération d’adhérences cicatricielles des doigts chez un enfant de deux ans, et a obtenu, en dix jours, une réparation complète.

BARATOUX et DUBOUSQUET-LABORDERIE [36 bis] y ont eu recours, el, dans une de leurs observations, des greffes humaines furent appliquées comparativement; le résultat fut à l’avantage de la cicatrice due à la peau de grenouille.

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À. REVERDIN [355] a fait la même constatation: en dix Jours, il obtenait l'épidermisation de deux plaies étendues. Revues à distance, ces cicatrices sont en bon état; elles ne se sont jamais ulcérées et jouissent d’une mobilité marquée sur les parties profondes. De place en place, persiste une coloration brunâtre, révélant la pigmentation des greffes. « En comparant, dit Reverdin, ce résultat à ceux que je connais, je me demande si, mettant autant de peau humaine que j'ai mis de peau de grenouille, j'aurais eu une réparalion aussi rapide et aussi bonne : jamais je n'ai vu de cicatrisation marcher avec une telle vigueur. »

ALLEN [14] reconnaît aussi de grands avantages à la transplantation de peau de grenouille. Il trouve que des morceaux de la peau d’une grenouille décapitée fournissent des greffes répondant à tous les besoins: elles sont presque toujours à portée de la main à la campagne; elles sont faciles à appliquer à cause de leur égale épaisseur; elles ne font enfin subir aucune douleur au malade. La peau d'une simple grenouille fournit des greffes pour une énorme étendue de surface, et conserve sa vitalité si longtemps que, si le malade habite au loin, le chirurgien peut emporter le morceau de peau demandé, pendant une heure ou plus, dans sa poche sans inconvénient, pourvu qu'il soit enveloppé de gutta-percha pour en prévenir la dessication.

Enfin, en cas d'insuccès, la matière est si facile à se procurer, qu'il n'y à aucun inconvénient, ni aucune difficulté à en réitérer l'application.

M. LarTaiL [237], dans une importante thèse, où il a étudié les « transplantations de peau et de muqueuse animales sur les plaies de l’homme », s'élève contre lopinion de DaroLLes [97] qui, en 1874, avait condamné la zoogreffe « comme inutile et ne pouvant hâter la cicatrisation ».

Contrairement à ce qui a été dit souvent, à savoir que, si les zoogreffes adhèrent quelquefois, ellgs ne tardent pas à se résorber, laissant la plaie dans l’état où elle se trouvait aupa-

noi.

ravant, M. LARTAIL à obtenu de réels succès par la transplantation de peau de grenouille, et il pense qu'il ne faut point, catégoriquement et de parti-pris, condamner cette méthode.

Toutefois, il convient qu'elle est de beaucoup inférieure à la greffe de Thiersch, parce que « dans la greffe animale, il n'y à pas survie du lambeau, celui-ci n'agissant que par un coup de fouet à la suite duquel, à la surface primitivement atone de l’uleère, se développe un tégument analogue au tégument normal, mais pas identique ».

Ces éléments de nouvelle formation ne dériveraient point de ceux de la greffe qui ne tarde pas à disparaître completement après son adhérence, mais plus probablement « de la zône épidermique des bords de la plaie, par bourgeonnement en nappe ». En somme, la cicatrisation serait hâtée et non point remplacée, et toujours on aurait noté une rétraction de la cicatrice obtenue, rétraction moindre, il est vrai, que celle qui aurait fait suite à la cicatrisation spontanée.

M. LARTAIL conclut : que la greffe de THIERSCH est préférable, qu'on doit y avoir recours toutes les fois qu'elle est praticable, mais que, dans le cas où elle est contre-indiquée, on peut utilement recourir aux transplantations animales qui, si elles donnent des résultats moins beaux, ont du moins l'avantage de ne pas faire souffrir le malade et de ne pas nécessiter la création d’une plaie d'emprunt.

La manière de voir de M. LarTaiLz est celle de beaucoup d’autres, de BÉREZOWSKI [46] et de M. P. Reczus [359], en particulier, celle aussi de M. G. Cousin [78] qui, dans une étude comparative des greffes animales et des greffes humaines, conclut aussi

« Des observalions que nous avons décrites et du résumé que nous avons fail, il ressort que les faibles succès obtenus avec les greffes animales ne sont pas à comparer avec les heureux résultats procurés par les greffes humaines. »

« En effet, nous ayons obtenu sur 165 greffes animales 15 succès seulement, tandis que 122 greffes humaines nous don-

naient 115 succès. Ces chiffres sont éloquents. Il en résulte pour nous la conclusion suivante : il faut toujours recourir à la peau humaine pour transplanter des greffes sur des plaies humaines préparées à l'avance. Ces greffes produisent toujours un travail utile de réparation épithéliale. »

Les résultats de DUBOUSQUET-LABORDERIE, un des plus fervents de la méthode, ne sont pas brillants non plus; c’est ainsi que, dans onze tentatives faites sur des plaies de diverse nature, il Compte {rois succès et huil insuccès. C’est une moyenne assez peu salisfaisante, si on la compare aux résultats fournis par la greffe dermo-épidermique.

La technique opératoire est variable : ALLEN pratique les greffes exactement comme REVERDIN. PETERSEN et VINCENT insistent sur la nécessité d’emplover des lambeaux d'une certaine épaisseur et d’une certaine dimension. BARATOUX et DUBROUSQUET-LABORDERIE, dans leurs premières observations, ont employé comme greffes des semis épidermiques obtenus en raclant légèrement la peau de la grenouille.

D’autres, à l'exemple d'A. REVERDIN, taillent à l’aide du bistouri ou des ciseaux de petits lambeaux de { centimètre carré dans l'épaisseur du tégument abdominal, où la coloration est moins foncée. Cette petite opération est très facile, la peau à ce niveau n'adhère nullement aux plans musculaires sous-jacents, et se laisse très facilement enlever avec une pince.

Dans ses premiers essais, LARTAIL, à laide du bistouri convexe fraîchement aiguisé, enlevait seulement les parties superficielles, laissant en place la majeure partie du derme. Les résultats obtenus ne lui ont pas paru compenser les difficultés résultant de cette pratique.

Aussi a-t-il simplement appliqué aux greffes animales la technique d'OLcrer-THIERSCH pour les greffes humaines. Il sectionne avec un rasoir la peau tendue en l’entamant franchement, puis, une fois que l'instrument tranchant à commencé à mordre dans le tissu cutané, il ramène le plan du

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rasoir parallèlement à la surface de la peau et, par de larges mouvements d’archet, il détache sans interruption un lambeau de larges dimensions.

Nous ne pouvons terminer cet aperçu historique sur la greffe zooplastique sans dire quelques mots de la greffe éponge. Elle consiste à recouvrir la surface ulcérée d'une mince couche d'éponge parfaitement aseptique. Elle a surtout pour effet d'enrayer lexubérance des bourgeons, d’où une épidermisation plus rapide de la surface de la plaie. Cette méthode appliquée surtout en Angleterre et en Amérique aurait donné des succès à HAMILTON [187], AGLAND [o], BRiGGs, Perkins [320].

Le procédé opératoire est le suivant. On choisit des éponges turques aussi fines et aussi régulières que possible, sans aucune impureté. Après les avoir laissé tremper deux ou trois semaines dans une solution d'acide chlorhydrique pour les débarrasser des matières siliceuses ou calcaires, on les lave à l’eau, puis dans une solution ammoniacale. On finit en les laissant immerger dans une solution d'acide phénique. L’éponge, une fois congelée, on pratique au microtome des coupes minces et régulières et ce sont des morceaux ainsi obtenus de la grosseur d’un « schelling » qu’on applique sur la plaie.

De ce long historique, on peut tirer cette conclusion, c’est que malgré le nom du chirurgien allemand sous lequel on la désigne souvent, la greffe épidermique est une idée française, puisqu'elle est née à Paris. Celui qui, le premier, en a eu l’idée, J. REvERDIN, le brillant lauréat des hôpitaux de Paris, quoique d’origine suisse, était bien des nôtres, puisqu'il était Français par son éducation médicale et par son titre d’interne des hôpitaux de Paris.

Enfin ef surtout c’est un Français d'origine, OLLIER, l’éminent chirurgien de l'Ecole lyonnaise, qui a fait subir à la

méthode de REeveRDIN l’importante modification que nous avons signalée et que, quelques années plus tard seulement, THierRsCH devait perfectionner.

Celte idée, comme toutes les idées fécondes, a fait rapidement son chemin; elle a passé de France, en Angleterre; de là en Allemagne, puis en Russie et enfin en Amérique; on peut dire qu'elle a fait, au grand honneur de notre pays, le tour du monde.

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