‹ Les Greffes Dermo-Épidermiques d'Ollier-Thiersch: Historique – Technique Opératoire Indications ThérapeutiquesChapitre 24 sur 41 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

Vaste ulcère variqueux. — Greffes d'Olier-Thiersch. (in Thèse de Staniou-Protopopesco [382]).

Le 30 janvier 1891, le nommé C.., 42 ans, journalier, est apporté du Bureau Central, dans le service de M. le Professeur Le Fort, à la Pitié, avec un immense ulcère de la jambe gauche.

L'ulcère date de longs mois, il a été soumis à toutes les alternatives ordinaires de ces sortes de plaies, cicatrisé en partie, après un repos un peu prolongé, puis s'élargissant de nouveau, sous linfluence de la marche, de la malpropreté, ete. Aujourd'hui il occupe. les deux tiers de la jambe gauche, recouvre presque entièrement sa face externe, et se diffuse en dedans, pour devenir presque annulaire au-dessus des malléoles. La surface de la vaste plaie est irrégulière, sanieuse, sphacélée par place ; en bas et en dehors, le relief des muscles jambier antérieur et extenseur commun des orteils se dessine à nu, à peine voilé d’une mince couche granuleuse, et lors des mouvements du pied, on les voit se tuméfier et grossir, et s'élever comme une double corde du fond de la plaie ; plus bas, les tendons sont, eux aussi, en partie découverts. Un bord frangé, dur, calleux, entoure lulcère et s’exhausse notablement en certains points.

Les douleurs sont très vives, l'odeur infecte, la marche impossible. L'aspect de l’ulcère, la dénudation des muscles, étaient de nature à faire penser à la syphilis, ou du moins à ces ulcères hybrides, varico-syphilitiques, car il existait des cordons variqueux à la cuisse et sur l’autre jambe. Pourtant le malade niait énergiquement tout accident vénérien, et de fait, ni l’interrogatoire ni l’examen n’en décelaient aucune trace.

On institua pourtant le traitement mixte, et la jambe fut recouverte de compresses humides, imbibées de solution de sublimé, fréquemment renouvelées. La détersion fut longue, et l’action du traitement interne parut fort minime.

Peu à peu les callosités s’affaissèrent, la large surface devint bourgeonnante, et dès lors nous avions affaire à une énorme plaie, entourant toute la jambe à la partie inférieure. La cicatrisation ne faisait plus de progrès sensibles, et il était impossible de prévoir le moment de la guérison définitive, très improbable du reste.

La greffe d'Ollier-Thiersch semblait ici parfaitement indiquée le malade fut prévenu, et consentit avec empressement,

Opération le 20 juin 1891.

La jambe est savonnée et lavée à la solution phéniquée. La face ntérieure de la cuisse droite, où seront prises les lanières dermopidermiques, est aussi rasée, savonnée et lJavée. Le malade est enormi au chloroforme.

Je racle avec la curette de Volkmann toute la surface bourgconante; la couche des bourgeons charnus est du reste fort mince et, rès vite, je tombe sur une membrane blanchâtre, assez peu sainante, qui représente le fond de la plaie ; le limbe violacé, frangé, emi-cicatriciel est emporté aussi à la curette et régularisé. Des ampons d'ouate hydrophile, trempés dans la solution phéniquée orte, sont appliqués sur la face cruentée, et soulevés sucesivement à mesure que l’on transporte les lambeaux taillés à la uisse. :

La face postérieure de cette cuisse droite est largement empaunée dans la main gauche, puis un gros rasoir d'histologiste, bien ranchant, mord légèrement la peau, et descend vers le genou, failant horizontalement, et secoué d'un côté à l’autre par un vif mou- ‘ement d’archet. On obtient ainsi des lanières de 12 à 15 centimères, qui, transportées sur la lame, où elles se sont recroquevilées, ont alors étalées avec grand soin suivant l’un des axes de la plaie. )'n continue ainsi jusqu’à ce que la plaie soit recouverte entièrenent ; des lanières courtes, mal taillées, les « déchets » sont interalés entre les longues greffes, et comblent les sides. Il reste seuement deux ou trois espaces longitudinaux, d'un demi-centimètre le large environ, entre les bords adjacents des longues bandelettes. )'n a bien soin de recouvrir les bords de la plaie avec les greffes, qui partout les débordent.

J'appliquai alors sur les greffes ainsi disposées de petites lameles de protective, régulièrement étagées et maintenues par une ame plus grande, qui enveloppait le tout; par-dessus quelques Ta nes de gaze salolée, d'ouate hydrophile, et une compression soineuse avec une bande de tarlatane mouillée ; puis encore une paisse couche d’ouate ordinaire, serrée de même ; enfin le membre ut installé dans une gouttière de fil de fer, dûment matelassée, et ‘immobilisation ainsi bien assurée, on fit un pansement ordinaire ur la cuisse droite, où les greffes avaient été taillées.

Le lendemain et les jours suivants, il ne se produisit aucun incilent, le malade ne souffrait pas, il n’y avait aucune élévation thernique. Ce ne fut qu'au bout de huit jours que le premier pansement

| | fut levé : une fois les lames de protective retirées avec beaucoup | de précaution, et en les soulevant lentement d'un bond à l'autre, on découvrit la surface greffée : toutes les bandelettes étaient prises ; à peine l'extrémité de quelques-unes, et deux ou trois des petits segments intercalés, s’étaient-ils mortifiés. Le reste des lanières adhérait ; leur coloration était normale, leur surface était seulement recouverte d’un semis blanchâtre indiquant une desquamation de la couche superficielle de l’épiderme.

Je refis le même pansement, qui ne fut levé encore que le huitième jour. Le résultat était dès lors acquis ; la surface du vaste ulcère était recouverte tout entière, à part les quelques languettes bourgeonnantes qu'on avait laissées lors de la transplantation.

Des pansements fort simples et la condition du séjour au lit achevèrent la cicatrisation, et au bout d’un mois le malade sortait de lhôpital complètement guéri.

Depuis, le hasard m'a fait rencontrer mon ancien malade ; il est cocher de fiacre, il travaille depuis sa sortie de l’hôpital, et sa jambe reste intacte : aucune trace d’ulcération nouvelle n'a reparu.

2° Brülures

Les brûlures profondes et étendues nous offrent une autre indication de la greffe d’Ollier-Thiersch. C’est le triomphe de ce procédé.

On sait qu'il existe différents degrés de brûlures. Le premier est caractérisé par la rougeur, nous n'en parlerons pas davantage. Le deuxième degré a pour caractères la formation de phlyctènes plus ou moins étendues. Il est vrai que quand elles ont percé elles donnent lieu à une perte de substance, à une plaie qui pourrait ne pas se cicatriser seule. Mais les brülures qui, à leur suite, réclament impérieusement les greffes sont surtout celles du troisième degré, dans lesquelles se forment de pelites eschares noirâtres, et celles du quatrième où la destruction de la peau est complète et où l'eschare est plus étendue que dans la forme précédente.

Mais, avant de greffer la plaie résultant de brûlures, il faut attendre que les douleurs aient cessé et que les eschares se soient détachées. À ce moment alors on à une surface sup-

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purante plus où moins étendue, recouverte de bourgeons charnus pas très volumineux. URBAN qui, dans son mémoire, a étudié aussi les greffes pour brûlures, dit qu'il faut attendre que la couche des bourgeons charnus soit bien détergée, ce qui, pour les brûlures un peu profondes, n'arrive guère avant six semaines.

Si la plaie reste livrée à elle-même, elle finira bien, à la longue, par se cicatriser; mais on aura un tissu cicatriciel rétraclile, qui tiraillera la peau voisine, formera des rides, gènera les mouvements articulaires, s'il est situé au voisinage d’une articulation et qui, enfin, défigurera complètement le malade, si la brûlure se trouve en un point apparent du visage.

C'est dans le but de hâter la cicatrisation et aussi d'empôcher la production de ce tissu cicatriciel que l’on doit emplover la greffe d'Ollier-Thiersch.

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