‹ Les Greffes Dermo-Épidermiques d'Ollier-Thiersch: Historique – Technique Opératoire Indications ThérapeutiquesChapitre 25 sur 41 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

Greffes de Thiersch pour brûlures graves de la face dorsale des deux mains (Communication de M. P. Delbet à la Société de chirurgie, séance du 23 janvier 1901)

J'ai l'honneur de vous présenter un cas de greffes de Thiersch qui me paraît offrir un réel intérêt. Il s’agit d'un malade à qui j'ai refait la face dorsale des deux mains, poignets et doigts compris.

C'est un ingénieur de mes amis qui fut pris dans une explosion de chaudière. [l se protégea la figure en relevant son pardessus sur sa tête. Par là même, la face palmaire de ses mains fut en partie protégée, mais ila face dorsale fut toute entière exposée.

Quand je le vis, quelques heures après l'accident, il avait diverses brûlures aux jambes, à la figure, mais je ne veux parler que de ses mains. Celles-ci étaient transformées en énormes phlyctènes, aussi bien à la face palmaire qu’à la face dorsale, et il ne semblait pas, au premier abord, qu’il y eût une différence entre les deux faces, car partout les phlyctènes étaient remplies d’un liquide citrin et transparent.

Il est classique ide donner la coloration du liquide des phlyctènes

comme un bon moyen pour distinguer les brûlures du second degré des brûlures du troisième, Ce moyen n’a qu’une valeur relative. En effet, dans ce cas, bien que la brûlure fût plus profonde à la face dorsale qu'à la face palmaire, le liquide avait partout la même coloration. Mais dans les points où les phlyctènes étaient rompues, on pouvait constater qu’à la face dorsale, le derme présentait une teinte blanchâtre assez spéciale. En outre, les piqûres faites avez la pointe d’une épingle ne déterminaient aucune douleur et n'amenaient aucun écoulement sanguin.

D'ailleurs, à la face palmaire, la réparation se fit rapidement ; tandis qu’à la face dorsale, malgré les pansements les plus variés et les plus soignés, elle fut absolument nulle. Les ongles tombèrent et, au bout d’un mois, il n’y avait aucune tendance à l’épidermisation. Au contraire, les douleurs étaient épouvantables ; le malade s’affaiblissait, les doigts commençaient à s’incurver vers la face dorsale. Il était évident que le malade ne guérirait pas, et que, s'ii guérissait, ce serait avec des mains difformes et tout à fait impotentes. Il fallait donc faire quelque chose.

Mais quoi ? J'étais fort perplexe. Je craignais que les greffes de Thiersch ne fussent pas suffisantes pour empêcher la rétraction et rendre aux mains leur souplesse. D’autre part, il était bien diffcile de refaire la face dorsale du poignet, de la main et de tous les doigts avec des greffes italiennes. Et où trouver de la peau pour faire cette réparation des deux côtés ? Il est probable que si la main seule sans les doigts avait été brûlée, j'aurais fait une greffe italienne Le résultat fonctionnel aurait été peut-être aussi bon, mais le résultat esthétique aurait été certainement inférieur.

Je me décidai donc pour les greffes de Thiersch, et je fis en une seule séance la réparation totale des deux mains.

Toutes les greffes ont tenu. Il ne s’est produit que quelques éliminations marginales insignifiantes. Le premier résultat fut la cessation complète des douleurs ; l’action protectrice du vernis épidermique sur les extrémités nerveuses est vraiment très saisissante. Puis l’état général se releva et on put commencer Ja mobilisation des doigts. Comme je vous l'ai dit, au moment de l'opération, ils s’incurvaient en arrière et tout mouvement de flexion était impossible. Il à fallu des séances de massage et de mobilisation proiongées pour arriver au résultat que vous voyez aujourd'hui. Mais ce résultat est définitivement acquis ; il y aura un an dans quel-

ques jours que l'opération a été faite, et il y a plus de huit mois qu'on a cessé le massage.

Actuellement l'aspect ne diffère guère de celui des mains ridées de certains vieillards. J’insiste sur le premier point : le résultat plastique est certainement bien plus satisfaisant que celui qu'on aurait pu obtenir des greffes italiennes.

En second lieu je ferai remarquer que toutes les greffes sont solides. I} n’y a aucune tendance à l’ulcération et elles sont vieilles d’un an. Ceci encore est important, puisqu'on a prétendu que les greffes de Thiersch se résorbaient au bout d’un certain temps. J’ai d’ailleurs des cas bien plus anciens dont la solidité est parfaite.

Enfin ces greffes ont permis le rétablissement intégral de la mobilité des doigts ; c’est donc que la rétraction qui avait déjà commencé s’est arrêtée. On a beaucoup discuté au sujet de l'influence des greffes de Thiersch sur la rétraction. Sans entrer dans cette discussion, je vous dirai que ma conviction personnelle basée sur des faits est que lorsqu'on gratte bien tous les bourgeons charnus, les greffes de Thiersch arrêtent la rétraction.

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