OBSERVATION XXV
Absence de vagin; création d'un vagin artificiel; vaginoplastie par greffes de Thiersch.
(ROBERT ABBE, in Medical Record, 10 décembre 1898, p. 835)
Une jeune fille de vingt-et-un ans, à la veille de se marier, vint consulter, inquiète de ce qu'elle n'avait jamais eu de règles. Les organes génitaux externes paraissaient absolument normaux, mais le vagin n'existait pas ; le toucher rectal révéla l'absence totaie de l’utérus et des ovaires.
Pour remédier à cette malformation, l’auteur procéda de la façon suivante. Après avoir préparé la malade par une diète sévère aidée de purgations répétées, il fit dans l’espace interlabial une ineision courbe à concavité supérieure; puis, par une dissection mousse, il créa dans le tissu recto- vésical une cavité profonde de 8 cent. et il la bourra provisoirement de gaze stérilisée pour arrêter l’exsudation sanguine. Un petit ballon de caoutchouc mince, de forme cylindrique, d’une longueur de 10 centimètres environ, d’un diamètre de 3 centimètres, fut, après stérilisation, bourré de mèches de gaze iodoformée. Sur le ballon ainsi distendu, on étala des lambeaux cutanés taillés dans la peau de la cuisse suivant la méthode de Thiersch ; on eut soin d'appliquer la surface ép'dermique sur la surface du ballon de façon à recouvrir entièrement ce dernier.
Avant de mettre en place le ballon, Pauteur introduisit dans le rectum un gros drain destiné à permettre lévacuaiton des gaz durant la période de constipation nécessaire à la réussite de l’opération.
I] introduisit ensuite le ballon, entouré des greffes, dans la nouvelle cavité vaginale dont les parois furent maintenues en distension au moyen d’écarteurs qui, une fois retirés, laissèrent en contact les surfaces cruentées des greffes et de la cavité. Pour assurer la fixité du ballon, on en sutura l'extrémité externe aux parties latérales de la vulve.
Pendant la première semaine, on sonda la vessie trois fois par
vingt-quatre heures ; la constipation fut maintenue pendant dix jours, sans inconvénients d’ailleurs. Il n’y eut pas la moindre réaction fébrile. Le dixième jour, on enleva les sutures qui fixaient en place le ballon, puis ce dernier fut ouvert, vidé et lavé : on vit alors, à travers la mince paroi de caoutchoue, que les greffes avaient parfaitement réussi, tapissant la cavité vaginale dans toute son étendue.
11 s'agissait maintenant de prévenir la rétraction des parois: dans ce but, on prescrivit à la malade le repos au lit, et on tamponna quotidiennement le vagin avec de la gaze enduite de lanoline. Au bout de quatre semaines, les parois parurent suffisamment résistantes, et on pratiqua une série de dilatations.
Dix semaines après l'opération, la malade se maria. Depuis elle a soin de se dilater tous les jours avec un appareil spécial, et les parois vaginales n’ont pas subi de rétraction.