‹ Les Greffes Dermo-Épidermiques d'Ollier-Thiersch: Historique – Technique Opératoire Indications ThérapeutiquesChapitre 7 sur 41 · ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE · texte numérisé non relu

ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE

La greffe est de date récente ainsi que le prouve cette phrase de BLANDIN [18] qui écrivait au commencement du siècle dernier en 1836 : « Il y aurait folie à considérer la greffe, après séparation complète, comme un moyen possible d’autoplastie ». Sans doute, des essais de greffe avaient été tentés et réussis sur les animaux, depuis 1746, époque à laquelle DUHAMEL présenta un mémoire à l'Académie des Sciences sur la greffe animale. Ce dernier auteur greffait des ergols de coq sur la crête de ces mêmes animaux. HUNTER greffa une dent d'homme sur une crête de coq ; il greffa même des testicules de coq dans l'abdomen d'une poule, et Dzoupr a transplanté des cils sur une paupière artificielle faite avec de la peau de la joue.

Mais, il ne s’agit pas encore de greffes cutanées. Toutefois, déjà, en 1841, DE SANTILHAC [366] dit, dans sa thèse inaugurale, que la réparation des pertes subies par certaines parties du corps, ou prothèse vivante, comprend deux modes opératoires différents : l’autoplastie et lhétéroplastie; le premier consistant à prendre sur l'individu lui-même le lambeau réparateur, muni ou non d’un pédicule; le second l'empruntant à un individu pour le transporter sur un autre. Empressons-nous de constater que cet auteur avait sur ja greffe des idées très avancées et londait sur cette opération de grandes espérances : «© Nous n'avons pas l'intention, disait-il, de substituer entièrement la greffe à l’autoplastie

et ce seront les circonstances particulières qui, dans chaque cas, indiqueront lequel des deux moyens est le plus convenable; mais il nous semble que chez bon nombre de malades, on aura avantage à essayer la première qui, dans le cas de réussite, donnera un résultat bien plus beau et plus complet, sans empêcher de pouvoir recourir à la seconde si la tentative est restée infructueuse ».

« Dans la cheiloplastie, la greffe pourrait rendre de très grands services. À la suite de certains cancers de la lèvre qui nécessitent l'ablation complète de cette dernière, le chirurgien est souvent bien embarrassé pour créer une nouvelle muqueuse qui s'oppose au rétrécissement graduel de l’orifice buccal et à la soudure de la nouvelle lèvre avec le maxillaire. DELPECH disait à ce propos : « Donnez-moi une muqueuse et je restaurerai autant de lèvres qu'il s’en pré. sentera de cancéreuses », et, dans l'impossibilité de se procurer cette membrane, cet auteur cherchait à transformer la peau en muqueuse. »

« Dans cette opération, il nous semble que la greffe serait le complément indispensable de lautoplastie et rendrait cette dernière vraiment utile et profitable pour le malade ».

FRANK HAMILTON publie, en 1854, une observation de greffe cutanée dans le New-York medical Journal; mais sa tentative passe inaperçue et n’a aucun retentissement.

Il s'agissait d’ailleurs d'un lambeau à pédicule, d’une autoplastie par conséquent. Mais il faut constater ce fait, que HAMILTON prépare la plaie à greffer en enlevant les bourgeons charnus, et qu'il a été le précurseur de la modification si heureuse que THIERSCH appliqua, vingt ans plus tard, d’une façon raisonnée et qui est un des points les plus importants de la réussite de la greffe cutanée.

En 1863, Pauz BERT [19] avait démontré, dans sa thèse sur la Greffe animale, qu'un organe ou un fragment d’'organe condamné à mort par sa séparation du corps auquel

il appartient, peut reprendre ses anciennes conditions d’existence ou en retrouver de nouvelles dans un nouveau milieu, sans en tirer d'ailleurs aucune déduction thérapeutique pour la réparation du tégument externe, qu'il paraissait toutefois avoir déjà entrevue. « La greffe, disait-il, est toute une méthode que l’on peut employer pour la solution de maints problèmes physiologiques, dont les savants qui s'occupent de physiologie morbide pourront un jour tirer les plus habiles résultats. » Ces prévisions se sont réalisées quelques années plus tard, par la célèbre découverte de J. REVERDIN [341]. :

Il faut en effet arriver jusqu’à lui, en 1869, pour voir entrer la greffe épidermique dans la pratique chirurgicale. J. REVERDIN, étant interne des hôpitaux de Paris, eut le premier l’idée heureuse de pratiquer cette opération sur un malade hospitalisé dans le service de son maître, le professeur GUYON. Sa première communication est consignée dans les Bulletin et mémoires de la Société de Chirurgie (1869).

Il trouvait une application pratique de ce que BILLROTH avait démontré histologiquement : « Lorsqu'une plaie bour- « geonne, on voit sur la membrane granuleuse un ou « plusieurs bourgeons épidermiques, résidus épithéliaux « échappés à la destruction : ils deviennent des centres et « concourent, avec le liseré périphérique, au travail de cica- « trisation qui tend à recouvrir la perte de substance d’une « couche cornée de formation nouvelle. »

REVERDIN pensa done que s’il greffait de petits lambeaux d’épiderme, enlevés au bistouri, sur les plaies dépourvues de ces îlôts épidermiques qui tardent à se cicaltriser, ces lambeaux auraient la même influence que ceux-ci sur la cicatrisation; il eut donc le premier l’idée d'appliquer ce fait d'observation à la maturation artificielle des cicatrices et le oreffage épidermique était dès lors inventé.

Il publie de nouvelles observations dans la Gazette des hôpitaux de janvier 1870 et revient encore sur ce sujet, en

1871, dans une note à l'Académie des Siences [3427 où il étudie le processus histologique de la greffe et, en 187£, dans les Archives générales de médecine [345], où il expose complètement la question.

Il ne tarda pas à être suivi dans cette voie. Les chirurgiens parisiens l’imitent : GUYoN, GOSSELIN, DUPLAY, ALPH. GUÉ- RIN, MaRG SÉE y eurent recours et de nombreux succès ne tardèrent pas à vulgariser la méthode.

Dans la Gazette médicale de Strasbourg, HERRGOTT et AU- GUSTE REVERDIN [176] signalent le cas d’un brûlé qui, après sept mois et demi de traitement, présentait une plaie de 28 centimètres de long sur 12 de large. Ils appliquèrent onze greffes et, en quelques semaines, celles-ci provoquèrent une cicatrisation complète.

AUG. REVERDIN observa un fait important qu'il énonça sous forme de loi : « Le développement de la greffe se fait toujours du côté où elle aura le moins de chemin à parcourir pour rejoindre soit la cicatrice des bords, soit un autre îlot épidermique développé spontanément ou sous l'influence d'une greffe. »

« Il semble donc qu'il y ait une certaine attraction des parties cicatricielles les unes vers les autres. C’est non seulement l’îlot qui subit cette influence, mais la cicatrice des bords; celle-ci, en effet, pousse un prolongement vers la greffe et tend à s'unir à elle ».

A Lyon, LÉTIÉVANT d’abord (26 décembre 1869), P. Au- BERT, PONGET ensuite font des greffes suivant cette méthode, puis, en octobre 1871, paraît, dans le Lyon Médical, un article de Poncer [315] sur la greffe dermo-épidermique et en particulier des larges lambeaux dermo-épidermiques. La même année paraît à Paris la thèse de CLUuzANT [67], à Montpellier celle de CoLrar [66] sur les greffes épidermiques et, dans la Gazette de Strasbourg, un article de LauUTH [226], qui est une revue critique de ces greffes.

Presque en même temps cette pratique fut essayée dans

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