‹ Les grès wallons, grès-cérame orné de l'ancienne Belgique, ou des Pays-Bas, improprement nommés grès flamands; études formant une monographie au point de vue historique et descriptifChapitre 10 sur 81 · PRÉCIS HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PRÉCIS HISTORIQUE

Le grès, en tant que poterie de grand feu, très dure, ayait déjà été fabriqué par les anciens. Les Égyptiens en ont fait. Les Romains eux-mêmes nous ont laissé quelques terres cuites à fort feu, ce qui, abstraction faite du yernis,ou plus exactement lustre ou couverte^ constitue la principale qualité du grès. Mais ces produits ayaient en quelque sorte, été obtenus fortuitement et n'étaient pas le résultat d'une fabrication raisonnée. On ne se rendait nullement compte à cette époque des qualités qu'une forte chaleur donne à certaines terres argileuses ; le

Ternis du reste manquait surtout et la poterie, même cuite à fort feu, restait perméable. Ce n'était pas du grès dans toute racception du mot. Cette poterie continua d'être faite un peu partout. Nous en trouvons autour de Charleroi que Ton peut dater du IX* au XIIP siècle. Les vases de cette espèce étaient iaits à oui lum eaupé^ en terme de potier, et portaient à la base quelques pincées qui servaient à leur donner de Tassiette. Dans leur forme et leur ornementation, perce le cachet d'une industrie rudimentaire.

Au XII* siècle, cette poterie avait autour du cul ou des bords renforcés, des marques faites au pouce. Cette espèce d'ornementation était même employée sous diverses formes et combinée en cordons appliqués en sautoirs, en compartiments, en chevrons, etc., et collés par l'empreinte du doigt pressé alternativement sur les deux bords.

n De nombreuses trouvailles faites dans le sol nous ont donné la preuve que Bouffioulx produisait déjà ces poteries primitives, encore bien semblables à la poterie franque et même à certains spécimens romains, grès sans vernis. C'est en réalité le type que Dehmin nomme type gertnain.

Déjà du reste, dans ces siècles éloignés, l'on fabriquait en outre de la poterie de terre rouge, dont la chaleur de cuisson, assez basse, permettait l'emploi de couvertes ou vernis iiolquiftmw^ alors que la fabrication du lustre au sel était encore inconnu.

U faut se garder de confondre cette terre commune, vernissée à Talquifouz ou au plomb, avec la faïence, même avec la faïence commune, car celle-ci est chargée d'émail à l'étain.

Les Romains avaient fini par connsdtre la manière de couvrir la poterie de terre d'un vernis plombifère vert et jaune. Cependant les pièces romaines de cette nature qui sont parvenues jusqu'à nous sont tellement rares que l'on se demande pourquoi les anciens employaient si peu un procédé si utile.

Était-ce le manque de matière ou le secret du procédé qui en était cause ?

Il paraît que ce travail de vernis au plomb nous a été transmis d'Asie dès le XI« siècle. Au XIP siècle Ton fabriquait en Belgique et ailleurs, des carreaux en terre blanche, ou sous engobe blanche, vernissés au plomb, jaune à Valquifouss pur avec l'aide d'un feu modéré et à l'abri de la fumée trop épaisse, vert à Valquifouds^ mais en y mêlant du deutozjde de cuivre ou de la pyrite de cuivre et employant un feu plus fort que pour le jaune, brun et noir à Talquifoux toujours, soit seul ou mieux mélangé d'un peu de peroxyde de maganè$e\

Au XIIP et au XIV® siècle ces teintes sont utilisées par les mêmes procédés appliqués à la poterie en Allemagne et en Italie, comme chez les Romains de l'antiquité. Sur pâte rouge le même alquifoux donnait un vernis incolore qui laissait transparer le fond rouge.

Chez nous, dans les fouilles, les terres vernissées au plomb, vertes ou jaunes, simples ou à dessins, accompagnent souvent les débris des grès primitifs et même la poterie grise, attribuée à une époque bien plus ancienne. Ces terres vernissées sont

1. Pour qui ne connaît pas la chimie il y a quelque chose de contradictoire entre ce que nous venons de dire : le peroxyde de manganèse donne un vernis noir sur les carreaux céramiques, avec ce que nous avons dit ailleurs et ce que nous expliquons plus loin : que le môme corps est employé par les fabricants de grès pour obtenir leur vernis en émail de teinte violacée si belle et si riche. Un mot suffira. A la température fort modérée de la fabrication des vernis au plomb et de leur application, le peroxyde de manganèse, qui est noir, ne se combine pas, il se môle seulement au vert de plomb qu*il colore en noir. Mais à la température très élevée nécessaire pour la fabrication des grès, le môme peroxyde de manganèse se combine à la silice de là terre pour former un silicate de manganèse qui possède une puissante coloration rouge violacée qu'on avive encore en y mêlant le bleu de cobalt.

même avec ces grès et ces poteries noires certaines catégories de forme, de fabrication, d'ornementation qui indiquent une même époque et une affinité de manutention.

L'on faisait donc dans nos environs, comme ailleurs, cette poterie ordinaire, partout où Ton pouvait extraire de la terre. Ce mot de foterU employé seul j était même réservé à la poterie de terre en opposition avec Texpression poterie de pierre appliquée au grès.

Ce mot garde cette signification jusque dans la composition des noms de lieux. C'est ainsi que dès le XIV* ou le XV* siècle Villen-poterie^ Mertep^oterie^ etc., produisaient de la poterie de terre. IMous savons d'ailleurs que l'on ne trouvait dans ces communes que de la terre propre à cette fabrication et non à celle du grès.

Pendant une longue période, tout ce que l'on faisait en fait de vases imperméables était vernissé au plomb.

On ne connaissait pas encore de Ternis qui pût supporter le haut degré de cuisson de ces poteries.

Quant au vernis salin, vernis au sel marin propre au grès, et dont le travail exige une grande chaleur, il apparut bientôt cependant à la fin du moyen âge et devint le caractère distinctif da vrai grès.

Probablement toutes les localités qui firent le grès artistique &briquaient depuis longtemps, peut-être depuis plusieurs siècles, le grès uni et grossier primitif. Les documents manquent pour divers centres, mais pour Bouffioulx c'est un fait prouvé par les actes. Nous y reviendrons ci-après.

Dès le VIII* siècle parait-il, on faisait déjà de la poterie imperméable dans plusieurs contrées. C^est là du reste une question locale de qualité de terre et de cuisson à forte température. Le grès était d'abord blanc gris ; on ne sut faire le brun que plus tard.

Châtelet et Bouffioulx produisaient déjà à une époque fort reculée les grès ordinaires primitifs. Ces communes devaient leur existence à cette industrie et leur origine remonte au moins jusqu'au IX* siècle ; dès lors, grâce à la qualité exceptionnelle de la terre que renfermait le sol, on y fabriquait de la poterie dite de pierre. Toujours est-il que pour le XI1« et le XIIP siècles, c'est un fait établi sur des documents écrits ^ ; car révêché de Liège touchait dès lors une redevance des maîtres potiers établis sur le territoire de Pont-de-Loup , Châtelet et Bouffioulx,qui faisaient une seule et même commune.

Au XIV* siècle les potiers, en versant leur redevance au chapitre de Liège recevaient des présents et un dîner.

Nous avons exhumé à Bouffioulx, dans les débris de fours, des restes de grès qu'il faut reporter bien avant les XIV* et XV* siècles, commencement de la fabrication des grès ornés.

Ce n'était pas une poterie de luxe ; cependant elle était bien faite dans sa façon primitive, d'un blanc plus ou moins pur, mais couverte d'un vernis au sel souvent peu réussi et rougeâtre par tache. L'art d'obtenir le lustre brun au sel d'une façon parfaite était alors peu connu et peu étudié.

Un des caractères de cette poterie, ce sont les pincées de doigt, espèce de bossettes qui entourent la base dans le but de donner de l'aplomb au pot et de l'empêcher de bascider ou de se renverser facilement. Nous avons dit que l'on employait déjà ces pincées longtemps avant l'application du sel marin au vernissage de la poterie et au XII* siècle l'usage ^i était tout à fait répandu. Il ne fut généralement abandonné qu'à l'époque de l'invention des pots à cul coupé. Le cul se coupait soit au couteau après que les vases étaient à demi-séchés.

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