‹ Les grès wallons, grès-cérame orné de l'ancienne Belgique, ou des Pays-Bas, improprement nommés grès flamands; études formant une monographie au point de vue historique et descriptifChapitre 12 sur 81 · Voir ci-devant · texte numérisé non relu

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de qualité pour faire concurrence aux anciennes fabriques. Il £Edlut donc faire des recherches dans une autre voie et Ton en arriva à fabriquer à Dinant comme à Delft* la faïence véritable recouverte d'émail à Toxyde d'étain, ou bien ailleurs comme en France la porcelaine tendre pour laquelle la terre tirée dans le voisinage de Namur a été depuis trouvée avoir des qualités toutes spéciales, ou enfin comme en Allemagne plus tard la vraie porcelaine dure. Chabotteau lui-même fait la différence dans sa plainte de 1644 que nous avons rapportée ci-devant et j distingue les pots de grès allemands des nouveaux produits ; il n'entendait pas parler de grès dans ses requêtes en parlant d'imitations de porcelaine. Voilà certainement la raison pour laquelle Chabotteau et consorts ne réussirent pas et firent de tristes affaires. Voilà aussi pourquoi leurs grès sont presqu'un mythe. Il est probable que lui ou ses successeurs quittèrent au plus tôt la voie antique et entrèrent carrément dans la voie de la faïence et de la porcelaine tendre.

Pour Bouffioulx et Ghàtelet, la nature spéciale de leurs terres plus fortes, plus grossières, était applicable seulement à la fabrication des terres cuites proprement dites à émail plombifère, et des grès dont le monopole leur restait, comme ils Favaient tenu depuis longtemps.

. Avec les noms de Chabotteau et de Deker donnés dans les actes que nous venons de citer comme établis à Namur, on a parlé, à propos de Fexposition de Bruxelles, d'un Emonce, potier dans la même ville et on l'a supposé pouvoir être un des Emens, fabricants de grès à Raeren, ce qui pourrait faire croire que Baeren aurait transmis son industrie à Namur.

Il est bon de savoir que Emonce de Namur était un fabricant de faïence j tout à fait à la ftn du XVI 11^ siècle. Il serait difiicile de trouver en cela, la moindre connexion avec ce qui se

i. Où les faïenciers employaient les terres d*origine dinantaise.

rapporte à la fabrication éphémère du grès de Namur, cent cinquante ans auparavant, au milieu du XVII* siècle alors que rindustrie de Raeren était même tombée. Les Aimonts, Aymont, Emont, Emonts et autres formes de ce nom, ne manquent pas du reste, dans notre pays wallon. C'est on nom essentiellement français.

Outre ces tentatives dirigées contre Bouffioulx par des hommes étrangers à la fabrication et à la corporation du métier, mais non au village de Bouffioulx^ nous en citerons d'autres plus sérieuses, par cela même qu'elles émanaient de potiers de la localité.

Peu après Chahotteau, à la fin de 1661 , un potier de Bouffioulx, Pierre Laventurier, sollicita et obtint quelques mois après, un privilège pour fabriquer seul les pots émaillés à Timitation de ceux de Nassau, ce qui prouve que ces privilèges s'accordaient à qui les demandait, et ce qui du reste, n'empêchait pas les autres de fabriquer les mêmes articles.

Ce privilège du reste ne dura pas, car quelques années plus tard, c'est le maître Pierre Riflet qui fabriquait le plus de produits émaillés. Il en faisait même une espèce de spécialité et nous avons plusieurs fois dans les collections, retrouvé son chiffre sur des spécimens de bollelenslan et de brocs à ornements arborescents d'une beauté tout à fait remarquable.

L'importance du commerce local inspira à quelques membres des familles de potiers, l'idée d'aller dans les principaux centres d'exportation fonder des succursales, ou se créer des établissements lucratifs. Ils estimaient que les commis, les agents, les comptoirs, les marchands, les commerçants et tout le personnel qui servait d'intermédiaire aux fabricants, ne suffisait plus pour les transactions, tant celles-ci étaient devenues nombreuses et importantes, ou plutôt comptaient-ils sur la suppression des intermédiaires pour faire de beaux bénéfices.

Pour les Flandres il n'y fallait pas songer ; le sol sablonneux et maritime n'y renfermait aucun dépôt d'argile forte que l'on pût espérer de pouvoir utiliser pour fabriquer des grès. Mais l'attention se porta surtout vers la France et vers le pays de Liège.

Un Mathieu Bertrand, établi à Verriers ou à Liège, probablement comme marchand ou comme fabricant de poterie de terre, obtint en 1658 un octroi d'établissement pour la fabrication de Steingut. Ce Mathieu Bertrand était de l'ancienne famille des potiers de Bouffioulx, comme nous l'ayons fait voir ailleurs. Cette tentative fut aussi éphémère que les précédentes.

Il est un établissement qui eut plus de succès, bien que la durée n'en fut pas non plus bien longue. Ce fut celui de Marpent, fondé par un maître de Bouffioulx. Nous y attachons plus d'importance et nous nous y arrêterons quelque peu, parce que précisément nous produisons aujourd'hui pour la première fois une étude des produits de cet établissement sur l'emplacement duquel on a pratiqué des fouilles qui nous ont fourni grand nombre de pièces à décrire.

Marpent est sur la frontière française près de Maubeuge. Des maîtres de Bouffioulx y établirent une usine, sans doute pour éviter les frais et les difficultés de douanes à la frontière qui séparait nos potiers de leurs débouchés de la France, l'un des grands marchés des grès wallons, comme nous l'avons dit.

Nous ne savons pas d'une manière absolument pertinente le nom du fondateur de cette exportation industrielle. Nous avons fait des recherches laborieuses, nous sommeâ allé fouiller les pauvres archives locales de Marpent et celles de Jeumont, dont Marpent a longtemps dépendu. Il résulte des renseignements que nous avons pu nous procurer sur ce point, qu'au commencement du XVIIl' siècle, il y avait à Marpent des Bertrand, des Crame et des Hannecart, trois noms de potiers de Bouffioulx à la même époque. Un acte nous a même montré un premier Hannecart installé dans le village en 1694.

Les importateurs sont en effet les Hannecart et les Bertrand. Nous retrouvons à Bouffioulx Martin Hannecart et Jean Hannecart presque du même âge tous deux et leurs familles. Le dernier était maître gouverneur du franc métier en 1630. Ces deux familles disparaissent de Bouffioulx sans retour vers cette époque, les livres de Tétat civil en font foi.

Quant aux Crame, nous avons vu des actes particuliers prouvant qu'ils habitaient Marpent et 7 étaient déjà pères de familles et cultivateurs, mais non potiers, en 1547, époque antérieure à Tindustrie des grès ornés et antérieur surtout à l'importation de cette industrie à Marpent.

Du reste, longtemps avant Tépoque des grès flamands nous avions des Crame à Bouffioulx, nous Pavons dit ailleurs.

Voilà certes une ancienne famille wallonne s'il en est. Voilà aussi qui fait complète justice de l'assertion, hasardée sans la moindre tentative de justification, sur l'origine allemande des Crame, qui, à la fin du XVP siècle, sous le nom de Eran, seraient venus apporter Part du grès orné à Bouffioulx.

Des Gibon, il n'y a pas de trace à Marpent contrairement à la tradition locale que nous avons fait connaître dans notre 2^^ Rapport, tradition due à une confusion occasionnée par l'établissement de cette dernière famille au milieu du XVUI« siècle dans un village voisin, nommé Perrière- la-Petite. Nous parlerons plus loin de ce fait.

Peut-être la fabrication de Marpent commença-t-elle à péricliter quand Charleroi et ses environs furent devenus français en vertu du traité d'Aix-la-Chapelle, ce qui renversait les difficultés de douanes et rendait impossible la concurrence contre les produits de Bouffioulx, la mère patrie. Toujours est-il que rétablissement de Marpent était fini avant le XVUP siècle. On doit 7 ajouter probablement d'autres causes, analogues à celles que nous avons déduites ci-devant en parlant de Dinant et Namur. 11 paraît en effet que la qualité des terres laissait

beaucoup à désirer aussi. Employée sans mélange d'argile étrangère, elle donnait une pâte qui éclatait par la cuisson. Elle était plus propre à la fabrication de la faïence.

Telle est en résumé l'histoire de toutes ces tentatives faites pendant le XVII* siècle, d'établir en Belgique une concurrence contre l'industrie de Bouffioulx. La raison principale qui les a fait avorter peut se déduire de Tétude des rares produits que ces établissements éphémères ont laissés et qui sont arrivés jusqu'à nous. Cette cause semble avoir été le défaut de qualité de la terre. Cela donne à penser que nos anciens potiers do Bouffioulx avaient quelque raison de priser à une si haute valeur les qualités spéciales de la terre de leur Bois de Châtelet et de la vanter même avec un peu d'exagération, au détriment des argiles d'autres localités.

Si nous prenons comme type la poterie de Marpent dont nous décrirons ci-après un assez grand nombre de pièces, à titre de produits d'une succursale de Bouffioulx, voici les caractères que nous lui trouvons comme pâte : poterie grisâtre sale, d'aspect de forme et d'ornements émaillés connus sous le nom de grès de Grenzhausen, ou de Bollekenskanj soit à dessins en arborescence assez peu artistiques, assez grossiers, soufrent fort mal imprimés, à reliefs très proéminents, plus prononcés encore que ceux des anciens grès ornés '«^allons, qui cependant se faisaient remarquer par ce caractère dans cette fabrication spéciale.

Le vernis est le plus souvent mal étendu et comme pelotonné par place en moucheture un peu surélevée. (J'est le défaut nommé par les fabricants retirement ou louillonnement.

Les émaux bleu et violet sont de mauvais aspect, de teinte fort sale et de couleur terne.

Ce peu de qualité réfractaire est commune aux terres de

Dinant, de Namur, de Marpent et même de Ferrière-Ia-Petite comme nous le verrons plus loin. Cette pâte qui s^accommode si mal du lustre au sel et gui demande plutôt le vernis opaque à rétain de la faïence Une, conduisit tout droit à cette fabrication, ce qui avait déjà eu lieu pour d^aatres localités parmi lesquelles il faut citer celles de France, Rouen, Fcrrière-la- Petite, etc. etc. et comme nous Tavons dit, Namur et Dinant. Ailleurs, dans des conditions analogues on parvenait à fabriquer la porcelaine tendre, puis enfin la vraie porcelaine '.

i . L'émail blanc opaque de la faïence est plus ancien qu*on ne le croit vulfcai rement. Cet émail à Toxyde d*étain était connu et employé sur îles bijoux, concurremment avec les faux émaux ou couleurs vitrifiées bleue, rouge, verte, jaune, etc , par les Egyptiens, les Gaulois, les Romains cl les Francs. Il fut utilisé pour les petits objets de luxe en terre, les perles» par exemple, en même temps que les pâtes céramiques mi-vitrifiées qui étaient une porcelaine primitive. Du reste, les fameux vases marrhim pourraient bien être, paratt-il, de la porcelaine de Chine, parvenue à Rome dès le II*. siècle de Tère chrétienne.

La Grèce ancienne avait déjà fabriqué la terre émaillée.

Dès le XI* siècle, fémail nous revint d'Orient et Ton en fabriquait régulièrement en Espagne et en Allemagne, à Breslau, à Leipzig, etc.

Il parait que dès le Xl« siècle le nord de TAllemagne fabriquait les ornements d'émaux à Pétain et au plomb sur la terre commune. C'était une faïence primitive à pâte rouge.

Au XIl^' et au X1Il« siècle la porcelaine de Chine prit pied en Europe.

Au X1V« siècle on faisait à Nuremberg de la faïence à paie grossière. On en fabriquait en même temps \k Malaga.

Les maj cliques et les faïences d'Italie sont du XV« siècle, et les faïences polychromes de Delft, à terre grossière commencent au milieu de ce siècle. Dès ce moment, les couleurs vitrifiées bleue, violette, jaune, verte, etc., ne sont plus des secrets dé grande valeur, ni difficiles à se procurer.

Au XV<^ et surtout au XVI* siècle, dans un but d'imitation de la porcelaine de Chine, devenue plus commune par le commerce de la Hollande, plusieurs localités essayèrent de faire les émaux à petit feu ou au plomb et à l'étain pour orner les pâtes cuites à grand feu. Nous avons cité Creusen et Beauvais.

Le grès artistique ne put résister longtemps. Cétait la décadence. Les ateliers manquaient d^artistes.

Ghâtelet et Bonffioulx conservèrent d'ailleurs encore leur clientèle. Cependant au XVIIP siècle la concurrence de la porcelaine et de la faïence fut décisive, l'art s^éteignit doucement devant les nécessités industrielles et fit place à une fabrication de produits vulgaires destinés aux usages les plus communs.

Bientôt les ornements en relief disparurent et il ne resta plus que les grès émaillés en teintes plates qui avaient été les premiers et restèrent les derniers.

Nous devons malheureusement constater que parmi les vases de grès, ce sont précisément ceux de cette catégorie qui ont surtout été conservés et nous sont parvenus en plus grand nombre, et cela pour deux raisons : d'abord ils sont moins vieux, ensuite ils ont plus de brillants, plus d'éclat et ont frappé surtout les yeux du vulgaire, qui les a conservés plus soigneusement. L'industrie elle-même périclitait avec l'art.

Depuis 1694 le débouché de Flandres et des Pays-Bas était

Eo 1470 se firent les premières porcelaines transparenies de Venise. En 15IS, c*élaii une fabrication régulièrement établie à Ferrare, puis ^ Florence. François de Médicis y employait les émaux et camaïeux bleus et violets» renouvelés des majoliques.

Mais dès le XV11« siècle, les procédés de vraie faïence à terre fine, au petit feu, reprirent le dessus à cause de la plus grande facilité de fabrication.

La Hollande, la Belgique et la France entrèrent dans cette voie au Wlll» siècle et dès lors cette faïence fine, restée jusque là objet d'art, passa décidément dans le domaine domestique et fit une rude concurrence à la poterie de grès.

Cest à celte même époque que Botger, en Allemagne, trouva le procédé de fabrication de la vraie porcelaine à pâte dure.

deyena difficile par suite de rétablissement d'nn droit spécial sur les pots de pierre, porté à 12 sols par 12* de pièces au lieu de 1 sol 1/2, taxe du tarif du 18 juillet 1670. Ce droit fut renouvelé en 1697 sur les grès émaillés sons le nom de porcelaine imitée^ puis réduit à 6 sols en 1726, nominativement pour les produits de Cologne, Juilliers et pays de Liège et reproduit avec certains adoucissements nouveaux en 1732 *•

Pour rentrée en France, le droit qui, en 1670, était seulement de 1 sol et 1/2 par douzaine de pots, avait été fortement augmenté comme nous le dirons plus loin.

Ce fut à cette période de décadence des grès-cérames ornés, et pour profiter des circonstances déduites ci-devant, que plusieurs potiers de Bouffioulx allèrent de nouveau porter leur industrie dans le nord de la France, à Ferrière-la-Petite non loin de Marpent. Notre collègue et ami M. Fiéyet a pu préciser et compléter par des documents ce que nous avons écrit à ce sujet. Cette importation fut faite en 1718 par Gille Gibon avec ses trois fils Jacques, Jean et Lambert.

Cette industrie des grès émaillés à teintes plates fut prospère à Ferrière-la-Petite, et aujourd'hui encore, grâce aux terres voisines, l'industrie des grès communs y continue avec celle de la grosse faïence.

U reste dans cette localité des descendants de l'importateur qui proclament encore leur cousinage avec les Gibon de Bouffioulx, entretiennent a^ec eux des relations de familles et réclament à l'occasion aide et assistance en matière de fabrication.

i. Le droit y était porté à 10 sols pour les vases contenant plus d'un pot et réduit à 3 sols pour les vases plus petits qu'une pinte.

Voir le tarif du 18 juillet 1670 et les ordonnances des 16 novembre 1694^ 15 novembre 1697, (8 août 1797), 12 août 1726, et 6 septembre 1732, dans le Livre des placaris, édils, règlemenls, tarifs^ ordonnances^ décrets^ etc*^ par Joseph Michel Wautees, 1737.

D'autres Gibon allèrent à Rouen s'établir fabricants de fiEuences. C^étaient les descendants de Mathieu Gibon, lequel quitta Bouffîoulz pour aller 4*abord à Ferrière-la-Petite où il possédait une faïencerie en 1730, puis en 1757, porta son industrie à Becquet, près de Rouen. Il est donc probable que si l'on cherchait, on trouverait que l'industrie de Rouen doit quelque chose, certains progrès, certaines importations, à des enfants deBouffioulz. Voilà une question qui vaut la peine d'être étudiée. Nous avons ailleurs relevé un assez bon nombre de marques de faïenciers inconnus de Rouen qui semblent se rapporter au nom de Gibon. Voici la liste de ces marques de faïenciers inconnus que nous extrayons de Th. Gbaessb '. J'y joins les n^ d'ordre qui leur sont attribués : G suivi d'une croisette avec quatre points entre les

branches (515).

Le G est mal formé (532).

Le G est mal formé (580).

Suivi d'une croisette avec quatre points entre les branches ; autre types que plus haut, avec le G mal formé (581).

G suivi d'un 0 en losange (584). Trouvée en deux

variétés.

A. Jacquemabt * nous procure les marques suivantes, d'attribution douteuse comme celles qui précèdent.

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