‹ Les grès wallons, grès-cérame orné de l'ancienne Belgique, ou des Pays-Bas, improprement nommés grès flamands; études formant une monographie au point de vue historique et descriptifChapitre 15 sur 81 · EXAMEN DE LA TERRE, DE LA PATE ET DU VERNIS · texte numérisé non relu

EXAMEN DE LA TERRE, DE LA PATE ET DU VERNIS

Jusqu'ici, pour le travail d'attribution des grès ornementés de la renaissance flamande, les amateurs ne paraissent guère s'être occupés de la nature de la terre et des pâtes céramiques. Voilà cependant le vrai moyen élémentaire de constatation qui emporte avec lui la plus grande valeur.

Dès Torigine je m'en suis servi au point de vue de Bouffioulz et ce moyen de recherche, de comparaison et de constatation m'a été le plus utile. C'est un moyen logique et tout à fait rationel, le vrai procédé du fabricant, qui est l'homme le plus expert en la matière. L'examen du vernis et des faces vernissées fournissent quelques renseignements pour aider dans la comparaison à faire entre les grès de Bouffioulx et les grès allemands de diverses provenances, y compris ceux de Raeren. Mais il est impossible d'en tirer un caractère distinctif certain.

Il n'en est pas ainsi de la texture même du vase, de l'aspect et des caractères de'.la terre étudiés sur la tranche des parties brisées. Cet examen, fait soigneusement, est de la plus grande utilité et conduit aux résultats les plus décisifs. On peut du reste y joindre les autres caractères.

Il faut se garder de négliger aucun moyen et l'on doit arriver à quitter cette voie d'à peu près, voie empirique et sans méthode que nous avons critiquée ailleurs d'une manière un peu sévère. Il faut adopter des procédés rationnels et en quelque sorte absolus. Or on peut et l'on doit y arriver.

Les terres de Bouffioulx sont généralement plus réfractaires, plus dures, à grain moins fin, de composition plus ferrugineuse

que les terres allemandes. Les grès de Frechen ressemblent cependant beaucoup aux grès wallons sous ce rapport. Nous doTons placer ici une catégorie de pâte semblable, à ornements analogues mais plus grossiers, d'origine inconnue, quelquefois confondue avec le Bouffioulz ou le Frechen commun. Ce pourrait être du fiaireuth ancien.

Les anciens grès prussiens au contraire, offrent à ce point de Tue une finesse de pâte tout à &it remarquable et une fusibilité telle que le degré de cuisson était facilement dépassé pendant la fabrication.

Cependant ce que je viens de dire des terres de Bouffioulz n'est pas tellement absolu qu'il n'y ait d'exception, au contraire. Certaines variétés de terre de nos localités, et ce sont les plus anciennes, celles qui venaient des premiers choix dont parlent les Documents que nous avons publiés, certaines variétés, disons-nous, tout en conservant leurs qualités réfractaires propres, sont aussi fines, aussi blanches (avec un œil jaunâtre) aussi pures de fer que les plus belles terres du Westerwald. Ces pâtes choisies étaient employées surtout pour les productions de luxe ornées d'émaux de couleur.

Les terres plus grossières et moins fines étaient employées pour la fabrication des grosses pièces, gourdes, grands pots, tonnelets, etc., fabrication importante à Bouffioulx et moins bien ornementée que le reste.

Nous dirons un mot des autres localités belges qui ont tenté de faire la concurrence à Bouffioulx pour les grès ornés. Les terres de ces localités n'avaient pas les qualités nécessaires pour la fabrication des grès, aussi en est-on bientôt arrivé à les utiliser dans la fabrication des faïences et des porcelaines tendres, oii elles offraient plus d'avantages.

Si l'on veut étudier sérieusement les seuls tessons de cette catégorie de grès que nous possédions et qui sont les tessons trouvés à Namur, on y remarque à l'évidence que ce

produit ne ressembls pas au Steingut du Westerwald ou de Bouffioiilx.

La pâte en est beaucoup plus fine que celle de ces derniers, plus homogène, moins réfractaire et plus belle ; mais aussi comme conséquence, presque toujours déformée par le feu et beaucoup plus fragile. Je trouve une grande ressemblance entre cette pâte et celle du grès orné de Vetschau près de Berlin, dont j^ai dit un mot ci-devant. Seulement la présence du manganèse rend cette dernière plus noire.

La pâte de Namur, comme celle d'autres localités, se rapprochait beaucoup de celle de la porcelaine tendre et c'est aussi à la fabrication de ce produit que fut conduite l'industrie de ces environs après de longs essais.

Pour Marpent, les spécimens que nous possédons de ses fabriques nous montrent une terre grossière, sans compacité, sans consistance, sans résistance. La pâte s'émiette facilement par défaut de cuisson ou bien elle est trop cuite et a demi vitrifiée par le feu. En résumé : terre peu réfractaire, peu homogène, ne pouvant, par place, supporter le feu nécessaire pour acquérir assez de résistance sans se fritter et restant dans d'autres parties grenue, feuilletée, peu cuite et parfois rougeâtre à l'intérieur comme la poterie de terre. Ce n'est réellement pas de vraie poterie de pierre ou du grès, produit qui doit passer au grand feu, mais si le lustre au sel y était remplacé par le vernis opaque, ce serait quelque chose dans le genre de la faïence.

Nous pensons être le premier qui, à l'égard des grès flamands, ayons invoqué ce genre d'études relatives aux terres. Nous avons déjà ailleurs recommandé ce moyen et nous insistons de nouveau sur ce mode d'investigation complètement négligé jusqu'ici.

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