‹ Les grès wallons, grès-cérame orné de l'ancienne Belgique, ou des Pays-Bas, improprement nommés grès flamands; études formant une monographie au point de vue historique et descriptifChapitre 24 sur 81 · LES MODELEURS ET LES MOULES · texte numérisé non relu

LES MODELEURS ET LES MOULES

Quand on réfléchit sérieusement sur les habitudes des maîtres potiers anciens, surtout pour ce qui regarde les moules qu'ils employaient, on arrive à des conséquences qu'il est bon de formuler et que^ne doivent pas perdre de vue ceux qui s'occupent de rechercher la vérité sur la production respective des centres divers de fabrication.

Si nous passons en revue les ornements des grès, nous voyons qu'un grand nombre de types de ces ornements, en rmaiisanee Jldmande^ étaient semblables dans diverses fabriques et dérivaient Tun de Tautre.

Ces dessins pour épaulement, bandes de goulots, ceintures de pots, mascarons, rosaces, etc., et même danses et autres scènes, médaillons et écussons, ont été reproduits et sont devenus vulgaires en passant de fabrique en &brique, et nous les retrouvons plus ou moins variée sur les grès bruns ou bleus de Raeren , de Frechen, de BouflSoulx, de Hoehr, ou de Siegbourg, et même, jusqu^à un certain point, sur les grès anciens et sur les grès relativement modernes.

Chacun peut le constater en effet, les ornements que portent les grès ornés à Raeren, comme à Siegbourg, à Frechen, à Bouffioulx et ailleurs, ne sont nullement spéciaux. Ce sont des ornements de renaissance flamande dessinés des centaines de fois et variés de toutes façons par les artistes flamands de répoque, graveurs, dessinateurs, ornemanistes et autres ; des rinceaux, des cuirs, des feuillages, des cartels, des arabesques, etc., que nous voyons reproduits avec plus ou moins de variété, dans tous les albums de Part flamand aux XYPetXVII* siècles. On peut s'en assurer en les feuilletant '•

Les modeleurs d'ornements, pour les potiers, comme les fabricants de modèles et de patrons pour diverses industries,

1. Je citerai les suivants qui se présentent à ma mémoire : Les diverses œuvres de Ditterun et particulièrement son Livre de C architecture, les œuvres de Gaillàbaud et surtout V Architecture et les Arts au moyen âge et à la Renaissance, VOmementation usuelle de Pfior, les Documents de l'art dans les Pays-Bas, recueillis par J.-J. van Yssndtck, VArt pour tous, etc., et autres collections de dessins, compilés dans les anciens ouvrages illustrés de la renaissance flamande.

que l'on désigne souvent du nom de eartenmalers * , ne se mettaient pas toujours en frais d'imagination.

En Allemagne, comme à Raeren, comme dans le pays wallon, ils puisaient d'ordinaire les motifs de leurs modèles dans les œuvres des artistes contemporains en renom, dessinateurs, peintres, ou graveurs des villes où Part était pratiqué et où ces artistes publiaient des œuvres sérieuses, faisaient souvent école et formaient presque tous des élèves. Ce fonds étranger servit presqu'exclusivement à Tornementation du grès, sans que les véritables auteurs imités ou copiés en eussent le moindre profit, et sans qu'ils y prissent, sans doute, beaucoup de soucis. Les vrais artistes d'ordinaire ne travaillaient pas directement pour les potiers.

Ces modeleurs pour potiers, que l'on ne peut vraiment nommer artistes puisqu'ils ne faisaient que copier et imiter : Jean MennickeD, Beaudouin-Mennicken, Jean Beauduin, Englebert Kran, etc., de Raeren, Jean Emens de Neudorf, Godard, Visnon, Bertrand, etc., de Bouffiouk, Jean Allers, graveur à Francfort % Robert Thievin, qui n'était pas potier et dont la patrie est inconnue, mais dont le nom indique une origine wallonne ou française, et les autres ne faisaient qu'appliquer les ornements typiques des écoles artistiques de l'époque. Ils empruntaient aux flans Sebald Beham, aux Aldegrever, aux Solis de Nuremberg, leurs danses, leurs noces, leurs kermesses de paysans et leurs scènes de la bible. Us prenaient aux Jacques Floris et aux Jérôme Cock tous deux d'Anvers, aux Hans Liefrinck graveur travaillant au milieu du XVP

1. Nom des graveurs primiiifs de matrices en bois pour imprimer les cartes à Jouer.

2. Selon Vàn Dornsbuch, dans un mémoire adressé en 1876 à la Sociéu provinciale dTlrecht ; rapporteur M. Leemàns.

siècle dans différentes localités des Pays-Bas, entre autres à Anvers * où il paraît en 1588 dans les Leggerm^ et antres publications, les divers types des eompartimenten. Ils imitaient des Jacques Debry de Liège, puis de Francfort, ses cuirs et 868 cartouches, et des Hans Hilgers de Cologne, d'autres ornements.

Jean Allers copiait les cuirs de ce dernier et ceux de Théodore Debry *, il y mettait même son nom '; Jean Emens signait de ses initiales des extraits des CompartimenU de Floris * ; Jean Mennicken faisait la même chose pour la reproduction d'une kermesse de paysans de Beham ' ; Beauduin Mennicken agissait de même ' ; d'autres empruntaient divers ornements dus aux graveurs du temps ^

La danse de paysans de Beham était copiée à tout venant comme ornementation par les artistes industriels divers : sculpteurs, graveurs, dessinateurs, modeleurs, repousseurs. On la rencontre ainsi que la scène du paradis terrestre, reproduite sur des dinanderies* Les potiers de cuivre pouvaient remployer à Dinant, pourquoi l'emploi de ce motif d'ornementation eût-il été interdit aux potiers de grès de Bouffioulx, sous peine d'être soupçonnés d'avoir copié Raeren, comme on a voulu parfois le faire entendre ? Ce point ne résiste pas à la moindre réflexion, veut-on des exemples plus précis de cette sorte d'imitation ?

M. H. Van Duyse de 6and, a fait remarquer que les ouvrages

1. Voir sur cet artiste le Messager des sciences historiques^ 188f, page 313.

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