‹ Les grès wallons, grès-cérame orné de l'ancienne Belgique, ou des Pays-Bas, improprement nommés grès flamands; études formant une monographie au point de vue historique et descriptifChapitre 28 sur 81 · BANALITÉ DES MOULES · texte numérisé non relu

BANALITÉ DES MOULES

La conséquence de ce que nous venons d'écrirOi c'est qu'à Bouffioulx, comme ailleurs, il y avait certains moules tout à fait locaux et spéciaux aux fabriques wallonnes ; mais comme dans toutes les fabriques aussi, d'autres moules étaient des produits du commerce des modeleurs, c'est-à-dire des moules banaux employés partout, ou bien des imitations, ou des surmoulages faits sur les lieux mêmes.

Les moules d'une certaine importance, écussons, médaillons, etc., sont parfois marqués. Nous trouvons à Bouffioulx les marques étrangères dues à Jean Emens de Neudorf , à Beauduin-Mennique de Raeren, à Hans Higlers de Siegbourg, à Jean Allers de Francfort, à Robert Thiévin et à M. M. d'origine inconnue, etc.

Quant aux moules d'ornementation ordinaire, bandeaux de goulots, épaulement, etc., etc., ils sont d'une banalité frap-

pante et paraissent avoir été copiés Tan sur Tautre dans toutes les fabriques.

Du reste tous ces moules offrent quelques variantes dans chaque localité et môme dans chaque fabrique. Ce détail se remarque plus encoro^ pour les médaillons et autres pièces principales. Je vais en indiquer de nombreux exemples. J^ai constaté à Bouffioulx jusqu'à trois ou quatre variétés du même moule non seulement pour diverses fabriques, mais aussi pour une seule fabrique, ce qui s'explique tout naturellement par la nécessité de remplacer les moules usés ou détruits et ce qui ne pouvait manquer d'avoir lieu aussi dans les autres centres de production. L'identité de moule n'existe ni pour des localités différentes,^ ni même pour des fabriques voisines.

Quand nous avons affirmé à propos de Bouffioulx que les anciens fabricants de grès, pour orner leurs produits, s'emparaient de médaillons, d'armoiries vraies ou fantaisistes et de tous autres ornements qu'ils prenaient n'importe où, et qui devenaient banaux, appartenant à tout le monde, les intéressés ont affecté le doute, l'incrédulité, la négation. Ils se sont émus de trouver à Bouffioulx, à Raeren, à Siegburg, etc., les mêmes sujets, traités de la même manière, et aussitôt, sans plus examiner, sans voir les pièces l'une à côté de l'autre, ils ont jugé et décidé que les moules de Bouffioulx venaient de Baeren et de Raeren seul !

Or, si l'on va au fond des choses sans parti pris, on trouve que ces sujets communs à Bouffioulx, i Raeren, à Siegburg, à Frechen ou ailleurs, sont traités dans des moules non identiques, mais semblables, variés si l'on veut. Constater cette variété était la chose la plus simple ; peut-être est-ce même cette simplicité que l'on a voulu fuir. On ne pouvait constater ces choses au moyen des procédés auxquels on s'est arrêté, soit des raisonnements par à peu près, soit même peut-être par la vue de dessins et de planches. Il fallait venir visiter et

étudier la seule collection nombreuse de tessons de Boaoalk qui existe, celle du musée de Charleroi. Or, c'est ce que les défenseurs de Baeren n'ont pas voulu faire jusqu'ici. Ymlà ce qui a amené contre Bouffioulx diverses assertions erronées dont nous avons déjà fait justice ailleurs et qid constituent une erreur historique, lancée plusieurs fois par les journaux politiques dans un public incompétent.

J'ai donc trouvé des écussons et des ornements semblables à ceux deBouffioulxsur des vases d'autre origine etFon en trouvera encore beaucoup quand on voudra établir un travail plus complet de comparaison avec les produits de Siegburg, de Frechen, de Nassau, etc. Je n'ai, dans cette voie, rien vu dHiènHqw ou venant de m6m$ moule ; il y a toujours une variation. II s'agit toujours de moules imités l'un de l'autre ou surmoulés, mais un peu variés.

La conséquence générale au point de vue pratique, c'est que sarii d'un mo^e semblable n'implique pas le moins du monde Venant de même /brique ou de mime làealitéi Pour exercer des revendications en faveur de Tune on l'autre fabrique, en faisant abstraction de l'étude des terres, ce qui n^est pas prudent, il faut qu'il s'agisse de pièce sortie du même moule, Qooi de plus évident pour celui qui étudie quelque temps les grès anciens ? (Combien d'ornements du même type, légèrement variés de différentes manières, ne rencontre-t-on pas sur les produits de toute origine?

A ce point de vue il y a même une chose tout à fait remar-* quable, c'est que la marque des fabricants elle-même variait. Le même producteur employait dans le même temps des mar ques tout à fait différentes. Nous en avons cité des exCT&pIes remarquables au chapitre des chiji'es et marques imprimées dans les fris bruns et nous sonunes entrés dans quelques explications' à cet égard.

Pour les autres moules, je vais donner aussi quelques exemples de cette variété que j'ai pu constater et contrôler par moi-même. Il s^agit de produits venant en même temps de diverses fabriques de Bouffioulx et de Cbâtelet, sortis de différents moules, parfois au nombre de 4 ou 5, produits retrouvés pendant les fouilles dans les dépôts respectifs de rebuts anciens.

En voici la liste. Les désignations sont les marques de notre Musée qui sont adaptées aux pièces décrites à la fin de ce volume.

Grandi médaUtons, écuitont.

Ax 25.

Ax 426.

Ax 27.

Ax 430.

Ax 29.

Ax443.

Ax 31.

Ax 455.

Ax 33.

Ax 458.

Ax 34.

Ax 557.

Ax 36.

Ax 567.

Ax 38.

Ax 570.

Ax 39.

Ax608.

Ax 43.

Ax 612.

Ax 45.

Ax681.

Ax 49.

Ax 688.

Ax 102.

Ax 106.

Ax 714.

Axl30.

Ax 715.

Ax227.

Ax831.

Ax321.

Ax833.

Ax 265.

Ax836.

Ax313.

Ax838.

etc.

FYiiei ou bandeaux de goulaU.

Ax 118. Ax 627.

Ax 279. Ax 628.

Ax361. Ax668.

Ax352. Ax662.

Ax 516. Ax 680.

Ax520. Ax683.

Ax621. AX684.

Ax 522. Ax 685.

Ax 523. Ax 686.

Ax 524. Ax 834.

Ax 626. etc.

Danses^ êcènei, faytagei.

Ax 24. • Ax436.

Ax 99. Ax439.

Ax 100. Ax 440.

Axl08. AX441.

Ax 337. Ax 446.

AX431. Ax600.

Ax434. Ax601. etc., etc.

Grands lartmann de ffouloU.

Ax491. Ax496.

Ax492. Ax603.

Ax493. Ax613.

Ax494.

Ax 495. etc., etc.

Fleuram et bouquets eu creuw.

Ax 80. AX377.

Ax 82. Ax593.

Ax 85. Ax595.

Ax 87. Ax613.

Ax 88. Ax636.

Ax 89.

Ax 660.

Ax 92.

Ax 666.

Ax 676.

etc., etc

Petits moicarons.

A«637. Ax712.

Ax709. etc., etc.

Dans chaque centre de fabrication, allemand on autre, il serait facile de dresser de longues listes, semblables à la précédente pour diverses fabriques voisines ou éloignées Tune de Tautre.

D^un autre côté, parmi les exemples que j*ai cités, il en est plusieurs qui ont rapport à des moules employés en même temps, en variété, à Bouffioulx ou Cbâtelet, dans les fabriques allemandes et dans les fabriques limbourgeoises.

Un certain nombre d*écussons devenaient communs, employés conmie ornements banaux, dont les diverses fabriques possédaient un grand stock de mêmes moules et en fabriquait même continuellement.

Une chose frappe les yeux, c'est d^abord le nombre d*armoiries de royaumes ou d^Êtats, de cités ou de villes, de gildes ou de sociétés particulières, etc. ; puis de rois, de princes, de ducs, de hauts personnages, de grands hommes, de personnages légendaires, etc. ; et enfin d'armoiries fantaisistes ou incomplètes, qu'on rencontre partout et qui n'ont certainement pas pour origine la commande de vaisselle marquée au chiffre du propriétaire.

Ces médaillons ne sont que des ornements vulgaires et communs. Tout cela est encore aujourd'hui dans les habitudes de nos industriels contemporains, pour beaucoup de productions.

Da reste les écussons, les armoiries et autres ornements étaient devenus banaux, non seulement pour la poteriOi mais pour tous les genres décoratifs : dessins, gravures, sculptures etc., et pour toutes les œuvres ornementales artistiques. En ce qui regarde la poterie, ce n'était qu'une conséquence, car en fait d'art, la poterie ne portait pas le drapeau, mais ses modeleurs suivaient, comme nous Tavons fait voir, les vrais artistes et les imitaient ou leur empruntaient leurs œuvres.

Les catégories d'écussons précédentes n'ont donc, en générali jamais été fabriquées pour servir de chiffres, mais simplement d'ornementation.

La commande de vaisselle aux armes du propriétaire a pu se produire tout au plus pour certains dignitaires, et pour la vraie clientèle; mais, la fourniture faite, les moules sont restés en magasin ; et mêlés à tous les moules d'ornementation banale ils furent employés à tout venant, rapprochés l'un de l'autre au hasard par l'ouvrier. Puis après plus ou moins de temps, ils étaient surmoulés ou copiés par d'autres fabriques, lorsqu'ils étaient assez beaux et assez agréablement enjolivés pour plaire au public, et ils passaient peu à peu dans le stock des moules banaux et communs à Tindustrie des grès.

Une autre catégorie de médaillons étaientmodelés certainement sur commande faite aux artistes. Je veux parler des marques armoriées ou ornées des maîtres potiers, que d'autres n'employaient pas sans doute, sauf dans des cas extraordinaires fort difficiles à apprécier et à préciser. On a retrouvé la marque de fabrique deMennicken deBaeren, sur les produits defiouffioulx, de Sieburg et de Cologne, parait-il.

Les seigneurs faisaient-ils faire la vaisselle à leurs armes en même temps dans diverses fabriques souvent éloignées ? Les Lomont venaient-ils commander des grès à Bouffioulx en même temps qu'à Raeren ? Nous ne le pensons pas. Il nous parait

évident que le plas souvent il s'agit d'écussons devenus banaux.

Tel était, avons nous dit, le sort de tout écusson de belle apparence quand la période d'utilité en était passée.

Comment en serait-il autrement par exemple pour les grès wallons aux armes des Vanden Steen, des Marcelis, des Colchon, des San Yittores, des d^Oumale, des d'Horion, etc., fabriqués sur commande en quantité minime sans doute pour la famille, et dont on rencontre encore aujourd'hui partout des centaines de spécimens, dans les maisons particulières et dans les musées, malgré la rareté relative des pièces de grès anciens que l'on parvient à recueillir.

Certains écussons se retrouvent partout en types divers, sortant de vingt moules différents, en œuvres bien ou mal faites et même avec des millésimes différents. Tels sont les Lomont fabriqués en quantité dans plusieurs fabriques de Bouffioulx, de Cbâtelet, de Raeren, de Siegburg et d'ailleurs encore.

Il n'y a rien d'étonnant dans ces faits, pour le cas où il s'agit de moules fournis par des modeleurs spécialistes, faisant le commerce partout et allant même en personne livrer leur marchandise dans les divers centres de fabrication et vendant les mêmes types à toutes les fabriques qui les désiraient.

Les surmoulages aidaient encore à cette multiplication.

Voici du reste une preuve mathématique dont l'on ne pourrait rejeter la force.

A Bouffioulx, comme à Raeren et en Allemagne, se rencontrent sur le même vase, les armoiries de plusieurs familles ; or on comprend que, si un maître de maison fait marquer sa vaisselle à son chiffre, il ne tient nullement à y joindre le chiffre ou l'écu d'un autre, fut-ce d'un ami ou même d'un parent.

Il y a plus, cet assemblage que nous rencontrons sur le même vase, est souvent composé d'écussons tout à fait étrangers l'un à l'autre, d'armoiries de familles qui n'ont jamais eu le moindre

rapport ensemble, de médaillons et d'ornements les moins connexes entre eux.

Voici des écns héraldiques que nous avons trouvés ensemble et sur lesquels nous avons appelé Tattention dans notre Catalogue :

ECUS : de San Vittores (laïc) , d'Horion et de San Vittores (abbé).

9 de San Vittores (laïc), de Golchon et de Vanden Steen»

n de San Vittores (abbé) et d'Ejnatten-Bergh.

» de San Vittores (laïc) et de Xhencheval.

» de San Vittores (abbé) et de Golchon.

n de San Vittores (laïc), de Colchon, de Xhencheval et de Rosen.

» de San Vittores (laïc) et de Clercx.

» de San Vittores (laïc), d'Horion, de Reuschenberg et de Colchon.

» de San Vittores (abbé) et d'Horion.

9 de San Vittores (laïc) et d'Horion.

ji de San Vittores (abbé) et d'Uouwen.

» de San Vittores (laïc) et d'Houwen.

j) de San Vittores (abbé) et l'écu A^ 749.

n de San Vittores (laïc), de Xhencheval et de Bergh» Eynatten.

n d'Horion et de Vanden Steen.

» d'Horion et de Rosen.

» d'Horion et d'Eynatten-Bergh.

7) d'Horion et d'Houwen,

7) de Colchon et de Bocholtz-Bocholtz.

n de Massillon, d'Oranus et de Salme,

» de Massillon et de Marcelis.

n de Massillon, de Libert et de Marcelis.

n de Severi (abbé) et de Kerkem.

a de Severi (laïc), de Van Stepraet et de Vanden Steen

Êctts : de Severi (abbé) et de Sprimont.

a de Chockier et Técu A^ 721.

» de Marotte et de Bocholtz-Bocholtz.

n de Marotte et de Sprimont.

n de Sprimont et de Miche.

9 d^Oomale et de Marcelis.

n de Eerkem et Técu Ax 771 .

» de Eerkem et Técn A^ 109.

n de Bemardo et Técu A^ 109 .

n d^Xhencheval et d'Houwen.

» de Velasco-Ligne et de Vanden Steen.

» de Lomont et Técu A^ 31.

n Ax 770 et reçu A^ 109.

Chaque assemblage a été trouvé parfois sur deux, trois, ou quatre vases différents.

ITest-ce pas un joli morceau de mozaïque, que cette réunion d^armoiries de familles étrangères Tune à Pautre ? Et ne voit-on pas que Touvrier, pour son travail, a puisé machinalement et au hasard dans le magasin de moules, une poignée d'écussona quelconques; ou bien s'il faisait un certain choix, qu'il ne pensait qu^à prendre les plus jolis ?

Mais ce n^est pas seulement pour les écus armoriés que Ton rencontre cet assemblage hétéroclite ou du moins une diversité qui prouve la préoccupation du coup d'œil avant tout^ quand il s'agissait de la fabrication courante, et qui donne une idée du carphamaiim que devaient présenter les magasins de moules.

On trouve sur le même vase la marque ou le chiffre d'un potier du cru, en même temps que la marque d'un modeleur souvent étranger. Les marques de deux modeleurs différents se rencontrent aussi.

Quand les marques font défaut, il n'est pas rare de constater

Torigine tonte différente de denx ornements, qni sont réunis et jurent parfois d'être Tun à côté de l'autre.

M. Lbemans, directeur du musée de Leyde, a signalé dans un rapport manuscrit, qu'il a bien voulu nous communiquer et que nous avons cité ci-devant, un vase portant réunies les armes du roi de Hollande, et les armes de la famille deClesves * . « Quel rapport, dit-il, peut-il bien y avoir entre les deux, sinon une erreur d'ouvriers décorateurs ?» Ce n'est pas une erreur, mais un moyen de décoration, lui avons-nous répondu.

Tous les rapprochements qui précèdent, et qui prouvent la banalité des moules, ont été faits uniquement au point de vue de Bouffioulx et Châtelet ; mais il sera facile de vérifier que la même chose se passait dans les fabriques allemandes et limbourgeoises. Nous ne nous occupons pas de ces dernières, mais nous insistons pour que Ton fasse cet utile travail.

On doit déduire nécessairement de cette étude spéciale, un fait palpable, et peu surprenant du reste : Tindustiie et lesindustriels ont, de tout temps, employé les mêmes procédés pour faire valoir leur marchandise et assurer la prospérité de leur négoce.

En terminant ce chapitre, nous allons donner un relevé un peu complet des ornements importants que nous avons rencontrés ensemble. Nous n'inscrirons, pour éviter les longueurs, que la marque même de chaque objet et nous y joindrons une initiale pour en indiquer la nature ainsi qu*il suit :

Êcusson héraldique (E) ;

Grand médaillon d'ornement (M) ;

Petite Rosace (R) ; ,

Frise ou bandeau de goulot (B) ;

Petite tête ou Mascaron (T) ;

i. Nous pensons qa*ii faisait allusion îinotreéca à i'escarboucle Ax49.

Grandes figares à barbe dite bartmann (F) ;

Ornement imprimé en creux (C).

On pourra de ce tableau tirer des conséquences importantes.

YASBS. OBKBHEIITS TBOUYÉS VSBXMXàM.

Mutée de Charleroi.

A« 499 — A» 448 (Bl) - A« 491 (F).

A« 653 — A» 838 (E) - Ax 607 (C).

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