‹ Les grès wallons, grès-cérame orné de l'ancienne Belgique, ou des Pays-Bas, improprement nommés grès flamands; études formant une monographie au point de vue historique et descriptifChapitre 3 sur 81 · PARTIE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE

GENERALITES.

ENTRE RAEREN ET BOUFFIOULX.

Depuis Porigine, Raeren a accueilli les découvertes relatives à Bouffioulx et aux grès wallons avec une malveillance sourde qu^il avait peine à cacher. Dès ce moment commença tout un système de ces allusions, plus ou moins voilées qui d'ordinaire, sans paraître ouvertement hostiles, portent fruit et pourraient faire tort à nos anciens centres de production céramique en fondant tout doucement, à la sourdine, des erreurs historiques qui se propagent et resteront si Ton n'y prend garde. On voudrait déprécier d'une manière regrettable une industrie entièrement nationale, au profit d'une industrie similaire étrangère à la Belgique, dont personne ne veut du reste chez nous ravaler la grande valeur. Désirant neutraliser autant que possible cette influence et ces manœuvres préjudiciables à la vérité et à une réputation justement méritée, notre Société archéologique et son Comité, m'ont prié de rétablir les faits loyalement et de soutenir la vérité avec fermeté en vertu du principe cuiqi^ô^ iuum ; je suis ici leur organe.

Comme révélateur et en quelque sorte parrain de l'industrie antique des grès ornés wallons, j'ai en effet le devoir de défendre sa réputation. Il me suffira de protester et d'appeler l'attention des hommes compétents sur les manœuvres que je viens de signaler. Je tâcherai de le faire de façon à ne blesser personne et en oubliant que l'on a omis sur ce point à mon égard, une règle que l'on ne devrait jamais oublier. Je ne

perdrai pas de vue qu'en remplissant ce devoir, je représente ici une société sérieuse, peinée de tant d'efforts faits dans le but évident de ravaler systématiquement fiouffioulz et son industrie au profit de Raeren, à la grande satisfaction des centres allemands ; mais pour défendre notre industrie belge il suffira, j'en ai la conviction, de l'ouvrage que je publie aujourd'hui et des planches nombreuses et fidèles qui y sont jointes.

Il faut bien que je prenne le taureau par les cornes, fiouffioulx serait dupe si je n'abordais franchement la question une ibis pour toutes, dans le but de la traiter ouvertement ou plutôt de faire remarquer simplement la tactique employée, car je n'aurai pas besoin de discuter, mais simplement d'exposer les faits accompagnés de quelques explications nécessaires.

En 1880, alors que les grès flamands éveillaient seulement l'attention et que Raeren commençait à se faire connaître, nous découvrions les grès wallons et nous les montrions comme les vrais grès belges ou flamands. A l'appui de cette thèse, la Société de Charleroi envoya à V Exposition nationale de Bruxelles des pièces authentiques et probantes. Dès ce moment déjà l'opposition se manifesta contre la vérité naissante et contre des faits qui commençaient à gêner les prétentions de Raeren, dont les partisans avaient déjà en quelque sorte pris possession de la Belgique. Ils avaient écrit en effet, qu'au XYII'' siècle l'industrie des grès était « nouvelle pour les provinces belges n et ils s'efforçaient de prouver que les revendications de Raeren, pour les grès flamands, ne pouvaient « nous porter ombrage à nous autres Belges » parce que Raeren avait fait partie de la Belgique anciennement et que l'industrie de cette commune peut » donc être considérée par nous comme une industrie belge ».

Or, cette fiche de consolation naïve adressée aux Belges par la Prusse arrivait trop tard, l'industrie ancienne de Bouffioulx, l'industrie des vrais grès belges était découverte et les preuves

en forent présentées au public à TËxposition. Le premier mouvement de ceux dont ces faits déraugeaient un peu les plans, fut de nier, ou à peu près.

Nous annoncions des faits tellement inattendus, tellement importants, qu'on ne pouvait croire à la fortune de Bouffioulx, venant gêner les prétentions étrangères, au moment même oii Ton serrait les rangs pour supprimer la Belgique et où Ton se partagait déjà une des gloires de notre industrie nationale. Il était dur de devoir lâcher prise et d'être obligé d'avouer que réellement l'industrie des grès belges, et vraiment belges, avait existé.

Voici une protestation que notre Comité a dû formuler et publier à cette époque et que j'ai reçu instruction de reproduire dans tous mes ouvrages sur les grès ornés, pour lui donner une publicité convenable dans l'intérêt de la vérité.

SOCIETE ABCHÉOLOGIQUE DE OHABLEBOI.

Sectificaiian à faire

au Catalogue officiel de VJBwposition nationale lelge as 1880. Section E, céramique, n^ 226.

« La SocUté archéologique de Charleroi a envoyé à l'Exposition nationale belge de 1880 des vases et des tessons de grès ornementés anciens, dits grès flamands : les uns bruns ornés de reliefs, les autres gris émaillés de bleu et de violacé ; débris et vases qui avaient été déterrés dam les rebuts ou scherbenqràben ff anciennes fabriques à Bouffioulx et à Châlelet,

tt Nous avions eu soin, pour le Catalogue, de formuler d'une manière précise l'indication précédente, que nous regardons comme capitale et à laquelle nous attachons la plus graxide importance, car il s'agit de revendiquer le souvenir de cette fabrication locale aujourd'hui oubliée. Pour appeler l'attention des visiteurs sur cette origine de nos objets, nous avions même fait mettre dans la vitrine des étiquettes ainsi conçues :

« Grès bniDS ornés de reliefs non émaillés du XV I< siècle et tt commencement du XVII*, trouvés en terre dans les résidus « d'anciennes fabriques à Bouffioulz et à Ghâtelet. — Grès « ornés d'émaux bleu et grenat des XVII* et XVIIl* siècles, "> venant de même source. »

« Ces inscriptions catégoriques restèrent affichées tout le temps de TExposition.

« Or cette affirmation de Tendroit où furent trouvées nos pièces, affirmation d'un simple fait, émise sous notre propre responsabilité', a été supprimée au Catalogue et remplacée par l'article suivant :

« N* 226. Collection de vases et tessons de grès ornementés « dits grès de Flandre, attribués à la fabrication ancienne de « Bouffioulx, Cbàtelet et Pont-de-Loup. »

« Attiribuéi I Hons regrettons profondément la substitution de ce mot à notre affirmation du fait de la trouvaille. Nous tenions naturellement beaucoup à notre déclaration et cette substitution de mots porte un grave préjudice moral à notre Société et à ses travaux ; elle semble entraîner relativement à nos recherches une idée de suspicion contre laquelle nous protestons de toutes nos forces.

« Nous croyons donc utile d^appeler l'attention des spécialistes sur la rédaction que nous les prions de rétablir. U ne s'agit nullement de pièces attribuées à la fabrication ancienne de Bouffioulx et Châtelet, mais de pièces de rebuts de fabrication déterrées sur place dans les résidus ou scherbengraben des anciennes fabriques de Bouffioulx et de Châtelet.

« Formulé en séance du Comité de la Société archéologique le 13 novembre 1880.

« Par le Comité :

« Le Secrétaire général,

« E. COBAUX. n

i. ConformémeDt à un avis qui précède je Catalogue lui-même et qui dégage toute autre responsabilité.

Cette protestation contribua à neutraliser le résultat de la eireonstanee qui y avait donné lien. Toutefois, je pense que ces choses n'eurent qu'un effet accessoire en présence de la force de la yérité et de TéTidence des faits. Pour les hommes compétents Bouffioulz et les grès wallons avaient pris place. C'était beaucoup et ce n'était rien. Tout restait, à faire, comme on va le voir.

Les objets produits étaient bien reconnus et admis comme œuvre wallonne, mais on y trouva de telles ressemblances avec les produits de Raeren, tant de dessins, de médaillons, d'écussons semblables, que les Raerennois intéressés voulurent, sans apporter la moindre preuve, faire passer Çouffioulx et les fabriques wallonnes comme une vraie succursale de Raeren tout à fait accessoiret ; ils affectaient de ne pas remarquer que, d'une façon générale, la similitude et la banalité même des ornements et des moules existent pour tous les grès ornés des diverses fabriques, qu'ils soient flamands, limbourgeois ou allemands. Une tâche s'imposait à moi, il fallait écrire, étudier nos produits, les faire connaître, les vulgariser en détail.

Il fallait en quelque sorte faire subitement, en peu de mois, pour les grès belges, ce que d'autres avaient eu de longues années pour faire au profit des grès de Cologne et environs, des grès de Raeren, des grès de Siegbourg et des grès du Westerwald. C'est-à-dire de prouver la légitimité des droits d'un cinquième centre de production de grès ornés anciens, un centre vraiment belge et de le faire admettre à côté des quatre centres allemands déjà connus et admis.

Il s'agissait de gagner les autres de vitesse, pour ainsi dire, et de les rattraper pour établir d'un plein-saut Bouffioulz et Chfttelet dans le rang qui leur revenait ; et cette tftche, il fallait l'exécuter consciencieusement avant l'Exposition nationale de

Belgique, où la question des grès ornés était une des plus importantes questions archéologiques et derait être une des plus étudiées et des plus discutées.

Certes j'ai la conviction d'avoir rempli courageusement et loyalement, avec modération et respect des droits des autres, sans aucune arrière-pensée, sans autre passion que Tamour de la vérité, ce devoir que le hasard m'avait dévolu ; mais, malgré toutes mes précautions, je n'ai pu empêcher toute jalousie contre ces nouveaux arrivés : les gris belges, qui venaient revendiquer une place et une large place dans cette grande industrie ancienne, au moment même oii Ton prétendait déshériter complètement la Belgique et où l'on avait la prétention de prouver qu'en fait de grès ornés dits flamands, rien n'était belge, tout était allemand ou quelque chose d'analogue.

Mes deux premières publications virent le jour. C'était seulement une année après Fexposition et tout était déjà changé ; on devait bipn se rendre à l'évidence et accepter, peut-être à contre cœur, pour quelques uns, cette industrie belge. Mais on l'entourait encore de restrictions nouvelles, on torturait les faits pour leur donner une signification qu'ils n'ont pas et qu'ils ne peuvent avoir.

Je préparais paisiblement l'ouvrage que j'imprime aujourd'hui, ouvrage érigé sur de nouvelles découvertes et des fouilles spéciales qui m'avaient mis à même d'élucider la question, surtout en ce qui regarde le XYl* siècle, époque de l'origine des grès ornés en général.

Je m'émouvais médiocrement des tendances assez peu bienveillantes pour nos grès wallons que je remarquais de temps à autre dans certaines directions.

Bouffioulz, par délicatesse, ne s'était jamais occupé de Raeren, ni pour limiter ses revendications immenses, ni pour

amoindrir ses prétentioDS exorbitantes. Raeren, au contraire, avait adopté à tout venact un système tout opposé ; laissant percer à chaque occasion le plus grand désir d^absorber tout ce qui appartient à l'industrie des grès wallons, cherchant à ravaler ses mérites et ses droits pour en usurper une partie ; à amoindrir sa réputation pour en absorber une portion au profit de rindustrie limbourgeoise ; à mettre le boisseau sur Fœuvre de Bouffioulx, à la restreindre, la limiter, Tétouffer, la nier même, et Tannuler à Toccasion dans des articles d'ensemble envoyés aux journaux politiques, genre de publicité dont nous n'usons jamais pour des questions scientifiques.

En effet, certains articles tout à fait erronés, répandus dans ces journaux politiques et affectant des airs de science historique sur la fabrication des grès ornementés anciens en Belgique se sont multipliés beaucoup à cette époque. On ne peut que condamner cette manière de traiter les questions scientifiques et de chercher à vulgariser des aperçus incomplets et inexacts au moyen d'une publicité qui s'adresse en résumé à un groupe dont l'immense majorité est incompétente. Nous ne voulons pas apprécier ici ce moyen ; mais nous devons dire un mot de ces publications pour appeler l'attention de ceux qui nous lirons et que la chose intéresse, et pour les mettre en garde surtout contre une erreur par omission que ces articles ont colportée, constituant une vraie conjuration du silence.

Sous prétexte de faire l'historique des grès artistiques de la Belgique, ils ont parlé beaucoup de Raeren, commune aujourd'hui étrangère à la Belgique, de ses productions, de son importance artistique ; mais ils n'ont pas même cité le nom de Bouffioulx et Châtelet qui cependant sont belges et l'ont toujours été.

Puis pour étouffer plus sûrement le souvenir de ces lieux de production, ces articles affectaient de parler de Dinant, Bou-

YÎgne, Namar et même Veryiers, comme ayant fabriqué anciennement des grès artistiques en Belgique.

Or, il est bon que nous le fassions connaître dans Tintérèt de la vérité historique, dans la seconde moitié du XVIP siècle on a simplement, selon Texpression de M. Schubrmans, « essayé dans ces localités la fabrication d'imitation de grès allemand n et ces essais éphémères dont on a fait quelque bruit « n*eurent que quelques années d^existence; n tandis que Bouffioulx et Ghâtelet, localités qui vivaient uniquement de poterie depuis leur origine, peut-être déjà au IX* siècle, fabriquaient à coup sûr le grii dès le XIP siècle et firent en grand ces mêmes grès ornés depuis leur invention, à la seconde moitié du XVP siècle, jusqu'à leur chute ; c'est-à-dire plus de trois cents ans après. Pendant toute cette longue période, la fabrication y fut tellement importante que ce fut la seule industrie locale et que les produits en étaient expédiés en gros dans toute la Belgique et les pays étrangers.

Il y a même plus, dès 1616 ou 1618, de l'aveu de tous, la vraie industrie des grès artistiques étant anéantie à Raeren et dans d'autres parties de l'Allemagne, Bouffioulx et Ghâtelet restèrent le seul centre de production pour la Belgique et en conservèrent seuls le monopole.

Voilà les faits importants et prouvés par toutes sortes de découvertes archéologiques, historiques et chirographiques, sur lesquels je voulais appeler l'attention en signalant l'espèce de conjuration du silence que l'on a parfois tenté dans une certaine mesure, d'établir autour de ce centre de fabrication.

Nous ne pouvons ni ne voulons discuter ou réfuter longuement ici, pour les réduire à leurs justes valeurs, toutes ces attaques partielles répandues dans des mémoires scientifiques

— iode toutes formes et dans des articles de journaux anonymes ou signés et consistant parfois en une seule phrase, une simple assertion sans la moindre preuve à Fappui, sans la moindre justification ; souvent même en une simple insinuation.

Bientôt Tattaque devint plus directe, elle prit une forme et ainsi, par suite de ci)*constances particulières, je dus, il y a deux ans, déflorer mon premier mémoire et en publier au plus vite une partie sous le titre de 1*^ Rapport, réservant au reste le titre de 2* Rapport. De même, le présent mémoire fut défloré de la même façon parce que je dus publier en hâte un 3"*^ Rapport en réponse à une attaque assez brusque contre les grès wallons et contre nous personnellement.

Nous n'avons plus à reprendre cette querelle. On retrouvera du reste, dans les diverses parties de ce mémoire, des faits qui ôtent jusqu'à l'ombre de vraisemblance aux attaques dont Bouffioulx a été l'objet.

Mon contradicteur a bien voulu accorder « de l'intérêt » à mon 2"*' Rapport *, je l'en ai remercié et je l'en remercie encore ici. Mais d'autres spécialistes, en Belgique, en France, en Allemagne, en Hollande, etc., y ont vu plus que cela : ils y ont trouvé d'heureuses et importantes découvertes tout à fait inattendues pour l'histoire de notre art industriel national.

Quant à moi, le dirai-je ? j'y ai trouvé pendant longtemps un labeur accablant, une tâche asservissante et des difficultés, des déboires, des contrariétés, des oppositions intéressées, des rivalités passionnées qui eussent rebuté mes efforts, si je n'avais été doué d'une dose convenable de persistance et même d'entêtement et d'amour passionné de la vérité.

1. Les grès-cérames ornés de l'ancienne Belgique ou des Pays-Bas, improprement nommés grès flamands» ChàteUt et Bouffioulx^ centre important de production et d^exportation en Belgique et m pays étrangers, Gharleroi» in-8<*, 300 pages et 42 planches.

Ces assertions qui avaient nécessité la publication de mon 3"* Rapport^ avaient été lancées sans qu'on se fût donné la^ peine de venir vérifier nos collections, sans même qu'on eût lu avec attention notre 2™« Rapport et ces assertions ont été formulées sans même qu'on eût pensé à y joindre la moindre preuve à Tappui, ce sont de simples assertions toutes gratuites. Je passe sous silence les attaques personnelles qui y étaient mêlées et qui étaient reproduites d'un article inséré dans le Bulletin de Vlnetitut archéologique liégeois. Ces assertions se résumaient ainsi :

On parlait de revendications exagérées en faveur de l'industrie de Bouffioulx. J'ai fait justice de cette accusation dans mon 3°** Rapport et l'on n'y est plus revenu. C'est une aflFaire terminée.

Contrairement aux faits et aux dates que j'avais indiqués en détail dans mon 2"« Rapport^ on avait affirmé que Bouffioulx et Châtelet n'ont pas eu une « existence propre avant 1618 au déclin de l'industrie limbourgeoise n et que leur industrie a, jusque-là, procédé de Raeren. Dans le 3°« Rapport j'ai anéanti cette nouvelle assertion toute gratuite et non justifiée, en donnant de nouveaux faits entièrement concluants, unis à un grand nombre de dates. On retrouvera le tout plus loin au paragraphe intitulé : L'industrie de Bouffioulx au XVPsièsle.

Chacun s'empressa d'avouer que la preuve était péremptoire et que Bouffioulx avait fabriqué et fourni des grès ornés dès l'origine de l'industrie dans la deuxième moitié du XVP siècle et l'on avoua que dès lors les grès wallons avaient leurs types^ spéciaux.

Comme corollaire de l'assertion erronée que je viens de signaler, l'on avait affirmé que Bouffioulx avait reçu son art de Raeren. On était allé jusqu'à supposer^ puis affirmer, tout à faii

gratuitement^ qu'une famille Kran était venue de Raeren s'établir et importer son art à Bouffioulx, où elle était devenue la famille Crame. A cette assertion il n'y a qu'un mais, c'est que la famille des Crame était établie dans le pays de Charleroi, à Bouffioulx, Châtelet et aux environs et même à Marpent sur la frontière française, même avant l'époque des grès ornés, dès le commencement du XVI* siècle. Je l'ai prouvé dans le 3"* Ra^pport et je le prouverai encore plus loin au chapitre : Cosmopolitisme des potiers. On se déclara convaincu, mais l'on reproduisit encore cette assertion ailleurs, de la façon la plus délibérée et la plus sans gêne, sans tenir aucun compte de ce que j'avais écrit et sans y faire la moindre allusion. On ajoutait ce détail que les Kran émigrés sur les bords de la Sambre nous avaient apporté nos premiers moules ; simple hypothèse toute gratuite.

Dans de telles circonstances il ne reste rien à faire que protester.

Ce qui est fort regrettable seulement en tout cela, c'est que répétées et imprimées, ces erreurs avérées pourront être reprises par inadvertance dans des ouvrages dont les auteurs ne connîdtraient que l'accusation. C'est en effet ce qui a eu lieu déjà dans l'œuvre d'un auteur français de grande influence, M. de Linas, qui les répéta entre guillemets et fut bien surpris quand nous lui avons fait connaître la vérité sur ces erreurs, formulées avec une assurance imperturbable comme des vérités indiscutées.

Après mon 3"® Rapport je pensais être tranquille, j'avais fait justice des erreurs, et il paraissait entendu que l'on n'y reviendrait plus, je l'espérais même, mais je me trompais.

Ce 3°** Rapport avait été fait uniquement pour établir, et il l'avait fait sans conteste, la fabrication de Bouffioulx au XYI®

siècle, mais il eut un résultat assez inattendu pour nous. Les produits primitifs qui 7 étaient décrits et qui venaient en somme d^une fabrique fort médiocre, comparée à celle de Jacques Bertrand et aux autres contemporaines, étaient assez peu artistiques ; les ennemis de Bouffioulx s'emparèrent des dessins de ces produits et affectèrent de les regarder comme des types de Tart wallon pour déconsidérer celui-ci, en le comparant aux grès étrangers et Ton proclama à son de trompe et par tous modes de publicité, que Bouffioulx n^avait pas eu d^art ni d'artistes. J'éluciderai ce point plus loin en parlant de VArt en fait de grée ornementée.

Ce n'est pas tout encore. On avait d'abord simplement nié, sans apporter aucun argument ni aucune preuve, que Tindustrie de Bouffioulx eût existé en même temps que celle de Raeren, de 1570 à 1616, une cinquantaine d'années. Je fis la preuve et il fallut reconnaître la contemporanéité réelle des deux industries. Mais aussitôt, l'erreur se reproduit sous une forme nouvelle. Il est entendu et admis que Bouffioulx fournissait ses grès ornés partout où il avait sa clientèle déjà au XVI® siècle ; mais on prétend que le marché de la ville de Liège lui était fermé quant à la fourniture de gris armoriés. Mais pourquoi ? Pourquoi Bouffioulx n'aurait-il pu faire cette fourniture à Liège avant 1615, moment de la chute de Raeren. Ah voilà ! voilà ce qu'on ne dit pas et ce que je ne parviens pas à m'expliquer et les autres ne comprendront sans doute pas plus que moi d'où pourrait venir une pareille interdiction. Il paraît que la supériorité de Raeren était si écrasante que les malheureux Wallons n'auraient osé s'aventurer sur le marché liégeois avant la chute de l'industrie raerenoise, vers 1615 ! N'est-il pas vrai que voilà une simple appréciation et rien autre ? En supposant même la supériorité artistique des produits de Raeren, ne

voyons-nous pas tous les jours que les produits de second ordre ont leur clientèle à côté de ceux de premier ordre et que chacun a ses chalands spéciaux ? Nous reviendrons sur ce sujet.

Encore, si Ton s^était contenté de supposer que le commerce de Bouffioulx avec Liège avait pris plus d'importance quand rindustrie de Raeren tomba, je n'en aurais rien dit. Mais voici le système :

Aussi longtemps que Raeren vit, Bouffioulx ne peut entrer à Liège. Au moment où Raeren ne produit plus rien d'artistique, on a recours à Bouffioulx pour le remplacer parce que Raeren était « quasi descendue à un niveau inférieur à celui de Bouffioulx » ; un dernier coup de pied à Bouffioulx. Les clients seraient donc tombés de Charybde en Scylla et Ton ne comprend guère dans ces conditions, pourquoi ils auraient changé, d'autant plus que l'on fait de nouveau entendre que Bouffioulx ne pouvait fournir que des pièces grosses et grossières, des gourdes, etc., assertion que déjà nous avons refutée ; mais je l'ai déjà dit, nos réfutations ne comptent pas, on se plaît à les considérer comme non avenues avec une ténacité peu commune ; Raeren cherche à dénier de nouveau en détail à Bouffioulx, ce qu'il avait été obligé de reconnsdtre en somme.

Ce qui n'est pas une appréciation mais un fait prouvé, ce sont les relations suivies et intimes que le pays de Châtelet entretint de tout temps et bien avant cette époque avec Liège, ce sont encore les pièces de grès qui portent avec eux la preuve de leur destination.

Nous nous réservons du reste de revenir plus loin sur ces sujets, au chapitre intitulé : Lei gris de Bouffioulx à Hège au XVI' siècle.

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