LA CONNAISSANCE DES GRÈS DE BOUFFIOULX CHEZ LES AMATEURS
Je désire mesurer en quelque sorte le chemin que j'ai parcouru dans la question des grès wallons, jeter un coup d'œil rétrospectif sur le résultat pratique atteint par mes recherches et mes publications sur Tindustrie de Bouffioulz et Châtelet, les notions, les connaissances vulgarisées, la notoriété pratique inculquée aux amateurs pour les aider à reconnaître les grès.
Je dois tout d'abord avouer que cette partie de la tâche que je m^ étais imposée est fort peu avancée. Il est vrai que je travaille seulement depuis trois ans. Les droits de Bouffioulx sont établis comme centre important de production de grès artistiques, anciens, tous ceux qui se sont occupés de la question des grès doivent le reconnaître et le reconnaissent. Ce n'est plus le moment où quelques sceptiques souriaient en entendant parler de Tindustrie artistique de Bouffioulx et de sa renommée.
Le temps est passé où TAUemagne défiait la Belgique de justifier Tancienne dénomination de grès artistiques flamands et proclamait allemands tous les grès ornés. Les hommes compétents reconnaissent aujourd'hui que les grès flamands sont des grès belges, des grès wallons.
La phalange des amateurs et des collectionneurs le sait indirectement, mais bien peu de personnes encore sont à même de distinguer d'une façon assurée, les grès de Bouffioulx des autres grès ; encore, cette connaissance se borne*t-elIe à des limites fort restreintes, à quelques espèces seulement que nous allons indiquer.
Ce résultat ne nous décourage aucunement, car nous aimons à nous rappeler que nous n'avons soulevé la question qu'en 1880, que les organes de publicité dont nous avons disposé sont fort restreints ; nous n'oublions pas non plus qu'une oppo-
sition, souvent même passionnée, accueillit nos premières révélations du seul centre de productions de grès artistiques, flamands ou belges.
Une autre raison, et c'est peut-être la principale, qui retarde la vulgarisation immédiate de nos grès, c'est que les collections de tessons authentiques venant des fouilles locales et qui doivent offrir les types pour établir les caractères distinctifs n'existent pas ou peu, les fouilles pratiquées sur les lieux des anciennes fabriques sont rares et difficiles parce que les territoires de Bouffioulx et surtout de Châtelet se sont entièrement couverts d'habitations contigûes et les terrains où ont été enfouis les rebuts de fabrications et les emplacements des anciennes fabriques, sont aujourd'hui couverts de constructions qui les soustraient et les rendent inaccessibles à toute tentative de recherche ou de fouille. Il faut se contenter d'explorer le sol des rues et d'attendre à cet effet, les rares occasions de travaux publics d'égoûtage ou de conduites de gaz, qui permettent d'ouvrir quelques tranchées fort limitées et d'ordinaire fort peu productives.
Voilà pourquoi jusqu'ici les collections de types authentiques des grès anciens de Bouffiouli et Châtelet, font presque complètement défaut, sauf au musée de Charleroi. Or, ce manque de matière pour l'étude est un obstacle sérieux, non seulement à la vulgarisation de la connaissance spéciale de nos produits, mais même à la oonnaissance méthodique et siire a laquelle doivent arriver les savants spécialistes, ce qui manque encore jusqu'ici, qu'il me soit permis de le dire. C'est ainsi que dans diverses expositions, j'ai constaté de vraies erreurs au point de vue attributif des produits de Bouffioulx. En voici un exemple que je tiens à rectifier parce qu'il eut pour cause, je pense, une tendance à attribuer à Bouffioulx des œuvres peu artistiques et qu'il peut avoir comme conséquence grave d'inculquer de semblables idées aux visiteurs à l'exposition de liège de 1881, les
n^»316, 319, 320, 321, 322, 323, 324 etc., furent attribués à Bouffioulx. Ces vases ne ressemblent pas à nos produits. La pâte n'est pas de nos localités pas plus que les ornements ni les moules. Ce n'est pas du tout le genre des grès wallons. Ces sept pots grossièrement fabriqués étaient assez embarrassants à être classés et c'est ce qui aura amené cette fausse attribution. L'un de ces vases, le n* 316, porte même les armoiries de Cologne et la légende des onze mille vierges, ce qui appartient essentiellement aux centres de production allemands. Nous regardons ces vases comme des produits communs et peu soignés de Frechen, car nous en avons rencontré bon nombre d^analogues et aussi peu soignés venant de cette source. La collection Minard, deGand,entre autres en renfermait plusieurs.
U pourrait d'ailleurs s'agir aussi d'une localité ou centre de production non encore révélé. Dans tous les cas nous sommes d'avis qu^il s'agit toujours d'une localité d'Allemagne. Ne serait-ce pas Baireuth qui, bien avant le XVP siècle, si l'on en croit Demmin, produisait des grès à médaillons grossiers.
La conséquence immédiate de ce qui précède est assez sérieuse pour que nous appelions l'attention des hommes compétents.
Nous avons dit et nous avons expliqué, dans notre 2**® Rapport^ que les grès ornés d'émaux produits par Bouffioulx au XVIII^ siècle se rencontrent beaucoup plus communément que les gréa bruns et les grès à la façon du Westerwald ou de Grenzhausen. La raison, avons-nous dit, c'est qu'ils sont beaucoup plus récents et conservés plus soigneusement parce qu'ils flattent l'œil du vulgaire par leur brillant. Toutes les expositions que nous avons eues depuis quelques années sont venues corroborer cette assertion, et nous y avons vu affluer en quantité cette espace de grès que nous avons classée sous le nom de Grê$ imailléi iiU grès bleus, genre ordinaire^ formée
en grande partie de pots à panse hexagonale, ornés de dessins émaillés limités à la pointe et sans relief.
Il en est résulté que pour le plus grand nombre et malheureusement dans ce grand nombre il faut compter les trois quarts des collectionneurs sérieux et même beaucoup de spécialistes, tel est le vrai type du BoufSoulx ancien. Or, c'est là une erreur qu'il est nécessaire de faire tomber, sans doute cette espèce n'est pas à dédaigner, mais ce n'est pas la fabrication de la belle époque, ainsi que nous Tavons bien expliqué dans notre 2">« Rapport.
Il importe, si Ton veut connaître les Bouffioulx, de s'appliquer surtout aux produits bruns et aux grès à reliefs émaillés que nous avons décrits comme produits de la bonne époque. Or, je le répète, ces produits ne sont pas communs dans les collections ni dans les musées. Ce que je connais de plus important dans ce genre est la collection du musée de Charleroi, surtout au point de vue des études et de Futilité, car il renferme beaucoup de vases incomplets et de tessons qui viennent des fouilles faites sur l'emplacement d'anciennes fabriques et sont tout à fait authentiques.
Je dois citer encore la collection Minard, de Gand, qui renfermait bon nombre de vases de Bouffioulx et entre autres une douzaine de vases bruns ornés de reliefs, d'écussons, etc. Bs sont grands et luxueux et l'on est bien obligé de lenrreconnaître un vrai mérite. Malheureusement ils ont été dispersés par une vente aux enchères. Il y a encore la collection de l'hôtel de ville à Gand, le Musée archéologique de Bruges, l'hôpital S*-Jean, dans la même ville, etc.