ET CONSEQUENCE DE CETTE TKOUYAILLE
La fabrique de grès, non ornés d'abord, puis ornés, qui, dès avant le XYI* siècle, appartenait déjà à la famille de Jean Bertrand (à cette époque maîtres potiers à Bouffioulx), fabrique que possèdent depuis une centaine d'années les ancêtres de M. Crame-Delpire, vient d'être démolie et nous a fourni des preuves nouvelles, nombreuses et irréfragables que Ton y faisait au XVP siècle des grès artistiques d'un cachet tout à fait local et de moules fabriqués sur les lieux.
M. Crame-Delpire a mis la meilleure volonté et a bien voulu se prêter à faire, avec les plus grandes précautions, la démolition qu'il avait résolue de son ancien four abandonné. Nous pourrions même ici en donner le plan exact et détaillé. Nous Ten remercions au nom de notre Société archéologique, dont il a généreusement enrichi le musée.
Voici les importants résultats de cette opération :
La sole ou pavement du four, dite deigne en termes vulgaires de potiers, était construite au-dessus de cinq soles de fours antiques superposées. La rue où se trouve le four, aujourd'hui plus élevéo de deux mètres au moins que le Bis d'Accz^ qu'elle longe,étaitàrépoque reculée dont nous parlons, beaucoup moins élevée et avait le même niveau que le ruisseau. L'eau recouvrait ordinairement le pavé, ce qui était alors fort conmiun et ce qui se rencontre encore parfois de nos jours pour quelques routes antiques. C'est à ce vieux niveau du chemin qu'avait aussi été construite la sole du plus ancien des six fours, à deux mètres et demi sous le four moderne.
Les soles ou les pavements de ces divers fours étaient ainsi espacés : le premier au niveau de la rivière et du chemin antique, le deuxième à 0"25 plus haut, le troisième à 0'"25 encore au-dessus, le quatrième à 0''50 au-dessus du troisième, le cinquième à O^'SO plus haut, et enfin le sixième à 1 mètre au-dessus, c'est-à-dire qu'il est un peu supérieur au chemin moderne.
La sole du four le plus primitif, recouverte de remblais employés pour la construction du second four, ne nous offrit que des débris de grès primitifs à cul pincé et sans ornements. Â l'époque de ce four, on ne coupait psa encore à Bouffioulx le cul des pots, c*était donc bien antérieurement au XVP siècle.
La deuxième et la troisième soles, recouvertes de débris, furent de beaucoup les» plus importantes pour notre travail. C'est là qu'au milieu de tas de tessons employés pour remblais, ont été recueillis une grande quantité de grès ornés d'écussons, de médaillons, de danses de paysans, etc., dont beaucoup portaient des millésimes du XVI* siècle. C'était l'époque où ces fours avaient servi et c'est aussi Tâge de tout ce que nous en avons retiré, et que nous décrirons ci-après au Catalogue descriptif. C'est là que nous avons trouvé des pièces portant la marque de fabrique et le médaillon de Jean Bertrand, 1584, qui devint plus tard maître gouverneur de la corporation des potiers de Bouffioulx, Châtelet et Pont-de-Loup.
La quatrième sole nous offrit un mélange de tessons du X VP et du XVIP siècles. La cinquième était du XVII* et du XVIII* siècles, et la sixième offirait peu de grès artistiques, c'était du grès nu moderne.
Toute celte trpuvaille était uniquement du grès brun, la bonne et vraie fabrication antique de Bouffioulx. Aucun tesson de vase émaillé, soit bleu de cobalt, soit violet de manganèse ; cette fabrique de Jean Bertrand n'en produisait pas. Quelques* uns ont des caractères tellement locaux que nous avons pu
ailleurs leur appliquer cette phrase : eussent-ils été trouvés même au centre de TAfrique, ils porteraient encore avec eux la certitude et la marque indubitable d*une fabrication de Bouffioulz ou dos environs tout à fait prochains.
J'ajouterai, ce qui est fort important, que presque tous les spécimens que nous avons rencontrés dans cette fouille portent un cachet spécial et que les ornements y sont marqués d'un caractère propre, distinct d'autres produits de Bouffioulx de la même époque. Ils sont surtout d*un genre notablement distinct de celui des pièces que nous avons relevées dans les fouilles pratiquées sur l'emplacement des fours de la famille Jacques Bertrand dit Visnon, dont nous avons aussi trouvé en nombreux spécimens la marque de fabrique et le médaillon avec le millésime 1592, médaillon ^ue nous avons décrit ailleurs ^
Dans notre S^^ Rapport nous avons donné un catalogue descriptif uniquement composé d'un certain nombre de pièces venant de la deuxième et de la troisième soles du four dont nous venons de parler, c'est-à-dire de pièces propres à la fabrication de Jean Bertrand, à Bouffioulx, et datant toutes du Xyi« siècle. Beaucoup portent des millésimes qui remontent jusqu'à 1580.
Notre but était, dans ce travail, de prouver que dès le ZV!"" siècle Bouffioulx faisait de la poterie artistique, de moules fabriqués sur les lieux et marqués d'un cachet local faisant preuve ce qui rendait toute objection impossible. Nous réservions alors l'étude des autres catégories de pièces, écussons, médaillons, etc., de même époque et de même origine.
I. Jacques VisooD eut plusieurs fabriques, car outre celle de Bouffioulx, les archives parlent (l*une poterie de ce matire à Châtelet, rue de Foosny, comme nous Tavons dit dans notre dernier mémoire.