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FRANCE ALLEMAGNE AUTRICHE BELGIQUE ITALIE

C'est partout une très considérable augmentation d'un cycle à un autre. Le maximum de la courbe des grèves monte à chaque cycle périodique beaucoup plus haut qu’au cycle précédent, On voit, suivant les pays, entre deux cycles, les chiffres doubler, tripler, quadrupler et augmenter plus encore.

En Angieterre, nous ne pouvons pas prendre les années maxima des cycles périodiques successifs, puisque, comme je l’ai indiqué, on n’y voit pas toujours lenombre de grèves croître dans la prospérité. Mais voici les chiffres des années de prospérité correspondant aux années pour lesquelles j'ai donné les chiffres sur le continent européen :

AE RE nn em lin fau sp 1.211 UT Tr ana CONTES RE EE MERE 648 DR RE Ep A Lu Pn, des 601

C’est une diminution très considérable, considérable surtout de 1889 à 1900, mais c’est tout de même une diminution encore de 1900 à 1907.

Voici maintenant les chiffres des années de dépression, des années minima :

(1) Ce tableau figure au rapport de M. Aftalion à l'Association française pour la protection légale des travailleurs.

Années du nombre minimum des grèves.

FRANCE ALLEMAGNE AUTRICHE BELGIQUE ITALIE 1892 261! 1887 19 1902 512] 1901: | 1.091! 1902 272 | 1903 70 | 1894 128 1909 1.049, 1908 | 1-524} 1908 156 | 1908 108 | 1903 617

Les chiffres des années de dépression sont inférieurs aux chiffres des années de prospérité. Mais, d’un cycle à un autre, c’est toujours le même accroissement. Suivant les pays, d'un cycle à un autre, c'est une augmentation parfois seulement de la moitié, mais le plus souvent une augmentation qui va du simple au double, au triple, ou encore plus haut. Si donc la courbe des grèves sur le continent européen présente des minima après des maxima, chaque fois le minimum monte bien au-dessus du minimum dela période antérieure de dépression.

Quant à l'Angleterre, à peu près aux mêmes années, nous trouvons les chiffres suivants :

FREE MEN Re RER RE 615 LODRP ERRNREEET RRE RE AETER 325 LOUB Re M De PR ESP EE 399

C'est donc dans l’ensemble, de 1893 à 1908, une notable diminution, bien que cependant il y ait actuellement une légère tendance à l'augmentation » (2).

Ces observations offrent un intérêt tout particulier si on les rapproche d'une théorie ingénieuse de M. Rist s’ins-

pirant de préoccupations analogues.

) Rapport de M. Aftalion, p. 28.

(1 (2) Rapport, p. 30.

M. Rist se proposait de vérifier « si l'interprétation traditionnelle en économie politique des fluctuations des grèves par l'activité plus ou moins vive de l’industrie se trouvait mise en défaut par les événements les plus récents ou si un examen plus attentif ne nous permettrait pas au contraire de la confirmer » (1). Cette confirmation, M. Rist a cru la trouver, mais il ajoutait d'ailleurs: « Nous ne nous dissimulons pas ce que de telles démonstrations conservent toujours d'hypothétique, et nous serions très heureux si des recherches nouvelles parvenaient à mettre en lumière d'autres circonstances qui nous auraient échappé ou auxquelles nous n'aurions pas attaché une importance suffisante. »

Mais trois observations préalables s'imposent :

1° M. Rist choisit comme base de ses recherches le chiffre des grèves et non celui des grévistes, parce qu'il traduit plus exactement la foree du mouvement gréviste. I reconnail il est vrai qu'il serait désirable de trouver un chiffre qui pût représenter à la fois l'élendue et l'intensité du mouvement.

2° Il choisit d'autre part la courbe des exportations comme la plus exacte représentation de l'activité industrielle et commerciale d’un pays, et encore n'a-bil pu constituer ces courbes pour tous les pays de la même fa-

çon.

(4) Rist, Revue d'économie polilique, mars 1907, p. 161. La prouression des grèves en France et sa valeur symptomatique.

3° Ses observations portent seulement sur la période 1890-1900 (1).

M. Rist commence par observer qu'il y a pour les exportations de la France, l'Italie et l'Allemagne deux périodes bien caractérisées dans ces exportations: une période de dépression (1890-1904), une période de prospérité (1895-1905). Or la courbe des grèves révèle deux périodes semblables (pour la France 1890-1898 ; 1899- 1906).

D'autre part, en examinant le point de séparation des deux périodes, il est frappé d’une analogie dans l'allure des courbes propres à chaque pays. En Allemagne, la dépression commerciale de 1890 a été surmontée dès 1895. Dès 1895 les grèves atteignent le niveau de 1895.En France, c'est en 1899 que se produit un phénomène analogue : c'est en 1899 que l’accentuation de la courbe ascensionnelle se fait sentir. Pour l'Italie le même phénomène se produit en 1896 et la même coïncidence se remarque.

Enfin la rapide progression des exportations en Allemagne à coïncidé avec une abondance des grèves supérieure à celle de tous autres pays.

Puis analysant certaines portions spéciales de ces courbes, — Îles années 1891-1892, 1892, 1902, 1902-1906. — M. Rist constate encore la concomitance des phénomènes.

Qu'en conclut M. Rist? Qu'il y a un rapport mal défini

(1) Il est vrai que pour la période 1905-1910 ses hypothèses semblent bien avoir élé confirmées (V, Pic, Revue d'économie politique, janvier-février 1912). x

et fréquent entre le mouvement des grèves et les fluctuations de l'activité industrielle une influence dominante de celle-ci sur celles-là.

Passant ensuite à l'Angleterre et cherchant à expliquer pourquoi, étant donnée la courbe de commerce extérieur, les grèves n'ont pas augmenté en 1899 et 1900 et pourquoi elles ont régulièrement diminué depuis 1902, M. Rist aboutit à cette double conclusion que les institutions de conciliation peuvent arrêter l'essor naturel des grèves, d'autre part qu'il y a un rapport quasi-régulier entre le mouvement des grèves et celui du chômage. Mais il avoue n'avoir pu, faute de documents vérifier ce dernier parallélisme sur le continent faute de documents utiles, et il avoue ne pas considérer cette vérification comme décisive.

Enfin M. Rist ajoute une observation tirée de la comparaison entre les courbes des grèves d'attaque pour augmentation de salaires et des grèves de défense pour résistance aux diminutions de salaires. Ces courbes sont presque exactement inverses l’une de l'autre. « Les années où les demandes d'augmentation deviennent proportionnellement plus fréquentes, les résistances aux diminutions représententune proportion moindre dans le totaldes grèves. Le fait est véritablement remarquable et il nous montre à l'évidence que les années où les ouvriers réclament des augmentations de salaires sont aussi celles où les tentati-

ves de diminution sont les moins nombreuses, et vice

versa (1). »

(t) Rist, p. 180.

D'autre part, ilest certain que ces années sont celles qui correspondent aux fluctuations parallèles du mouvement commercial, d’où cette conclusion « que les fluctuations de la courbe générale des grèves sont dues essentiellement aux fluctuations des demandes d'augmentation de salaire ».

Iln’en reste pas moins que l'accroissement de lamoyenne annuelle des grèves, et par conséquent le pourquoi des fluctuations des grèves, est inexpliqué : seul le comment de ces fluctuations trouve dans le mouvement économique général et dans les difficultés de l'adaptation de salaire à la situation de l’industrie une explication. |

Il serait trop long et hors du cadre de notre sujet d’expliquer ici par quel moyen M. Simiand a été amené aux

mêmes conclusions.

« Les grèves, dit-il, ne semblent nullement étre des phénomènes arbitraires ou contingents, elles nous paraissent avec leurs résultats s'expliquer essentiellement par les relations que nous avons reconnues exister entre les éléments économiques de notre analyse antérieure. On peut remarquer de plus que ‘par là nous invertissons les liaisons assez communément présentées entre les phénomènes ; ce ne sont pas les grèves qui rendent compte des variations du salaire soit par leur succès, soit par leur échec, ce sont les causes réelles de variation du salaire qui se manifestent pour une part dans les grèves et rendent compte de l'existence, de la place et des résultats de ces grèves mêmes » (1).

Il importe toutefois de remarquer — et c'est ce qui nous

(1) Simiand, Le salaire des ouvriers des mines de charbon en France. Contribution à la théorie économique du salaire. Paris, 1907, p. 360,

dispensera d’insister ici davantage sur ce point — que ces théories ne sont, tant en raison de l'insuffisance des éléments ou de l'arbitraire des indices comparés que de la brièveté des périodes économiques observées, que de séduisantes hypothèses qu'uneinvestigation'plus minutieuse,

plus générale et plus scientifique, pourra confirmer ou infirmer.

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