Paris, 1901. — A. Colin, éditeur
pagnon caissier survient et l'ou\Te sur la première invitation. On saisit certains papiers de comptabilité et on emporte 2.500 ou 3.000 francs. Ce n'est pas tout : M. et M"^ Linard, Père et Mère des compagnons, sont arrêtés. Outre le Père et la Mère, sept ouvriers sont arrêtés; parmi eux se trouvent M. Vincent, le secrétaire des Compagnons du Devoir, M. Dublé et le dépositaire de la clé de la caisse, qu'on nomme le Rouleur. »
On arrêtait le Père et la Mère, sous le prétexte qu'ils avaient affiché dans leur boutique les noms des 130 maîtres-charpentiers qui avaient adhéré au nouveau tarif.
Le 21 juillet, le Pèi-e et la Mère étaient relâchés. Ils revinrent en fiacre, pendant que les compagnons accourus à la bonne nouvelle leur faisaient cortège et baisaient la main de leur Mère avec effusion.
Quelques jours plus tard, se produisit un fait assez curieux. Les patrons proposèrent larbitrage de M. de Rambuteau, préfet de la Seine, ou de M. Delessert, préfet de police. Les ouvriers refusèrent. Les patrons, dirent-ils, ne risquent rien dans la sentence de l'arbitre, puisque les majorations de salaires ne tomberont pas à leur charge, mais à la charge des clients. Les ouvriers, au contraire, risquent de voir « leur prétention réduite d'une quantité quelconque. Une erreur de l'arbitre peut donc leur causer un dommage réel ».
Le 20 août 1845, dix-neuf ouvriers charpentiers comparaissaient devant la police correctionnelle pour y répondre du délit de coalition. L'un d'eux, du nom de Vincent, était désigné pour être le chef de la grève.
On avait trouvé en effet, dans les perquisitions chez la Mère, une enveloppe portant cette inscription : « Monsieur..., marchand de vin, pour remettre à M. Vin-
cent, et, en son absence, à tout compagnon charpentier », et la lettre que renfermait cette enveloppe avait trait à la propagande à faire en faveur de la grève.
Berryer défendit les ouvriers. On n'a pas prouvé, dit-il, que les ouvriers aient pris en commun et d'accord la résolution de cesser leurs travaux... Et Tauraient-ils fait, leur acte serait légitime. — Déjà, en 1833, une convention a été signée entre la Chambre syndicale des patrons et les représentants des ouvriers. A ce moment, l'union entre les charpentiers de la rive droite et de la rive gauche s'était faite et des engagements solennels avaient été pris par les ouvriers de « lever » la grève dès la convention conclue avec les patrons.
« Par quelle bizarrerie, disait le grand orateur, accuse-t-on aujourd'hui les compagnons de s'être coalisés, c'est-à-dire de s'être concertés, quand cette coalition, quand ce concert ont été provoqués par les maîtres eux-mêmes, qui, les premiers, ont invité les ouvriers à entrer en relations avec eux; et si vous poursuivez si scrupuleusement le délit de coalition, pourquoi les maîtres-charpentiers ne sont-ils pas assis sur les bancs des accusés?
« Les lois participent elles-mêmes au mouvement qui transforme les choses sociales à toute heure, à tout instant. On ne les applique pas toujours dans toute leur sévérité, parce que les circonstances se modifient. — On ne pouvait pas appliquer rigoureusement aux prévenus les articles 415 et 41(3. Si des actes de violence ont été commis, ils sont purement individuels et ils doivent être punis sans excuse. Mais, du côté des patrons, des faits de la même espèce ne se sont-ils point passés? N'a-t-onpas voulu jeter par la fenêtre M. Cuvilier, un des entrepreneurs, qui, à l'assemblée générale des maîtres, proposait de transiger avec les ouvriers?
« Enfin, le principal accusé était Vincent... On a saisi une lettre à son adresse, ayant trait à la propagande pour la grève. Si on s'est adressé à lui, c'est qu'il était le plus connu, mais on avait ajouté sur l'enveloppe : « ou à tout autre compagnon charpentier ». — Cette missive n'avait rien de mvstérieux. Les
bons de pain et les permis de travail qu'il a distribués n'avaient pour objet que de faire reconnaître les ouvriers travaillant de ceux qui ne travaillaient pas. Vincent, auquel étaient toujoure confiées toutes les missions de prévoyance, avait dû être investi de celle-là.
« La grève n'a eu aucun caractère de violence. Les patrons l'ont reconnu, et ils ont été jusqu'à dire que les ouvriers, dans leur malice, avaient résolu de se comporter avec calme et modération, pour éviter des condamnations et obtenir le succès de la grève. >»
Six ouvriers furent renvoyés des fins de la plainte.
Vincent fut condamné à trois ans de prison ; un autre, nommé Dublé, qui avait signé une circulaire aux patrons, fut condamné à deux ans, sept compagnons à trois mois, et quatre à quatre mois d'emprisonnement. Ce fut un moment de stupeur. Les grévistes. qui déjà avaient préparé un banquet pour célébrer la libération espérée de leurs amis, ne pouvaient se rendre à l'évidence des faits.
Huit condamnés firent appel de ce jugement, sauf ceux qui avaient été condamnés pour actes de violence. Berryerles défendit encore et le jugement de première instance fut confirmé le 9 octobre.
Le 5 novembre, la grève fut « levée ». Une grande partie des entrepreneurs de charpente avaient adhéré aux conditions des ouvriers. Il n'en restait plus qu'un petit nombre qui ne demandaient pas mieux que de se conformer au nouveau tarif, mais qui. par amour-propre, persistaient dans leur refus d'adhérer par écrit.
En mars 1846, les concessions des houillères de la Loire s'étant fondues en une seule compagnie, un directeur, M. Hamat, laissa soupçonner par ses paroles
que la compagnie générale allait réduire les salaires. Une grève éclate et une douzaine de mineurs furent tués par la troupe. Vingt-huit ouvriers comparurent devant les tribunaux. — Quatorze d'entre eux furent acquittés et les autres condamnés à des peines d'emprisonnement.
Nous arrivons au grand débat de 1849 sur les coalitions.
Cest là que Bastiat prononça son célèbre discours sur la liberté de coalition.
« Y a-t-il une conscience, dit Bastiat, qui puisse admettre que le chômage, en lui-même, indépendamment des moyens qu'on emploie, est un délit? — On me dit : Cela est vrai, quand il s'agit d'un homme isolé, mais cela n'est pas vrai, quand il s'agit d'hommes qui se sont associés entre eux. — Une action qui est innocente en soi ne peut pas devenir criminelle parce qu'elle se multiplie par un certain nombre d'hommes. Lorsqu'une action est mauvaise en elle-même, je conçois que, si cette action ,est faite par un certain nombre d'individus, on puisse dire qu'il y a aggravation ; mais, quand elle est innocente en elle-même, elle ne peut pas devenir coupable, parce qu'elle est le fait d'un grand nombre d'individus... Il est impossible de dire qu'en lui-même le chômage est un délit. Si un homme a le droit de dire à un autre : Je ne veux pas travailler à telle ou telle condition, deux ou trois mille hommes ont le même droit. >■
« On nous dit que le chômage est nuisible au patron, que cela nuit à sa propriété, de manière que l'ouvrier porte atteinte à là liberté du patron ; c'est là un renversement d'idées. Quoi ! je suis en face d'un patron; nous débattons le prix; celui qu'il m'offre ne me convient pas, je me retire, et vous dites que c'est moi qui porte atteinte à la liberté du patron parce que je nuis à son industrie! Faites attention que ce que vous proclamez n'est pas autre chose que l'esclavage. Vous voulez que la loi intervienne, parce que c'est moi qui viole la propriété du patron; ne voyez-vous pas au contraire que c'est le patron qui viole la mienne ? S'il fait intervenir la loi pour que sa volonté me soit imposée, où est la liberté, où est l'égalité? »
« Vous dites que les ouvriers se font tort à eux-mêmes en se coalisant. Je suis d'accord avec vous que, dans la plupart des cas, ils se nuisent à eux-mêmes. Mais c'est précisément pour cela que je voudrais qu'ils fussent libres, parce que la liberté leur apprendrait qu'ils se nuisent à eux-mêmes. »
Mais les patrons firent entendre que c'était la ruine de toute industrie et son abandon à toutes les concurrences étrangères, si cette épée de Damoclès — la grève — était toujours suspendue sur leurs têtes.
La loi de 1849 ne différa du Code pénal de 1810 que sur ce point : les patrons et les ouvriers étaient mis, sous le rapport des peines à encourir, sur le pied d'égalité. Ces peines pouvaient s'élever de six jours à trois mois d'emprisonnement et de 16 francs à 10.000 francs d'amende.
Les sociétés de résistance, patronale ou bien ouvrière, s'appelaient alors des sociétés de secours mutuels, créées en vue de chômages involontaires et aussi volontaires. Des sociétés secrètes se formèrent également. En 1852, une grève d'ouvriers imprimeurs sur étoffes révéla l'existence d'une ligue, ou plutôt d'une fédération de sections réparties entre différentes villes. Les chefs de la fédération furent condamnés à la prison.
En 1862, une grève importante éclata dans l'imprimerie parisienne.
Au commencement de cette année, M. Paul Dupont faisait connaître à son personnel son intention de prendre et de former des compositrices dans les ateliers de Clichy.
Et, au même moment, M. Le Clerc, imprimeur rue Cassette, ne se contentait pas d'énoncer une simple intention, il renvoyait six compositeurs pour faire place aux femmes et il introduisait des compositrices
dans son atelier, qui fut immédiatement déserté par les ouvriers.
L'acte de M. Le Clerc jeta le plus grand trouble dans les ateliers parisiens. Le jeudi 10 mars 1862, les séances de la commission mixte furent brusquement rompues. Les patrons faisaient savoir à leurs ouvriers qu'ils étaient disposés à accorder une augmentation de 5 centimes sur le mille de lettres.
Au même moment, les maisons religieuses faisaient des offres d'apprentissage pour les jeunes filles dont elles avaient la charge et pour lesquelles elles voyaient avec joie s'ouvrir une nouvelle carrière.
Le 24 mars, M. Dupont met à exécution son projet d'introduire des femmes dans ses ateliers de Clichy, qui sont immédiatement abandonnés par les ouvriers.
Un procès est intenté aux déserteurs, à qui l'on reproche le délit de coalition.
En vertu de l'article 414 du code pénal, quatre ouvriers sont condamnés à dix jours d'emprisonnement.
Le 26 juin, la section ouvrière, s'appuyant sur ce fait que la section patronale avait rompu les conférences de la commission arbitrale, en se démettant de son mandat, crut devoir donner le signal de la grève.
Elle adressa à ses mandataires une circulaire explicative, dont le résultat immédiat fut l'abandon général de toutes les maisons qui avaient refusé d'adhérer aux conditions des ouvriers.
Cette seconde grève donna lieu à un second procès, où le grand Berryer se fit le défenseur du droit méconnu.
Comme il était impossible d'atteindre tous les ouvriers grévistes, on poursuivit tous les membres de la section ouvrière et tous ceux qui, dans les différents
ateliers, avaient présenté les réclamations de leurs camarades. Vingt-deux typographes furent ainsi traduits devant le tribunal de l""^ instance de la Seine, à la fin de septembre 1866.
M. Benoist, substitut du procureur impérial, fit remarquer la coïncidence singulière qui existait entre le moment où la circulaire de démission avait été répandue dans les ateliers et où une injonction formelle avait été faite aux patrons d"y adhérer, et celui où les ateliers avaient été désertés.
C'était le délit de coalition nettement caractérisé.
« Dans toutes les classes d'ouvriers, répondait Berryer, un homme qui, dans l'exercice de son métier, n'obtient pas, en travaillant chez autrui, le salaire qu'il croit indispensable à son existence, peut, ou seul, ou d'accord avec un autre, entreprendre directement pour son compte la profession dans laquelle il est artisan habile. Il n'en est pas ainsi des ouvriers typographes. Il faut, pour être maître-imprimeur, obtenir un brevet. »
Et, en effet, si la liberté de coalition devait être accordée à une classe d'ouvriers, c'était avant tout aux ouvriers typographes, qui se trouvaient dans cette situation exceptionnelle, de ne pouvoir rien obtenir, sinon par la coalition et par la grève, de leurs patrons qui jouissaient alors d'un véritable monopole et n'avaient à craindre aucune concurrence.
Malgré Féloquence de Berryer et la justice de leur cause, les typographes furent condamnés, neuf à dix jours d'emprisonnement, deux à quinze jours et neuf à un mois.
Le jugement fut confirmé en appel, où Berryer tint encore à honneur de défendre les ouvriers.
Les ouvriers firent alors appel au Gouvernement et
la plupart de ces condamnés furent amnistiés au bout de peu de temps.
« Notre salaire est insuffisant, disaient les ouvriers, nos travaux sont rétribués d'après un tarif qui n'a pas changé depuis bien des années, quoique les conditions matérielles de la vie soient devenues beaucoup plus onéreuses. Cependant, nos patrons se refusent aux augmentations que nous demandons, et la loi nous interdit de quitter de concert nos ateliers. Que le Gouvernement soit notre protecteur, qu'il soit au moins notre juge; nous réclamons son arbitrage, nous demandons qu'il règle nos salaires. -
Puis vint la loi du 25 mai 1864, qui reconnaissait la coalition simple; mais le droit des ouvriers était fort contestable, puisqu'il était annihilé par l'interdiction du droit de réunion et d'association. Et ce qui nous semble aujourd'hui une contradiction fut à l'époque une raison déterminante pour faire agréer par les Chambres le droit de coalition.
On parla du droit de réunion dont jouissaient, dune manière illimitée, les ouvriers anglais. Dans ces réunions, les ouvriers entendent les discours les plus passionnés et Ton pouvait comprendre quelles excitations pouvaient naître de ces assemblées tumultueuses ! La loi française devait être plus prudente. La liberté de coalition pacifique n'allait pas ouvrir la porte aux coalitions tyranniques et aux grèves tumultueuses.
Si l'on veut, d'ailleurs, connaître les résultats de cette loi libérale, il suffit de se reporter à l'année suivante. Une grève des ouvriers veloutiers éclata, en 1865, à Saint-Etienne. Un comité de seize membres fut nommé par les ouvriers pour diriger la grève. Immédiatement les six membres les plus influents de ce comité furent traduits en police correctionnelle et condamnés à la prison.
« La coalition, disait le jugement confirmé par deux arrêts à la Cour d'Appel et à la Cour de Cassation, la coalition suppose seulement une entente accidentelle, mais non point une organisation, en quelque sorte permanente et d'une durée indéterminée. »
En juin 1869, le travail fut arrêté dans les mines de la Loire. C'était en réalité une grève politique, car il n'était nullement question de salaire ni d'autre revendication. — On criait : « Vive Bertholon! à bas de Charpin M » — Le premier était le candidat du Gouvernement, le second avait été élu par l'opposition républicaine. Les grévistes coururent de puits en puits, ordonnant d'éteindre les feux et d'arrêter les machines. A la Ricamarie, ils se trouvèrent en face de cent cinquante hommes de troupe qui firent une quarantaine de prisonniers. Les grévistes essayèrent de les délivrer, des coups de feu éclatèrent, et les cadavres de neuf ouvriers et dune femme furent relevés. — A iVubin (Aveyron) la répression de la grève fut également sanguinaire. Les mineurs du Gua s'emparèrent du directeur de la compagnie d'Aubin et voulurent le noyer. Le préfet le délivra. Mais le lendemain, armés de pics et de haches, les mineurs du Gua revinrent à la rescousse. La troupe qui défendait les bâtiments de la compagnie, tira sur les grévistes qui laissèrent quatorze morts et vingt-deux blessés.
Les noms d'Aubin et de la Ricamarie furent souvent invoqués contre l'Empire qui allait être abattu par la guerre.
Pendant cette fin du régime impérial, il y eut une véritable frénésie de grèves. « Les papillons qui se brûlent toujours à la chandelle, reviennent toujours s'y brûler, » disait M. Barberet.
1. L.SmitlijLei coalitions et les grèves. Guillaumin, éditeur.
HISTORIQUE DU MOLVEMEXT GREVISTE. 49
A Torteron, à Fourchambault, en cent endroits, la grève était déclarée ; partout elle était à l'ordre du jour, partout les échecs se succédaient. A Paris, il en était de même. Les robinetiers se mettaient en grève, sans prévoir que leurs patrons pouvaient faire venir leurs robinets du dehors. La résistance s'organisait de tous côtés. Les sociétés ouvrières avaient constitué la Chambre /ed/éra/e; les sociétés patronales s'étaient, de leur côté, groupées autour de Y Union nationale du Commerce et de l'Industrie.
Une bataille en règle allait avoir lieu, dit M. Barberet, les ouvriers mégissiers en fournirent l'occasion. Avant de poser leurs conditions de travail, ils se rendirent à la Chambre fédérale, qui leur promit aide et soutien. — Forts de cet appui, ils n'hésitèrent plus. Sur le refus des patrons, la grève fut déclarée.
De tous côtés les secours arrivaient aux grévistes. A eux seuls, les ouvriers typographes prêtaient 28.000 francs. Pendant six mois, le combat se maintint avec un égal acharnement des deux côtés. Les patrons refusaient toute concession.
Enfin, le 29 décembre 1869, la Chambre fédérale des sociétés ouvrières avouait sa défaite et conseillait la coopération.
« Afin d'empêcher, disait le manifeste publié, qu'à l'avenir de pareilles luttes puissent se reproduire,
« Faisant application du premier paragraphe de l'article 2 de ses statuts ;
« La Chambre fédérale a résolu :
« De rendre possesseurs de leur outillage les ouvriers mégissiers et de les créditer afin qu'ils puissent se soustraire à l'arbitraire du patronat et aux exigences du capital :
« Mais tout d'abord, comme la Chambre fédérale ne
veut pas aider à constituer de nouveaux privilèges, elle déclare :
lo Qu'elle traite avec la corporation entière solidarisée des ouvriers mégissiers, et non avec un groupe plus ou moins nombreux de membres de ladite corporation;
2° Que les bénéfices résultant des travaux exécutés pour l'association devront servir à constituer un capital collectif, destiné à amener l'affranchissement de tous les membres de la corporation. »
Ceci convenu, la Chambre fédérale ouvrait un emprunt de 40.000 francs en faveur des ouvriers mégissiers, pour qu'ils pussent établir un atelier social, et occuper leurs grévistes et chômeurs ;
Ces obligations étaient au porteur et ne donnaient droit à aucun intérêt ni dividende.
Les sommes minimes qui furent alors souscrites, au lieu de créditer un atelier coopératif, servirent à prolonger Tagonie de la grève. Pendant un mois encore, les grévistes, qui ne touchaient que deux francs par semaine, attendirent en vain des ouvertures de la part des patrons.
Cette corporation était pour longtemps atteinte, elle avait contracté de lourds emprunts que dix ans d'efforts pouvaient à peine parvenir à liquider; les autres corporations étaient découragées par ce lamentable échec.
Plus tard, les employés de commerce essayaient de la grève et couraient à un échec complet, dans lequel sombrait leur Chambre syndicale, puis c'étaient les tisseurs sur canevas et les doreurs sur bois, et le 15 avril 1870, les ouvriers fondeurs en fer. Partout des insuccès. Pour les ouvriers fondeurs en fer, immédiatement les
patrons se réunissaient et signaient un compromis, par lequel ils s'engageaient à maintenir entre eux la plus étroite solidarité. Aux ouvriers qui demandaient à débattre contradictoirement leurs griefs, ils répondaient par un refus humiliant. Pendant la grève des fondeurs en fer de Paris, du mois de mai au mois de juillet 1870, dans l'espace de deux mois, de quelque côté de la France qu'on se tournât, d'autres grèves apparaissaient : c'étaient celles des cordiers de Givors, des chaisiers de St-Martin-la-Plaine, des mégissiers d'Annonay, des tisseurs de Bolbec, des fileurs de Malmerspach, des chapeliers-fouleurs d'Albi, des cordonniers de Boulogne-sur-Mer, des métallurgistes de Rivede-Gier, des teinturiers de Bédarieux, des veloutiers de Logelbach, des menuisiers d'Aix, des maçons de Pau, etc.
Des grèves presque générales se déclaraient à Voiroîi, à St-Étienne, à Rouen, à Bordeaux, à Marseille, à Nantes, à Lyon, à Mulhouse et dans toute l'Alsace.
La grève de Mulhouse, à elle seule, mettait plus de 40.000 ouvriers sur le pavé.
Seuls, dans toute cette longue énumération, les ouvriers marbriers de Paris obtenaient un résultat appréciable.
Cette corporation qui se divisait en trois branches distinctes (marbriers en meubles, marbriers en pendules et marbriers en cheminées) décida de faire alimenter par deux des branches la résistance, pendant que la troisième lutterait. Trois grèves successives eurent lieu et la victoire en fut le résultat, non cependant sans coûter de grosses sommes.
Voici d'ailleurs le bilan de cette grève, en trois actes :
Il avait été avancé à la Chambre syndicale des ou-
vriers marbriers, par les ouvriers de la corporation,
une somme d'environ 16.000 fr.
et par diverses corporations 600 fr.