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Au 5 juin 1870, la Chambre syndicale

avait remboursé 8.900 fr.

Depuis, 5.550 fr. avaient été versés à l'atelier coopératif de la rue St-Maur : 5.550 fr.

Total : 14.450 fr.

Le fonds de caisse propre à la Chambre syndicale avait, il est vrai, été épuisé et cinq années ne suffirent pas au remboursement, puisque, à la fin de 1872, il était encore dû une somme de 1.000 francs.

Ce n'est pas tout. Au lendemain de la grève, les conventions stipulées avaient été violées par certains patrons ; et de là était venue l'idée de fonder un atelier coopératif pour occuper les ouvriers chassés de l'atelier.

Enfin il ne faudrait point passer sous silence la grève qui éclata en janvier 1870 dans les établissements du Creusot.

Douze mille ouvriers cessaient à la fois le travail. Voici les causes du conflit. Ils possédaient une caisse de prévoyance, dont le fonds de réserve s'élevait à 450.000 francs, et dont l'administration appartenait aux « employés » du Creusot. Les ouvriers eurent à se prononcer par une sorte de plébiscite sur le mode de gestion de la caisse. Les deux tiers des votants se prononcèrent pour la remise de la gestion aux mains des ouvriers eux-mêmes. Une délégation provisoire, chargée de recevoir les comptes, fut nommée. Elle ne fut pas reçue par l'administration et les membres qui la composaient furent renvoyés de l'usine. La grève fut déclarée. On fit des arrestations en masse et on

répartit deux cent quatre-vingt-dix-huit mois de prison entre vingt-quatre condamnés, dont deux à trois ans et quatre à deux ans.

Le 14 avril, le Comité gréviste se déclarait vaincu et invitait les ouvriers à reprendre le travail.

Devant cette affluence de grèves et cette série déchecs presque ininterrompue, les initiateurs de lidée syndicale devinrent perplexes et maudirent la « grève ». Ils ne réfléchissaient pas que la grève, comme la guerre, pour réussir, doit être préparée, que la caisse syndicale doit être remplie avant d'entamer les hostilités et que les patrons sont au courant de sa situation exacte et savent s'ils peuvent ou non affronter les menaces de leurs ouvriers.

Qu'importent ces menaces, si ceux qui les profèrent sont incapables de les mettre à exécution ? Mais, au contraire, n'a-t-on pas vu fréquemment des patrons, à la seule annonce d'une grève, qu'ils savaient bien préparée et pouvoir durer longtemps , céder à leurs ouvriers et faire droit à des revendications légitimes?

Après la date fatale de 1870, les grèves devinrent rares pour deux raisons. D'abord les chefs du mouvement ouvrier s'étaient compromis dans l'insurrection communale et ceux d'entre eux qui n'avaient pas été condamnés s'étaient vus forcés de s'expatrier. Ensuite l'industrie et le commerce eurent un essor brusque après cette période d'accalmie.

Deux grèves de l'année 1880 méritent cependant d'être signalées pour les désastres qu'elles causèrent dans l'industrie parisienne.

La première ruina l'industrie de la chapellerie, la seconde fit un tort immense à l'industrie de l'ébénisterie.

Un patron chapelier possédait deux ateliers. — La société de secours mutuels des ouvriers chapeliers (c'était sous cette forme que se dissimulait alors Torganisation syndicale) voulut lui imposer des tarifs et les ouvriers dont elle se réservait le choix. Le patron céda pour un de ses ateliers ; mais il se montra récalcitrant pour le second, où la fabrication se faisait presque entièrement par des moyens mécaniques. La société ouvrière mit à l'index les deux ateliers et les ouvriers qui continuaient à y travailler. Alors le fabricant porta plainte et se constitua partie civile. Les huit membres du bureau de la société de secours mutuels furent condamnés chacun à 25 francs d'amende et solidairement à 500 francs de dommages-intérêts. Mais une autre conséquence plus grave de cet index fut que les fabricants transportèrent, en dehors de Paris, leur industrie.

Pour les fabricants de meubles du faubourg St-Antoine, la question se présenta de la façon suivante. Les ouvriers à la journée gagnaient 75 centimes de l'heure; mais pour les travaux à la tâche, les ouvriers demandaient que la commission mixte, instituée entre patrons et ouvriers, fût chargée de fixer le prix de toute pièce achevée, alors même que ce prix aurait été convenu entre le patron et l'ouvrier, avant la mise en œuvre. — Bien plus \ ils demandaient qu'en cas de désaccord, les ouvriers de l'atelier fussent appelés à voter au scrutin secret, sans discussion, quel que fût le nombre des ouvriers présents, entre les prix fixés dans la commission par les patrons et les prix fixés parles ouvriers, et que la majorité fît loi. Les premiers patrons qui refusèrent de se soumettre à cette exigence furent mis

i. L.Smith, La coalition et les grèves.

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en interdit, les autres fermèrent leurs ateliers et dénoncèrent la convention qui les liait avec les ouvriers. Le résultat de cette prétention des ouvriers fut qu'on employa de plus en plus les moyens mécaniques pour la fabrication du meuble et qu'une partie de cette fabrication passa à l'étranger.

Les conflits du travail sont fréquents dans le bassin du Nord et du Pas-de-Calais. Il suffit, sans signaler d'autres grèves moins importantes, de marquer les années 1872, 1884, 1889, 1891, 1893, pour rappeler des événements dont la prospérité industrielle du pays eut à souffrir.

Au mois de juillet 1872, c'est une grève du Borinage belge qui déborde sur notre territoire.

Le rapport annuel de l'ingénieur en chef des mines du Pas-de-Calais au préfet du département contient un passage bien caractéristique, sur le rôle et l'attitude des représentants du pouvoir dans les grèves ^ , à cette époque :

« Une répression aussi énergique que prompte nous pouvait seule préserver. Je l'ai senti. Au premier signal, je l'ai organisée là où je pouvais l'assurer de ma présence. J'ai trouvé, clans cette œuvre de salut public, le concours le plus dévoué dans l'administration locale et dans la gendarmerie d'abord, dans l'armée ensuite, dans la magistrature enfm, et, si de plus grands malheurs sont épargnés à cette riche et honnête contrée, c'est à eux qu'il en faut témoigner notre reconnaissance. »

La grève fut donc étouffée.

En 1884 éclatait une nouvelle grève dans le bassin d'Anzin. Son motif était la suppression du marchandage

\. Ed. Lozé, Conciliation et arbitrage dans le bassin houiller du Nord et du Pas-de-Calais. - Berger-Levrault, 1899.

et la suppression des raccommodeurs des voûtes remplacés par les mineurs eux-mêmes.

A la suite de concessions faites par la compagnie, le conflit paraissait apaisé, lorsque le 24 février, la compagnie renvoya 144 ouvriers, presque tous administrateurs des sections du syndicat. La grève reprit et dura jusqu'au 18 avril, sans que les mineurs obtinssent la moindre concession — le syndicat fut gravement atteint par cet échec, et lorsque, au mois d'octobre 1884, MM. Clemenceau et Germain Casse, députés, se rendirent à Anzin pour y étudier les causes de la grève, conforinément à la décision de la commission d'enquête parlementaire, il n'existait plus que 3 sections syndicales sur les 20 sections du syndicat d'Anzin. Cependant la compagnie n'abusa pas de sa victoire et les modifications qu'elle fit dans l'organisation du travail furent si bénignes que M. Basly pouvait affirmer : « Si on avait proposé tout d'abord le système actuel, la grève n'eût pas éclaté. »

Le 9 octobre 1889, une nouvelle grève se manifestait dans l'exploitation de Lens. — Les principales revendications des mineurs étaient les suivantes :

Augmentation du salaire journalier du fond, suivant les chiffres ci-après : ouvrier mineur, 1 franc ; herscheur, 0 fr. 75; galibot (enfant), 0 fr. 50;

Suppression des longues coupes;

Plus grands égards pour les vieux ouvriers ;

Suppression des amendes, en cas d'absence;

Maintien des veuves dans les corons.

Le mouvement se propagea avec rapidité. Il franchit bientôt les limites du Pas-de-Calais et déborda dans les trois concessions de l'arrondissement de Douai : l'Escarpelle, Aniche et Azincourt.

Les cours du charbon étaient élevés. Le comité des

HISTORIQUE DU MOUVEMENT GREVISTE. o;

houillères du Nord et du Pas-de-Calais fit afficher une augmentation de salaire de 10 7o • — 1^ compagnie de Lens ne faisait point partie de ce comité. Elle ne tarda pas à accorder cependant toutes les concessions qui lui avaient été réclamées.

La prime de 10 ^/^ fut augmentée Tannée suivante d'une nouvelle prime de 10 ^/q.

Nous arrivons à la grève de 1891. Au mois d'octobre de cette année, le Syndicat des mineurs du Pas-de- Calais présenta au Comité des houillères du Nord et du Pas-de-Calais et à la compagnie de Lens la liste de ses revendications :

Une répartition plus équitable des salaires ;

Un salaire moyen de 5 fr. 50 par jour (prime non comprise) ;

La réorganisation des caisses de retraites et de secours;

La journée de huit heures ;

La réintégration des ouvriers congédiés pour faits de grève ou pour organisation de syndicats.

Le mouvement gréviste se répandit rapidement dans tout le bassin — seule la compagnie d'Anzin ne fut pas atteinte par la grève. Des mineurs, comme ceux de Dourges et de Courrières, se joignirent à leurs camarades, par pure solidarité, déclarant n'avoir rien à réclamer pour eux-mêmes.

D'où vient cette spontanéité ? — Le Comité des houillères, nous dit M. Lozé, n'y fut pas étranger.

Il était décidé à soutenir la première compagnie qui serait atteinte par une grève partielle. Il n'avait pas caché sa résolution à cet égard et on le savait en mesure d'appliquer sa décision. La grève, pour être efficace, devrait donc être générale et s'étendre à tout

o8 LES GREVES.

le bassin. — D'autre part, les compagnies, par leur hostilité déclarée contre les syndicats, avaient exaspéré les ouvriers.

Le 19 novembre 1891, les grévistes réclamaient au Parlement l'institution d'une commission arbitrale. Le 22, les ouvriers nommaient cinq arbitres choisis parmi eux et récusaient cinq arbitres nommés par le Gouvernement. Ils demandaient à discuter eux-mêmes avec leurs patrons et refusaient de s'en remettre à des tiers du soin d'apaiser le conflit. — Les patrons désignèrent de leur côté cinq arbitres, et le comité d'arbitrage se réunit à la préfecture d'Arras le 27 novembre.

Ce fut la première convention d'Arras. Elle ne porta que sur le taux des salaires. On prit comme base pour les ouvriers du fond les salaires de la période de douze mois qui avait précédé la grève de 1889 et on y ajouta les deux primes successives de 10 ^/q qui avaient été obtenues en 1889 et en 1890 par les ouvriers. La Compagnie de Lens se rallia à ce compromis.

Les ouvriers se déclarèrent satisfaits de ces concessions, et ils le furent bipn plus encore d'avoir forcé leurs puissantes compagnies à négocier avec eux et à reconnaître implicitement leurs organisations syndicales. — ► La convention d'Arras fut en effet l'œuvre des syndicats.

Mais, dès la fin de 1893, les mineurs reprochaient aux compagnies de violer la convention de 1891. Il est certain que, la situation économique étant moins favorable, les compagnies avaient été amenées à prendre certaines mesures défavorables aux mineurs. L'idée d'une nouvelle grève générale hanta les cerveaux des mineurs, qu'avait grisés leur premier et facile succès. Une grève houillère qui éclata en Angleterre leur fit croire que le moment était propice pour la réussite de leurs nouvelles revendications.

On a appelé la grève de 1893 la grève des lieutenants. MM. Basly et Lamendin, que leur zèle pour la cause des mineurs avait fait élire au Parlement, avaient vu leurs mandats législatifs renouvelés. — Il y avait place pour d'autres ambitions. Bien des présidents ou des secrétaires de syndicats devaient se demander : « Pourquoi pas nous aussi? » — Ils scrutaient Thorizon, calculaient les chances d'une nouvelle grève pour eux et pour les mineurs; — pour eux d'abord, sans doute.

La masse des ouvriers ne songea, pour sa part, qu'à contrôler l'exécution de la sentence arbitrale de 1891, qu'on prétendait violée.

A la suite d'un congrès tenu à Lens, le 10 septembre 1893, les revendications suivantes furent formulées :

Remise, chaque quinzaine, d'un double carnet de paye ;

Augmentation de 10 % sur les salaires et fixation à 5 fr. 50 du minimum de la journée, plus la prime de 20 % accordée antérieurement;

Plus de renvois d'ouvriers ayant atteint leur ([uarantième année ;

Suppression des amendes pour charbons malpropres;

Irréductibilité des prix de tâche ;

Plus de renvois d'ouvriers ayant encouru une condamnation, dès que cette condamnation ne résultera pas d'un préjudice causé à la compagnie.

En résumé, les revendications principales consistaient en un rappel à l'application sincère de la sentence arbitrale de 1891.

A cet ultimatum, les compagnies répondirent par un simple refus.

Toutes les circonstances commandaient d'éviter la grève, à cet instant où la situation industrielle était difficile. — Pourquoi réclamer, dautre part, ce double carnet de paye et en faire une condition de reprise du

travail, alors que la loi sur les caisses de secours et de retraite (qui fut promulguée six mois plus tard) allait forcer les compagnies à livrer ce double carnet? — La grève perdit d'ailleurs son caractère professionnel. Les politiciens en masse accoururent à l'appel de Basly. Députés et journalistes radicaux ou socialistes vinrent porter aux grévistes l'appui de leur parole. L'échec était certain. Le syndicat du Pas-de-Calais perdit une grande partie de sa force, à la suite de cet échec.

Les mineurs ne devaient plus recourir à la grève générale qu'en 1902.

En 1901, les mineurs de Montceau, étant en grève, voulurent entraîner toute leur corporation dans leur mouvement. Les mineurs de France sont au nombre de 162.000, et une grève générale de cette importance aurait eu quelque intérêt pour les stratégistes de la Révolution qui croient à la prochaine issue du « chambardement général » et qui exercent, en attendant, leurs troupes peu disciplinées etfacilement impressionnables. Mais les mineurs du Nord et du Pas-de-Calais, qui touchaient à ce moment des salaires satisfaisants, ne crurent pas que l'heure eût sonné du bouleversement complet. Cependant, comme il ne parut pas convenable d'abandonner les camarades montcelliens à un complet isolement, il fut décidé qvC un ultimatum serait adressé au gouvernement, pour qu'il fît, dans les quinze jours, cesser la grève de Montceau. Sinon, la grève générale pourrait éclater... à moins que les mineurs consultés, par voie de référendum, n'y fussent opposés. La grève générale n'était d'ailleurs qu'ajournée

au 1" novembre suivant, si le gouvernement ne donnait pas satisfaction à toute la corporation des mineurs, sur les trois points suivants :

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