‹ Les grèvesChapitre 24 sur 46 · Séance du Sénat du 4 mars 189j · texte numérisé non relu

Séance du Sénat du 4 mars 189j

Pour mettre hors du droit commun les ouvriers des manufactures de l'État, dit M. Charles Mannheim, docteur en droit, ingénieur des manufactures de l'État, dans une savante thèse ^ on invoque la nécessité de sauvegarder l'intérêt public et plus particulièrement l'intérêt fiscal de l'État! Cette théorie nous paraît inacceptable, car elle ne conduirait à rien moins qu'à la suppression totale du droit de grève. Le mécanisme de la vie moderne rend tous les intérêts de plus en plus étroitement solidaires; aujourdliui toute c?Hse économique a uiie répercussion générale et lèse Vintérêt public dans une mesure plus ou moins grande. Le préjudice est en quelque sorte tangible, chaque fois que le personnel ouvrier d'un service monopolisé se met en grève : service d'éclairage, service de transports, service d'assainissement. — Les grèves d'autres corps de métiers, tels que les ouvriers mineurs, les ouvriers des docks, ont des conséquences plus lointaines, mais plus graves encore. Il faut être conséquent avec soi-même, conclut M. Mannheim ; si la sécurité du pays peut être compromise par la grève de certaines catégories d'ouvriers, il convient de modifier par une loi la condition de ces ouvriers et de leur donner une situation légale incompatible avec le droit de grève. Il nous semblerait légitime, par exemple, de militariser les ouvriers des cliemins de fer, des arsenaux et même des piostes, c'est-à-dire de les placer dans une situation analogue à celle des douaniers, qui ne sont pourtant que de simples agents de perception d'impôts indirects.

1. De la condition des ouvriers dans les manufactures de l'Etat. Giard et Brière, 1902.

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