‹ Les grèvesChapitre 28 sur 46 · Brochure déjà citée · texte numérisé non relu

Brochure déjà citée

dions devant vos menaces, dit à ce sujet un membre de la droite, nous serions les derniers des lâches. » — Les socialistes déçus recoururent alors aux grands moyens d'intimidation, à la grève générale. Le gouvernement y répondit par une déclaration de guerre.

L'opinion publique se montra également irréductible. — Les airs vainqueurs qu'affichèrent les chefs du socialisme n'eurent d'autres résultats que de les desservir. Quand des coups de revolver furent tirés dans les rues de Bruxelles, que des maisons furent assaillies et des agents de police assommés, la bourgeoisie tout entière prit fait et cause contre l'insurrection. Commerçants et industriels se révoltèrent contre la grève générale si légèrement déchaînée. La grande industrie est aujourd'hui possédée par des multitudes de petits capitalistes. Ceux-ci ne furent pas les derniers à exhaler leur haine contre les fomenteurs de troubles et les destructeurs d'industrie. L'armée et la garde civique, que les socialistes croyaient gagnées à leur cause, se montrèrent irréductibles. — Donnez un fusil à un bon bourgeois pacifique et dérangez-le de ses habitudes pour le mettre en face de l'armée du désordre. Il sera inexorable. — Sa brutalité proviendra de sa quiétude brusquement troublée.

Enfin une autre cause de l'échec de la grève générale de 1902, fut le manque de ressources. Il ne suffit pas de déclarer une grève, il faut la faire vivre. Les borains, habitués à ces genres de levées, font chaque année, vers la même date, quelque épargne pour « la grève des patates ». Ils auraient pu tenir jusqu'au 1" mai. — Mais ailleurs? ni argent, ni provisions. Pour faire vivre .300.000 grévistes, il faut au minimum 300.000 francs par jour. Les ressources de la grève ne s'élevèrent pas à plus de 50.000 francs. — Quant au trésor de guerre,

aux réserves des syndicats et surtout des coopératives, personne ne voulut prendre la responsabilité d'y toucher, car c'eût été la ruine de toutes les œuvres ouvrières. Puis, il y avait les élections, un mois plus tardl

Le Peuple (organe socialiste) du 5 mai 1902 résumait tristement les conclusions qu'il fallait tirer de cet échec :

« La classe ouvrière tirera son profit de la terrible leçon qui lui a été infligée. — De plus en plus elle délaissera d'anciennes tactiques pimentées de la phraséologie révolutionnaire des Français, pour aller vers les méthodes réfléchies d'organisation et d'éducation de la social-démocratie allemande, avant-garde du socialisme mondial. »

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