Cire, du Musée social, av
•2. Science sociale, art. cités.
LES GRÈVES d'aUTREFOIS. LES GREVES d'aUJOURDHUI. 19
rencontrent dans une grève se heurtent donc : d'un côté le droit des ouvriers à ne pas travailler et à empêpêcher qu'on travaille sans eux et, d'un autre côté, le droit des patrons à faire travailler ceux de leurs ouvriers qui le veulent et à remplacer ceux qui ne le veulent pas par des ouvriers du dehors. — C'est à la conjonction de ces deux droits qu'est la vérité, que se trouve la justice. C'est pour cela qu'un tribunal spécial, conciliateur avant la grève, arbitral lorsque la grève a éclaté, est tout désigné pour départager les parties et donner à César ce qui revient à César et au peuple ce qui revient au peuple. Les personnes intéressées dans le conflit le sont trop pour se soumettre à l'évidente justice; les tierces personnes peuvent seules apercevoir la vérité. Et qu'on n'aille pas dire que ces tribunaux soient inaptes à juger ces questions délicates. Souvent l'opinion populaire, le gros bon sens des foules sait discerner la vérité lorsque les faits lui sont clairement et impartialement exposés, et trancher le débat en faisant éclater la lumière.
Les grèves sont bien différentes aujourd'hui de ce qu'elles furent jadis. Alors les ouvriers prêtaient serment de se conformer aux instructions que leur donneraient les chefs.
Au commencement du xix^ siècle, chez les mineurs de Glasgow, la formule du serment était :
« Moi..., devant Dieu Tout-Puissant et devant les témoins ici présents, je jure volontairement d'exécuter avec zèle et avec promptitude, autant qu'il dépendra de moi, toute tâche ou injonction que la majorité de mes frères m'imposera dans notre intérêt commun, comme de punir les IraUres, d'expédier les mai-
1res qui nous oppriment ou nous tyrannisent, de détmire les élaàllssements dont les propriétaires sont incorrigibles... »
A Dublin, dix ouvriers furent assassinés en trois ans; à Glasgow, on usa du vitriol et des armes à feu contre les réfractaires.
Les membres de l'association des fondeurs en fer, créée en 1810, se réunissaient la nuit dans des landes tourbeuses, pour recevoir les cotisations, préparer les grèves et distribuer les secours. Avant le matin, les archives de l'association étaient enterrées et tout le monde reprenait le chemin de la ville.
Le mystère était donc obligatoire et la violence ordinaire à ces époques primitives. — En est-il encore ainsi de nos jours? Non, sans doute. Mais cela n'empêche pas les grèves modernes de dégénérer souvent en violences.
«' L'émeute accompagne si souvent les grèves américaines des chemins de fer que l'avocat chargé de défendre un des accusés ne peut citer qu'un seul cas de grève pacifique, et encore y avait-il eu des troubles concomitants dont les dégâts s'élevèrent à près de 400.000 francs. — Le juge Jenkins, dans son arrêt, déclare qu'il était « oiseux de parler de grève n'ayant pas été accompagnée de troubles », que cela ne s'était jamais produit.
« Les cours d'équité américaines ^ interviennent très fréquemment dans les grèves pour restreindre ou même supprimer la liberté d'action des ouvriers; c'est qu'elles estiment que la grève conduit normalement — soit les grévistes, soit les masses dangereuses qui encombrent les villes — à commettre des actes délictueux. Il est donc naturel qu'autrefois, dans tous les pays, on ait considéré les coalitions ouvrières comme des rudiments de guerre civile et qu'on les ait sévèrement réprimées. Si aujourd'hui les idées sont changées, c'est que les mœurs se sont adoucies et non que les grèves soient devenues plus pacifiques. — Et la preuve en serait, d'après M. Sorel, que la grève générale hante tous les cerveaux ouvriers, et que la grève générale, c'est